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Gide et Rist, Doctrines économiques

2. Page 116 du numéro d’avril 1935, « Rapport général ». Revue des. Agriculteurs de France.

toute la surface du territoire : « Toute réglementation qui ne repose pas sur l’adhésion volontaire des producteurs agricoles est mort-née ».

Les libéraux concluent :

« Voici, très brièvement résumés, les beaux résultats auxquels nous mènent les interventions de l'Etat dans les domaines où il aurait dû se hasarder avec le plus de réserve et de: prudence:

« Sur le plan économique, échec complet sinon aggravation de la crise.

« Sur un plan général, accentuation de la baisse de la valeur de la terre; partant, de l’exode vers les villes. Désorganisation de la profession agricole et de ses cadres à une heure où les circonstances exigent au contraire une organisation plus forte et plus solide. Distinction arbitraire entre les catégories d’agriculteurs, dont les relations confiantes et intimes ont fait autrefois la force, à une heure où c’est dans l’union et par l’union seule que nous nous sauverons.

« Ces considérations suffisent à condamner la politique suivie jusqu'’ici par les Pouvoirs publics. La méthode est incontestablement défectueuse »1.

Après avoir exposé combien nette est la position des partisans du libéralisme intégral, on peut se demander quelles sont les relations qu'ils admettent entre l'Etat et l’agriculture.

Pour certains d’entre eux, le rôle de l'Etat devrait se limiter à la persuasion. Le Gouvernement détenteur du Pouvoir exécutif commande tous les services publics ; il peut, par ces services, donner des informations, des avis,

1. Page 118 du numéro d’avril 1935, de la Revue des agriculteurs de France, « Rapport général ».

des conseils, des directives. Cette action persuasive peut être très bienfaisante. À la base, les services locaux auraient l’appui tout indiqué des Chambres d’agriculture et des groupements agricoles régionaux ; au sommet de la hiérarchie, le Ministre de l’Agriculture aurait la collaboration de l’Académie d’agriculture et des groupements agricoles centraux, dont le siège est à Paris.

« Que l’on tente un effort dans ce sens, et que l’on n’objecte pas que cet effort est déjà fait. Nous souhaitons simplement que l'Etat agisse plus efficacement. Le Ministère de l’Agriculture est et doit rester un grand ministère ; il faut lui conserver son ampleur et au besoin l’augmenter. La tâche est d’ailleurs digne’ de sa haute compétence et de sa laborieuse activité »1.

Corporatisme

Sentant la nécessité de « d’organiser » l’agriculture, et, d’autre part, ayant l’aversion très prononcée que nous avons vue pour l'intervention de l'Etat, ceux des agriculteurs libéraux qui ne sont pas « routiniers » ont conçu la réalisation de ce double but en dirigeant eux-mêmes l’Economie agricole : c’est le corporatisme ou syndicalisme agricole.

La loi du 21 mars 1884 a permis à l’agriculture d’ébaucher une organisation professionnelle jusqu'alors inexistante, et le 29 mars 1935 s’est tenu le Congrès du cinquantenaire du syndicalisme agricole. Les syndicats agricoles sont aujourd’hui plus de 10.000, groupés en « Union nationale des Syndicats agricoles ». Les rapports du Congrès ont été réunis dans un volume, dont le

1. Page 107 du numéro d’avril 1935 de la Revue des agriculteurs

France ; Rapport sur « les ingérences de l’Etat dans l’exercice du droit de propriété ».

titre est tout un programme : Vers la corporation agricole. Seules des tendances y sont indiquées.

« Je suis persuadé, écrit M. Roger Grand, qu’aujourd’hui, nous assistons à la naissance d’un nouvel état de civilisation : celui de la civilisation corporative, qui ne sera pas autre chose que la régularisation de ce qu’élabore plus ou moins consciemment notre pauvre société humaine, en proie à des souffrances inouies et cherchant anxieusement la solution des problèmes qui la dépas- SCORE)

L'an dernier, la Confédération nationale des Associations agricoles a élaboré un projet corporatif. Comparé à l'Economie dirigée, le corporatisme présente une différence essentielle, puisque dans le corporatisme les groupements économiques auraient des pouvoirs propres, alors qu’en Economie dirigée, le dernier mot reste à l'autorité publique.

Le corporatisme en France étant pour l'instant « une vue de l'esprit », nous n’avons voulu que le signaler.

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