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L’Économie dirigée et ses défenseurs

Les libéraux nous ont permis d'exposer les critiques essentielles que l’on peut adresser à la politique d'Economie dirigée.

Il est évident que l'Economie dirigée comporte des risques, des inconvénients et même des dangers ; mais il faut confronter cette opinion avec celle de ses partisans que des erreurs, passagères à leurs yeux, n’ont pas découragés.

Il faut reconnaître également que l’évolution récente

vers la collaboration entre l'Etat et les intéressés a rallié un certain nombre d’opposants.

19° Défense de l'agriculture « dirigée ».

a. Nécessité pour l'Érat de diriger l'Agriculture. — Il n’y a pas que les «socialisants » qui soient partisans de l'Economie dirigée en agriculture, et pour n’en donner qu’un exemple, nous citerons un exposé fait par M. Lucien Romier en novembre 1935, à la Société d'Economie nationale ! :

« L'agriculture, disait-il, est un des trois grands points douloureux de l’économie française (premier point : commerce de luxe, et centres d’exportation ; second point : l’agriculture ; troisième point : les industries de base).

Préalablement, il repousse la dévalorisation.

Si celle-ci avait lieu, on assisterait au phénomène suivant: « Dans le mois ou les deux mois quisuivraient, tous les stocks qui sont chez les agriculteurs, comme chez les commerçants, seraient enlevés. Ensuite, il se produirait un effondrement des prix agricoles plus grand qu'aujourd'hui ».

De l’avis du conférencier, l’agriculture française ne peut être remise sur pied que par une direction autoritaire, sûre, prévoyante et générale.

C’est le seul point où il considère l'Economie dirigée comme nécessaire, Comme efficace, parce que là on se trouve entre trois éléments qui sont destructeurs de toute organisation libre.

« En premier lieu, ce sont les agriculteurs eux-mêmes qui sont des modèles d’individualisme, d’indiscipline et même d’avarice, ce qui n’est pas indifférent, parce qu’on ne peut avoir une organisation sans mise de fonds.

1. Page 3 du numéro de décembre 1935 de la Réforme économique.

Ç IT y a, ensuite, l'élément parlementaire, qui apporte en cette matière le réflexe du moindre effort. Celui-ci consiste à traiter les questions morceau par morceau et dans l’ordre où elles se présentent, et il aboutit à faire avec le maximum d'interventions le maximum de gâchis parce que la question agricole ne peut être traitée que systématiquement.

« Enfin, troisième élément, l’agriculture pulvérisée en une multitude d'intérêts incohérents et indisciplinés, se trouve en présence d’une concentration du commerce ».

b. Les résultats ne sont pas tous défavorables. — Les défenseurs de la politique d'Economie dirigée font remarquer que les efforts de l'Etat pendant ces dernières années, sont loin d’avoir toujours été inutiles, comme se plaisaient à le dire les libéraux. Ces efforts ont évité quelques chutes « vertigineuses » des prix qui auraient entraîné la panique et l’effondrement moral des populations agricoles, abandonnées à elles-mêmes et dont les sursauts auraient pu être redoutables.

Mieux encore, les résultats présents sont la réhabilitation de l’action de l'Etat : une amélioration très sensible se fait sentir sur l’ensemble du marché agricole.

L'’assainissement du marché du blé a été enfin obtenu ; les cours de celui-ci dépassaient 90 et 100 fr. le quintal en mars 1936 et la hausse paraît appelée à se poursuivre. Les surfaces ensemencées en blé d’hiver ont diminué de 190.000 hectares par rapport à 1934. La surproduction disparaissant, les cours doivent tendre à rejoindre les prix mondiaux augmentés des droits de douane, c’est-àdire 120 ou 130 fr.

Les céréales secondaires sont entraînées dans le mouvement. Leur marché va cesser d’être encombré par les

blés dénaturés. Leurs prix, notamment celui de l’avoine, se sont déjà relevés, au moins autant que ceux du blé.

Sans doute, les circonstances atmosphériques ne sont pas étrangères à cette hausse, mais sans l’organisation antérieure, la récolte déficitaire de 1935 n'aurait eu qu'une action insignifiante.

Le marché du vin est dans une situation moins bonne que celle du blé ; mais les deux récoltes 1934 et 1935 ont laissé un excédent de 20 millions d’hectolitres par rapport à la consommation. Les cours qui, dans le Midi, étaient tombés à 4 fr. après les vendanges ont remonté à 7 fr. et davantage. Les mesures prises par l'Etat. ont sauvé la viticulture d’un désastre.

Par ailleurs, l'institution récente du monopole des alcools rectifiés permet une meilleure résorption des excédents ; par ailleurs aussi on ne peut nier les résultats heureux de l’intervention de l'Etat sur le marché des produits laitiers.

Les défenseurs de l’Economie dirigée réfutent les arguments des libéraux basés sur les faits, et leur reprochent un manque d’objectivité.

c. Le principe libéral est périmé. — Les partisans de l'Economie dirigée réfutent l’argument des libéraux qui croient à la possibilité de rééquilibres naturels et spontanés. À supposer même que ce rééquilibre soit possible, il entraîne des souffrances intolérables pendant une période d’adaptation souvent longue. L'intervention de l'Etat dans la vie économique est une question d’humanité et de justice sociale.

20 Améliorations à apporter à l’ Economie dirigée actuelle.

Il n’y a personne, pensons-nous, pour trouver parfaites les interventions de l'Etat français au cours de ces derniè-

res années. Bien au contraire, elles présentent denombreux défauts ; mais alors que les libéraux trouvent dans la science économique un impératif catégorique d’abstention, les partisans de l'Economie dirigée y voient un enseignement capable de corriger, dans une très large part, des fautes passagères, qui sont la rançon habituelle du manque d’expérience, surtout pour traiter des problèmes si nouveaux et si complexes 1.

Les partisans de l'Economie dirigée considèrent que les critiques des libéraux sont souvent justes, mais réprouvent leurs conclusions. Pour durer, ils admettent que l'Economie dirigée doit tenir compte des leçons de l’expérience

a. Il est certain que le prix minimum est une mesure « boiteuse ». Elle n'avait été prise que très provisoirement, et ce n’est que par une inertie bien connue qu’elle fut érigée en système. Les populations rurales se sont aperçu qu'il y a des lois inapplicables, qu’on est obligé de «tourner », et le manque de confiance qui en est résulté envers le législateur n’est pas la moindre conséquence regrettable de ce malheureux essai.

b. L’Economie dirigée doit veiller aussi de la manière la plus stricte à ne pas dépasser le point raisonnable, et à ne pas vouloir supprimer les activités et les responsabilités individuelles ; sinon la réglementation supprimerait tout effort créateur et la société perdrait toute vitalité 1.

c. Puisqu'’il est exact que « gouverner c’est prévoir » et non parer, pour prévenir juste, il faut d’abord avoir d'excellentes statistiques. Cela revient à dire qu’il faut organiser un Service de statistiques indépendant, composé de spécialistes ayant à leur disposition des moyens d’ac-

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