La progression des stocks en est la preuve tangible
et les mesures prises par les Gouvernements dans de nombreux pays ne peuvent que confirmer cette opinion. Le but qu'ils ont cherché à atteindre n’a pas été d’empêcher le libre jeu de la loi, mais d’en modifier les éléments, pour qu’elle puisse, par son fonctionnement, provoquer une hausse des prix. D’où la direction des interventions de l'Etat, en France, sur la production (offre) dans le sens de la diminution; sur la consommation (demande), dans le sens de l’augmentation.
$ 2. Action sur l'offre.
La production en quantité peut être réduite par des moyens à effet immédiat, à brève échéance ou à plus longue échéance.
a. Moyens à effets immédiats. — Ces moyens sont les plus énergiques, mais aussi les plus onéreux. Ils consistent, pour l'Etat, à acheter directement sur le marché des quantités importantes de produits et à les éliminer par un moyen autre que par la vente.
Ainsi, le marché de la viande, dont nous reparlerons, a été assaini dans quelques pays par l'élimination des bêtes, dont la viande était mise en conserve, puis distribuée aux chômeurs. On connaît également le cas du Brésil qui élimine ses cafés en les jetant au feu, etc.
La France a fait un essai timide dans cette voie, en éliminant du marché de la viande des bêtes malsaines.
Par ailleurs, pour le blé, il est curieux et pénible à la fois de constater que des mesures de cet ordre, absolument anti-économiques, eussent été moins onéreuses pour l'Etat. Eliminer définitivement quelques millions de quintaux aurait été plus efficace que de transformer
une offre présente beaucoup plus importante en offre virtuelle (stockage, report, prise en charge, etc.). Le même raisonnement s’appliquerait au riz d’Indochine.
Louons l'Etat de n’avoir point cédé à la facilité et à la tentation de perdre des richesses nationales. Il n’a pas voulu en arriver à une solution trop choquante d’un système économique : élimination retentissante de denrées alimentaires alors que sévit la misère.
b. Moyens à brève échéance. — On stocke une partie de la production excessive, avec l’espoir, évidemment un peu aléatoire, que dans l’exercice suivant, dans les années suivantes, on pourra écouler plus aisément cette partie stockée : c’est le report.
On peut bloquer la production chez le producteur : c’est le blocage ; répartir la vente de celle-ci sur une certaine période : c’est le stockage avec échelonnement des ventes.
c. Moyens à longue échéance. — L'action sur la production et non pas seulement sur les quantités offertes, est à effets plus éloignés.
La non augmentation et la réduction des surfaces emblavées ont été pratiquées en France pour le blé et la vigne. La limitation pour le blé est possible, bien qu’elle nécessite un contrôle difficile et rigoureux; pour la vigne, «il aurait été bien impolitique de mettre en œuvre au 1er mars 1936, à la veille des élections, des mesures de contrainte à l'égard des viticulteurs » : on a reporté l’arrachage de la vigne obligatoire 1.
Les rendements, de jour en jour plus élevés en agriculture, accentuent l'excédent de nombreux produits.
1. Voir, article de M. Roger Picard, professeur à la Faculté de droit de Paris, « Le marché des vins français au début de 1936 et l’économie dirigée », dans le Bulletin d’information économique, publié par la Banque nationale pour le commerce et l’industrie, n° 28, décembre 1935.
C’est pour cette raison qu’on a dû édicter des pénalités lorsqu'ils dépassent un certain chiffre. Certains ont envisagé d’ailleurs, pour éviter le retour de ces excédents, de décourager par divers procédés, notamment par l'impôt, de l’emploi des engrais chimiques et des fumures.
Enfin, les Pouvoirs publics peuvent intervenir pour interdire l’emploi de certaines espèces végétales particulièrement productives. C’est ce qui a été fait en France pour les producteurs directs. Si le choix de certaines espèces végétales doit être limité, celui des méthodes de cultures peut l’être aussi très utilement, comme, en France, la taille et l'irrigation de la vigne.
Parallèlement à une politique de limitation quantitative, il convient d’en avoir une relativement à la qualité,
Pour développer la production de produits de qualité, au détriment de la quantité, il faut établir une discrimination entre certaines espèces végétales, entre les méthodes de production, et enfin entre les méthodes de fabrication : les unes sont à prohiber, les autres à encourager.
En ce qui concerne le choix des espèces, il est nécessaire d'interdire certaines d’entre elles. Ce sont, notamment, lorsqu'on recherche l'assainissement du marché du vin, par exemple, les producteurs directs, non greffés, qui donnent abondamment des produits de qualité médiocre. Du double point de vue de la quantité et de la qualité donc, il existe des espèces ou des cépages, qui sont à écarter.
Les méthodes de fabrication influenceront, dans le même sens, les quantités offertes sur le marché. Il est indispensable, pour assurer la qualité de certains produits, de fixer leur qualité par voie d’autorité. Des mesures de cette nature sont intervenues en France pour imposer
aux producteurs la fabrication de vins ayant une teneur minima en alcool, et leur interdire des procédés, tels que le sucrage et le vinage, transformant des produits de basse qualité au point qu'ils peuvent concurrencer les bons vins.
$ 3. Action sur la demande.
a. Propagande. — La propagande est le type le plus parfait d’action, puisqu'il n’entraîne pas de limitation de la liberté des individus.
Les attachés commerciaux et l'Office national du commerce extérieur, aideront le commerce extérieur et feront la propagande à l'étranger.
b. Présentation des produits pour la vente. — L'action sur la qualité des produits offerts, par la standardisation, la présentation, l'élimination des fraudes et des « fonds de paniers », doit être encouragée et trouver son couronnement dans la généralisation des « marques régionales » et même « nationales ».
c. Action directe sur la consommation. — L'Etat a agi sur la demande par des moyens plus factices ; il a pu augmenter la demande en obligeant les organismes sous ses ordres à utiliser plus de produits, et seulement des produits nationaux. C’est ainsi qu’aétéaugmentée la consommation de vin dans les casernes ; les automobilistes devront substituer à leur carburant ordinaire un carburant dit «national » dans lequel sera incorporé une forte dose d’alcool. Un stock de sécurité sera constitué avec de la viande française, les matelas de l’administration seront faits avec de la laine française, et la toile des avions avec du lin français, etc.
d. Dénaturation. — Dénaturer, c’est diriger les produits vers une autre consommation que celle qui leur est naturelle.
La dénaturation a été pratiquée en France pour le blé, les farines, l’alcool et pour l'élimination de sousproduits. Dr:
Ces diverses actions appliquées au marché agricole français seront examinées dans le second chapitre de la deuxième partie.