‹ Le marché aux fleursChapitre 5 sur 6 · ELLE ETAIT TRES JOLIE · texte numérisé non relu

ELLE ETAIT TRES JOLIE

A Suzanne Boulengcr

LLE était très jolie, très fine, très douce.

E Cependant, ses plus lointains aïeux ayant vécu au désert, couché sous la tente, et guetté les gazelles par les nuits de lune, elle en gardait comme un souvenir, même sous notre pauvre climat d'Europe : aussi se méfiait-elle sans cesse, et ne l'approchait pas qui voulait. C'est que son imagination épiait toujours : pour un rien, cette bédouine était sur pied, et rôdait au jardin. On l'effrayait vite... Sur la lande arabe, immense et silencieuse, tout ce qui bouge n'est-il pas un ennemi — ou une proie?

Mais elle avait aussi de la tendresse, et délicieuse, à donner... Même après avoir désobéi à son maître tout-puissant — hélas î c'était

moi — môme après avoir bondi en rebelle dans \ii brousse, à cause de la chasse irrésistible ':t sacrée, elle trouvait ensuite un plaisir pieux à revoir ce maître, à l'approcher, à l'occuper. C'est ainsi que les bigotes en usent parfois avec le saint du village : elles n'y pensent plus, et puis, l'instant d'après, l'adorent et le tutoient. Et que de grâce mettait alors Gisèle à poser sur vos genoux ses longues pattes de princesse, avec quelle confiance elle vous con- (emplaii de ses beaux yeux fardés, et laissait peser dans vos mains un museau effilé, un front pensif et délicat... Ai-je dit que Gisèle était une chienne sloughi, couleur de sable, au regard de sultane, et dont la taille eût tenu dans un bracelet ?

Elle ne faisait aucun bruit, marchait lentement, comme sur un pavé précieux, et quand une gaîté subite la prenait, ce n'était point par des aboiements stupides qu'elle la manifestait, mais par des coquetteries, des sauts rituels, des contorsions, toujours les mêmes, une espèce de sarabande muette, un pas de ballet,

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