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Chapitre premier

Le commerce proprement dit

Section I

L'achat en gros

L'achat en gros, dans le commerce du vin, ne présente pas l'intérêt qu’il possède dans certaines branches industrielles ou commerciales.

D'abord, il est de principe que plus l’achat est important, moins chère est l’unité de l’objet considéré. Dans le commerce du vin, ce principe ne joue pas. Même si le producteur n’est pas groupé, le marchand en gros obtient le maximum qu'il peut escompter de son gros achat lorsqu'il a acheté toute la cave d’un propriétaire. Si elle n’est pas suffisante, il faut qu’il débatte un nouveau prix avec un autre producteur. L’achat en gros doit donc être divisé en autant d’achats que de caves de producteurs indépendants.

Mais à ce premier inconvénient (pour le négociant)

s'ajoute celui de l’organisation de la vente. Les producteurs se sont groupés sous forme de syndicats ou de caves coopératives justement pour maintenir un certain niveau des prix. Et dans l’attente, ils font appel au crédit agricole. Cependant, le producteur peut avoir.intérêt à ménager un gros acheteur, sachant qu'il a ainsi un débouché annuel certain.

Ensuite, l’achat à long terme n’existe pas. Ce facteur si puissant dans l'établissement et la stabilité du prix de revient d’une entreprise, le négociant en vin ne l’a pas. Les récoltes sont variables d’une année à l’autre, et sur ceci se greffe une spéculation cotant au degré en prévision de la récolte future, récolte qui peut être anéantie par un mauvais temps : jusqu’au dernier moment, tant que la récolte n’est pas définitivement logée, on peut spéculer sur les prix (achat sur souche).

Quant à une réduction sur les prix de transport, le marchand en gros n’est pas assez puissant pour pouvoir agir sur les compagnies : il y a un tarif appliquable pour tout le monde. D'ailleurs, l’achat est trop divisé pour qu’il soit important d’un seul coup. Cependant, le « Parc de Bercy » ou « Terrain Mourer » entrepôt privé de Charenton bénéficie de quelques avantages, la réception se faisant par train entier.

Section II

La vente en gros et demi-gros

La vente en gros existe sur la place de Paris entre marchands en gros. Elle s’entend à l’hectolitre « nu » livré dans les fûts du vendeur prêtés pour 15 jours. Les droits

LE MARCHÉ DU VIN A PARIS 8t:

de circulation ne sont pas payés pour les négociants ayant le crédit des droits.

Sur la place de Paris, il existe une certaine particularité : les vins peuvent se vendre à un prix inférieur à celui pratiqué à la propriété l.. La première idée qui. vient à l'esprit est que ce vin est « frelaté ». Cependant, nous avons vu que dans les entrepôts il est théoriquement impossible de frauder. Peut être existe-t-il des marchands qui se spécialisent dans l’achat de la mauvaise qualité ? Mais il y a une explication à ce cas anormal : c’est qu’il y a des marchands en gros qui achètent des quantités assez importantes de vin dans les hauts cours, et qui liquident leurs stocks pour limiter leurs pertes quand les prix se mettent à baisser. Il y a aussi ceux qui ont besoin d’argent liquide pour une cause ou pour une autre, et qui eux aussi vendent à perte. Enfin, il y a une spécialité de vendeurs, qui heureusement constituent une toute petite minorité : ils achètent à crédit, vendent la marchandise, puis font faillite avant de rembourser !.….

La vente en demi-gros se traite à l’hectolitre rendu dans Paris, droits compris. Elle intéresse les intermédiaires entre le négociant et le consommateur. Citons le dépôt de vin, le café, l’épicerie, etc.

Section III

La vente au détail

Il y a deux sortes de vente au détail : celle pratiquée par le négociant en gros et qui a lieu en fûts (pièces de 220 litres, demi-pièces de 110 litres, quartaut de 55 litres). L'autre pratiquée par le détaillant et qui a lieu en litres.

Richard 6

Avant la guerre, la vente en fûts était importante. Aujourd’hui, elle décline de plus en plus. La preuve en est dans la disparition des anciennes maisons spécialisées dans ce genre de vente, et la prospérité des maisons qui se sont spécialisées dans le deuxième genre : la vente au litre. ;

Avant guerre, l'intermédiaire entre le négociant et le consommateur débitait lui-même le vin qu’il tirait, devant l’acheteur d’un fût. Aujourd’hui la mise en bouteille est centralisée chez le marchand en gros, telle est la particularité du marché de Paris de maintenant. Nous allons revenir sur cette question dans le chapitre suivant.

Section IV

La société coopérative

La coopérative de consommation ne devait pas manquer d’exploiter une branche aussi populaire que le vin. Mais sur ce point, il n’y a rien de nouveau qui ne soit connu.

Leur forme de vente est la forme des sociétés capitalistes à succursales multiples auxquelles elles sont absolument comparables au point de vue de l’organisation rationnelle. Disposant de nombreuses maisons de vente réalisant une intégration horizontale et verticale, jouissant d’une formidable puissance d’achat, scientifiquement dirigées, elles achètent dans les meilleures conditions et répartissent les produits aux moindres frais. Elles en différent par la formation et la rémunération du capital, par la répartition des bénéfices, etc. principes bien connus.

Même pour le vin, il se présente le même cas. L'achat en gros, facilité par le magasin de gros coopératif, obéit comme nous l’avons vu à la loi du rendement non proportionnel. Cependant, une idée peut venir à l’esprit : la coopérative de consommation devrait s'entendre avec la coopérative de production. Et un effort a été « tenté entre les coopératives de consommation de Paris « et les coopératives de production du Midi. Les coopé- « ratives de Paris achetaient toute la récolte 2 fr. plus « chère par hectolitre que dans le commerce privé. « C'était à une époque de mévente, et les coopératives « de vin du Midi étaient contentes de faire passer leurs « produits. Lorsque la mévente cessa, les récoltes étant « moins abondantes, les prix haussèrent, les contrats « passés ne furent plus tenus : les propriétaires aimaient « mieux spéculer à la hausse »1, Et à l’heure actuelle, il n’y a pas encore d’entente entre ces deux organismes qui, régis par les mêmes principes, devraient être faits pour pouvoir s’accorder.

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