‹ Le marché financier en 1900-1901Chapitre 101 sur 132 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Six facteurs principaux, dont llnfluence s'est fait sentir en 1900 : 1° Législation concernant l'émission des banques nationales, l'étalon d'or et la conversion de la dette en 2 0/0, augmentation considérable de la circulation fiduciaire ; 2" Hausse du coton ; 3° Chiffre considérable des exportations constituant les Etats-Unis créanciers de l'étranger ; 4° Rôle joué par le capital américain en Europe ; 5° Réaction dans les marchés commerciaux sauf pour le coton ; 6° Campagne présidentielle. — Le nouveau Currency Act de 1900. — Influence des opérations de conversion et du paiement de la prime sur le marché financier. — Accroissement des billets émis par les banques nationales. — Quantité de signes monétaires en circulation. — Récolte du coton. — Tableau des exportations et importations de marchandises, de métaux précieux. — Marché des fers et des aciers, production, prix. — Récolte des céréales. — Recettes des chemins de fer. — Revue chronologique du marché financier. — Négociation d'emprunts allemands et anglais à New-York. — Achat de la Pennsylvania Coal Company pour compte de l'Erie Railroad ; rôle des syndicats. — Dangers pour l'avenir.

— Clearings de l'année. — Mouvement des transactions à New-York.

— Créations de sociétés. — Finances fédérales. — Dette publique.

L'année 1900 occupe dans les annales financières des Etats- Unis une place moins marquée et une position moins éminente que Tannée qui Fa précédée ou que celle qui sera peut-être dévolue à l'année 1901 (2). On peut envisager 1900 comme une

(1) Par M. Noyés.

(2) Le tableau suivant, emprunté au Financial Chronicle, indiqué sous une forme synthétique quelques-uns des principaux éléments de la situation.

Coin and currency in U. S.Dec. 31 $ 2.429.210.225 2.253.133.438

Bank clearings in United States % 86.160.587.352 94.178.089.233

Business failures $ 138.495.673 90.879.889

période de repos et de préparation plutôt que comme une période d'activité ou de réaction notable. Elle a été remplie en grande partie par la distribution, le classement, la digestion, en quelque sorte, des immenses quantités de titres émis en 1899, en même temps que se produisait Taccumulation de nouveaux capitaux dont l'emploi, à la fin de l'année et au commencement de 1900, a produit des résultats sans parallèle dans l'histoire fmancière de l'ancien et du nouveau monde. Si l'on considère plus en détail l'histoire de l'année, on peut dire que six facteurs principaux, agissant dans une certaine mesure en conflit l'un avec l'autre, ont gouverné le développement financier de l'année aux Etats-Unis. Le premier et le plus important, a été la promulgation de la loi sur les banques nationales, les opérations de conversion en connexion avec la loi sur l'étalon d'or du 14 mars 1900. Les dispositions de cette loi ont rendu possible à la fois une augmentation de la circulation fiduciaire des banques, en même temps que la libération d'une bonne partie du surplus de la Trésorerie, ce qui a eu pour conséquence de ne pas jeter la perturbation dans les réserves des banques, comme en 1900. Le second facteur, celui qui a eu le plus d'influence dans les finances de l'année, a été la hausse énorme du coton (le coton étant, comme on sait, un article dans lequel les producteurs elles négociants américains tiennent la clef de la position). En analysant les détails de quelques-uns des résultats de l'année, je montrerai jusqu'à quel point la fortune de l'intérieur des Etats-Unis a été affectée

Sales at N. Y. Stock Exchaoge. . .shares. Grain and flour at Prod. Exch'e,. . .bush.

Imports of merchandise g

Exports of merchandise $

Net imports of gold $

Gross earnitigs 181 Road s %

Railroad constructed miles .

Wtieat raised bushel-:.

Corn raised bushels.

Oat raised bushels .

Cotton raised baise.

Pig iron produced (tonsof 2.240 Ibs.).

Anthracite coal (tons of 2.240 Ibs.)

Petroleum (rims) production bbls.

Immigration into U. S No .

Public land sales (yr.end'g June 30) acres

par cette hausse. En troisième lieu, et dans une certaine mesure en relation avec la liausse du coton, il faut noter l'augmentation de 202 millions de dollars dans l'exportation, alors que la plus-value de l'importation a été seulement de 30 millions. Il en est résulté, naturellement, une énorme augmentation dans l'actif des Etats-Unis à l'étranger. Comme conséquence de ce troisième facteur, nous rencontrons le quatrième élément : l'apparition du capital américain sur les marchés européens comme une force secourable ; et cela à un point dépassant de beaucoup ce qu'on avait vu à la fm de 1899. L'histoire financière des Etats-Unis en 1900 ne peut pas recevoir l'interprétation convenable si l'on ne se réfère à la chronique des marchés européens. En cinquième heu, on peut placer la réaction qui s'est produite dans presque tous les marchés commerciaux, excepté dans ceux qui concernent les produits agricoles. Ce mouvement de réaction a été le plus marqué dans le fer. Une restriction radicale de la production a été nécessaire afin d'éviter la submersion absolue du marché. L'influence de ce phénomène a été très étendue et mérite une attention spéciale. Enfin un élément non moins important que les autres, mais d'une influence plus temporaire, a été la campagne présidentielle avec la résurrection du « bryannisme ». Je vais passer successivement en revue ces difl'érents éléments dans l'ordre indiqué.

Le nouveau Currency Act a été voté avec peu de difficultés et même sans beaucoup de discussion au Congrès ; il a été accepté comme la suite logique du vote donné en faveur de la bonne monnaie, lors de l'élection de 1900, et comme conséquence également de 1 immense prospérité des Etats-Unis depuis l'approbation de l'étalon d'or. Le seul point en litige entre la Chambre des représentants et le Sénat portait sur la question de savoir si les dollars d'argent seraient ou ne seraient pas échangeables pour de l'or à) la Trésorerie. Le projet de la Chambre disait oui, celui du Sénat disait non; mais il n'y avait pas de controverse relativement au plan de constituer une réserve de 150 millions de dollars en or, mise absolument de côté pour le remboursement des billets des Etats- Unis, avec la disposition que les billets, après remboursement, devaient être conservés jusqu'à ce que de l'or fût présenté pour obtenir des billets en échange. Je n'ai pas besoin de répéter le texte de la loi qui se trouve indiqué aux pages 543, 544 et 545 du Marché financier de 1899-1900. Il me paraît

toutefois utile de reproduire Farticlc 11 (1) qui traite de la conversion des obligations fédérales existantes en obligations 2 0/0 et la section 12 qui étend les facilités pour la circulation des banques nationales. Ces dispositions de la loi ont eu une grande influence sur le mouvement financier de l'année.

Le texte de l'article 11 montre que l'établissement de la prime à payer lors de la remise des obligations fédérales, impliquait un calcul assez compliqué. Les actuaires du Trésor trouvèrent que le montant de la prime variait de 7 à 12 0/0;

(1) Art. 11. — Le Secrétaire du Trésor est autorisé à faire rentrer au Trésor les titres encore en circulation des emprunts suivants : obligations des Etats- Unis 5 0/0, remboursables le l^' février 1904; obligations des Etats-Unis 4 0/0 remboursables le l*'" juillet 1907 ; obligations des Etats-Unis 3 O'O, remboursable le 1" août 1908; et à émettre en échange un montant égal de coupons ou d'obligations enregistrées des Etats-Unis dans la forme qu'il lui plaira de fixer en coupures de 50 dollars et multiples de 50 dollars, portant un intérêt de 2 0/0 par an, payable trimestriellement. Ces obligations seront remboursables à la volonté des Etats-Unis, trente ans après leur émission ; le capital et les intérêts en seront payés en monnaies d'or, conformes à Téta- Ion établi par la présente loi ; elles seront exemptes du paiement de tous droits ou taxes perçus au profit des Etats-Unis, ainsi que de toute taxe imposée sous quelque forme que ce soit par un Etat, une municipalité ou toute autorité locale.

Les obligations des emprunts anciens encore en circulation ne pourront pas être reçues en échange pour une somme supérieure à leur valeur actuelle, calculée de façon à donner un revenu de 2 1/4 0/0 par an; le secrétaire du Trésor est autorisé en considération de la réduction d'intérêt réalisée sur ces titres, à payer aux porteurs des obligations présentées à l'échange, sur les fonds du Trésor n'ayant pas reçu une autre affectation, une somme n excédant pas la différence entre leur valeur actuelle, évaluée comme il est dit ci-dessus, et leur valeur nominale. Les paiements de ces primes seront considérés comme des dépenses faites au compte du fonds d'amortissement créé conformément à l'article 3694 des statuts révisés (a).

Les obligations 2 0/0, à émettre conformément aux dispopitions de la présente loi, ne seront pas émises au-dessous du pair; elles seront numérotées, sans aucune interruption, dans l'ordre même de leur émission, et, quand on

(a) D'après les explications données par M. Lytnan Gage les calculs de Tactuaire du Trésor font ressortir la prime, à la date du 1" avril 1901,

à 5.683 pai- titre nominal de 100 dollars 3 0/0 remboursable le l"' août 1908 à 11.676 — — .4 0/0 -r le 1"" juillet 1907

à 10.075 — — 8 0/0 — le 1" février 1904

l'échange des titres, à Texception des 4 0/0 de 1925 non compris dans l'offre, et les paiements eurent lieu immédiatement. Pendant le premier mois environ 20 millions de dollars furent payés par la Trésorerie aux détenteurs des anciens titres. On verra que ces paiements ont dû avoir une influence considérable sur le marché et aussi qu'ils se produisirent à un moment fort opportun, puisque, lorsque la conversion commença, le Trésor prenait de 3 à 6 millions de dollars par semaine aux banques de New-York. Le tableau suivant emprunté au rapport du secrétaire de la Trésorerie comprend les opérations faites du 14 mars au 15 novembre 1900 (1).

les amortira, les derniers numéros émis seront les premiers remboursés. L'intérêt sur les obligations appelées au remboursement cessera de courir trois mois après le jour où le remboursement en sera offert. Il est assigné, sur les fonds du Trésor D'ayant pas reçu d'autre affectation, pour les dépenses résultant des échanges d'obligations prévues dans la présente loi, une somme n'excédant pas un quinzième pour cent de la valeur nominale des dites obligations, qui sera appliquée au paiement des frais de confection et d'émission des obligations et autres dépenses accessoires.

Art. 12. — Contre remise au Trésorier des Etats-Unis, dans les formes établies par les lois existantes, d'obligations des Etats Unis, toute banque nationale recevra du contrôleur de la circulation monétaire des billets en blanc, enregistrés, et contresignés conformément à la loi, pour un montant égal à la valeur au pair des obligations ainsi déposées. Toute banque nationale qui a effectué un dépôt d'obligations en garantie de sa circulation fiduciaire et qui a émis des billets pour un montant inférieur à la valeur au pair de ses obligations, pourra, en s'adressaut au contrôleur de la circulation monétaire, recevoir le montant de billets de banque en blanc nécessaire pour porter sa circulation fiduciaire à un chiffre égal à la valeur au pair de ses obligations déposées. Les billets provenant de ces émissions supplémentaires seront considérés et traités de même que les billets des banques nationales antérieurement émis et seront soumis à toutes les dispositions des lois relatives aux dits billets.

La suite de l'article prescrit d'exiger un dépôt additionnel d'obligations fédérales, dans le cas où le cours de ces obligations tomberait au-des<îous du pair; interdit de mettre en circulation des appoints inférieurs à 5 dollars et encore le montant de billets de 5 dollars ne doit pas dépasser le tiers de la circulation totale d'une banque donnée.

(1) Jusqu'au 26 janvier 1901, le total converti s'est élevé à 445,8 millions, l'économie du Trésor à 54,5 millions, la prime payée à 43,5, ce qui laisse pour la première année un bénéfice net de 10,9 millions de dollars pour le Trésor. Il a été converti 98,8 millions de 3 0/0, 274,9 millions de 4 0/0, 72 millions de 5 0/0.

Montant Economies Primes Economie

converti sur l'intérêt payées nette

Emprunt 3 0/0 de

Emprunt 4 0/0 de

Emprunt 5 0/0 de

Total $ 352.083.450 $ 43.750.058 $ 34.922.006 g 8.828.052

Sur les 352 millions de dollars de titres remis pour la conversion, 244 millions étaient en la possession du Trésor, comme gage pour la circulation fiduciaire ou les dépôts de fonds du gouvernement dans les banques nationales. Quant aux 108 millions restants, ils furent apportes par des individus et des institutions autres que les banques nationales. Mais une proportion considérable des obligations 2 0/0 nouvelles ont été vendues aux banques nationales et sont actuellement déposées dans la Trésorerie des États-Unis. Avec la stipulation que les banques pourraient émettre des billets pour le montant nominal des obligations 2 0/0 ainsi déposées et non plus seulement jusqu'à concurrence de 9 0/0 de leur valeur nominale, la conversion a facilité grandement les émissions liduciaires.

Tout d'abord il y eut l'occasion pour les banques d'acheter les nouvelles obligations à un prix relativement peu élevé. Les banques qui avaient hésité à acheter des obhgations 4 et 5 0/0 à cause de la prime élevée cotée sur le marché et parce qu'elles étaient exposées à perdre en cas de baisse, les banques furent disposées à acbeter du 2 0/0 qui pouvait s'obtenir sans grande prime et n'était pas beaucoup exposé à tomber au-dessous du pair. Le résultat de ces nouvelles dispositions a été remarquable. Dans les douze mois écoulés avant la fm de février 1900, la circulation totale des banques nationales avait augmenté seulement de 6.532.511 dollars, et cela parce que tandis que beaucoup de nouvelles banques s'étaient fondées et avaient augmenté la circulation, une multitude d'autres banques avait été amenée par le prix élevé auquel se vendaient les obligations fédérales, à renoncer à leur droit d'émission, à revendre les titres et à prendre le bénéfice. Avec la nouvelle loi le tableau change. Au mois de mars 1900, la circulation des banques nationales augmente de 21.518.190,

en avril il sy ajoute 14.325.258, en mai 15.210 560, en juin 9.070.830, en juillet 10.455.637. L'augmentation continue durant le reste de Tannée, mais naturellement dans des proportions plus modestes. En octol)re la progression a été seulement de 599.137. Pour l'année entière au 31 décembre, Taccroissement a été de 93.875.88" et pour les douze mois écoulés du V mars 19 0 au 28 février 1901, l'augaienlation a été de 99.140.783 dollars. L'importance de cet accroissement des instruments de paiement a été considérable.

En particulier, elle a pourvu à une partie des l)esoins de la circulation de la main à la main qui, autrement, aurait dû être satisfaite par des envois de monnaie [légal tender) de TEst à rOuest en dégarnissant la réserve légale des l)anques de l'Est. D'autre part, il y a eu cependant un mouvement considérable de monnaie prise dans les banques pendant le mois de la récolte. Cela a été dû en partie à ce que le billet des banques nationales ne peut pas servir comme réserve de banque et que les banques de l'Ouest et du Sud qui augmentaient leurs engagements étaient obligées de faire revenir du « légal tender » afin de maintenir le taux de leurs réserves. Une autre cause encore c'est que la loi ne permet pas d'émettre des ])illets des banques nationales en coupure inférieure à 5 dollars. Cette disposition a empêché, en grande partie, Fusage qui aurait pu être fait autrement des billets de banque pour la circulation de détail dans les campagnes au moment de la récolte. Mais concédons tout cela. Le seul fait que l'intérieur des États-Unis a pu absorber près de lO'.» millions de billets et encore opérer des retraites dans les réserves des banques de l'Est, donne une idée de la tension qui se serait produite sans le secours de la loi du 14 mars 190). En outre, depuis que les recettes du Trésor continuaient à dépasser énorme aient les dépenses, le déboursement de près de 35 millions de dollars en primes sur les obligations converties a contribué beaucoup à empêcher l'épuisement des ressources du marché par les absorptions du Trésor. Si la loi a été prudemment et sagement exécutée, le mérite en revient presque entièrement au secrétaire du Trésor : son expérience de banquiei' lui a été fort utile à un moment qui, autrement, eût pu devenir critique.

Dans le même ordre d'idées il est intéressant de noter l'immense accroissement du stock monétaire des États-Unis durant les mois qui se sont succédé. Une partie, le tiers envi- R 42

ron, provient de rémission des banques nationales, mais on remarquera aussi que la production de For qui s'élevait à 80 millions de dollars, Tan dernier, a eu sa part. Le tableau ci-dessous montre le progrès.

Monnaie en circulation en dehors de la Trésorerie .

Circulation totale

Or

Billets de banque

1er

janvier

février

lor

mars

\er

1er

mai ,

1er

luin

1er

juillet

1er

août

1er

septembre..

octobre

1er

novembre. .

décembre . .

décembre . .

On observera en passant que l'accroissement net de 82 millions de dollars en or dans la circulation des États-Unis représente pratiquement la production indigène de l'année ; il a été importé seulement 12 millions net et le stock de la Trésorerie a grossi de 10 millions. Le Directeur de la Monnaie estime la production aurifère des Etats-Unis à 79.322.281 dollars en 1900, en plus-value de 8.265.000 sur 1899.

L'émission de nouveaux billets de banque pourvoyait ainsi en grande partie aux besoins de l'intérieur; l'or nouveau permit aux banques d'accroître leurs réserves tout en augmentant les engagements. Le tableau suivant est emprunté au rapport du contrôleur de la circulation (Comptroller of the Currency)

13déc. 1900 29 juin 1900 2 déc. 189&

Nombre de banques 3.952 3.732 3.602

Avances $ 2.706.534.643 2.623.512.200 2.479.819.494

Encaisse métallique ,. 359.672.224 356.013.709 314.825.376

Légal tender notes 142.134.945 146.950.522 114.730.795

Dépôts dus à d'autres banques. 1.044.635.458 1.062.904.304 796.317.490

A des individus 2.623.997.521 2.458.092.757 2.380.610.861

Sans raccroissement considérable de rencaisse (44 millions dans les espèces métalliques, 28 dans les billets) cette expansion énorme dans les engagements (dépôts) eût été hors de question.

J'ai indiqué comme second facteur du développement fmancier, la production et le commerce du coton. Le coton en 1900 a joué le même rôle, au point de vue du maintien de l'énorme balance des exportations, que le blé en 1898, que les métaux en 1899. Sous beaucoup de rapports, la situation du coton était analogue à celle du blé deux ans plus tôt. On s'en rendra compte en jetant un coup d'oeil sur les statistiques du coton. Dans la première semaine de janvier 1900, les estimations du stock visible du coton dans le monde indiquaient le chiffre le plus bas qui eût été enregistré depuis des années ; il y avait une diminution considérable sur les chiffres de 1899 en Amérique comme en Europe.

Stock de coton dans le monde.

Début de

Balles

Début de

Balles

Stock

en Europe.

L'activité de l'industrie avait amené des demandes considérables de coton; la récolte avait été déficitaire aux Indes et en Egypte, l'Amérique semblait la seule source d'approvisionnement. Néanmoins, dans le commencement de 1900, les exportations de coton des Etats-Unis furent moindres que durant la même période de lb99 et les prix ne dépassaient guère la moyenne des années précédentes. Naturellement cela ne pouvait continuer. En février, l'étranger commence à acheter de fortes quantités de coton aux Etats-Unis. La hausse

entravée une première fois, en mai, par la déconliture d'une maison de spéculateurs qui avait essayé de pousser trop rapidement les cou^rs, ensuite au milieu de l'été, par les troubles de Chine, qui menaçaient de réduire le débouché pour les cotonnades, enfin, en septembre, par la résolution des filateurs anglais, exaspérés par les prix extravagants du coton, de s'abstenir pendant un mois d'acheter du coton américain, la hausse n'en continua pas moins. A la base de la situation, il y avait le fait, qu'avec une consommation américaine supérieure à ce qu'on n'avait jamais vu et avec les achats forcés de l'Europe, la récolte des Etats-Unis était de 9.422.000 balles seulement contre 11. 250.000 en 1899 et 11.216.000 en 1898. Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que le prix le plus élevé, dépassant tous ceux cotés depuis 1890, ait été atteint le 30 janvier 1901, lorsque le coton toucha 12 cents la livre.

Le mouvement des exportations forme le point peut-être le plus intéressant à cause de l'influence qu'il a exercée sur la balance du commerce extérieur des Etats-Unis. Le tableau cidessous indique les exportations de coton en quantités et valeurs, mois par mois, en 1900 et 1899 et le cours du coton au milieu du mois.

Exportation en colon

^Balles ' Valeur (dollars) Prix par livre

Janvier 719.051 1.006. 123 27.989.251 28.951528 7 3/4 c. 6 1/8c.

Février 734.524 558.475 30.848.169 17.526.440 8 7/8 6 5/8

Mars 704.396 362.181 83.609.333 H. 320.053 9 7/8 6 3/8

Avril 524.371 266.098 24.684.078 8.421.733 9 3/4 6 1/8

Mai 250.488 315.554 11.830.931 9.678.347 9 7/8 6 1/4

Juin 147.222 270.886 6.749.277 8.338.689 9 1/8 6 3/8

Juillet 156.008 181.183 7.647.608 5.457.692 10 1/4 6 1/4

Aoùl 107.444 110.549 5.242.103 3.612.975 10 6 1/8

Seplemb-e.. 386.913 .Vil. 719 20.198.775 17.082.792 10 3/4 6 3/8

Octobre 1.213.355 790.855 60.473.790 28.348.418 10 3/8 7 1/4

Novembre... 841.849 711.764 41.576.130 26.522.139 9 7/8 7 5/8

Décembre... 882.615 683.950 44.153,788 25.831.110 10 7 3/4

Total.... 6.668.236 5.785.337 314.103.233 191.091.916

Le point particulièrement intéressant de ce tableau se trouve en ce qu'il montre d'une part une augmentation de 16 0/0 seulement dans les quantités exportées en 1900 sur 1899, alors que les valeurs ont augmenté de 60 0/0. Or ce sont les valeurs, non pas les quantités, qui comptent dans les balances de

Texportation et du comiiiercc intérieur. Dans le tableau qui précède, on trouve Texplication non seulement de l'accroissement de 119 millions de dollars dans les exportations agricoles de 1900, accroissement provenant presque entièrement du coton, mais encore l'immense accroissement de la prospérité dans les Etats du Sud. La valeur sur place de la récolte américaine de coton en 1900, calculée par la bourse de la Nouvelle-Orléans, est de 357 millions de dollars contre 260 millions pour celle de 18^.9. L'influence de la campagne présidentielle sur les affaires financières de 1900 a été d'un caractère spécial et peu accoutumé. Tout le monde savait, longtemps avant la désignation officielle en juin, que les mêmes candidats qu'en 1896 se trouveraient en présence.

Le résultat vérifia les prédictions : M. Mac Kinley fut désigné par les républicains, M. Bryan par les démocrates. Il fut remarqué par des observateurs judicieux du marché, qu'à l'époque de la désignstion des candidats, i) n'y eut pas de baisse des cours comparable à celle qui avait accueilli la candidature de M. Bryan, quatre années plus tôt. Les gens prévoyants et avisés de Wall Street en conclurent qu'il n'y avait pas d'appréhension réelle concernant le résultat des élections Le cours des événements justifia leurs prévisions.

Un trait particulier de la campagne présidentielle, c'est le rôle important qu'a joué limpérialisme, le contrôle de possessions éloignées par les Etats-Unis. Au milieu de l'été, il fut clair que même cela ne serait pas une matière de grande importance. Une tentative fut faite d'organiser un troisième parti dont le programme constituerait une protestation contre la politique d'expansion du président Mac Kinley : ce mouvement échoua entièrement et il fut impossible de mettre des candidats dans le champ. M. Bryan reprit alors la question de limpériahsme, sans s'inquiéter de l'échec subi par des gens sincèrement dévoués à la question. Il trouva, comme on pouvait s'y attendre, que les objections à l'impérialisme furent écartées en présence du danger que créait la résurrection de la question monétaire, qu'il avait imposée jà son propre parti. Lorsqu'en automne il vint à New-York, dans le cours de ses tournées électorales, il fut forcé par les défis de ses adversaires de reprendre la question de létalon d'or; ses discours sur cette matière, et sur d'autres analogues, décidèrent de sa fortune politique, si déjà le sort n'en était pas déjà résolu.

Tous ces développements furent entièrement compris par

les intérêts principaux en relation avec le marché financier. Cependant, au fur et à mesure qu'on approchait de l'élection présidentielle, il y eut une baisse continue des prix, résultant de ventes et de réalisations des deux côtés. Passant en revue l'histoire de l'année, il est impossible d'éviter la conclusion que la plus grande partie de ces réalisations était due non à des craintes véritables concernant le résultat des élections, mais à la croyance, fondée sur l'expérience de 1896, que les prix tomberaient à un cours avantageux avant la fm de la campagne, et que par conséquent il était sage de se défaire de ses titres, d'avoir des capitaux disponibles qu'on pourrait employer utilement dans les bas cours. Le résultat naturel de ce mouvement fut qu'avec chaque baisse nouvelle, les ordres d'achat devenaient plus considérables et qu'il était de plus en plus difficile de déprimer le marché. Eventuellement, même avant l'élection, le mouvement de descente fut arrêté et remplacé par de gros achats, qui représentaient les ordres de gens qui s'étaient défaits de leurs titres et qui arrivaient à la conclusion qu'on ne pouvait attendre des prix plus bas. En plus de ce mouvement indigène, il y avait d'énormes affaires en primes sur le marché de Londres, qui ont placé les spéculateurs anglais dans la position de vendeurs à découvert et les ont ol)ligés à racheter peu de temps après l'élection. Le résultat à la bourse fut d'abord une reprise graduelle, puis lorsque la grandeur des ordres d'achat fut Constatée, un furieux mouvement en avant, qui vit terminer l'année dans une des plus violentes hausses que Ton ait constatées à New-York. On ne saurait donc dire que l'élection présidentielle ait exercé la même influence sur la situation qu'en 1896 : elle a été cette fois un incident, non une cause. Il est possible que lincertitude, réelle ou prétendue, qui a amené la baisse à la Bourse des valeurs durant la période avant l'élection, ait conduit à l'hésitation dans les marchés commerciaux. Mais même cela est douteux.

Le marché des fers, durant l'année, a été sous l'action de deux causes principales, dont aucune n'est en rapport avec la situation politique de l'année. L'une, c'est que les prix avaient été poussés à un niveau tel que certains consommateurs commencèrent à se demander s'ils étaient en mesure d'acheter à ces prix, tandis que d'autres consommateurs adoptèrent l'attitude de la réserve et se dirent qu'il valait mieux attendre la réaction qui était inévitable. Au début de l'année, la fonte se

vendait à 22 dollars 50 la tonne, les aciers et les produits manufacturés se payaient en proportion. Ces prix représentaient une hausse de 100 pour 100 sur ceux de l'année précédente. Dans les premières semaines de 1900, il y eut de nouveaux efforts pour faire hausser les prix, et à un moment, en janvier, on cota 24 dollars la tonne. Pendant que cela se passait, on remarquait une augmentation continue dans les stocks disponibles et à vendre. Il était évident qu'un semblable mouvement ne pouvait continuer indéfiniment; en fait, le retrait des acheteurs du marché progressait avec une extrême rapidité. Au nombre des influences affectant le marché, une des plus considérables fut la grève de tous les ouvriers en construction à Chicago, par suite de laquelle toute demande pour les fers de construction cessa de ce côté.

Une autre cause de réaction pour le marché américain fut la condition des marchés de consommation étrangers, où Ton vit que les exportations américaines ne rencontreraient plus les mêmes débouchés, depuis que la demande se ralentissait encore plus rapidement en Angleterre et sur le Continent européen qu'à New-York. La restriction dans la production qui suivit, a été très remarquable, non moins que la reprise qui a commencé vers la fin de 1900.

Afin de donner une idée de ce double mouvement, je donne, d'après Vfron Age de New- York, les chiffres de la production de fonte hebdomadaire, le premier de chaque mois et ceux des stocks non vendus.

Production hebdomadaire Stocks

Janvier Tonnes 294.186 127.346

Février 298.014 148.336

Mars 292.643 185.152

Avril 289.482 197.532

Mai 293.850 241.077

Juin 296 376 334.680

Juillet 283.413 421.038

Août 244,426 504.341

Septembre 231.778 625.157

Octobre. 223.169 670.531

Novembre 215.304 641.466

Décembre 228.846 556.636

Au premier janvier 1901 la production hebdomadaire était de 250.351 tonnes et les stocks de 548.003. Deux mois plus tard, sans aucune addition aux appro vision-

nements disponibles, on enregistrait une production hebdomadaire de 292.889 tonnes, c'est-à-dire qu'on se rapprochait du chiffre de février, de juin 1900.

Nous indiquons ailleurs les exportations du fer manufacturé.

La diminution de la demande de Fétranger dans les premiers mois de 1901 et Ténorme demande indigène forment partie d'une autre année, de même que l'étonnante combinaison financière qui a abouti à un groupement de l'industrie de l'acier, avec un capital de J .100.000.000 de dollars, en vue de racheter les diverses combinations existantes et de mettre un terme à la concurrence. La réaction dans le marché des fers et aciers en 1900 ne peut cependant être complètement analysée sans référence aux incidents sensationnels qui en ont marqué le début. Parmi les promoters qui avaient été mis en lumière par la transformation en sociétés des immenses industries du fer en 1898 et 1899, il se trouvait beaucoup d'individus avec de fortes dispositions à spéculer et qui étaient mis dans des positions de grande puissance. Parmi eux se rencontrait une clique qui, en réalité, contrôlait les fmances de V American Steel and Wire Company, une société avec 50 millions de dollars en actions ordinaires et de 40 millions en actions privilégiées. C'est cette clique qui, le 16 avril 1900, fit publier un « interview » extrêmement pessimiste concernant l'avenir de l'industrie métallurgique, interview avec son principal meneur; elle fit suivre cet « interview » d'une baisse des prix, de la fermeture des laminoirs et de la vente en masse d'actions industrielles à la Bourse. Un effort considérable fut fait pour chasser le spéculateur en question de la position puissante qu'il occupait dans la Compagnie, mais il échoua entièrement. Le spéculateur ne put être délogé, jusqu'à la constitution du gigantesque trust de l'acier en 1901, lorsque son nom fut tranquillement rayé de la liste des administrateurs.

Au commencement de 1901, il s'est constitué le grand trust de l'acier, qui est comme l'aboutissant fmal du mouvement de concentration qui s'était accentué d'une manière continue en ces dernières années. En 1898, cette concentration avait été portée à son maximum par la fusion et l'absorption de plusieurs entreprises les unes dans les autres ou par les autres ; en sorte que la production américaine était presque totalement assurée par trois grandes sociétés : la Fédéral Steel Company, la National Steel Company et la Car-

negie Steel Company. Cette dernière était la plus puissante de toutes, ayant à sa disposition non seulement des mines immenses, mais encore des moyens de transport, flotte ou chemins de fer, lui appartenant en propriété. La Fédéral Steel Company et la National Steel Company .moins importantes, étaient cependant des rivales considérables. Et autour de ces trois colosses gravitaient et prospéraient d'autres sociétés, dont la raison de subsister était leur spécialisation dans certaines branches de l'industrie commune; citons la National tube Company ; V American steel and wire Company of New- Jersey, V American tin plate Company ; VAmerkan steel hoop Company; V American sheet steel Company. Ce sont ces diverses compagnies qui, avec les trois premières, forment le trust actuel de l'acier sous Fappellation de United States Steel Corporation.

M. P. Morgan, le grand financier de New-York, a été la cheville ouvrière de la coahtion, dont le capital, atteint 5 milhards 770 millions de francs sur le papier.

Le syndicat de l'acier a été constitué conformément aux lois de l'État de New-Jersey, avec la faculté d'acquérir les titres du capital privilégié et ceux du capital ordinaire des compagnies nommées ci-dessus. Quant à la réalisation des opérations financières auxquelles a donné lieu la formation du trust, elle a été confiée à un syndicat financier sous la direction de MM. P. Morgan et Cie et composé de gros détenteurs de titres des compagnies en cause.

A la Compagnie Carnegie il est fait une situation particuhère. Alors que les titres des autres Compagnies sont échangés contre des titres de Y United States Steel Corporation, M. Carnegie, moyennant paiement, se défait au profit de la nouvelle Société des titres qu'il possède dans la Carnegie Company, et, d'autre part, les porteurs de titres de cette Compagnie qui ne souscriraient pas à l'accord intervenu seraient remboursés purement et simplement. Quant au paiement à M. Carnegie, il s'opère pour la plus grande partie en obligations de V United States Steel Corporation. Pour pourvoir au surplus, payable en espèces, et au reml)oursement des porteurs dissidents de la Carnegie Company, V United States Company émet des obligations 5 0/0.

Quant aux autres Compagnies, la répartition des nouveaux titres se fait au prorata de leurs apports et dans des proportions convenues. La circulaire de MM. P. Morgan et Cie, que

nous avons sous les yeux, établit le pourcentage qui se ramène, eu égard au capital de chaque Compagnie, au tableau suivant :

Capital ancien Dollars

Capital nouveau Actions privées Actions ordinaires

Dollars

Dollars

Fédéral steel :

Privilégiées 53.260.000 58.586.990 -^

Ordinaires 46.484.300 1.859.373 49.970.623

American Steel and Wire :

Privilégiées 40.000.000 47.000.000 —

Ordinaires 50.000.000 — 51.250.000

National Tube :

Privilégiées 40.000.000 50.000.000 -^

Ordinaires 40.000.000 3.250.000 50.000.000

National Steel :

Privilégiées 27.000.000 33.750.000 —

Ordinaires 32.000.000 ^ 40.000.000

A7nerican Tin :

Privilégiées 18 . 325 000 22 . 906 . 250 -^

Ordinaires 28.000.000 5.600.000 85.000.000

American Steel Hoop :

Privilégiées 14.000.000 14.000.000 —

Ordinaires 19.000.000 — 19.000.000

American Sheet :

Privilégiées 24.500.000 24.500.000 —

Ordinaires 24.500.000 — 24.500.000

Totaux 457.070.200 261.452.612 269.720.023

Les sept compagnies dont le capital total était de 457 millions de dollars, voient, par l'effet du trust, augmenter ce capital de 74 millions de dollars environ, dont 44.000.000 de majoration pour le capital privilégié et 30.000.000 pour le capital ordinaire. D'autre part, il faut tenir compte de ce que les actionnaires de la Carnegie Company recevront 160.000.000 de dollars de plus que leur capital, ce qui porte l'augmentation de capital du trust, par rapport à celui des sociétés participantes, à 234 millions de dollars.

Nous disions que ce capital était de 5 milliards 770 millions en francs. Gela ressort des chiffres d'émission tels qu'ils ont été fixés par le syndicat financier. Nous lisons en effet que rémission du capital stock de la United States Steel Corporation

est de 850 millions de dollars, dont une moitié eu prefered stock, et Tautre moitié en common stock et que la Compagnie émet aussi des obligations 5 0/0 dont le montant n'excédera pas 304 millions de dollars ; soit au total 1.154 millions de dollars.

Il y a là une augmentation peut-être exagérée dont on ne peut pas ne pas tenir compte quand on veut supputer, comme nous le ferons en terminant, quelle sera la puissance effective du trust américain. Étant donné que les huit compagnies réunies n'ont au total qu'un capital de près de 4 milliards, on voit dans quelle proportion considérable s'est faite la majoration, et encore convient-il d'observer, avec M. Pierre Leroy- Beaulieu, que, ces compagnies elles-mêmes résultant de la fusion de plusieurs autres, il est très probable que leur capital avait été fortement majoré, en sorte que le capital nominal du nouveau trust représente une majoration énorme, qu'il ne serait pas déraisonnable d'évaluer à 100 0/0.

Gela nous amène à nous demander quel sera l'effet du trust de l'acier, et notamment s'il y a lieu de jeter l'alarme dans le monde de l'industrie métallurgique.

M. Pierre Leroy-Beaulieu ne pense pas que l'on doive avoir des vues aussi pessimistes. D'abord les observations qui précèdent sur la constitution du trust lui-même, sur sa consistance au point de vue financier, sont de nature à dimmuer l'inquiétude, sinon à la supprimer. Nous avons vu que la majoration de capital du trust était considérable, égale, d'après certaines évaluations, à 100 0/0. Il y a là déjà un symptôme qui peut faire réfléchir sur le pouvoir de domination universelle du syndicat. Pour une entreprise aussi colossale, il faut que l'on puisse commencer par jeter en quelque sorte l'argent par les fenêtres. Le trust le pourra-t-il autant qu'on le craint, étant donné son énorme majoration de capital? Ne sera-t-il pas obligé de réaliser des bénéfices dans un temps très court afin de rémunérer les capitaux nominalement engagés ?

Mais il y a plus. La formation de ce trust formidable n'est que la conséquence, et la conséquence la plus directe, presque la plus nécessaire, du système de protection qui régit les États-Unis. Un pareil syndicat, cela saute aux yeux, ne peut être conçu que sur un marché fermé aux produits étrangers : aussi puissant que soit son pouvoir d'absorption, il n'en est pas un qui serait en état de lutter contre le libre affliix cïc marchandises inondant le marché intérieur et lui imposant la

loi do la concurrence. Donc, pas de protection, pas de trust. La question est de savoir si le consommateur américain va se laisser rançonner à merci; on a pu estimer qu'en dix ans le résultat de la protection sur le fer et Facier avait été de faire payer aux Américains 56 millions de dollars de plus que le prix moyen en Angleterre ; jusqu'à présent il a fait preuve d'une certaine patience en face des coalitions de producteurs, soit parce qu'elles laissaient subsister la concurrence, soit parce qu'elles n'avaient qu'un caractère éphémère. C'est ainsi, par exemple, que jusqu'en 1897, un pool s'étant formé, le gouvernement payait pour les cuirasses de ses navires 563 dollars la tonne ; et qu'à partir de la dissolution de ce pool en 1897, le prix tomba brusquement à 240 dollars. Ici, au contraire, nous nous trouvons en présence d'un véritable monopole de fait, en présence d'une presque unité de production, et cela, non plus en vertu d'une convention passagère, mais par la création d'un organisme gigantesque destiné à durer (1).

Derrière ces facteurs nombreux, qui ont exercé leur influence spéciale sur le marché financier en 190 ), on trouve les mêmes éléments qui avaient agi durant les deux années précédentes, notamment les énormes excédents des exportations sur les importations. En voici la comparaison de 1893 à 1900 :

En millions de dollars

Le solde en faveur des exportations en 1900 dépasse même celui de 1898. L'augmentation dans les exportations seules était même plus remarquable, puisque l'on se trouvait en présence d'une progression inouïe dans les importations. Afin de montrer comment cela a été obtenu, je donne la comparaison détaillée du commerce extérieur des Etats-Unis en 1898, 1899 et 1900.

(1) D'après VInvestors Review, M. Carnegie a reçu pour sa part 80 millions de livres st., dont 60 millions en obligations 5 0/0 or. Le syndicat financier a mis a la disposition de l'U. S. Steel Corporation un fond de roulement de 125 millions de francs. La corporation possède 78 hauts fourneaux, ayant une capacité annuelle de 6.500. OCO tonne?, 149 aciéries, 70 0/0 des mines de minerai du Lac Supérieur qui ont donné en IPOO 12.725.C00 tonnes, etc.

Produits de ragricuUure S 904.658.958 782.133.405 851.915.76-2

De l'industrie 441.406.942 380.787.891 307.924.994

Mines 39.222.902 33.279.187 25.851.092

Forêts 54.481.146 47.562.121 39.030.313

Pêcheries 8.074.684 5.637.077 5.819.208

Divers 5.169.027 3.532 633 3.016.771

Total % 1.453.013.659 1.252.932.344 1.233.558.140

Ce tableau montre que, comparée avecFune des deux années précédentes, chacune des branches de l'exportation indique une plus-value considérable. J'ai déjà fait voir que la plusvulue pour les produits agricoles était due à la position du coton. Cela ressort encore mieux d'une comparaison des principaux produits agricoles exportés dans les trois dernières années (1).

Exportations agricoles.

Articles aliineQtaires(céréaies)$ 242.733.036 259.447.471 308 757.363

Coton 314.103.233 191.091.916 232.437.865

Provisions 169.635.588 16S.946.436 163.947.811

La plus-value dans les exportations de coton a compensé la diminution dans celles du froment. Mais les exportations de produits manufacturés montre une progression encore plus étonnante.

Produits manufacturés, cuivre.... $ 57.548.700 43.042.786 34.789.808

Coton 20.722.257 24 858.929 19.594.480

Feret acier 129.633.480 105.690.047 82.771.550

Cuir 27 169.014 26.809.833 21.916.822

Laine 11.514.456 10 383.412 9.264.356

ZiDc 2.316.981 885.753 1.172.124

(1) Le solde en faveur des exportations est de 640 millions de dollars. On a supposé qu'il était rentré en 1900 200 millions de dollars de valeurs mobilières, que 100 millioQs ont p lyé les frets, que les touristes américains ont dépensé 100 autres millions, qu'une somme égale a été nécessaire pour les dividende=, intérêts de valeurs placé, s à l'étranger et qu'enfin 100 millions ont été avancés en Angleterre, en Allemagne et ailleurs. Ce sont naturellement des calculs conjecturaux.

Le fait remarquable en ce qui concerne les fers et aciers, c'est que les prix ont été beaucoup plus bas qu'en 1899 ; cependant, si grandes ont été les quantités exportées que ladiminution des valeurs a été plus que compensée grâce à Taugmentation des quantités.

Nous donnons ci-dessous le tableau comparé des importatations :

Importations.

Produits alimentaires....... g 219.329.205 229.977.787 ]87.829.802

Matières premières.., 280.359.404 267.567.861 199.255.637

Produits à demi fabriqués... 84.785.196 75 387.686 59.127.686

Produits manufacturés 132.443.646 118.364.400 104.804.809

Articles de luxe 112.101.886 107.669.676 83.946.514

Total 829.019.3.37 798.967.410 634.964.448

L'augmentation est générale sauf dans les articles alimentaires, mais elle est surtout considérable dans les produits manufacturés et dans les matières nécessaires à l'industrie,

Houille $ 5.019.553 3.882.430 3.569.572

Cuivre 15.776.370 12.424.973 4-814.502

Fils et tissus de coton .... 42.714.455 36.581.272 29.399.892

Fibres 7.687.293 6.617.338 4.164.339

Peaux 51.590.433 51.087.659 39.906.373

Fer et acier 20.443.908 15.800.579 12.474 572

Bijouterie 15.986.125 21.090.451 11.979.364

Soies 29.719 518 27.880.684 25.287.419

Suere 91.742.493 108.124.919 77.934.097

Etain 19.458.586 16.746.105 8.770.221

Tabac 14.867.897 11.789.539 8.580.162

Laine 19.210.062 11.659.641 11.586.586

Le mouvement de l'or a été, en 1900, comparé aux deux années antérieures.

Importations 66.738.025 51.334.964 158.163.952

Exportations 54.134.623 45.379.411 16.194.954

Surplus des importations. 12.603.402 5.955.553 141.968.998

L'importance peu considérable des importations d'or, en présence de Texcédent énorme des exportations de marchandises, permet de mesurer en partie combien a été grande Taugmentation des montants au crédit des Etats-Unis à l'étranger. Peut-être le fait le plus caractéristique, c'est que tandis que nos exportations d'or vers l'Europe ont augmenté de 10 millions de dollars sur 1899, les importations du Klondyke canadien ont augmenté de 11 millions de dollars, celles d'Australie de 4.400.000 dollars. La production américaine, simultanément, s'est élevée à 79.322.281 dollars en 1900, contre 71.053.400 dollars en 1899 et 64.463.000 en 1898.

Nous avons déjà parlé de la récolte du coton. Le tableau suivant montre la production agricole et indique l'importance de la contribution de l'agriculture à la richesse des Etats Unis.

Production des céréales en bushels

Froment 522.229.505 547.303.846 675.148,705

Maï3 2.105.102.516 2.078.143.933 1.924.184.650

Avoine 809.125.989 796.177.713 730.906.643

Seigle 23.995.927 23.961.841 25.657 522

L'insuccès partiel de la récolte des blés de printemps a diminué le total de la production du froment, mais les prix ont compensé la perte pour l'agriculture au point de vue des quantités. Voici l'estimation de la valeur des récoltes :

Froment 328.525.177 319.545.259 392.770.320

Maïs 751.220.034 629.210.110 552.023.428

Avoine 208.669.233 198.167.975 186.405.364

Seigle 12.295.417 12.214.118 11.875.350

Comme un dernier indice de la prospérité de l'année on peut invoquer les recettes de chemins de fer. Le maintien des tarifs existants d'un énorme trafic ont produit le résultat étonnant qui suit :

l"janv. au 31 déc. 1900 1899 Aufjmentalion 0/0

(181 lignes) —

Mille de chemins de fer... S 162.981 158.146 4.835 3,06

Recettes brutes 1.447.080.890 1.340.059.724 107.421.174 8,02

Dépenses d'exportations.. 974.373.198 895.517.424 78.855.774 8,81

Recettes nett.. Ses.... ' 473.107.700 444.542.300 28.565.400*6,43

Le tableau suivant indique la répartition des recettes entre les principaux groupes en milliers de dollars. Le Nord-Ouest, où la récolte de froment avait été relativement déficitaire, a souffert, tandis que le gain du Sud et du Sud-Ouest, grâce à la récolte du coton, a été immense.

Recettes brutes

Recettes

nettes

i" janv. au 31 déc.

DifTerence

New Eng —

Trunk Unes..

Anthra. coal.

Middl.'

Mider Westh'

Northwest'n. ,

Southwest'n..

North Pacific

South Pacific.

Southern

Mexican

Total (181 r'.

Ayant passé en revue les causes et les conditions principales qui ont affecté le marché financier des Etats-Unis en 1900, il vaut la peine d'en faire rapidement Fexposé chronologique. Le marché a débuté sous Tinfluence du resserrement de l'argent, car au commencement de janvier 1900, les emprunts européens n'avaient pas cessé et les réserves des banques de New- York étaient encore à un niveau très bas. Dans les premiers jours de 1900, l'argent at call haussa à 12 O/o à New- York ; néanmoins la Bourse était très ferme Le mois de janvier est celui durant lequel les banques espèrent des accroissements de réserve, parce que l'emploi des capitaux dans l'intérieur est beaucoup plus restreint. Les capitaux refluent de la périphérie vers le centre. Aussi, durant le mois de janvier et de février, les réserves augmentèrent considérablement et les avances progressèrent encore plus. Le mois commença avec la continuation des exportations d'or en Europe, qui avait marqué la fin de 1899; mais l'abaissement général et continu du taux des banques européennes corrigea l'inégalité du marché intérieur et étranger. Par suite, l'expédition de l'or cessa, pour le moment au moins, en janvier. La rapidité avec laquelle les réserves des banques augmentaient, peut être jugée parle fait que le bilan de la troisième semaine de janvier

ETATS-UMS 677

montre une plus-value de 11.500.000 dollars en espèces, dont une moitié provient de Fintérieur et Fautre de la Trésorerie.

La guerre du Transvaal continuait à exercer une influence défavorable par suite de la crainte de voir renouveler des retraits (exportations) de capital américain en Europe. Une ou deux fois, il y eut de la hausse sur le marché des blés, à la nouvelle de défaites anglaises. Néanmoins l'argent oïi call continuait très facile et, à chaque réaction en baisse de la Bourse, il y avait de forts achats. Le marché des valeurs mobihères fut donc irrégulier dans la première partie de Tannée et il n'y eut rien de bien sensationnel dans ses mouvements. Quelques doutes sur la situation furent provoqués par Taccroissement rapide dans l'importation des marchandises. Ainsi le commerce extérieur en janvier 1900 indiquait une plus value de 17.500.000 dollars dans les importations et seulement de 2.300.000 dans les exportations. Cela fut corrigé plus tard, mais cela ne restait pas moins un élément de doute et d'incertitude durant le premier semestre ; plus tard on s'aperçut que le mouvement d'importation avait atteint son extrême limite.

Au début de mars, la Bourse recommença à hausser, d'abord avec le concours des achats de Londres, plus tard en dépit de réalisations et de liquidations considérables pour compte européen. Les actions industrielles haussèrent avec grande rapidité en mars et avril, et ce ne fut pas avant la fin du mois que le marché pour les valeurs de fer et d'acier fut démoralisé par les mouvements de la spéculation et par le coup de bourse des administrateurs de la Steel aud Wire Company. Cette démoralisation fut suivie d'une hausse du change étranger, avec des exportations d'or vers la France, à la fin d'avril. Ces exportations d'or ont continué durant \(\ mois de mai, les expéditions de cette période ce sont élevées à 12.200.000 dollars. Par-dessus tout cela, arrivèrent des nouvelles concernant de sérieux dommages faits aux récoltes du Nord-Ouest par un hiver extrêmement rigoureux. Le froment haussa rapidement en juillet, les rapports officiels indiquèrent la condition du blé de printemps comme répondant à 55 d/») de la normale, alors qu'on avait indiqué 91 3/4 en 1899. Ces circonstances, avec la désorganisation visible dans le marché du fer, produisirent un mouvement défavorable dans les marchés financiers et une stagnation des affaires. Simultanément, à la fin de juin, arriva la désignation de M Bryan comme candidat pour une nouvelle campagne contre la honne monnaie. J'ai déjà signalé riiifliicnce R. 43

de ce facteur sur les marchés de l'année. Il est seulement nécessaire de dire que le stock market demeura faible jusqu'à le moitié d'octobre, lorsqu'un changement dans les mouvements de l'or, résultant en des expéditions de Londres pour New- York et l'approche de 1 élection présidentielle, amenèrent de grands achats et l'anticipation de ce qui s'est produit depuis lors.

En même temps l'excitation dans le marché du coton persistait, et même avant la réception de l'or d'Europe, de grandes consignations furent faites d'Australie à San-Francisco et expédiées directement à la côte du Pacifique et de là à New- York. Un des incidents remarquables vers la fm de l'année fut la hausse de l'argent-métal, les causes de la reprise sont étrangères et non américaines, elles ont leur origine principalement dans les conditions financières de l'Inde. Elles ont aidé la situation américaine par suite de la plus-value considérable de l'argent exporté. Voici le mouvement du métal blanc :

Exportations Importations

Il est probable cependant qu'une augmentation immédiate dans les expéditions d'or de New-York à Londres fut responsable de Tarrôt dans le mouvement de hausse de l'argentmétal. Après l'élection présidentielle il y eut un arrêt temporaire dans la hausse des valeurs mobilières, mais ce fut seulement comme si on avait voulu prendre mieux le marché en main. Avant la fm du mois l'achat de titres à New-York se fit sur une échelle inconnue jusqu'alors. Tout comme en 1896 et en 1890 les achats eurent lieu sans qu'on tînt compte le moins possible des conditions du marché monétaire qui était alors aux environs du taux de 6 0/0.

Deux facteurs en 1900 méritent d'être relevés ici : Le premier a été la négociation de titres d'emprunts étrangers à New- York (l).Le 7 août eut lieu l'émission de bons de l'Echiquier an-

(1) Le premier exemple d'un emprunt étranger placé aux Etats-Unis, c'est lorsqu'en juillet 1899, J. P. Morgan et Gie avec un groupe de banquiers allemands entreprirent la conversion de 110 millions de dollars de la dette mexicaine, dont 25 millions furent émis aux Etats-Unis. Au mois de mars 1900,

glais et il se trouva que, par suite d'un arrangement préalable avec lechajicelier de rEchiquier,des souscripteurs américains, comprenant principalement quelques-unes des principales Compagnies d'assurances, avaient obtenu une très grande partie de l'emprunt. Cet incident fut suivi le 13 septembre par la nouvelle que le gouvernement allemand avait vendu pour 20 millions de bons du Trésor à des banquiers de New- York. Il est nécessaire de faire remarquer qu'aucun de ces deux emprunts ne fut pris avec grand enthousiasme par le public, en général, mais que les titres furent gardés dans les coffres-forts de quelques grandes Compagnies ayant des place uients à faire. On peut dire la même chose de l'emprunt suédois et de nombreux petits emprunts européens dont une partie a été placée à New-York durant l'année. En résumé, cependant, le résultat de ces opérations confirme une indication enregistrée par l'expérience en 1899, c'est que le public américain n'est pas disposé à faire des placements importants dans des titres de cette nature et que la distri])ution (classement) se ferait sur une très petite échelle. Si l'on ajoute à cela l'indignation ressentie h Londres et à Berlin concernant les termes concédés par les ministres des Finances aux gens de New-York et le fait qu'il est difficile aux détenteurs américains d'échapper à l'income-tax sur les fonds anglais, l'année a laissé la môme conviction que l'année précédente, c'est-à-dire qu'il est peu vraisemblable que le capital américain cherche régulièrement un gros débouché dans ce genre de placement.

les mêmes Morgan reçurent des souscriptions à l'emprunt anglais et en placèrent 12 millions à New- York ; en août, ensemble avec Baring Magoun et Co, ils reçurent des soiiscriptioDs à l'emprunt de 10 millions de livres en bons de l'Echiquier 3 0/0; les demandes américaines auxquelles il fut attribué 28 millions de dollars s'étaient élevées à 55 millions. En septembre, Rtthn Loeb et Cie, et le National City Bank négocièrent 80 millions de bons 4 0/0 du Trésor allemand. Le National Park Bank mit en vente 10 millions de dollars de fonds suédois. En octobre une partie de l'emprunt 4 0/0 do Hambourg fut vendue, en novembre des souscriptions furent reçues pouf un emprunt 4 0/0 de la ville de Cologne. Au début de l'année George D. Cook etMason Lewis Co vendirent 2.500.000 dollars d'obligations de l'Etat de Jalisco (Mexique). En février 1900 la New-York Life Insurance prit 10.000.000 dollars d'obligations de chemins de fer russes (Vladicaucase et Sud-Est) et un syndicat à la tête duquel était la New-York Security and Trust Company en prit 15 millions. Ce sont les principales affaires faites, en dehors desquelles on a réussi à écouler également d'autres obligations d'Etats et de municipalités.

Le second incident, et le plus important par suite de ce qu'il laissait entrevoir, ce fut 1 annonce faite le 11 décembre que la Pennsylvania Coal Company avait été achetée par J. P. Morgan et Gie et vendue à la Compagnie du chemin de fer de lErié.

L'intérêt principal de cette transaction consiste dans ce que les opérations du commerce du charbon, demeuré indépendant contre le syndicat de la houille, convergeaient vers la Pennsylvania Coal Company qui, non seulement avait d'importants intérêts d'anthracite propres, mais qui encore possédait le Delaware et Kingston Railroad,par lequel les opérateurs indépendants espéraient obtenir un débouché commode pour leurs produits dans l'Est.

Le capital actions de la Pennsylvania Coal Company s'élevait à 5 millions de dollars que la Bourse, au milieu de 1900, évaluait à 20 millions et que J. P. Morgan et Cie, et plus tard l'Erie Railroad ont payé 32 millions, ce qui montre jusqu'à quel point le capital était disposé à aller pour supprimer l'opposition. Cette œuvre des syndicats par laquelle se termine l'année 1900 a servi de préface aux événements extraordinaires de 1901 qui ont successivement révélé l'achat du Southern Pacific-Railroad par le syndicat de l'Union Pacific.

La fusion des Compagnies de l'acier dans un trust au capital de plus d'un milliard de dollars, les opérations extraordinaires avec le Chicago Milvaukee et Saint-Paul et le Chicago Burlington et Quincy et de nombreuses acquisitions du même genre, appartiennent à l'histoire de l'année en cours. Ce qui en ressort, c'est la richesse prodigieuse du public américain et la confiance que les syndicats ont dans cette ricliesse. Le problème en face des syndicats était simplement celui-ci : s'ils désiraient fusionner deux entreprises, il leur fallait acheter l'une d'elles au prix nécessaire. Grâce aux avances obtenues par leurs propres banquiers, ils se procuraient le montant nécessaire, puis ayant terminé l'achat, ils passaient l'entreprise à une Compagnie de chemins de fer plus ou moins solvable qui émettait ses actions ou ses obligations pour faire le paiement ; en d'autres termes les entreprises achetées à des prix exorbitamment enflés furent payées éventuellement par le gros public. Le mouvement continuera tant que la capacité d'absorption du public ne sera pas épuisée. 11 semble cependant que l'on aperçoive déjà des symptômes d'épuisement. On évalue qu'en dehors du trust de l'acier (plus d'un milliard de dollars) on a émis, ou l'on va émettre^ des valeurs de chemins de fer pour

300 millions. La capacité d'absorption du marché sera mise à l'épreuve lorsque le public devra payer les titres.

Le tableau suivant indique le chiffre des compensations effectuées par les clearing-house.

Différence

New -York City... S 52.634.201.865 60.761.791.901 41.971.782.437 — 13 3/8

iMid.J le States 60.850.035.873 69.113.062.766 48.129.910.962—12

NewiEngland 7.010.603.030 8.009.114 630 6.227.090 716 - 12 1/2

Middle West 9.879.070.530 7.505 855.023 7.907.865.976 + 4

Pacific Goast 1.677.116 458 1.548.787.281 1.277.847.175 + 8 1/2

Western 2.607 415 059 2.297.984 219 2.062.882.762 + 13 1/2

Southern 4.136.346.402 3.708.255.314 3.325.600.133 + 113/4

Total. , . .$ 86.160.587.359 94.178.089.233 68.931.197.724 — 8 1/2 En dehors de New- York-City 33.526.385 487 aS. 416.597. 332 26.959.415.287 + 0 1/3

S'il y a eu diminution dans les places de FEst par suite d'une diminution de la spéculation dans les villes, il y a eu accroissement d'autre part dans l'appoint apporté par le commerce et l'industrie dans l'intérieur.

Par suite de l'inactivité des mois d'été, les transactions (ventes d'actions) n'ont pas atteint l'ampleur de 1899 :

Nombre d'actions vendues.... 13S.380 184 176.421.135 112.699.957 Valeurnominale (millions).... 13. .371 17.093 10.S32

Obligations valeur nominale {millions) :

Chemins de fer et divers 569.159 826.711 888.747

Gouvernement fédéral 7.012 10.582 24.581(1)

Etats particuliers 2.082 2.013 3.642

(1) Par mois le mouvement des transactions en actions a été

Novembre.. 22.646.898 13579.247

Octobre 10.900.985 10.797.660

Septembre.. 5.159.212 12.350.274

Août 4.006 895 12.813.834

Juillet 6.274.439 8.024.706

Juin 7.292.357 10.876.013

Mai 9.487.084 14.791.250

Avril 14.648.113 16.984.099

Mars 14.447.287 17.682.758

Février 10.207.910 15.984.886

Janvier 9.863.460 24.143.610

Total... 138.312.266 175.073.855

Les transactions en céréales, au Produce Exchange, ont porté sur 1.095.b32.330 bushels en 1900, 824.685.480 en 1899, 994.247.587 en 1898.

Les admissions à la cote de New- York ont été moindres.

Il a été admis à la cote 444 millions de dollars d'obligations dont 269 millions en obligations de chemins de fer, 17 millions de tramways, 157 millions de diverses entreprises, 384 millions de dollars d'actions de chemins de fer, 16 millions de tramways, 222 millions d'entreprises diverses, et l'on arrive à un total de 1.067 millions.

Les créations de sociétés par actions, ayant pour objet des entreprises industrielles, ont été moindres en 1900 qu'en 1899, en tout cas le capital indiqué est de beaucoup inférieur. En prenant les sociétés ayant au moins 500.000 dollars de capital, on trouve 4.207 millions en 1899, 2.589 millions en 1900. La plus grosse création a été celle de la Carnegie Company au capital de 166 millions de dollars; citons encore l'American Bridge Company au capital de 70 millions; l'Advanced Grocers Company avec 50 millions, l'American sheet Steel avec 25 millions, l'American Snuff avec 25 millions, l'Anglo Americ. Rapid Vehicle avec 75 millions, Armour Company avec 20 millions, Canadian Steel avec 18 millions, Crucible Steel avec 50 millions, Electr. Eng. and Power Gomp. New-York avec 60 millions, Interoceanic Canal avec 100 millions, Inter. Crude Rubber avec 30 millions, Int. Tobacco avec ^5 millions, Raven Mining avec 20 millions, Motor Cycle, 15 millions, National Asphalt, 22 millions ; People's Light, 20 millions ; Standard Chain Worth, 30 millions ; Siegel Cooper Company, 24 millions ; National Sugar Refming, 20 millions ; National Telegr. et Teleph , 50 millions; United States Portland Cément, 12 millions ; White Knob Copper Comp. 15 millions.

Il s'est créé un grand nombre d'entreprises pour des mines, l'application de l'électricité à la chaleur, à l'éclairage, à la transmission de la force.

Dans la majorité des cas, les points les plus bas ont été atteints dans la période de juin à septembre, principalement en' septembre. Quelques valeurs qui se trouvaient dans des conditions spécialement favorables Ou dont les Compagnies venaient d'être réorganisées, ont avancé graduellement durant toute l'année. L'action ordinaire de l'Atchison a valu 18 1/2 en janvier, 48 3/4 en décembre, Norfold and Western 22 1/2 en janvier, 45 3/4 en décembre, l'action ordinaire Erie

and Western, hausse de 20 en mars, à 52 en décembre; celle de Denver et Rio-Grande de 16 7/8 en janvier à 34 1/2 en décembre; Union Pacific de 44 3/8 à 81. L'action Milwaukee et Saint-Paul vaut 108 1/2 en juin, 1^8 en décembre; Northern Pacific, hausse de 45 en septembre à 86 1/2 en décembre, Great Northern de 144 en juin à 191 en décembre. L'action de l'American Sugar progresse de 95 1/4 en mars à 149 en décembre, la General Electric de 120 en janvier à 200 en décembre. Beaucoup d'actions industrielles cependant, même dans la hausse du dernier trimestre, n'ont pu revenir aux prix qu'ils avaient atteints avant l'effondrement d'avril.

Les cours extrêmes pour les fonds publics des Etats-Unis, à la bourse de New-York, ont été :

Plus bas Plus haut

2 0/0 convert. 1930 104 9 oct. 105 1/8 3 déc.

2 0/0 — au porteur. 103 1/8 8 mai 106 26 déc.

3 0/0 1918 108 3/4 avril 112 3/4 9 mars.

4 0/0 1907 114 2 janv. 118 1/2 12 mars.

4 0/0 1925 1325/8 16avril 139 27 déc.

Les cours cotés le V janvier et le 31 décembre ont été :

Janvier décembre

Le tableau suivant indique les cours extrêmes de la livre sterling à vue par mois.

Plus haut. Plus bas. Plus haut. Plus bas.

Janvier 4.88 1/2 4.87 1/2 Juillet 4.88 1/2 4.87

Février 4.88 1/2 4.87 1/2 Août 4.89 4.88

Mars 4.88 4.86 Septembre. 4.88 1/2 4.86 1/2

Avril] 4 89 1/2 4.87 Octobre.... 4.87 4.84 1/2

Mai 4.89 1/2 4.88 1/2 Novembre.. 4.86 1/2 4.84 1/2

Juin 4.88 1/2 4.87 Décembre.. 4.86 1/2 4.85

L'année a été bonne pour les finances de l'Etat, d'après le secrétaire du Trésor. Toutes les dépenses ont été couvertes sur les recettes courantes, la conversion a donné une économie de 11 millions de dollars, et les premiers six mois de l'exercice 1000-1901 laissent un excédent de recettes de 20 millions. Il y a de quoi s'enorgueillir, mais un ministre des Finances peut craindre la tentation à laquelle exposent de si belles recettes, c'est-à-dire les dépenses exagérées.

Los recettes et les dépenses du Trésor pour Tannée fiscale de 1899-1900 ont été :

Recettes.

Douanes $233.857.958 $206.128.481 g 149.819.594

Impôts intérieurs 296 299.388 273.437.161 169.943.039

Divers 38 831 602 36 £94.977 84.748.447

Total $568.988.948 $ 515 960.620 $404.511.081

Déj. enses.

Administration civile, etc.. g 105.798.753 $119.191.256 % 96.546.303

Guerre 134.653.998 229.841.254 91.957.802

Marine 56.089.982 63.942.104 58.848.163

Indiens 10.166.132 J2. 805. 711 10.986.523

Pensions 140.875.992 139. 39 i 929 147.450.940

lutérêtsdela dette 40.176.313 39 896.925 37585 056

Total $487.759.172 $ d05.072.179 $ 443.375.387

Surplus des recettes % 81.229.876

Surplus des dépenses $ 89.111.559 $ 38.864.306

Pendant le second semestre de 1900 Taccroissement des recettes a été moins rapide et les dépenses beaucoup plus considérable. Le résultat en a été un excédent de recettes de 21.026.934 contre 17.747.706 dollars durant la période correspondante de 1899. Les fonds disponibles [cash surplus) du Trésor y compris les 150.000.000 de dollars de réserve d'or ont été de 272.735 268 dollars le P-" janvier 1900, de 275.769.122 dollars le 31 décembre.

La raison de Tinsignifiance de Faugmentation se trouve dans le paiement de la prime sur les titres fédéraux convertis en 2 0/0.

Au 30 juin 1900, la dette des Etats-Unis comprenait :

Funded Loan de 1891 4 1/2 cont.

Consols de 1930 2 0/0...

Emprunt 1908-1909 3 0/0

Funded 1907 4 0/0

Refunding certificates 4 0/»"»

Loan of 1925 4 0/0

Loan of 1904 5 0/0

Montant primitif.

Montant en en circulation.

Inscrit

au porteur.

La dette sans intérêt comprenait :

United Stades notes 3i6.681.016.00

Olddemand notes 53.847.50

Nat.BankNotes,redemptionaccount. 35.147.878.50

Fractioual currency 6. 878. 990. 41

^uP'' octobre 1900,il faut ajouter au total de 1.023. 478.860 dollars 138.815.400 consols 2 0/0 et déduire 28.930.300 des emprunts 1908-1918, 85.169.000 du Funded de 1907, 1900 des Refunding Certificates, 24.712.800 du Loan 1894, 21.979.850 du Funded 1891 et Anwer au total de 1.001.499.260.

L'emprunt de 1891, 4 1/2 0/0 converti en 2 0/0 et amorti entièrement en 1900 par rachat, constituait le solde d'emprunts émis en 1877-1879. Le solde qui a cessé de porter intérêt le 2 septembre 1891, en était de 76.250.000 dollars. Les 21.979.850 dollars restants ont été remboursés le 18 août 1901.

Les Consolidés 2 0/0 (remboursables à dater de 1930) ont servi à la conversion facultative des 5 0/0 échéant le l^"" février 1904, les 4 0/0 échéant le l'' juillet 1907, les 3 0/0 échéant le l^"" août 1908. Le P' avril i9v)l,il y avait en circulation 445.940.750 dollars.

L'emprunt 1908-18 3 0/0 est l'emprunt de guerre émis en juinjuillet 1898 (dont il fut souscrit 1.325 millions). Il en a été émis 198 millions; au l""" avril 1901, le montant en circulation était de 99.912.940 dollars.

Le funded loan de 1907 représente le solde de l'emprunt de 1870.

L'emprunt dit de 1925 a été mis pour renforcer en 1895 et 1890 la réserve d'or du Trésor.

Le tableau suivant indique les variations de la dette en millions de dollars :

Funded loan 4 1/2, cont. à 2 0/0. . 250.0

Refunding certifie. 4 0/0 12.848.2

Navy Pension fund 3 0/0 14.0 14.0

War loan 3 0/0 1908 198.6 128.8 99.9

6 et 7 0/0 convert. en 4 et 4 1/2. 792.1

Consols 2 0/0 1930 3j7.1 445.9

1900 avril 1901

Le chiffre le plus bas de la dette a été atteint avec 585 millions en 1892 et 1893; de 1894 à 1900 on a progressé de 635 millions à 1046 en 1899.

Le montant annuel nécessaire au service de la dette a été •

1876 96.1 millions.

Le mouvement de spéculation que M. Noyés indique dans son étude sur le marché des Etats-Unis en 1900 et dont il expose avec sa perspicacité habituelle les origines, les dangers, les causes de faiblesse, a atteint son apogée dans la première quinzaine de mai (1). Il avait pris des proportions inouïes : le chiffre des transactions a dépassé 3 millions d'actions par bourse ; dans la première semaine de mai, on traite à New-York 15 millions et demi de titres (actions), 40 millions de dollars (capital) pour les obligations et les rentes. La comparaison des cours est étourdissante :

T mar 1900 7 mai 1901

Atchison ordinaires 26,00 83.75

Chicago Burlington Quincy 124.85 196 50

Chicago Milwaukee Saint-Paul .. . 117.25 179.75

Erie 12.50 40.75

Northern Pacific ordinaires 57.50 143.50

Union Pacific 55.25 123. 50

A l'engouement de la spéculation, favorisée par deux années de hausse ininterrompue, sont venus s'ajouter des projets de

(1) La New-York Herald a caractérisé la situation : « La frénésie des spéculations a pris les allures du roman avec ses récits fabuleux de richesses soudaines. Les journaux sont remplis d'histoires où il est question de petits télégraphistes transformés en commanditaires de leurs anciens patrons; de valets de pied, garçons d'hôtel, cireurs de bottes qui ont gagné de quoi abandonner leurs métiers ». Au mois de mai la roue a tourné et les grincenients de dents, les pleurs ont remplacé le délire de l'agiotage.

fusions, de combinaisons en partie réelles, en partie imaginaires (1).

Afin de bien comprendre ce qui est arrivé, il faut tenir compte de l'influence exercée par la législation et la jurisprudence (Interstate commerce act, fonctionnement de la Commission, interdiction des pools ou ententes entre les Compagnies pour fixation de tarifs identiques, pour limitation indirecte de la concurrence), qui ont poussé dans la voie de la fusion et de la consolidation ; celles-ci se sont faites de différentes manières, notamment par la réunion entre les mains d'un même groupe dirigeant de la majorité des actions des lignes concurrentes. Comme l'a expliqué fort bien le New-York Financial Chronicle, la réorganisation des Compagnies tombées en faillite à la suite de la crise de 1893 a fourni à cette nouvelle politique l'occasion de s'exercer activement, parfois un détriment des porteurs européens et toujours au bénéfice des fmanciers américains. Les lignes secondaires ont été purement et simplement acquises par la grande compagnie voisine et incorporées dans son réseau ; pour des sociétés plus importantes, tantôt on a acheté la majorité de leurs actions et Ton compose à son gré le Conseil d'administration, tantôt les chefs de deux ou trois grands réseaux conviennent de prendre un intérêt dans un réseau concurrent et de se faire représenter dans son Conseil d'administration, de façon à l'exploiter à leur avantage commun et à assurer une bonne entente entre eux (2).

Cette entente ou cette fusion se sont faites non seulement entre des lignes parallèles ou concurrentes, mais entre des lignes qui se suivent, et cela afin de constituer des réseaux plus étendus, des réseaux allant d'un océan à l'autre. C'est ainsi que l'Union Pacific réorganisé, qui est contrôlé, suivant

(1) Cinq syndicats possèdent un tiers du réseau ^total des Etats-Unis, le syndicat Vanderbilt 17,427 milles, le groupe du Pennsylvania 16.089, le groupe Gould 15.215, le groupe Morgan 15.715, le groupe Harriman Kuhn Loeb 14.158 milles.

On a voulu voir dans la constitution de ces syndicats une cause de sécurité pour lindustrie des chemins de fer, la disparition des guerres de tarif; cependant la concurrence des financiers pour s'emparer des lignes utiles à leurs combinaisons a amené des luttes inouïes à la Bourse.

(2) Yoir V Economiste Français, du 18 mai, où l'on cite le mot du Chronicle « fratemizatioD of railroads. »

rexpression américaine, par le groupe Harriman Kulin Loeb,a acquis un intérêt dans le Southern Pacific, alors qu'il possédait déjà le Central Pacific. Plus au Nord, il y avait eu entente entre le Great Northern, admirablement administré par M. Hil], et le Northei n Pacific pour acquérir le Chicago Burlington et Quincy, après que M. Hill n'avait pas réussi à mettre la main sur le Chicago Milwaukec et Saint-Paul. Le Northern Pacific avait fait faillite en 1898. Le groupe Hill avait pour banquier M. Pierpont Morgan, et les deux grandes Compagnies Northern Pacific et Great Northern s'étaient entendues pour émettre des obligations 4 0/0 gagées sur les actions du Burlington et Quincy, capitalisées au cours de 200. Mais cette combinaison inquiéta le groupe Harriman Kuhn Loeb, qui redouta la concurrence dans son rayon d'action et qui, pour parer le coup, essaya de se rendre maître de la majorité des actions du Northern Pacific, afin d'expulser du Conseil d'administration les gens de Hill et Morgan. Cette lutte entre les deux groupes Morgan et Kuhn Loeb a eu des conséquences étonnantes. Les actions du Northern Pacific, qui valaient 45 dollars en 1900, se sont cotées le 22 avril au pair, le 26 avril à 109, le 3 mai à 115, le 6 mai à 133, le 7 mai à 150. Il s'était formé un découvert qui a été écrasé entre les acheteurs en concurrence.

Mercredi 8 mai, les transactions qui se sont notiées à New- York ont porét sur 2.521.000 actions, dont 360.000 de l'Union Pacific, 150.000 de l'Atchison, 120.000 de l'Erie et 110.000 du Southern Pacific. Mais les efforts de la spéculation se sont surtout fait remarquer sur le Northern Pacific qui, débutant à 155, fut rapidement porté à 180 pour être ensuite ramené à 150. C'était le prélude d'une lutte qui devait prendre des proportions gigantesques. Il devint clair qu'un corner s'était formé sur le Northern Pacific.

Le bruit courut que c^était un syndicat dirigé par M. Harriman qui « bloquait » les titres pour faire échec à la combinaison du Burlington. L'action retomba néanmoins à 145 pour rebondir à 170 sous l'effet de transactions extrêmement minimes. L'inquiétude commença à gagner le marché, d'autant plus que les banquiers faisaient payer très cher leur concours. Les réalisations se précipitèrent, faisant perdre 7 1/2 points au Louisville, 14 au Rock-lslands, 8 au Baltimore, 10 au Canadien Pacific, au Milwaukee 15, à l'Union Pacific 9 3/4, etc.

La journée de jeudi 9 mai fut surtout mouvementée. Jamais

on ne vit pareille surexcitation, le duel entre le groupe Harriman et le groupe Morgan Hill ayant fait dégénérer Fangoisse de la veille en une panique.

Les transactions de la journée ont porté au moins sur 3 millions 300.000 actions. Il a dû être impossible de contrôler toutes les opérations faites au milieu d'une semblable effervescence (1).

Dès le commencement de la journée des ordres de ventes affluèrent de la part de spéculateurs atterrés des pertes sur le Northern Pacific, ou pour sauver ce qui pouvait être sauvé du gain colossal acquis en ces dernières 'semaines. On avait la sensation que tout ce bel édifice de hausse craquait. Les 1.100 brokers pâles, haletants, criaient ou plutôt hurlaient comme atteints de folie.

L'action Northern Pacific, objet de la lutte entre les Harriman et les Hill fit les bonds les plus fantastiques et sauta successivement de 170, cours du début, à 190, à 250, à300, à 650 et même jusqu'à 1.000. Les vendeurs étaient écrasés. Leurs pertes atteignent un chiffre formidable.

Vers 11 heures 1/2 FafTolement était à son comble et la débâcle était générale, entraînant tout dans une confusion indescriptible. La baisse enlève 23 points à l'Atchison ordinaire, 28 à la Privilégiée, 18 au Baltimore, 17 au Ghesapeake, 31 au Milwaukee, 30 au Rock Islands, 24 au Louisville, 58 au Delaware, 20 au Southern Pacific, etc., etc.

Vers le milieu du jour une reprise se produisit. On annonça que les transactions en Northern seraient exclues du Clearing House, que MM. Morgan and C° et Kuhn, Loeb and G" consentaient à ne pas exiger la livraison de 80.000 actions Northern qu'onleur devait, que plusieurs banques mettaient à la disposition du marché un capital de 16 millions de dollars à 6 0/0 et que des conditions spéciales seraient arrêtées pour le règlement de ceux qui étaient dans l'impossibilité de livrer les Northern vendues à découvert.

Get ensemble de nouvelles, avec une détente monétaire, ramena un peu de calme dans les esprits et les haussiers, re-

(1) I/argent qui se prête au jour le jour à New-York pour le report des titres, puisque les opérations à terme y sont inconnue.*, valut un moment 60 0/0. Le 9 mai au matin, l'argent étant demandé à 40, Tinitiative du président du comité de la Chambre de compensation permit de réunir, en peu d'instants, 20 millions de dollars, qui furent mis à la disposition de la place Le taux redescendait le lendemain à 6 0/0.

trouvant leur assurance, revinrent à la charge et poussèrent les cours à 10 et 20 points au-dessus du niveau le plus bas où ils étaient tombés.

Vendredi 10 mal le calme tendait a renaître. Mais la baisse reprit néanmoins le dessus. La commission de la Bourse a décide de laisser celle-ci fermée samedi 11 mai pour faciliter les liquidations. Le Stock Exchange de Londres, de son côté, ajourna la liquidation des engagements.

On a rappelé que New- York était le marché du comptant par excellence, dans lequel on ne pratique pas les négociations à terme et dans lequel les engagements se liquident du jour au lendemain : le découvert s'en est aperçu lorsqu'il a dû payer d'abord 10, puis jusqu'à 50 dollars de déport sur l'action du Northern Pacific 'pour un jour. L'absence du marché à terme n'a donc pas préservé New- York des inconvénients et des abus de la spéculation, pas plus que l'interdiction des affaires à terme en Valeurs industrielles n'a préservé l'Allemagne. La liquidation journalière à New- York a son mauvais côté dans les jours de crise : l'acheteur est obligé de prendre livraison, alors même que l'argent est excessivement cher, le vendeur de livrer, alors même que le vide a été fait. Les arrangements sont moins malaisés sur les marchés où l'on admet la liberté des formes commerciales.

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