‹ Le marché financier en 1900-1901Chapitre 12 sur 132 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Situation générale en 1900. Premiers symptômes d'une réaction après l'essor prodigieux de 1895 à 1899. Recensement de la population au 1°'^ décembre 1900. — Politique étrangère et intérieure. Remplacement du prince de Hohenlohe par le comte de Bulow, comme chancelier de l'Empire. Révision du tarif douanier. Lutte pour le renouvellement des traités de commerce.Commerce extérieur enl900.Gonstructions navales en 1900. Finances de l'Empire. Augmentation de la flotte. Nouveaux impôts votés sur la proposition du centre et des nationaux libéraux. 152 millions de dépenses engagées enl90O pour l'expédition de Chine. Budget de 1901-1902. Exposé fait par le baron de Thielmann. Emprunt contracté aux Etats-Unis. Discussion au Reichstag. Dette de l'Empire. Nécessité de renforcer les fonds de caisse. Dépenses coloniales. — Finances de la Prusse. Situation brillante. Exposé de M. Miquel auquel on reproche une politique de thésaurisation. Réponse du ministre des Finances. Impôt sur le revenu. Chemins de fer de l'Etat. Impôt municipal sur les grands magasins. Traitement fiscal différentiel des grandes entreprises de vente au détail.— Récoltes, Commerce des céréales, de l'alcool, du sucre. — Situation des grandes branches de la production. Renchérissement de la houille. Discussion au Parlement. Rôle des syndicats industriels. Marché de la main-d'œuvre. — Emissions publiques. Création de sociétés anonymes.— Revue du marché monétaire. Taux d'escompte. Cours du changé. Banque d'Allemagne. Fonds allemands et étrangers. Valeurs de banque, d'entreprises industrielles. — Effondrement de deux banques de crédit foncier et immobilier. Répercussion sur le marché financier. — Questions diverses. Socialisme. Logements. Cables sous-marins.

L'année 1899 avait été appelée annus mirabilis : il n'en sera pas de même pour 1900, qui est vraisemblablement la première d'une série d'années de recueillement, de stagnation ; elle sert de transition avec la période exceptionnelle extrêmement brillante et fructueuse qui a duré de 1895 à 1899 et qui a été marquée par un essor industriel et commercial plus intense et plus prolongé qu'aucun de ceux qui l'ont précédé depuis une trentaine d'années. Cet essor est survenu au lendemain de la conclusion des traités de commerce signés par le comte Caprivi et qui ont amené la stabilité du débouché, tout au moins en ce qui touche les tarifs douaniers de quelques grands clients de l'Allemagne. Il trouve son expression la plus éclatante dans

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la statistique du commerce extérieur, qui a progressé de 7.472 millions en 1890, de 7.438 millions en 1895 à 10.288 millions de mark en 1900 ; dans la même période de six ans, l'importation a une plus-value de 4.246 millions à 5.833, l'exportation de 3.424 millions à 4.555 millions en 1900. L'Allemagne est le pays qui a eu la plus forte plus-value, aussi bien en ce qui concerne l'accroissement de son commerce qu'au point de vue de la part proportionnelle dans le total universel (1). En 1900, la progression a continué, mais l'élan est déjà moindre, l'écart entre 1899 et 1898 est bien supérieur à celui de 1900 et 1899. L'impulsion donnée a persisté, mais elle ira vraisemblablement en diminuant ; durant la période 1895-1900, les valeurs ont relativement augmenté plus rapidement que les quantités et le marché intérieur a acquis une influence, une importance plus considérable en raison des besoins de la consommation indigène ; avec des affaires moins animées, la production allemande cherchera de nouveau à forcer l'écoulement au dehors. Si Ton consulte les autres indices de la condition économique générale, recettes de l'Etat, des chemins de fer, émission de valeurs mobilières, on trouve dans tous la même marche ascendante qui atteint son apogée en 1899. La longue durée de cette prospérité extraordinaire a trompé à plusieurs reprises les prévisions des pessimistes de profession. Maintenant il se dégage de l'examen attentif et impartial des faits la conviction qu'on a dépassé le point culminant en 1899 et qu'on se trouve sur la pente opposée, mais les juges les plus compétents croient que l'on évitera les catastrophes, qu'on ne roulera pas dans des précipices, que la descente se fera lentement. On ne saurait, en effet, faire entrer dans le cadre de ces considérations, la déconfiture de deux institutions (l'une de crédit foncier proprement dit, l'autre de crédit immobilier) qui s'est produite à la fin de 1900. Tout comme M. Guillain, dans son remarquable rapport général sur le budget de 1901 l'a fait pour la France, le baron de Thielmann n'a pas dissimulé au

Angleterre 13.988.7

Allemagne 9.690.1

Etats-Unis 7.855.5

France 6.574.2

Total 38.108.5

Millions de mark.

Reichstag, en exposant le budget de 1901-1902, que depuis le milieu de 1900, les symptômes d'une réaction s'étaient accumulés et que les finances de l'Empire en ressentiraient la répercussion. On entre dans le cycle des années maigres, sans la perspective des plus-values constantes antérieures. Les prévisions de 1901 sont établies d'après des principes de comptabilité publique qui ont quelque chose d'automatique et pour certaines recettes, comme celles de l'impôt sur les transactions et du timbre sur les valeurs mobilières, on est exposé à des mécomptes. Les Etats qui ont incorporé dans le budget de grands services industriels, comme la Prusse, sont dans une dépendance étroite du mouvement commercial et industriel, qui trouve son expression dans le trafic des chemins de fer et donne lieu à des moins-values, tout aussi bien qu'à des accroissements de recettes.

Tout un ensemble de circonstances ont contribué à arrêter l'élan économique en 1900. Celui-ci était parfaitement justifié et légitime dans ses origines : c'est de l'industrie métallurgique qu'il est parti, grâce aux applications de l'industrie électrique, grâce à la création de tout un outillage nouveau, grâce aux débouchés nouveaux ouverts en Europe, en Asie, en Afrique, en Amérique, à la construction de chemins de fer, tramways, à la substitution de rails plus pesants, à la demande de matériel roulant, aux commandes de la guerre et de la marine. Les autres branches de la production nationale en ont profité l'une après l'autre. Les prix des matières premières, des marchandises, des services, du crédit, de la main-d'œuvre, des capitaux ont haussé au fur et à mesure que le mouvement gagnait en étendue et en profondeur. Les bénéfices obtenus ont fait agrandir les installations existantes et provoqué la création de nouveaux établissements. Tout cela n'a pu se faire qu'avec l'immobilisation de centaines de millions de capitaux; qu'en absorbant une partie des ressources disponibles et en faisant renchérir le crédit à courte échéance. A la fin de 1899, l'escompte officiel à Berlin était à 7 0/0, on a payé en report fin décembre 1899 jusqu'à 9 1/2 0/0. Gela a été le point le plus élevé atteint; avec une moindre activité dans les transactions, le loyer des capitaux s'est abaissé et la Reichsbank a pu terminer l'année avec le taux de 5 0/0. La hausse du combustible, malgré l'accroissement très marqué de la production, a contribué à rendre difficile la situation des industries; il y a eu comme une panique des consommateurs qui a trouvé son

expression dans des récriminations contre le syndicat rhénowestphalien dans la demande de supprimer les tarifs d'exportation. Toutefois, à la fin de 1900, la hausse est arrêtée, la houille a tendance à baisser.

Si Tannée 1900 a été moins bonne que les cinq années qui ont précédé, cela tient aussi à ce que les excès, les fautes commises par la spéculation ont eu leur résultat accoutumé. La législation nouvelle sur les bourses a eu sa part de responsabilité; elle n'a pas empêché les particuliers de jouer à la Bourse ; en supprimant les affaires à terme en valeurs industrielles, tout comme en céréales, elle a enlevé au marché financier de l'élasticité, elle a obligé de recourir à des procédés nouveaux qui ont immobilisé de plus grosses sommes que par le passé, elle a détruit le tampon du découvert, rendu les fluctuations beaucoup plus intenses et, de plus, en permettant de se prévaloir de nouveau de l'exception de jeu, elle a porté atteinte à la bonne foi commerciale. Des inconvénients analogues ont frappé la Bourse de commerce, quia perdu, pour les céréales, la plus grande partie de son importance internationale.

En 1900, dans la seconde moitié de l'année surtout, on n'a plus remarqué la demande de main-d'œuvre, la chasse aux ouvriers, qui a distingué une partie de la période de prospérité. Il y a eu du chômage, des réductions d'effectifs, qui ont porté sur les ouvriers les moins exercés et naturellement les prodromes d'une baisse des salaires.

La guerre du Transvaal, les désordres en Chine ont eu leur contre-coup en Allemagne ; ils ont contribué au renchérissement du combustible, au maintien de cours élevés pour le fret maritime, et surtout ils ont enlevé, au marché des capitaux, des sommes considérables pour les dépenses improductives de la guerre et de l'expédition en Extrême-Orient.

Avec la solidarité intime qui existe entre les divers marchés, c'est des Etats-Unis qu'est venue la première secousse en 1900 : le spectre de la concurrence américaine a effrayé les bourses allemandes, fortement engagées sur les valeurs métallurgiques et minières, et malgré tous les efforts faits par les grandes Sociétés industrielles pour calmer ces appréhensions par des calculs et par un exposé des faits, l'impression mauvaise a subsisté. On n'a plus voulu tenir compte ni des dividendes élevés, ni du maintien relatif des cours du fer : au printemps d'abord, puis en automne, la cote de la Bourse enregistra des

transactions faites à des prix de moins en moins élevés. Il y avait une bonne part de vérité dans cette appréciation plus pessimiste, car on avait fait de véritables folies.

La Bourse est Torgane le plus sensible, celui qui éprouve le plus tôt le contre-coup des événements et qui souvent même les anticipe. La cote est parfois comme ces appareils qui servent à enregistrer les vibrations de Técorce terrestre et à prédire les tremblements de terre, les éruptions volcaniques.

En 1900, rindustrie sidérurgique, pendant le second semestre s'est vue dans une situation moins bonne qu'en 1899 ; alors qu'elle avait eu de la peine à exécuter les commandes en temps convenu, elle a dû, afin de s'assurer la prise de livraison de commandes anciennes et de conserver le débouché, consentir h des rabais. Les prix ont fléchi, notamment pour la production courante, pour les fers marchands, les fers de construction, mais aussi pour les wagons et le matériel de chemins de fer ; certains produits spéciaux pour la guerre et la marine se sont maintenus à leur ancien niveau. L'industrie textile n'a pas eu une bonne année ; les fluctuations de la matière première : baisse de la laine, de la soie, hausse du coton, ont contribué à rendre la fabrication plus aléatoire. Le ta])leau de l'activité industrielle en Allemagne ne présente pas d'uniformité, mais il est à peu près certain que, partout, les perspectives sont moins brillantes. Il se peut que la statistique soit en désaccord avec cette constatation, mais la concordance se rétablira bien vite.

On a pu constater une sorte de déséquilibre entre la marche des prix de la matière première et ceux des produits fabriqués ; la hausse de la matière première a été souvent plus rapide et plus considérable, ce qui a gêné les fabricants (1). Lorsque nous examinerons Tannée 1900 au point de vue flnancier,au point de vue de l'escompte delà Bourse, nous verrons, d'une part, que 1900 est comme le point de départ d'une amélioration pour les valeurs à revenu fixe, qui prennent leur revanche sur les valeurs industrielles; cette revanche a des allures encore modestes. Les grandes conversions sont suivies, presque toujours, de périodes d'inflation pour les valeurs industrielles ; c'est ce dont nous venons de nous apercevoir.

(l)Une observation de détail qui prouve la rapidité avec laquelle la marche des affaires se reflète dans le commerce : le commerce des fleurs s'est ralenti, dans le second semestre de 1900, sous l'influence du recul général.

Puis, le public revient aux fonds d'Etats, aux obligations, qu'il avait abandonnés, pour des placements plus aléatoires, et il lâche ceux-ci à leur tour.

En 1900, l'argent, tout en continuant d'être serré, n'a pas atteint le taux de 1899 ; le taux officiel est demeuré à 5 1/2 jusqu'en juillet, pour descendre à 5 0/0. La Banque d'Allemagne, dont les ressources ont augmenté h partir du 1" janvier 1901, en vertu de la loi sur le renouvellement du privilège, a fort bien manœuvré. Elle n'a pas été tiraillée comme la Banque d'Angleterre entre ses devoirs envers le gouvernement et ses obligations envers le marché monétaire. Le taux des avances hypothécaires s'est élevé à 4 1/4 (première hypothèque sur bons immeubles à Berlin).

La création de nouvelles valeurs, qui a été plus active de 1895 à 1899, puisqu'elle s'est élevée nominalement à 8 1/2 milliards, a diminué en 1900. Le public échaudé craint les entreprises industrielles ; la prime moyenne que l'on prélevait lors de l'émission est tombée considérablement (1).

Malgré le moindre engouement du public pour les valeurs de banque et d'industrie, étant donnée la baisse marquée des fonds d'Etat, le moment n'était pas encore venu oii l'on pouvait espérer obtenir preneur aux anciens cours. Les Etats ont dû faire des conditions beaucoup plus avantageuses, émettre du 3 1/2 à 92, du 3 0/0 à 83 ; les petits Etats et les Villes sont revenus au type 4 0/0 émis très près du pair, et ils ont eu un grand succès. L'emprunt de 80 millions que M. Thielmann a contracté en bons du Trésor aux Etats-Unis (en payant 3/4 0/0 de commission aux banquiers) a été une opération destinée surtout à protéger le marché monétaire de l'Allemagne, les changes n'étant pas en faveur du pays. On aurait certainement trouvé les capitaux à l'intérieur, mais l'effet n'eût pas été le même. L'Empire se trouve parfois gêné dans ses opérations de caisse, faute d'un fonds de roulement suffisant, et l'émission de bons du Trésor l'a mis davantage à son aise. L'avenir montrera quel a été le classement de ces obligations aux Etats-

(1) Pour Tannée entière, les émissions ont été de 1.800 millions en 19(0, 2.612 millions en 1899, 2.407 en 1898, 1.945 en 1897, 1.900 en 1896 ; la part des valeurs étrangères est allée en diminuant : 266 millions en 1900, 234 en 1899, 910 en 1898, 633 en 1897, 568 en 1896. Les fonds allemands ont absorbé 210 millions de mark en 1900, en dehors des 80 millions de mark empruntés au marché américain sous forme de bons du Trésor à quatre ans.

Unis. Les municipalités qui ont besoin de grands capitaux pour Texécution des travaux publics, pour le rachat ou la construction de lignes de tramways, ont dû revenir au type de 4 0/0. Les entreprises industrielles qui étaient, dans beaucoup de cas, endettées vis-à-vis de leurs banquiers, faute d'avoir pu procéder à des émissions d'actions ou d'obligations, ont dû porter Tintérêt des obligations à 4 1/2 et 5 0/0.

Les fonds de l'Empire et des Etats allemands n'ont pas l'appui des caisses d'épargne comme en France et en Angleterre ; ils sont abandonnés davantage à eux-mêmes et les fluctuations en sont plus étendues. Voici les cours moyens depuis 1895 :

Prussien Empire

En 1899, le cours 3 0/0 allemand a fléchi de 94.60 à 87.60, c'est-à-dire de 7 points ; en 1900, le cours le plus élevé a été coté en janvier avec 89, en octobre le cours le plus bas avec 84.90, soit une moins-value de 2.80 sur le cours le plus bas de 1899. Alafln de l'année, on est revenu à 87.60. Le plus grand écart des cours a été en octobre 1900, 3 1/3 0/0 dans le mois. Les autres valeurs à rendement flxe ont suivi une ligne parallèle à celle des fonds d'Etat.

Quant aux valeurs industrielles, elles ont été au plus haut en mars-avril, au plus bas en octobre. La difl*érence est même très sensible.

Le dégonflement des cours a diminué les besoins de la Bourse dans des proportions notables. L'industrie et le commerce ont continué à faire appel au crédit dans d'autres conditions, comme le montre le rendement du timbre sur les effets de commerce.

La quantité des traites et billets a augmenté ; il s'est trouvé preneur à partir du mois d'août, hors banque, à un taux de 1 à 1 1/2 0/9 au-dessous de ceux de 1899.

L'impôt sur les transactions et l'impôt du timbre sur les valeurs ont été augmentés considérablement, sur la proposition du Centre, afin de fournir les ressources nécessaires à

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rexécution du plan naval ; comme cela arrive souvent, la multiplication fiscale n'a pas été suivie d'une multiplication dans le rendement. Le nouveau tarif est entré en vigueur en juillet; le mois de juin a eu une très forte plus-value, beaucoup de titres étant venus se faire timbrer à l'ancien tarif. La comparaison montre clairement la déception du fisc.

Le rencensement de la population de l'Empire a été fait le l'''" décembre 1900. La population s'élève à 56.345.014 personnes, dont 27.731.037 hommes, 28.613.947 femmes. Depuis 1895, il y a eu un accroissement de 4.065.113 âmes ou 7.78 0/0, il dépasse celui des périodes antérieures, qui avait été de 4,10/0 en 1871-75, 5,9 en 1876-80, 3,6 en 1880-85, 6,0 en 1886- 1890, 5,8 en 1891-95.

La répartition de cet accroissement n'est pas uniforme ; dans la Prusse orientale, il y a recul de 0,61 0/0, faible augmentation en Prusse occidentale, Poméranie, Posiianie, Mecklembourg, Alsace-Lorraine, accroissement intense dans les régions commerciales et industrielles : 18 0/0 en Westphalie, 12,4 0/0 province du Rhin, 12,3 0/0 à Berlin, 10,9 0/0 dans le royaume de Saxe, 16,14 0/0 à Lubeck, 14,4 à Brème, 12,6 à Hambourg.

La population des quatre principaux Etats de l'Allemagne était :

Prusse 34.463.377 31.855.123

Bavière 6.175.153 5.818.544

Saxe 4.199.758 3.787.688

Wurtemberg 2 . 165 . 765 2 . 081 . 151

Si Ton prend les chiffres officiels des derniers recensements on trouve :

1897 Russie d'Europe , .. 106.159.141

1897 —, d'Asie 23.051.972

1900 Etats-Unis d'Amérique 76 . 304 . 799

1900 Allemagne 56.345.014

1900 Grande-Bretagne et Irlande 40.909.925

1898 France 38.745.000

18^8 Italie 31.573.582

1898 Autriche 25.469.102

1898 Hongrie 18.840.470

1897 Espagne 18.089.500

1899 Belgique 6.744.532

1899 Pays-Bas ...........^ 5.103.353

Au point de vue de la politique extérieure, l'année 1900 comptera dans Thistoirc de TAllemagne qui, pour la première fois, s'est engagée avec beaucoup d'ostentation et au prix de lourds sacrifices, dans l'aventure de la pacification chinoise (1). L'occupation de Kiao-Tchéou n'a pas été sans exercer une influence sur l'exaspération du chauvinisme chinois, qui a pris l'allure de massacres et de désordres qu'on ne pouvait laisser impunis; le meurtre du baron Ketteler a mis le gouvernement allemand en mesure de réclamer le premier rang et d'obtenir la satisfaction de fournir aux troupes alliées le commandant en chef, dans la personne du maréchal de Waldersee (1). Celui-ci est arrivé sur le terrain des opérations, après la délivrance des légations assiégées à Pékin; il a eu l'occasion de déployer plus peut-être ses qualités de diplomate plein de tact que ses incontestables mérites de tacticien militaire. L'aventure chinoise n'excite pas le moindre enthousiasme en Allemagne, en dehors de quelques sphères spéciales; on trouve que la politique mondiale est onéreuse, qu'elle entraîne des complications et des responsabilités. A l'Exposition de Paris, l'industrie allemande a remporté une série de victoires pacifiques ; l'Exposition universelle a reçu un afflux considérable de visiteurs allemands, et l'on y a vu le symptôme d'une détente dans les relations entre. les deux pays voisins. Dans la guerre sud-africaine, l'Allemagne a observé une stricte neutralité, empêchant parfois les fabricants allemands de livrer du matériel de guerre aux Anglais et se refusant aussi à accueillir la venue du président Kruger à Berlin. Ce sont les exigences de la politique qui amènent ce désaccord entre le sentiment populaire et l'attitude des cours; le contraste est grandi par le souvenir du télégramme impérial, qui a suivi l'échec du raid de Jameson (2).

(1) Le transport des troupes allemandes a été effectué par 22 vapeurs allemands (120.513 tounneaux), celui du matériel de guerre par 22 navires de 72.643 tonneaux dont 6 allemands, 3 autrichiens, 13 anglais.

(2j Au mois d'octobre 1900, TEinpire allemand et le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande ont notifié aux puissances un accord relatif aux affaires de Chine. Les articles 1 et 2 formulent les principes de la porte ouverte en Chine et de l'intégrité du territoire chinois, déjà proclamée par une note française, et l'on sait avec quelle énergie la Russie soutient le maintien de l'Empire chinois. L'article 3 dit qu'au cas où un Etat quelconque

Dans la politique intérieure, la lutte est toujours vive entre les divers intérêts en conflit, entre les défenseurs de la liberté commerciale, littéraire, politique d'une part, qui sont en minorité dans les chambres, et les partisans de la réaction, agrariens, conservateurs, députés du Centre. Le Centre, qui représente numériquement la fraction la plus considérable du Reichstag, a joué de nouveau un rôle prépondérant. L'augmentation de la flotte a été votée, en même temps que de nouveaux impôts, dont l'initiative a été prise par le Centre ; le Reichstag, saisi d'une loi contre l'immoralité (lex Heinze, ainsi nommée du nom du souteneur qui avait assassiné un gardien de nuit et dont le procès, avec ses tristes révélations, servit de point de départ à des tentatives de répression), fut, pour la première fois, la scène d'une obstruction organisée par les partisans de la liberté intellectuelle et artistique, menacée par un article du projet de loi. Appuyés d'une agitation formidable au dehors, à laquelle participèrent les écrivains, les artistes, et forts de l'assistance de l'opinion, ils réussirent à obtenir le retrait de l'article et la loi fut votée après un compromis. De même, la lutte fut vive au sujet de la loi sur Vinspection des viandes. Il s'agissait d'autre chose que d'une mesure d'hygiène; les agrariens avaient tout fait pour lui donner le caractère d'une mesure de politique commerciale, sous prétexte que le marché indigène était inondé de viandes importées de l'étranger, notamment des Etats-Unis ; ils donnèrent au projet une extension qui produisit les mêmes effets qu'une prohibition relative, à l'aide d'une inspection des viandes ultra-rigoureuse à la frontière et de la défense d'importer certaines viandes de conserves, déclarées malsaines a priori ainsi que de certaines salaisons. Craignant qu'il en résultât une rupture avec les Etats-Unis, qui sont un si grand débouché pour l'Allemagne, le commerce et l'industrie s'agitèrent ; ils forcèrent le gouvernement à repousser les mesures prohibitives générales qui devaient être appliquées à l'expiration des traités de commerce et qui auraient rendu impos-

se servirait des complications en Chine aûn d'obtenir des avantages territoriaux, les deux parties contractantes se réservent d'en venir à un accord préalable relatif aux mesures éventuelles à prendre pour la protection de leurs propres intérêts en Chine.

Le 18 octobre 1900 le comte de Bulow, nommé ministre des Affaires étrangères en 1898,remplace le prince de Hohenlohe, Chancelier de l'Empire depuis 1894.

sible toute politique économique, dans la question du renouvellement des traités. La majorité du Reichstag approuva un compromis, qui donnait satisfaction en grande partie aux agrariens et permit d'écliapper à une guerre de tarifs (1).

En Prusse, les Chambres ont voté un projet de loi soumettant à un régime fiscal exceptionnel les grands magasins, afin de venir en aide aux petits et moyens boutiquiers et de rendre la concurrence plus aisée à ce qu'il plaît d'appeler la classe moyenne. C'est le même procédé, toujours, de dénaturer le caractère de Timpôt et d'en faire un instrument politique. Le projet de loi sur les canaux, qui avait joué un si grand rôle en 1899 et dont on avait annoncé la réapparition en 1900, a été ajourné jusqu'en 1901.

Le Reichstag s'est occupé de la revision de la loi sur les Caisses d'assurances contre les maladies et de celle sur les assurances contre l'invalidité et contre les accidents. On s'est efforcé d'améliorer les conditions de fonctionnement qui sont très compliquées et dans lesquelles l'élément bureaucratique avec sa paperasserie jouait un grand rôle. Les associations professionnelles sont appelées à prendre une part plus considérable, l'intervention des autorités officielles est quelque peu restreinte. Une loi a réglé la fixation de la fermeture des magasins à neuf heures. Nous avons rendu compte, l'an dernier, de l'amendement apporté à la législation monétaire, pour faire disparaître successivement les thalers, tout au moins comme équivalents de la monnaie d'or, et pour augmenter le contingent de la monnaie divisionnaire, portée de 10 à 15 mark par tête.

On sait que l'intervention en Chine fut décidée, organisée et exécutée sans que le gouvernement convoquât le Reichstag pour lui demander les crédits nécessaires. Malgré les appels réitérés formulés par les journaux de toutes nuances, il fut passé outre. Ultérieurement, le Chancelier demanda l'indemnité au Reichstag, mais ce ne fut pas le prince de Hohenlohe.

(J) Lorsqu'il s agit d'approvisionner de conserves les troupes partant pour la Chine, on s'aperçut qu'il était impossible de le faire en Allemagne. Il fallut acheter les viandes à l'étranger, en grandes (juanti^és et â des prix élevés, parce que la loi sur l'iDspection des viandes a presque rendu impossible l'importation en Allemagne. Ainsi, tandis que le ministre de l'Agriculture déclarait que les viandes de conserve étaent nuisibles à la santé, l'Administration militaire ne les considérait pas comme dangereuses et en achetait de grandes quantités.

Celui-ci, pendant plusieurs mois, s'était retiré dans ses propriétés de Russie, se désintéressant, en apparence, des alTaires de l'Etat. Il eut pour successeur le comte de Bulow, ministre des Affaires étrangères, qui avait acquis de la réputation comme diplomate, surtout pour débrouiller des situations compliquées. Le comte de Bulow mit de la souplesse dans ses relations avec le Parlement, il affecta d'éviter tout conflit constitutionnel; il a prononcé quelques discours qui ont paru bien meilleurs que ceux de son prédécesseur, mais il a donné des gages aux agrariens, en se prononçant en faveur de droits plus élevés sur les céréales. Il a créé ainsi du mécontentement en Hongrie, en Italie, une mauvaise humeur très marquée en Russie, et, en Angleterre môme, on n'est pas sans un sentiment de malaise (1).

On dit a que la différence était grande entre le quatrième et le second Chancelier de l'Empire et que le comte de Bulow comprenait sa mission autrement que ne l'avait fait le comte de Caprivi ; il est vrai que celui-ci dut payer de son éloignement des affaires le service rendu par lui, lors de la conclusion des traités de commerce. Dans les premières semaines de 1901, le Landtag prussien, qui n'a pas à s'occuper directement des traités ni des tarifs qui sont de la compétence exclusive du Reichstag et du Conseil fédéral, a vu le parti protectionniste se livrer, lors de la discussion du budget de l'Agriculture, à une manifestation très caractéristique. Le

(1) Dans un article concernant la question des traités de commerce, la Gazette du commerce et de l'industrie, de Saint-Pétersbourg, qui passe pour avoir des attaches officieuses, s'est exprimée de la manière suivante (18 février 1901) :

« Si l'Allemagne pense qu'il est avantageux pour son industrie d'offrir à ses ouvriers des céréales beaucoup plus chères que celles que consomment les pays qui lui font concurrence, et si le Chancelier de l'Empire ne sait pas protéger les forces productrices de l'Allemagne autrement que par un nouvel enchérissement des céréales, on ne doit pas en conclure que le Chancelier de l'Empire, qui connaît fort bien la situation économique internationale, à l'intention de faire croire à qui que ce soit que la Russie est capable d'accepter un traité qui imposerait à ses produits agricoles des droits de douane encore plus élevés que ceux qui existent déjà. Après l'élévation des droits en Allemagne, la Russie trouverait en Angleterre, en Belgique, eu Hollande, en Suis=e et dans d'autres pays où il n'y a pas de droits de douane, un écoulement encore plus grand pour ses céréales. La Russie offre aux autres nations l'article qui est le plus nécessaire, elle est donc toujours libre de choisir les relations commerciales qui lui sont le plus favorables.

La Russie peut attendre tranquillement le cours des événements. On ne

comte de Limbourg-Stirum avait présenté une motion par laquelle la Chambre invitait le gouvernement à agir avec la plus grande résolution, afin que, à Toccasion de la prochaine révision des traités de commerce, une protection douanière des plus efûcaces fût assurée à Tagriculture, et, dans cet esprit, à faire en sorte que le tarif douanier en préparation fût soumis le plus rapidement possible au Reichstag. M. deBulow, sollicité de faire connaître Tavis du gouvernement, a fait, au nom de ce dernier, la déclaration suivante : '< Reconnaissant pleinement la situation difficile dans laquelle se trouve l'agriculture, et animé du désir de l'améliorer d'une manière efficace, le gouvernement royal est résolu à agir en vue de faire accorder aux produits agricoles une protection douanière suffisante, et, conséquemment, plus élevée; le gouvernement royal est, en outre, disposé à hâter de toute manière la présentation du nouveau tarif douanier ». Après cette déclaration, la Chambre a voté la motion Limburg-Stirum à une énorme majorité, par 238 voix contre 43. Ainsi, le sort en est jeté ; le gouvernement, après avoir longtemps hésité, promet de prendre le parti des agrariens dans la grande bataille politique et économique qui va prochainement s'ouvrir. Sans doute, Je Reichstag, qui doit avoir le dernier mot en la matière, opposera-t-il une grande résistance aux éff'orts combinés du gouvernement et des protectionnistes, mais ceux-ci ont, dès maintenant, remporté une première victoire.

peut entretenir avec l'étranger des relations commerciales utiles aux deux parties que si chacune d'elles fait preuve de bonne volonté. Si l'une des parties ne pôursdit que soii propre intérêt et n'offre à l'autre que des désavantages, elle ne peut conclure un traité qu'avec un Etat dépendant et dépourvu de ressources, maié non pas avec un Etat comme la Russie ; si l'ôri diminue l'écoulement de ses marchandises, la Russie exercera naturellement des représailles. Dans le cas où l'Allemagne romprait sis relations commerciales avec l'empire russe, ce dernier trouverait facilement chez les concurrents de l'empire allemand les marchandises que celui-ci lui fournissait. »

La fin de l'article est ainsi conçue :

« Si le traité de commerce n'est pas renouvelé, l'avantage qui est accordé aux étrangers disparaît. Et si cela devait être de peu d'importance pour la Russie, les sujets d'autres Etats — par exemple les Allemands qui, depuis si longtemps, s'occupent en Russie dans une très grande mesure des dilTérentes branches du commerce et de l'industrie — n'en subiraient pas moins de grands désavantages, si on leur imposait des taxes plus lourdes que celles supportées par les étrangers soumis au régime de la nation la plus favorisée.

Les temps sont l)icii changés depuis que TEmpereur Guillaume II annonçait en ces termes, le 18 décembre 1891,1e vote du traité de commerce avec rAutriche par le Reicbstag. « Nous devons ce résultat au travail du Chancelier Caprivi. Le modeste général prussien a su, en deux ans, pénétrer des sujets qu'il est difficile de maîtriser môme pour les initiés. Avec une vue politique supérieure il a su, au moment opportun, protéger notre patrie contre de sérieux dangers. Il est compréhensible que certains intérêts doivent s'imposer des sacrifices pour le bien général (1), mais je crois que l'on doit quahfier d'acte sauveur {rettende Ihat) la négociation et la conclusion des traités de commerce, qui resteront comme des événements historiques de la plus haute importance pour les contemporains et la postérité. Le Reichstag, dans sa majorité, a montré qu'il avait reconnu les vastes conceptions politiques de cet homme d'Etat et qu'il les acceptait; par là, ce Reichstag s'est édifié un monument dans l'histoire de l'Empire allemand. Malgré les insinuations et les difficultés qu'ont rencontrées le Chancelier et mes conseillers, ils ont réussi à conduire la patrie dans des voies nouvelles. Je suis convaincu qu'un jour, non seulement notre patrie, mais encore des millions de sujets des autres pays avec lesquels nous unissent ces grandes conventions douanières, béniront cette date. »

Un épisode de la politique intérieure qui a fait couler de l'encre et provoqué d'interminables discours, a été la révélation d'une lettre fournissant la preuve que, lors de la discussion du projet de loi destiné à protéger les ouvriers qui ne veulent pas se joindre aux grèves, loffice de l'Intérieur s'était fait donner 12.000 mark par l'Association centrale des grands industriels, pour faire de la propagande en faveur du projet. Ce projet intervenait, en effet, dune manière très violente, en faveur des patrons contre les ouvriers et menaçait

(1) En 1895, lors de ragilation en faveur de la seconde motion du comte de Kanitz, l'Empereur a dit : « Je voudrais mettre en garde contre des espérances excessives... Aucun état de la nation ne peut prétendre à être favorisé aux dépens des autres.» Et,s'adressant au baron de Manteufïel : « Vous ne pouvez me demander de pratiquer [Brotwucher), fusure alimentaire. » On a raconté qu'en 1899, le roi de Saxe, à une fête de la Cour, expliqua la nécessité de voter le traité avec la Russie. Son interlocuteur insistant sur la nécessité de le rejeter,le roi Albert répliqua : « Vous voulez donc qu'à l'avenir mon gouvernement et moi nous nous appuyons sur le socialisme.

l'exercice du droit de grève par des menaces de répression, par des pénalités excessives. On a dit que la situation du comte de Posadowski était compromise. Le Chancelier de TEmpire a déclaré qu'il considérait ce qui s'était passé comme une lourde faute, et il promit que le fait ne se reproduirait pas. Il a assuré le secrétaire d'Etat, dans le ressort duquel la faute avait été commise, de sa haute estime. Il est vrai que le comte de Posadowsky est celui entre les mains duquel se trouvent les travaux préparatoires pour le renouvellement des traités de commerce et que, pour le quart d'heure, il jouit de la confiance des agrariens. Ceux-ci sont persuadés que M. de Posadowsky, dans le gouvernement de l'Empire, et M. de Miquel, en Prusse, sont disposés à les soutenir dans la lutte économique.

Les travaux préparatoires en vue de l'élahoration du nouveau tarif des douanes ont continué en 1900. Ils ont été exécutés principalement par l'Office du Trésor {lieichsschatzamt) et l'Office de l'Intérieur [Reichsarnù des Innern), auxquels les ministres prussiens des Finances et du Commerce sont venus prêter leur concours. L'Office du Trésor a élaboré le projet d'un plan de tarif douanier, qui fut transmis à FOffice de l'Intérieur pour être soumis à l'examen de celui-ci. L'Office de l'Intérieur a formé dans ce dessein une Commission économique, composée des principaux représentants de l'agriculture, de l'industrie et du commerce. On a critiqué dès le début la composition de la Commission, le parti protectionniste y étant plus fortement représenté que les partisans de la liberté commerciale. La commission s'est subdivisée en plusieurs sections : 1° industrie textile ; 2° industrie minière et métallurgique; 3" produits chimiques, céramique, verre, papier et branches analogues; 4° toutes les autres industries; 5° agriculture, articles d'alimentation; 6« commerce et navigation. Ces sections étaient formées des experts les plus compétents de chaque branche et elles avaient à donner leur avis sur les différentes positions du tarif. Le principal travail que la commission eut d'abord à entreprendre était l'établissement d'une statistique complète de la production. La commission économique a été convoquée en automne 1897, et, quelques semaines après sa première réunion, elle s'est mise à l'œuvre en vue d'obtenir celte statistique. Des questionnaires furent adressés aux différentes l)ranches d'induslrie; à l'aide des réponses obtenues, les sections eurent à préparer la statistique concernant les difîérentes l)ranches. Le.s résultats ainsi oljlenus

devaient former la base large, sur laquelle serait édifié le projet de tarif. Ici encore la procédure gouvernementale rencontra des critiques et fit rol)jot de vives attaques. On objecta que jamais une statistique de la production ne pouvait être complète et présenter les garanties de sécurité; jusqu'à la conclusion des traités de commerce, la situation pourrait se modifier considérablement. Cette statistique ne pourrait donc pas avoir une utilité directe pour la conclusion des traités. En 1900, le gouvernement publia seulement les résultats globaux de l'enquête, réservant absolument les détails spéciaux. Il ne faut pas dissimuler que les questions très détaillées posées aux industriels ont créé des inquiétudes ; on s'est demandé si la dépense en argent, en peine, en temps, que l'élaboration de cette statistique a entraînée, est en proportion de l'utilité réelle. Une statistique qui donne seulement l'image d'un moment, qui souffre de maintes inexactitudes, ne peut pas renseigner d'une façon sûre sur les profits ou les pertes sur la rémunération des différentes entreprises. On chercha d'ailleurs à recueillir des données de cette nature seulement pour la statistique de la production agricole : les constatations faites ont montré qu'en général les exploitations agricoles travaillent sans produire un intérêt suffisant pour les capitaux engagés. On a fait valoir avec raison contre ces constatations concernant la reniabilité des exploitations agricoles, que le calcul du bénéfice net agricole, de la rente de l'agriculture, est extrêmement difficile et que la base de ces calculs est fort contestable. Il semble toutefois que, sur la foi de ces constatations, le gouvernement s'est trouvé d'accord avec les représentants de l'agriculture qui affirment l'existence d'une crise, à laquelle il faut remédier par un relèvement des droits de douane. Il vaut la peine de faire observer qu'une autorité aussi considérable que le professeur J. Conrad (dans une publication récente du Verein fur Sozialpolitik) soutient une thèse diamétralement opposée. M. Conrad, qui est connu comme un chaud défenseur en même temps qu'un connaisseur compétent de fagriculture, affirme que l'industrie agricole est dans un développement incontestable, et que la crise a été surmontée en Allemagne tout comme en Hollande, en Danemark et aussi pour une bonne part en Angleterre.

Après que le gouvernement eut achevé l'élaboration de la statistique de la production, il résolut de demander aux différents intéressés de lui faire connaître leurs désirs en vue de

rétablissement dès droits. De cette façon les intéressés euxmêmes indiqueraient l'élévation des droits à établir et le gouvernement chercherait à se tenir dans une moj^enne raisonnable. Cette fois encore, l'action g-ouvernementale fut attaquée avec violence. Il est hors de doute que la situation des exploitations est trop différente pour qu'un droit unique convienne à tous, et il était facile de prévoir que les intéressés soulèveraient des prétentions extrêmes. On a cru que le résultat de ce nouvel effort serait aussi peu utile à l'élaboration défmitive du tarif que la statistique de la production. La plus grande discrétion a été observée concernant les travaux préparatoires de la commission et des ministères, et ce n'est que par des divulgations occasionnelles, qui ont pénétré dans la presse, qu'on a pu croire que le gouvernement était bien disposé pour les désirs formulés par les agrariens. On a pu connaître ce qu'étaient ces désirs par les résolutions adoptées, au commencement de 1900, par les associations agricoles, dans une réunion tenue à Berlin. Le Conseil allemand de l'agriculture, qui a siégé du 5 au 9 mars 1900, a adopté une série de résolutions, dont il faut faire ressortir les points suivants.

Le Conseil allemand de l'Agriculture recommande rétablissement d'un tarif général et d'un tarif minimum, d'après l'exemple de la France ; il considère la conclusion de traités avec la clause de la nation la plus favorisée en relation avec la conclusion de traités à tarifs conventionnels comme mauvaise dans riotérêt de l'industrie aussi bien que de Tagriculture.

Le Conr^eil de l'agriculture est d'avis qu'à l'expiration des traités de commerce actuellement en vigueur, un relèvement notable des droits sur les produits agricoles e^t indispensable, si l'on veut con?erver sa vitalité à Tagriculture allemande. Le Conseil allemand de l'agriculture est le représentant principal de l'industrie agricole, et dans son sein siègent des délégués de la plupart des associations agricoles.

Lors de la réunion de l'Association de la réforme fiscale et économique (février 1900), il a été résolu :

1» Que la crise actuelle de l'agriculture allemande est rendue plus aiguë, d'une manière permanente, par l'importation croissante de produits agricoles;

2° Que l'assertion consistant à dire que l'importation étrangère de produits agricoles est indispensable pour les besoins de la consommation est une assertittn sans fondement; tout au contraire, la considération objective des conditions agricoles, rapprochée de la grandeur de la consommation, conduit à la conclusion que l'Allemagne est en mesure de nourrir ses habitants par les produits de l'agriculture indigène, indépendamment de l'importation étrangère;

3° Une condition préalable de cette indépendance, c'est que la production indigène soit rémunératrice. Le mal fait par la concurrence américaine et européenne à Tagriculture allemande n'est pas compensé par les avantages accordés à l'industrie d'exportation et au commerce, si bien (|uo non seulement l'agriculture allemande, mais encore la nation allemande dans son ensemble, supportent des pertes continues et considérables.

4° A l'importation croissante des produits agricoles une barrière efficace peut être opposée à l'aide des droits de douane. L'industrie n'en souffre pa?, attendu qu'elle trouve des avantages considérables dans une agriculture prospère, capable d'acheter les produits manufacturés, avantages qui doivent peser doublement dans la balance eu présence de l'incertitude actuelle du débouché industriel ;

5° Les droits agricoles actuels ne peuvent pas être regardés comme donnant une protection suffisante ;

6° Il est désirable qu'à l'expiration des traités existants, lors de la conclusion de nouveaux traités : a) on établisse un tarif maximum qui servira de base pour la négociation avec l'étranger; b) un tarif minimum pour tous les produits étrangers qui entrent en concurrence avec les produits allemands.

7» Les avantages accordés actuellement dans la plupart de.= Etats par la clause de la nation la plus favorisée doivent être supprimés par la dénonciation de cette clause. Si cette clause devait être employée à l'avenir dans des traités avec des Etats étrangers, il y aurait lieu d'y ajouter une réserve tendant à ce que les concessions douanières, consentis à un État tiers, lors de la conclusion du traité de commerce, lequel Étit a fait des concessions en faveur de l'importation allemande, n'ont effet pour le pays jouissant de la clause de la nation la plus favorisée, que si celui-ci consent à son tour à des avantages correspondants pour l'importation de produits allemands;

8° Lors de la fixation des droits agricoles, il ne faut pas seulement déterminer les droits céréales comme droits protecteurs, mais encore ceux qui sont utiles à la petite production agricole, tels que les droits sur les œufs les plumes, la culture;

9° La politique des tarifs est un corollaire nécessaire des traités de commerce. Les avantages concédés actuellement par les traités de commerce aux produits étrangers sur le terrain des tarifs de transport ne sont pas compatibles avec les efforts faits pour assurer la protection des produits indigènes.

Le 28 juin 1900, les délégués des chambres d'agriculture prussiennes, qui forment une représentation légale de l'agriculture, ont tenu une réunion. Leurs résolutions ont donc un caractère plus officiel que celles prises par les associations agricoles. En voici le résumé :

L'intérêt de l'agriculture allemande serait le mieux sauvegardé par une forme de traités de commerce et de législation douanière, établie sur le modèle de celle des Etats-Unis et de la France, qui ne connaissent pas d'engagement à longue échéance et qui préservent soigneusement l'autonomie

douanière. Si toutefois, comme il semble, l'industrie allemande attache ungrand prix à atteindre, avec toute une série d'Etats, la fixation réciproque de positions de tarifs pour un temps déterminé, il ne pourra être consenti à la conclusion de conventions douanières, d'une certaine durée, qu'aux conditions suivantes :

1» La conclusion simultanée de traités contenant la clause de la nation la plus favorisée ne doit pas avoir lieu à nouveau, sans que les États tiers contractants avec rAllemag:ne abandonnent d'une façon correspondante leur autonomie douanière en faveur de l'Allemagne ;

2° La conclusion de tous les traités de commerce ne pourra être faite que sur la base d'un tarif général et d'un tarif minimum, lequel contient toutes les concessions possibles;

30 Dans ce tarif minimum, les droits pour tous les produits agricoles doivent être assez élevés pour que, durant toute la durée du traité, môme avec une modification dans la situation du marché universel, et même avec une concurrence étrangère plus intense, les conditions d'existence de l'agriculture allemande ne puissent paraître en danger.

Cette résolution ne laisse aucun doute sur la portée des désirs agrariens. Trois revendicalions tiennent surtout à cœur aux agrariens :

1° L'établissement d'un double tarif d'après le modèle français; 2° l'abandon de la clause de la nation la plus favorisée ; 3° le relèvement considérable de tous les droits sur les céréales.

Nous avons déjà dit que toutes ces revendications agrariennes ont trouvé auprès de l'Office de l'Intérieur un terrain très bien disposé, bien que l'on ne connaisse pas dans le détail les bonnes dispositions du gouvernement. Les représentants des sphères industrielles, qui ont un caractère protectionniste, ont cherché à s'entendre avec les agrariens. Le principal organe dans cet ordre d'idées est l'Association centrale des industries allemandes. Le bureau de cette association a adopté la résolution suivante :

Le bureau de l'Association centrale considère la conclusion des traités de commerce pour un temps aussi long que possible, comme indispensable dans l'intérêt de l'Allemagne, de même le maintien ou l'octroi d'une protection suffisante pour les industriels allemands, en conformité avec leurs besoins et le bien général.

Dans un mémoire, qui parut en octobre 1900, le secrétaire du Centralverband discute la question du double tarif. Ce mémoire a été soumis au Chancelier de l'Empire. Si l'auteur ne prend pas d'une façon décisive position pour ou contre le double tarif, il ne faut pas méconnaître cependant que les arguments mis en avant contre le double tarif sont beaucoup plus sérieux

que ceux qui parlent en sa faveur. On pourrait conclure que dans le Ceniralverband il se trouve une majorité en faveur d'un tarif unique. Par contre, il y règne unanimité sur la convenance de relever les droits-céréales en faveur de Tagriculture allemande. Cette conviction a trouvé son expression dans une résolution votée le 5 février 1901.

L'assemblée des délégués considère la conclusion des traités de commerce pour la plus longue durée possible comme absolument nécessaire dans l'intérêt de la vie économique de l'Allemagne, de même que chaque branche d'industrie, suivant ses besoins et conformément aux intérêts du bien commun, continue à posséder ou obtienne la protection convetiable. L'assemblée des délégués reconnaît notamment que la situation actuellement difficile de l'agriculture allemande exige un relèvement suffisant des droits sur les céréales. Elle doit cependant s'attendre à ce que ce relèvement n'ait lieu que dans la mesure compatible avec le bien général et notamment qu'il n'exclue pas la conclusion de traités de commerce à longue échéance.

Peu de temps avant, le Gouvernement avait manifesté sa bonne volonté d'accorder à Fagriculture un accroissement de protection. Le chancelier de TEmpire, comte Bulow, en sa qualité de ministre président en Prusse, avait déclaré à la Chambre des députés :

Reconnaissant complètement la situation difficile dans laquelle se trouve l'agriculture, désireux d'en améliorer la condition, le Goiverneraent royal a résolu d'user de son influence en vue d'obtenir une protection suffisante, impliquant la hausse des droits sur les produits agricoles. De plus, il s'efforce de hâter de toute façon le dépôt du projet de tarif nouveau.

Cette déclaration écarta l'incertitude dans laquelle on s'était trouvé concernant l'attitude du gouvernement. La conséquence fut qu'il s'éleva dans le peuple une agitation passionnée contre le relèvement des droits sur les céréales. Les partis libérau:îç avaient déjà pris position avec détermination. D'octobre à décembre 1900, la Nation (revue hebdomadaire rédigée par M. Barth) avait publié une série de placards, destinés à instruire et à éclairer sur l'importance économique et l'effet des droits sur les céréales. Le parti sociahste à son tour entre dans l'agitation. Partout des réunions de protestation contre l'exécution du projet de relèvement des droits furent organisés. Nombre de Chambres de commerce, d'autorités municipales, ont adressé dans ce sens des pétitions au Gouvernement. Le mouvement s'est surtout manifesté dans les ports du Nord de Allemagne. Le DeMtsche Handelstag . qui compte comme mern-

bres presque toutes les Chambres de commerce et d'industrie, a déclaré le 8 janvier 1901 :

Se référant à sa déclaration du 14 mars 1898, la diète commerciale allemande exprime la conviction que pour le maintien et le développement du bien public, de la puissance économique et politique de l'Empire allemand, notamment en vue du travail rémunérateur pour une population qui augmente considérablement, il faut affirmer le souci de l'exportation des produits allemands par la conservation et l'extension de la politique des traités de commerce à longue échéance,

Gomme contenu essentiel des concessions à obtenir des pays étrangers au moyen des traités de commerce, il faut considérer l'abaissement et la stabilité des droits de douane et l'octroi de la clause de la nation la plus favorisée. Des traités assurant le traitement de la nation la plus favorisée, au besoin sans fixation de droits, ont une grande valeur, même si dans certains cas la crainte peut surgir que la possession du traitement de la nation la plus favorisée peut offrir à un Etat étranger l'opportunité de ne pas conclure un tre^ité à tarifs conventionnels désirable pour l'Allemagne.

L'adoption d'un double tarif (minimum et maximum) doit être rejetée comme compromettant gravement la chance de conclure des traités de commerce favorables, de même les propositions d'introduire les droits à la valeur, celles qui visent l'abolition du système mixtedu dédouanement au poids brut et au poids net, l'introduction d'une taxation spéciale des emballages et l'affaiblissement sous une forme quelconque des crédits de douane.

Sans entrer dans Texamen des différents droits allemands, le Handelstag fait ressortir, en présence de la demande d'un relèvement des droits pour les articles alimentaires, les objections graves fondées sur ce que les classes les plus nombreuses et les moins aisées de la nation sont le plus durement atteintes par un renchérissement des moyens de subsistance, de ce qu'il en résulte un affaiblissement de la capacité d'acheter des produits industriels, que l'élévation des salaires amenée par le renchérissement de la vie rendra plus difficile à l'industrie allemande la lutte contre la concurrence étrangère et que les pays qui exportent principalement des articles d'alimentation doivent aussi être pris en considération pour la conclusion de traités de commerce. Le Handelstag se déclare adversaire résolu de tout relèvement des droits sur les articles d'alimentation. Il exprime enfin l'attente qu'aux corporations chargées de représenter le commerce et l'industrie l'occasion sera donnée de formuler en temps utile leur avis sur le projet du uouveau tarif.

Tandis que les agrariens plaident pour le relèvement absolu des droits sur les céréales et que les industries protectionnistes n'en souhaitent 1 élévation qu'en tant qu'elle ne rend pas impossible la conclusion de nouveaux traités à longue échéance, les représentants du commerce, ainsi que Icsradicaux et les socialistes protestaient avec détermination contre de semblables mesures. Dans le même sens, de nombreux repré-

sentants de la science économique, tels que Brentano, Lotz, Dietzel, Scha^ffle, Schulze-Ga^vernitz, ont motivé leur opposition par la parole et par la plume. Les motifs qu'on a fait valoir sont les suivants (l) :

Tout d'abord, toute élévation des droits sur les céréales rendra très précaire la possibilité de conclure de nouveaux traités, si elle ne la supprime pas entièrement. Ne réussit-on pas à conclure de nouveaux traités, alors on en viendra vraisemblablement à des guerres de tarifs qui feront beaucoup de tort aux industriels travaillant surtout pour l'exportation. L'exportation allemande, dans les dernières années, a pris un grand essor, et il s'est noué de nouvelles relations commerciales avec beaucoup de pays. Ces conquêtes seront sans doute perdues avec les guerres douanières, de nombreuses entreprises devront restreindre, sinon abandonner leur exportation. L'ouvrier allemand, plus que personne, aura à souffrir ; par suite de la diminution du travail et de la situation critique de l'industrie, il ne pourra pas résister avec succès à un abaissement des salaires. Cet abaissement des salaires atteindra les ouvriers d'autant plus durement que le coût des articles indispensables à l'existence augmente par les droits de douane sur les céréales. On admet qu'en moyenne la consommation de céréales par tête d'habitant est d'environ 200 kilogrammes par an. Le droit actuel de 3,50 mark par 100 kilogrammes amène un renchérissement de 7 mark pour l'ouvrier ; pour une famille de cinq personnes, cela représente 35 mark par an. Le relèvement du droit, réclamé par les agrariens extrêmes, représente

(l)De nombreuses municipalités etdes conseils communaux ont adressé au Parlement des pétitions contre le relèvement des droits sur les céréales et les articles d'alimentation. La ville de Berlin, notamment, a fait valoir que la consommation par tête, de seigle et de froment, est de 200 kilos. Actuellement avec le droit de 3 mark 50, une famille de quatre per-onnes paye 28 mark de droite ; avec un droit de 5 mark, la contribution serait de 40 mark. Un mark de droit représente pour la ville de Berlin une somme de 3 millions 3/4 de mark. Un graphique montre la corrélation entre le renchérissement du pain, d'une part et l'accroissement de la mortalité, des délits, des retraits de caisses d'épargne et des engagements aux Monts de Piété, d'autre part. La consommation de viande d'une famille à Berlin est évaluée à 300 kilos. C'est surtout de la viande de porc qui est consommée. La production allemaude ne suffit pas à la consommation et il faut importer de l'étranger. Tout accroissement des sacrifices imposés en faveur de l'agri'^ulture serait funeste.

une taxe de 75 à 100 mark par famille cFoiivriers sur le pain consommé. Le pain a plus crimportance pour les ouvriers que pour les classes aisées, parce que, pour celles-ci, la consommation de la viande est beaucoup plus importante que celle du pain. Depuis la suppression de « ridentitœis nachweis », le prix indigène des céréales est plus élevé, — du montant du droit — que le prix sur les marchés libres. Le prix du blé et du seigle, augmenté du montant du droit, prix donl les mouvements sont suivis assez exactement par le prix du pain, représenterait, par conséquent, un renchérissement de l'aliment le plusnécessaire aux classes ouvrières ; celles-ci seraient atteintes d'autant plus lourdement que le revenu est moindre et plus grande la famille du consommateur. Dans les périodes de dépression économique, le fardeau de cette taxation indirecte sera ressenti d'autant plus sévèrement que souvent l'ouvrier se trouve, sans aucun revenu, face à face avec le renchérissement des moyens indispensables de subsistance. La statistique montre que tout relèvement des droits de douane exerce une influence fâcheuse sur la santé et la morahté de la population ouvrière.

L'ouvrier qui ne peut pas se nourrir suffisamment, ainsi que sa famille, qui, par suite du prix élevé du pain, ne peut pas conserver suffisamment de son gain pour se vêtir et se loger convenablement, devient facilement la victime des pires ennemis qui menacent la saaté et la vie de l'ouvrier : l'alcoolisme et la tuberculose. Il est remarquable, en outre, que la statistique, avec une certitude implacable, montre que les crimes contre la propriété augmentent ou diminuent parallèlement avec le prix des céréales. Les inconvénients qui résultent pour l'ouvrier du renchérissement de la vie se feront sentir d'autant plus sûrement que la population est plus dense et la dépression éconoaiique plus profonde. Tout relèvement des droits sur les céréales est en contradiction flagrante avec la politique sociale de l'Empire d'Allemagne qui se propose d'améliorer la condition des ouvriers et de les réconcilier avec l'ordre économique existant. Les petits employés, qui ne disposent que de moyens restreints, sont frappés de la même façon que les ouv^riers. Comme la production des ouvriers dépend de leur mode d'existence, une augmentation du salaire nominal n'entraînerait aucune augmentation de la productivité du travail, et seuls les frais de production de l'industrie se trouveraient majorés. Tout accroissement du prix de

revient affaiblirait l'industrie allemande dans la lutte sur le marché universel et se ferait sentir d'une façon aiguë dans les périodes de crise. Le relèvement des droits implique donc un tort considérable fait aux ouvriers, à l'industrie, aux consommateurs.

On répond à ces arguments que la nécessité du relèvement est imposée par la situation de l'agriculture, qui ne peut pas supporter davantage la concurrence de la production étrangère.

C'est pour cela que la nation allemande doit prendre sur elle la charge de droits plus élevés, afin de sauver l'agriculture qui périt. D'autre part, on nie que la crise agricole existe, et en admettant qu'elle existât, on nie que la protection douanière puisse être employée comme un moyen efficace. Le professeur Conrad, dans l'étude citée plus haut, fait observer qu'un relèvement du droit sur le seigle doit être condamné absolument, parce qu'il en résulterait une surcharge trop grande des classes inférieures De même, dans l'intérêt de l'élevage, il est partisan d'un dégrèvement ou d'un abaissement des droits sur l'avoine. Jusqu'ici on n'a pas fait, avec le relèvement des droits, d'expérience bien favorable dans l'agriculture. Le relèvement des droits a eu pour conséquence plutôt une accentuation qu'un allégement de la crise. Toute élévation des droits sur les céréales augmente les frais de production de l'exploitation agricole, parce qu'elle fait hausser la rente du sol, c'est-à-dire la valeur du facteur principal de la production. Lorsque le prix de la terre hausse, l'achat en vue d'une exploitation agricole devient plus onéreux ; notamment les gens moins aisés sont empêchés d'acquérir de petits lots de terre ; la valeur du sol dans des époques de hausse des prix de céréales augmente en raison inverse de la grandeur du lot. Cette tendance à la hausse de la valeur du sol est encore accentuée lorsque le loyer courant des capitaux baisse. Avec l'abaissement du tau^ de l'intérêt, le prix de la terre doit augmenter. Toutes ces circonstances rendent difficile l'établissement de petits culti^ valeurs ; elles tendent à restreindre les petites et moyenne^ exploitations et à renforcer la grande propriété. C'est donc celle-ci qui profitera principalement des surtaxes douanières* L'extension de la grande propriété mène au dépeuplement des campagnes. La statistique fait voir que l'émigration des districts peu peuplés de l'Allemagne orientale,où domine la grande propriété, est beaucoup plus considérable que dans les districts à population dense de l'Ouest, où domine la petite culture.

Avec le dépeuplement des campagnes, la grande propriété se trouve en présence d une crise, car le manque de maind'œuvre dont on souffre aujourd'hui sera rendu encore pluâ intense. Pour la collectivité tout entière, les inconvénients qui résultent du développement de la grande propriété, de la diminution de la main-d'œuvre, de l'accroissement de l'endettement se sont encore accentués. L'évolution vers une exploitation plus intensive est rendue plus difficile; la productivité du sol n'est pas utilisée d'une façon rationnelle et la conséquence de cette insuffisance d'utilisation se fait sentir plus vivement en présence de l'accroissement constant de la population. Dans ces conditions la nation tout entière se trouverait dans une situation critique, si les revendications agrariennes réussissaient absolument à entraver l'importation de l'étranger.

Avec une hausse de la rente du sol, la limite d'endettement du propriétaire foncier s'étend, et, d'autre part, les difficultés contre lesquelles lutte l'agriculture sont, en grande partie, la conséquence de dettes improductives.

M. Thiel, directeur au ministère de l'Agriculture de Prusse, s'est occupé de cette question dans l'Almanach agricole de Mentzel pour 1901. Il reconnaît que l'agriculture, malgré toutes les difficultés, est encore rémunératrice, si elleiîst pratiquée rationnellement, lorsqu'on ne se trouve pas en présence d'une valeur fictive et lorsqu'il y a suffisamment de ressources disponibles pour couvrir, en tout temps, les engagements courants, notamment faire face aux intérêts, même lorsque les recettes courantes diminuent par suite de mauvaises récoltes, de bas prix ou d'autres circonstances. Le même principe s'applique au commerce et à l'industrie et s'est appliqué à l'agriculture, aussi bien il y a dix ans qu'aujourd'hui. Les grands paysans, à l'est de l'Elbe, ont su conduire leur exploitation en conséquence et ils savent encore aujourd'hui s'adapter aux circonstances, en tant que la propagande protectionniste le leur permet. Après avoir posé ces prémisses, M. Thiel demande comment il se fait qu'un principe aussi clair soit si peu suivi et comment tant d'agriculteurs soient chargés de dettes auxquelles, avec l'absence d'un revenu suffisant, ils ne peuvent faire face que s'ils ont le bonheur d'une série ininterrompue de bonnes récoltes et de prix suffisants. Il répond que la cause du phénomène se trouve, avant tout, dans la valeur exagérée du sol et dans un droit de succession qui ne répond pas aux

voriUihles conditions de la i)ropritHe foncière. En ce quitonche Festimation de la terre, la fatalité a vonln que, pendant cinquante ans, on se soit trouvé au xix' siècle en présence d'une hausse ininterrompue de la valeur du sol. On a escompté, par conséquent, les plus-values futures et l'on s'est laissé entraîner à acheter les plus g-randes étendues possibles, avec de très petits acomptes, afin d'avoir les plus grandes chances de bénéfices. Ce sont des spéculations véritables faites sous des allures d'entreprises absolument solides. La différence entre la valeur du rendement et la valeur de vente de la terre est devenue de plus en plus grande. Sous ce rapport, fait observer M. Thiel, il y a entre l'industrie et l'agriculture une très grande différence. Lorsque le fabricant fait de bonnes affaires, il amortit le plus possible sur les bâtiments et les machines ; il se procure ainsi pour les époques moins bonnes des conditions plus favorables de production et il rend ainsi plus difficile la concurrence aux nouvelles fabriques qui doivent débuter par rémunérer leur capital tout entier. L'agriculteur procède autrement : plus les recettes de la propriété augmentent, plus il estime chèrement la valeur de celle-ci ; plus élevé est le prix auquel la propriété est estimée dans les mutations par héritage, plus considérable est la dette contractée en cas de nécessité, si bien qu'en fin de compte, la hausse de la terre ne signifie qu'une amélioration momentanée et non pas durable pour le propriétaire.

M. Thiel, dans cet ordre d'idées, ne fait pas ressortir avec suffisamment de force qu'il s'agit là d'une gestion incompatible avec le caractère de l'agriculture, manquant de solidité, présentant un caractère de spéculation que l'on peut reprocher aux grands propriétaires fonciers à l'est de l'Elbe et dont ils portent toute la responsabilité. 11 a raison de comparer ce qui se passe avec les actions à la Bourse et ce que les agriculteurs font avec la terre ; l'une et les autres en fixent la valeur d'après le rendement momentané. Effectivement, la conduite des grands propriétaires de la Prusse a une ressemblance étrange avec celle des gens de Bourse et dans toute l'action pohtique du Bund des agriculteurs, la causa movens a peut-être été une spéculation à la hausse des terres. Tout relèvement des prix des céréales résultant du relèvement des droits contribuera à rendre plus vive la spéculation foncière ( i).

{!) Le Bund der Landwirthe fut créé spécialement en vue des traités de commerce. Son objet est d'obtenir le renchérissement artificiel du prix des

L'augmentation du crédit foncier, rendue possible par Féiévation des prix des céréales, rendra plus difficile l'utilisation de crédit de mélioration et, par conséquent, aura une influence fâcheuse sur T accroissement de la faculté de rendement. Plus grande est la dette de l'agriculture, plus il est nécessaire d'augmenter le rendement du sol, afin de supporter mieux le poids des intérêts. Si la possibilité lui est enlevée dans les périodes de hausse des prix des céréales, il tombe dans une situation critique de laquelle les moyens les plus forts qu'un gouvernements bienveillant est disposé à employer, ne peuvent plus le sauver. On a déjà dit que, principalement, les grands propriétaires ont un avantage direct au relèvement des droits, tandis qu'il n'en est pas de même de la majorité des agriculteurs. 25.000 grands propriétaires seulement disposent de plus de 100 hectares. Cette petite portion de la population agricole a un intérêt principal à la hausse du prix des céréales, tandis que les agriculteurs qui, dans la majorité, ne possèdent que 20 hectares, n'apportent pas de grain ou seulement des quantités insignifiantes sur le marché et sont souvent, dans l'obligation, avec 'de mauvaises récoltes, d'acheter des grains. Lorsque l'élevage domine dans leur exploitation, ces petits et moyens cultivateurs sont plus intéressés aux bas qu'aux hauts prix des céréales.

Dans une conférence faite à Berhn, le professeur Dietzel, de Bonn, a montré qu'avec la hausse de la rente du sol, les salaires doivent baisser. Les ouvriers agricoles tireront donc plutôt des désavantages que des bénéfices du relèvement des prix. Le sacrifice qui sera imposé, de cette façon, à la nation allemande, ne profite donc pas à la collectivité de la nation, mais seulecéréales. Lorsqu'en 1894, à la conclusion du traité avec la Russie, les prix, malgré la surélévation des droits par le tarif de guerre, avaient atteint un niveau très bas, les pères spirituels du Bund firent croire que la cause de tous les maux de l'agriculture était l'abaissement des droits et que, par conséquent, l'agriculture aurait un droit tout spécial de parler lors du renouvellement. Le Bund imagina les « grands moyens », le bimétallisme, la proposition Kanitz. Qui y pense encore! le bimétallisme et la motion Kanitz sont morts. Le Bund veut montrer à présent ce qu'il peut. Mais déjà il y a des désertions. Le Bund soufï're de sa violence, de son intempérance. Il a eu des déceptions et les conservateurs du Reichstaglui obéissent moins aveuglément. On craint moins MM. Rœsicko, Ilahn et Wangenheim. Toutefois au Reichstag, il y aura peut-être une majorité pour relever les droits : le danger, c'est un droit de 5 à 6 mark, non de 7 à 10 mark,

mcnl à une fraction do grands propriétaires, et l'on pourrait se demander si la grande propriété vaut ce sacrifice. En tous cas il deviendra nécessaire, dans un pays où la population augmente si considérablement, d'établir un plus grand nombre d'agriculteurs et de rendre la culture plus intensive, afin d'augmenter sans cesse la production. Gela n'est possible qu'avec le morcellement de la très grande propriété, tandis qu'une extension ultérieure de celle-ci, comme elle résulterait du relèvement des droits, viendrait contrecarrer l'effet attendu. Il est donc de Fintérêt et de fagriculture et delà nation entière que les revendications des agrariens, au point de vue de la protection des céréales, ne soient pas satisfaites.

Le second point de leur programme, notamment l'adoption d'un double tarif, aurait des conséquences funestes. On cite l'exemple de la France qui a introduit le double tarif. Cet exemple est plutôt fait pour effrayer que pour encourager à l'imitation, car la France n'a pas fait une bonne expérience avec l'adoption du double tarif. Il suffit de rappeler les guerres de tarif douanier que la France a conduites avec l'Italie et la Suisse, guerres qui ont fait beaucoup de tort à son industrie et à son agriculture et qui, finalement, ont pu être terminées seulement par des concessions françaises allant au-dessous du tarif minimum.

De 1892 à 1890, l'exportation de la France a augmenté de 9.2 0/0, celle de l'Allemagne de 32.5. Le commerce total de la France, durant cette période, a diminué de 2.7, celui de l'Allemagne a augmenté de 32.2 010. En 1900, l'augmentation du commerce de l'Allemagne a fait de nouveaux progrès, tandis que celui de la France a subi une diminution. Il semble donc que l'Allemagne, avec sa politique de traités de commerce, a obtenu de meilleurs résultats que la France avec son autonomie douanière et son double tarif. Si donc les agrariens allemands recommandent l'adoption d'un tarif minimum, devant servir de base à des négociations, c'est dans l'intention d'élever tellement la position du tarif minimum qu'il agira comme une prohibition. Cela serait supprimer entièrement la possibilité de conclure des traités de commerce. Et alors surgirait le danger pour l'i^llemagne d être entraînée dans des guerres de tarifs qui finiraient de la môme façon que celle de la France avec l'Italie et la Suisse.

Il est caractéristique que la demande d'un tarif minimum parte des adversaires des traités, tandis que les partisans de

ceux ci s'opposent à radoption d\m tarif minimum. La situation en Allemagne est donc la môme qu'en France en 1890 où l'adoption du double tarif a rendu impossible la conclusion de traités de commerce.

Par le traité contenant la clause de la nation la plus favorisée, l'Etat contractant veut se mettre à l'abri des inconvénients qui peuvent résulter pour lui si son co-contractant faisait avec un autre Etat des arrangements conventionnels accordant à celui-ci des conditions plus favorables et dont le premier n'aurait pas le bénéfice. Dans un traité avec la clause sus-indiquée les contractants se garantissent réciproquement que tout abaissement de tarif, soit autonome, soit par suite d'une convention avec d'autres Etats, sera étendu aux nations jouissant du traitement de la nation la plus favorisée. Il ne faut donc désirer pour le bien du commerce extérieur de l'Allemagne, ni l'adoption d'un double tarif, ni l'abolition du droit de la nation la plus favorisée.

Il est très remarqualjle que la tendance protectionniste en Allemagne s'appuie principalement sur les expériences faites aux Etats-Unis et en France avec cette politique et qu'elle recommaiule l'adoption de mesures semblables en Allemagne. On voit combien les idées protectionnistes sont contagieuses, mais on néglige de considérer que l'avantage attendu par les protectionnistes de l'adoption de cette mesure sera rendu illusoire, du moment que tous les autres Etats entreront dans cet ordre d'idées. La conduite de l'Allemagne servirait de modèle, le résultat serait de fermer les autres pays à l'Allemagne, dans une bien plus grande proportion qu'aujourd'bui. Il est incontestable que la France n'a pas obtenu de bons résultats avec sa politique protectionniste. Le commerce des Etats-Unis, depuis 1896, s'est développé extraordinairenient, mais on ne saurait transporter les résultats américains en Europe et en tirer des conclusions pour l'Europe. Les Etats- Unis, dont le territoire est presque aussi grand que l'Europe entière, possèdent, dans leur propre pays, une étendue où prévaut la liberté commerciale, suffisante peut-être à diminuer ces conséquences fâcheuses de la protection. Les Etats-Unis sont entourés de pays qui, au point de vue économique, ne peuvent pas être considérés comme des concurrents. La situation est bien différente en Europe et notamment en Allemagne.

L'Allemagne, par sa situation au milieu de l'Europe, est tenue, plus qu'aucun autre pays, à des relations avec les Etats envi-

ronnants. Les districts frontières de l'Allemagne à FEst, à l'Ouest et au Sud, au point de vue économique, sont bien plus en corrélation avec les régions limitrophes qu'avec le centre môme de l'Allemagne et toute entrave au commerce de l'Allemagne avec l'étranger aura pour conséquence de détourner et de modifier les conditions naturelles du commerce, ce qui aurait les plus graves inconvénients pour les districts rapprochés de la Irontière. Il est donc de l'intérêt de l'Allemagne de faciliter ses relations par des abaissements de tarifs plutôt que de l'entraver par une aggravation de la politique protectionniste. Il est hors de doute aujourd'hui que le Gouvernement entre de plus en plus dans les voies du protectionnisme. Le nouveau tarif projeté contient 1.365 positions, tandis que l'ancien tarif n'en contient que 92b. Cette spécialisation plus minutieuse ne facilitera pas les négociations avec les autres Etats ; elle peut avoir pour conséquence de faire appliquer, pour certains articles des droits plus élevés. La majorité du Parlement, à moins qu'une 1res forte agitation dans la population ne l'oblige à modifier son attitude, suivra facilement le gouvernement dans cette direction et il est à craindre que l'Allemagne ne se trouve, de nouveau, à la veille d'une ère de protectionnisme dont on ne peut attendre que des conséquences défavorables pour le commerce et l'activité économique du pays tout entier (1).

Dans le rapport de la Chambre de commerce de Hambourg nous rencontrons quelques réflexions bien opportunes contre l'établissement d'un tarif maximum et d'un tarif minimum. L'idée que fAllemagne concédera aux Etats contractants exclusivement les bénéfices de son tarif minimum, en se réservant la liberté de modifier celui-ci, va droit contre le but poursuivi, attendu que les Etats étrangers, de leur côté, ne manqueront pas de se réserver la faculté de modifier leur tarif; on tombera ainsi dans l'ancienne incertitude si dangereuse pour la sécurité du débouché allemand.

La fixation égale du tarif minimum, par le vote d'une majorité de rencontre, lierait, en quelque sorte, les mains aux négociateurs allemands, obligés de jouer carte sur table et rendrait impossible le succès de leurs efforts. Les défenseurs du système espèrent que Ion réussirait à donner pour base

(1) Les indications sur l'attitude des partis et leur programme nous ont été fournies par une étude du D"' Katzenstein.

aux négociations le tarif maximum et de faire aux Etats respectifs des concessions différentes pour des différents articles, en limitant celles-ci au tarif minimum; mais c'est là une illusion : chaque Etat commencera par demander que le bénéfice du tarif minimum lui soit accordé et demandera ensuite d'autres concessions. En outre, la multiplicité des droits pour le même article et la nécessité d'exiger pour presque toutes les marchandises des certificats d'origine, compliquera à l'infini la procédure douanière. La Chambre de commerce espère que l'on n'adoptera pas non plus le système du traitement limité de la nation la plus favorisée qui consiste à n'accorder ce traitement que contre des concessions équivalentes.

Dans le système actuel, l'Allemagne accorde, il est vrai, à des Etats tiers des avantages sans réciprocité, mais elle en bénéficie elle-même de son côté. Le traité anglo-français de 1860, le prototype des purs traités contenanc la clause de la nation la plus favorisée a été le grand instrument de développement du commerce international dont ont profité les Etats qui ont été appelés à y participer. L'Allemagne n'a pas à craindre les conséquences du maintien de sa politique actuelle. La Chambre de commerce de Hambourg serait heureuse si, après la conclusion des traités avec les Etats les plus importants, les abaissements de tarif y concédés étaient étendus à tous les Etats, de façon à n'avoir qu'un tarif unique pour tout le monde. En cas de nécessité, on a toujours la ressource des tarifs de guerre prévus par la loi.

La statistique du commerce extérieur de l'Allemagne en 1900 indique une progression plus rapide dans l'exportation que dans les importations, aussi bien au point de vue des quantités que des valeurs.

Importations Exportations

Quintaux Quintaux

Depuis 1895, l'importation a progressé de 134 millions de quintaux, depuis 1S99 de 12 millions, depuis 1898 de 32 mil-

lions, rexportcition de 88 millions contre 1895, 23 contre 1899, 2C) contre 1898. Quant aux valeurs, le mouvement a été :

Importations Exportations

En six ans, les importations ont augmenté de 1.587 millions, les exportations de 1.132 millions; en 1900, les premières ont augmenté de 50 millions; les secondes de 137 millions, soit un écart de 87 millions en faveur des premières. Si Ton écarte les métaux précieux, on voit que les importations sont supérieurs de 74 millions au chiffre de 1900, les exportations de 207 millions, ce qui donne une plus-value de 133 millions en faveur des exportations. Il a été importé moins de matière première, davantage de produits fabriqués.

Les principales catégories à Timportation en quintaux indiquent l'augmentation des minerais, de la houille, des fers ; il y a eu recul sur le coton, les soies et la laine.

Coton et cotonnade 3.852.612 3.9^3.118 4.205.960

Drogues et produits phirmaceutiques 11.445.320 12.850.801 14.126.038

Fer et ouvrages de fer 9.831.120 8.398.392 5.238.075

Céréales 65.381.147 66.456.605 71.721.641

Soie et soierie... 64.465 71.284 66.758

Houille et cokes 160.618 170 154.369.437 147.238.976

Laine et lainages 1.966.304 2.441.417 2 343.510

A Fexportation, il y a fléchissement de 0,78 millions de quintaux pour les fers et ouvrages en fer.

Quant aux valeurs (chiffres provisoires) on trouve à Vimportation :

En l.OOO mark.

Coton et cotonnades 419.895 331.695 336.087

Drogues, matières colorante?, pharmaceutiques 249.775 257.833 230.087

Fer et ouvrages de fer 121.286 107.544 68.209

Terre, minerais, métaux précieux... 499.820 499.691 511.169

Céréales 853.413 857.320 932.080

I90U 1S99 1898 En 1.000 mark.

Peaux et cuirs 221.348 187.610 184.593

Bois 876.272 368.953 387.771

Instruments machines 92.406 81.495 60.750

Cuivre et ouvrages de cuivre 152.907 132.080 101.889

Cuir et ouvrages de cuir 53.957 60.196 61.158

Fil de lin, toile 29 407 31.351 31.805

Epicerie, confiserie, sucre 687.348 691.315 693.733

Huiles et graisses 200.966 200.338 196.785

Soie et soierie 177.853 200.588 165.646

Charbon, cokes 191.001 157.939 132.941

Animaux et produits animaux 182.372 175.697 143.428

Bétail 150-973 152.252 150.919

Laine et ouvrages de laine 410.770 559.640 412.655 '

Le coton et les cotonnades sont en progrès de 88 millions ;

la laine en moins-vaine de 149 millions, la soie de 23 millions.

Il a été importé 7 1/2 millions de pins de fonte, 33 de houille 34 de peaux et cuirs, 21 de cuivre.

Pour les exportations, voici les principaux chiffres des valeurs :

1900 1899 1898 En l.OOO mark.

Coton et cotonnades 300.856 263.391 231.886

Drogues, produits colorants et pharmaceutiques 347.880 366.582 339.953

Fer et ouvrages de fer 413.431 424.437 365.141

Terres minerais, métaux précieux. . . 250.211 237.181 319.454

Verre et objets de verre ,.... 137.694 122.331 119.429

Peaux et cuirs 46.445 42.596 39.057

Bois 99.596 98.317 83.163

Instruments, machines, voitures 131.655 120.747 114.250

Caoutchouc 281.704 250.455 217.790

Vêtements, linge, mode 73.529 77.289 53 976

Cuivre et ouvrages de cuivre 134.696 141.903 107.379

Mercerie 139.199 127.240 98.C60

Cuir et ouvrages de cuir 154.141 141.568 126.478

Fil de lin, toile 130.522 166.058 148.117

Livres et objets d'art 32.948 26.737 22.804

Epicerie, sucre, confiserie 156.904 13?. 207 135.323

Papier et carton 384.379 369.921 374.843

Soie et soierie 113.462 97.293 95.915

Houille, coke 170.067 181.247 158.778

Laine et lainage , 266.958 233.551 206.292

Zinc et ouvrage de zinc 354.936 359.315 311.614

L'excédent des importations sur les exportations a été de 0 à 10 milliards de mark depuis une dizaine d'années ; il n'est pas besoin d'expliquer que ce n'est pas. un signe d'appauvrissement, alors surtout qu'il est entré environ 750 millions de mark de métaux précieux. C'est grâce au revenu de ses placements de toute sorte à l'étranger, à son industrie de transport maritime, au paiement des services rendus par ses commerçants que l'Allemagne peut importer plus qu'elle exporte. D'autre part, si l'on considère les relations de l'Allemagne avec les Etats signataires des traités de commerce de 1892 et 1894, on voit que la différence entre le chiffre des importations et des exportations a eu tendance à diminuer; l'écart a été de 776 millions en 1890, de 739 en 1891, en 1898 de 641 millions, en 189.3 de 554 millions. Limportation totale de ces pays a progressé de 1 .757 à 2.018 millions, l'exportation allemande à destination de ces pays, de 981 à 1.46 i millions de mark (1).

Si l'on examine en détail les rapports de l'Allemagne avec ces États, on rencontre tout d'abord l'Autriche. L'importation d'Autriche, dans les deux années qui ont précédé le traité de commerce, a été de 582 et de 569 millions, en 1868 de 627 millions, en 1899 de 715 millions. C'est l'importation du bois qui a principalement augmenté, elle représente le sixième du mouvement d'importation, l'accroissement comme valeur est de 80 millions de mark. L'importation des minerais de fer a quadruplé comme valeur, triplé comme quantité ; celle des lignites a augmenté de 33 0/0, celle des œufs de 65 0/0. Ce sont là des matières premières nécessaires à l'industrie ou à l'alimentation. Il s'est produit une hausse des prix sur ces articles à l'étranger, comme en Allemagne ; l'augmentation d'importation n'a pas été préjudiciable ; quant à l'exportation de l'Allemagne en Autriche, elle a été :

1890 332 millions 1898 426 millions.

Iîî9l 331 — 1899 450 —

soit une plus-value de 119 millions. L'exportation de la houille et du coke a augmenté de 44 millions de quintaux (66 0/0), de 24 miUions de mark (54 0/0). Le débouché autrichien a été très précieux pour les charbonnages silésiens, notamment dans les années où la consommation intérieure avait fléchi.

(1) La plus-value totale de Texportalion allemande de 18l>0 à 1899 e.-t d'un milliard dft mark. On a estimé que la production des marchandises ainsi exportées en plus donnent de l'occupation à un milliou d'ouvriers.

Il y a en outre une plus-value de 13 millions de mark sur les livres, cartes ; de 6 millions sur les chromolithographies, dessins, tableaux ; de 10 millions sur les machines ; de 4 millions sur les matières colorantes, etc.

Il faut reconnaître qu'un certain nombre de branches de rindustrie allemande ont vu, cependant, s'amoindrir leur débouché et elles sentent davantage la concurrence autrichienne.

Le traité avec Tltalie a stimulé l'exportation allemande, mais celle-ci a eu à souffrir de la crise économique italienne ainsi que du protectionnisme itaUen. L'importation d'Italie a progressé de 133 à 193 millions ; la soie entre pour 79 millions en 1899 contre 54 en 1891, les fruits pour 21 millions contre 7 millions. L'importation du vin d'Italie, qui devait ruiner les producteurs allemands, a fléchi de moitié. L'Allemagne achète 5 miUions de plus de chanvre, 6 millions de plus d'œufs, 4 millions de plus de raisin. Elle exporte 112 millions de mark en 1899 contre 87 millions en 1890 ; la plus-value porte sur le fer et les ouvrages en fer, les machines et instruments, le cuir, les matières colorantes. La part du commerce allemand à l'importation en Itahe a progressé de 10,9 0/0 à 1?,1, tandis que celle de l'Angleterre reculait de 21,8 à 18,6.

La Belgique a importé en Allemagne :

1890 314 millions 1898 197 millions

pendant que l'exportation allemande progressait de 152 à 207 millions. L'Allemagne achète principalement de lalaine en Belgique, 82 millions en 1899. Depuis le traité, la part de l'Allemagne au commerce belge a progressé de 10 à 13 0/0 du total. La Suisse a revisé ses tarifs et augmenté ses droits de douanes à l'exemple de ses voisins. Elle a vendu à l'Allemagne pour 168 millions en 1899, pour 169 millions en 1890; elle a acheté pour 175 millions en 1890, pour 280 millions en 1899, soit une plus-value de 105 millions dans l'importation de l'Allemagne. Celle-ci a bénéficié largement de la guerre de tarifs entre la France et la Suisse; lorsque la paix économique a été rétablie, l'Allemagne a cependant conservé le terrain conquis, elle l'a môme augmenté : la clientèle suisse est demeurée fidèle ; elle achète pour 42 millions de fer et d'ouvrages en fer, 30 miUions de combustibles, 25 millions de cotonnades et de toile, 21 millions de fils de laine, de tissus de

laine, 14 millions de soieries, 12 millions de cuir et d'ouvrages en cuir. La Suisse est cependant un pays ayant une industrie indigène.

Le traité de commerce entre la Russie et TAllemagne aété conclu en 1894, après une guerre douanière qui a commencé dans la seconde partie de 1893. La Russie exporte en Allemagne principalement des céréales et des matières premières pour Tindustrie textile ; le mouvement du commerce dépend donc de la récolte russe et de la récolte allemande ; il subit des fluctuations considérables : 1804, 579 millions ; 1896, 628; 1898, 747; 1899, 035. L'importation de céréales et d'autres produits agricoles a été de 296 millions en 1891, de 341 millions en 1898, de 232 millions en 1899. Un cinquième de Fimportation russe est du bois : 131 millions de mark en 1898, 111 en 1899; celle des œufs est de 37 millions, celle des volailles vivantes de 20 millions, du lin et chanvre de 40 millions, du trèfle de 22 millions, des peaux de 32 millions, du pétrole de 18 millions, du caoutchouc de 17 millions. Ce sont principalement des articles nécessaires à l'alimentation et à l'industrie.

Quant à l'exportation d'Allemagne en Russie, après avoir atteint son chiffre le plus bas en 1892 avec 130 millions, elle s'est relevée progressivement à 365 millions. L'exportation des instruments, machines, véhicules, a progressé de 12 millions à 67 millions, celle du fer et des ouvrages en fer de 13 à 62 millions, de la houille et du coke de 3 à 12 millions, du cuivre et des ouvrages en cuivre de 4 à 15 millions, du cuir de 2 à 7 millions, des livres, dessins, imprimés, ouvrages en papier de 5 à 16 millions, de la laine de 2 à 8 millions, du zinc et des ouvrages en zinc de 1,7 à 5 millions, des produits chimiques de 27 à 60 millions (1).

L'industrie allemande a donc, certainement, retiré un avantage considérable des traités de commerce, qui lui ont assuré non seulement la stabilité des droits, mais encore des dégrèvements considérables ; ses débouchés se sont étendus et elle doit être intéressée h les maintenir. Saura-t-elle le

(1) L'importatioQ de France en Russie a été de 44 millions de francs en 1^91, de 72 millions en 189S, pendant que l'exportation de Russie en France oscillait entre 282 et 162 millions. Les statistiques douanières sont assez incertaines sur les relations des deux pays, notamment à l'importation en Russie.

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faire ? Ou bien aurons-nous de nouveau le spectacle d'une coalition d'intérêts particuliers au détriment de l'intérêt général, qui est l'extension du commerce. Les appétits des agrariens sont en éveil : ils réclament le relèvement des droits sur les céréales, de 3 M. 50 à 6 mark ou même davantage. Réussiront-ils à convaincre le Reichstag et à l'entraîner dans cette voie du relèvement? M. Bartli rappelle, dans la Nation, qu'en 1893 la Russie n'a pas reculé devant une guerre de tarifs, lorsqu'on lui a imposé un droit différentiel de 5 mark sur les céréales, et il se demande si elle sera plus traitable en 1904. Un échec de négociations réduirait singulièrement le débouché de l'industrie allemande, sans empêcher la production agricole de la Russie de trouver sa voie au dehors et d'exercer son influence sur les prix. Le renouvellement du traité entre les deux pays dépend d'ime compréhension réciproque des intérêts engagés.

On sait que le gouvernement allemand fait préparer un tarif nouveau, qui doit servir de base aux négociations qu'il faudra engager. Il semble que jusqu'ici il ait fait pencher la balance plutôt vers les protectionnistes. On a substitué un grand nombre de divisions aux catégories existantes ; on a spécialisé davantage et, certes, on n'a pas eu en vue de faciliter l'importation. Il ne semble pas que le nouveau tarif, abstraction faite des droits, soit bien supérieur à l'ancien : il sera plus difficile à connaître. Cette augmentation du nombre des articles facilite l'introduction de surtaxes sur quelques points. Mais il ne faut pas oublier que les autres États peuvent se livrer aussi à des combinaisons analogues. Il semble probable que l'on présentera au Reichstag un projet avec un tarif maximum et un tarif minimum, sans cependant lier les mains au gouvernement et l'empêcher de descendre au-dessous des taux minimum, s'il s'agit d'obtenir des concessions équivalentes.

Après le tableau du commerce extérieur, il est intéressant de placer le développement de la marine marchande et des constructions navales.

Le développement de la marine marchande allemande, é^rit M, Lockroy, dans Le Temps, du 23 février 1901, a été spontané et formidable. Il y a quelques années, cette marine comptait à peine. Elle est, aujourd'hui, la seconde de TEurope. Elle fait concurrence à la marine anglaise. Deux révolutions lui ont donné l'essor : une révolution industrielle : la substitu-

lion du fer au bois dans la construction des navires ; une révolution politique : la résurrection de l'empire d'AUemagoe.

Hambourg, devenu trop petit, a bénéficié de trois agrandissements successifs. Les récents travaux de 1897 et 1898 ont coûté : les premiers 20 millions, les seconds 34; à Brome on a dépensé, dans ces dernières années, 37 millions ; à Stettin, 15 millions pour le port franc et 35 millions pour les canaux allant à la mer; à Lubeck 6 millions pour les quais et 20 millions pour les bassins ; à Dantzig, 11 millions.

De nombreux travaux sont prévus pour des sommes encore plus considérables. L'effort ne faiblit pas un instant; à l'embouchure de chaque rivière, on projette de construire un port.

En 1870, l'Allemagne ne comptait que 7 chantiers industriels de construction navale. Elle en comptait 18 en 188<); elle en comptait 25 en 1890. Aujourd'hui, elle en compte 39. Les 7 chantiers de 1870 occupaient 2.800 ouvriers. Les 39 chantiers de 1901 occupeut 37.800 ouvriers. Je ne compte pas là le chiffre des ouvriers des industries accessoires : métallurgie, ébénisterie, cuirs, tissus, et qui travaillent pour la marine marchande : il faudrait aller à plus de 90.000.

Ces chantiers sont prospères. La consommation du fer, pour les bateaux de plus de 100 tonnes, y était en 1890 de 45.900 tonnes. Elle était montée, en 1899, à 85.500 tonnes. Ils donnent à leurs actionnaires des dividendes qui vont parfois jusqu'à 12, 13 et 14 0/0.

Sur les 39 chantiers allemands, 5 peuvent construire les plus gros cuirassés, 5 les plus grands transatlantiques, 9 des croiseurs de toutes classes, 14 des vapeurs pour passagers et marchandises, cargo-boats, etc. Ils offrent par la puissance de leur outillage, comme par leur situation abritée, des facilités précieuses pour les réparations et les réfections de la flotte en temps de guerre. L'ennemi ne pourrait ni les inquiéter ni les bombarder au fond des estuaires ou le long des fleuves où ils se sont établis. Les mines allemandes leur fournissent le charbon; les meilleures fabriques de l'Europe les approvisionnent de fer et d'acier. Krupp, à lui seul, peut lui fournir 15.000 tonnes de plaques de blindage en une seule année. Ils se sont installés à bas prix, sur des rives à peu près désertes; l'espace ne leur a pas manqué, ni le terrain où, tout à l'aise, ils ont développé leur industrie. Aidés, encouragés, soutenus par le gouvernement qui, pour eux, a supprimé les droits d'entrée sur les matériaux nécessaires à l'architecture navale, ils se sont étudiés à réaliser tous les progrès; à améliorer leur outillage; à le reformer et à le transformer. A leur clientèle intérieure, l'activité de leurs agents a ajouté une clientèle extérieure ; ils ont travaillé pour la Chine, pour le Japon, pour la Russie, pour l'Italie, pour l'Amérique du Sud, pour presque tous les pays où il y a une marine et des bateaux; partant de cette idée juste que les navires, à mesure qu'ils augmentent de volume, offrent des conditions de résistance plus considérable et que les frais de transport diminuent, ils ont successivement lancé ces paquebots énormes qui traversent l'Atlantique à une vitesse moyenne de 22 nœuds.

Les chantiers de Schichau, à Elbing, comptent parmi les plus importants.

Ce qu'il faut voir c'est, à Hambourg, les chantiers Blohm et Voss. L'établissement possède six cales de construction pouvant recevoir des navires de 200 mètres, une grue de 150 tonnes, trois docks flottants, dont l'un de 190mètres de longueur et de 36 de largeur soulage des bateaux de 14.000 tonnes. Ce dock gigantesque serait, en temps de guerre^ remorqué à l'embouchure du canal Wilhelm pour les besoins de la marine militaire. Blohm et Voss emploient plus de 4.000 ouvriers; en 1899, ils avaient déjà construit un ensemble de navires représentant 262,258 tonnes, parmi lesquels le Pretoria de 23.000 tonnes, des cuirassés, des croiseurs pour la marine impériale. Ce sont encore, à Hambourg, les chantiers Reiherstieg, dont le quatre cent troisième navire était commencé l'an dernier ; les chantiers Brandenburg, qui contruisent loutes sortes de bateaux de mer ou de fleuve, de remorqueurs ou de bateaux plats ; les chantiers Janssen, fondés avec quinze ouvrier?, qui fournissent aujourd'hui des vapeurs brise^glaces, bateaux pilotes, et les chantiers Vulkan,de Brome, qui occupent une longueur de près de kilomètres sur les bords du ileuve; les chantiers du Weser qui ont construit quinze cuirassés, un grand nombre de croiseurs, torpilleurs, elles chantiers Hensburger qui possèdent le fameux dock flotlant bordé, d'un seul côté, par une unique rangée de caissons et permettant d'y loger des navires très larges comme, par exemple, les navires à roues ; les chantiers Germania, de Berlin, installés au bord du lac de Tegel, fondés, eux aussi, en 1825 avec dix ouvriers et qui, aujourd'hui, en comptent, avec la succursale de Riel, plus de 2.000: on y fabrique les appareils évaporatoires de presque toute la flotte allemande ; les chantiers Howald, qui ont la spécialité des marines étrangères : on y trouve à la fois des vapeurs pour une compagnie chinoi^^e de Tien-ïsin, pour la compagnie générale des chemins de fer roumains, pour le Honduras, pour la Russie, pour le Danemark ; les chantiers Neptune, deRostock; les célèbre.? chantiers Vulkan, de Stettin, qui couvrent une superficie de 25 hectares et emploient plus de 6.000 ouvriers. C'est de là, surtout, que ?ont sortis les immenses paquebots de l'Atlantique et c'est là qu'on ach'eve le Deulschland, de 205 mètres et de 33.000 chevaux- vapeur; les chantiers Oderweck; enfin les chantiers Germania, de Kiel, qui, lorsqu'ils seront achevés, en 1904, pourront, au dire de M. le professeur Hamm, mettre simultanément en construction vingt des plus grands navires de guerre au même tirage que douze contre-torpilleurs. Ajouterai-je que tous ces chantiers non seu'ement fabriquent des bateaux, mais encore des grues, des chaudières, des pontons, des machines, des locomotives ? Ils occupent ainsi leurs ouvriers quand les travaux maritimes subissent un temps d'arrêt.

Les constructions ravales en Allemagne, pour compte alleman ] et étranger, ont été de :

En Allemagne Kn Angleterre

pour comple allemand

Le tonnage de 19()0 se répartit comme suit :

Mer du Nord 163 navires 96.361 T.

Mer Baltique 128 157.351

Intérieur 94 19.086

A l'étrauger 62 109.292

Ul 382.070

L'histoire des finances de l'Empire en 1900 a été plus intéressante que d'ordinaire. Les événements de Chine, l'assassinat du ministre d'Allemagne à Pékin, ont amené le Gouvernement à engager des dépenses s'élevant à 152 millions de mark, et à organiser une expédition d'outre-mer en l'absence du Reichstag. Pour les dépenses extraordinaires hors session, le Chancelier de l'Empire a demandé un Mil d'indemnité, en assurant que, en ce qui dépendrait de lui, la chose ne se renouvellerait pas.

Au mois de janvier 1900, le Reichstag a été saisi du projet de loi qui double le nombre des cuirassés de combat, portés de 19 à 38, qui accroît considérablement reffectif des croiseurs et autres bâtiments de guerre, qui fixe la composition et l'objet de ({uatre escadres permanentes, qui pourvoit aux voies et moyens en répartissant sur un temps donné les crédits, en déterminant la part des dépenses auxquelles subviendra l'emprunt, celle à laquelle l'impôt devra faire face, en fixant le montant des dépenses non renouvelables et celui de l'accroissement des dépenses annuelles, lesquelles ne devront dépasser que d'une proportion déterminée la limite du maximum légal fixé par le dernier septennat naval. Le coût total de 1 816 millions de mark sera couvert jusqu'à concurrence de 769 millions par femprunt; les dépenses annuelles progresseront de 169 millions en 1900 à 323 millions en 1916 (1).

La flotte allemande se composerait donc en 1917 de 38 vaisseaux de ligne, 8 cuirassés côtiers, 20 grands croiseurs. 45 petits croiseurs.

Le projet de loi fut renvoyé à la Commission du budget qui le modifia en supprimant les navires destinés au service dans

(1) Dans le volume précédent nous avons analysé Texposé des motifs. Le Gouvernement se justifiait d'avoir violé les engagements pris en 1S98. S'il n'a pas attendu la fin du septennat, c'est qu'il est urgent d'augmenter la marine allemande. Or la loi allemande prévoit à partir de 19Q0 un plus petit uombre de constructions nouvelles.

les eaux étrangères, soit clans la flotte active 5 grands et 5 petits croiseurs et dans la flotte de réserve 1 grand croiseur et 2 petits, ce qui représentait une économie de 390 millions de mark.

La question fmanciôre fut résolue par la Commission, le Gouvernement n'ayant présenté aucune mesure fmancière. L'initiative de propositions pour couvrir les dépenses fut prise par MM. Graeber et Muller-Fulda, du Centre, par M. Bassermann (national libéral). ^

Les dépenses pour la marine doivent, après les suppressions opérées par la commission, monter de 168.540.000 mark en 1900, à 266.480.000 en 1917. Les dépenses totales pour la marine pendant la période de 1900 à 1917 seront de 4.353 millions de mark. Le surplus de dépenses qui résulte de cette augmentation des effectifs sera pour dix-sept ans de 1.490 millions de mark.

La somme de 4.353 millions de mark se décompose ainsi :

Millions de mark.

Constructions de navires, armements, con«truc4ons

de chantiers et de forts 1 .759,20

Dépenses permanentes 2.070,87

Budget des retraites de la marine 116.45

Intérêt des emprunts 406,59

Sans entrer dans le détail de la question fmancière, disons seulement qu'il sera emprunté pendant dix-sept ans une somme de 428,9 millions de mark. Le surplus moyen annuel de dépenses qui sera de 55 millions sera couvert par les impôts nouveaux votés par la Commission, à savoir :

Millions de mark Impôt sur le timbre 45

Elévation des droits de douane 4,8

Impôts sur les vins mousseux naturels 6

Impôts sur la saccharine 1

Chaque année seront accordés les crédits que le Reichstag jugera nécessaires en s'inspirant de la situation fmancière de TEmpire.

L'opinion publique avait été gagnée à la cause du gouvernement qui avait su très habilement exploiter l'hostlUté du peuple allemand contre l'Angleterre et en particuUer l'indignation provoquée par la saisie du Bundesrath.

Le discours fort tranchant que M. de Bûlow prononça à cette occasion, et les instructions d'une netteté plutôt raide qu'il

envoya aux représentants diplomatiques de TAllemag-ne auprès du gouvernement anglais, étaient pour ainsi dire « haussés d'un ton » en vue de l'efTet à produire sur l'opinion publique en Allemagne. La discussion porta surtout sur le choix des impôts nouveaux, l'effectif proposé par la Commission fut adopté et le projet fut voté par 201 voix contre 103.

Il importe de faire remarquer que l'augmentation des effectifs destinés au service dans les eaux étrangères n!a été qu'ajournée. De toutes façons le gouvernement n'avait pas l'intention de procéder à la construction de ces navires avant l'année 1906; il ne fera donc qu'attendre jusqu'en 1905, pour présenter un nouveau projet.

L'amiral Tirpitz a déclaré expressément, dans la séance du 6 juin, qu'il ne s'agissait que d'ajourner jusqu'en 1.905, toute discussion à ce sujet.

D'après le texte de loi défniitif, la flotte de combat doit se composer de :

2 vaisseaux amiraux, 4 escadres de chacune 8 vaisseaux de ligne, 8 grands croiseurs et 24 petits croiseurs devant servir d'éclaireurs.

La flotte destinée aux eaux étrangères doit se composer de :

3 grands croiseurs et 10 petits croiseurs.

La flotte de réserve comprendra 4 vaisseaux de ligne, 3 grands croiseurs et 4 petits croiseurs.

Dans ce chiffre d'effectif sont compris, au moment de la promulgation de cette loi, les navires mentionnés dans le supplément A (soit : 27 vaisseaux de ligne, 12 grands croiseurs et 29 petits croiseurs).

Sauf le cas de pertes de navires, seront remplacés : les vaisseaux de ligne au bout de 25 ans, les croiseurs au bout de 20 ans.

Ces délais courent à partir de l'année où sera accordée la première somme destinée à la construction du navire qui doit être remplacé et vont jusqu'à l'année où sera accordée la première somme destinée à la construction du navire de remplacement.

Pour la période qui va de 1901 à 1917, les remplacements seront réglés d'après le supplément B. (Dans le supplément B sont mentionnés comme devant être remplacés, de 1901 à 1917, 17 vaisseaux de ligne, 10 grands croiseurs et 29 petits croiseurs.)

Les ressources nécessaires pour la mise à exécution de cette loi seront fournies et fixées chaque année par le Imdget de l'Empire.

Dans le cas où, à partir de l'année 1901, radministration de la marine aurait besoin de sommes supérieures aux crédits ordinaires, ou accordés pour une année seulement, inscrits au budget ordinaire, et où ces sommes dépasseraient de plus de 53.700.000 mark le surplus rie rendement des impôts d'Empire sur le timbre, si le déficit ainsi créé ne peut être couvert par les autres revenus de l'Empire, ce déficit ne doit pas être comblé par une élévation ou une augmentation des impôts d'Empire indirects pesant sur la consommation générale.

Cette loi entre en vigueur en même temps que la loi modifiant la loi d'Empire sur le timbre du 27 avril 1894, et qui doit être promulguée pendant cette même session du Reichstag. Elle entre aussi en vigueur en même temps que la loi modifiant les tarifs douaniers.

La loi du 10 avril 1898, concernant la flotte allemande, est abrogée (1).

Le Centre fit les propositions suivantes, afin de fournir les ressources nécessaires : 1° modifier la loi du timbre du ^7 avril 1894, porter le timbre sur les actions indigènes de 1 à 1 1/2 0/0, étrangères de 1 1/2 à 2 0/0 ; sur les rentes et obligations étrangères de 6 à 8 0/00 ; frapper d'un droit nouveau les litres des sociétés minières (Kuxe et Kuxscheine) variant entre 30 et 300 mark ; les parts émises avant l'entrée en vigueur du nouveau tarif ne sont pas soumises au timbre. Pour les transactions, l'impôt est porté de 2/10 à 5/10 0/00 sur les actions et valeurs étrangères, pour les affaires d'arbitrage, un dégrèvement de 2/10 0/00 sur chacune des deux opérations est accordé ; en ce qui touche le timbre sur les lots, il est porté

(1) En J901, la Commission du budget a décidé par 20 voix contre 4, de présenter au Reichstag une résolution tendant à demander au Gouvernement d'établir des ateliers de fabrication de plaques de blindage. Voici les motifs qu'expose le rapport de la Commission du budget : daas la construction d'un grand cuirassé il entre pour 6 millions M. de plaques de blindage en acier nickelé, dans celle de tout grand cuirassé pour 4 millions M. La marine des F^tats-Unis a réussi à se faire fournir des plaques par Krupp à raison de 1.920 M. la tonne, la marine allemande les paie 2..320 M., soit 400 M. de plus. Le rabais a été obtenu, après le vote par le Congrès américain d'une somme de 4 millions de dollars pour installer des usines. La marine allemande,aux conditions actuelles de Krupp, aura à payer 60 millions de M. de plus pour ces navires que la même quantité de tonnage n'aurait coûté au Gouvernement des Etats-Unis. A défaut d'ateliers de l'Etat, on pourrait admettre les usines étrangères à concourir aux fournitures.

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