à l.OOO.OOO
et par 100.000 mark, 2.000 mark d'impôt.
Le gouvernement avait objecté contre la tentative de faire dépasser la progression de 2 0/0 ; il fit valoir que ce serait le moyen de conduire les grands bazars à une évolution en spécialités.
Une discussion confuse s'engagea sur la nomenclature des groupes de marchandises ; le projet du gouvernement fmit par être adopté. Le ministère du Commerce a été chargé de décider dans quelle catégorie une marchandise sur laquelle il y a doute, doit être enregistrée.
Le projet de loi fut voté par la majorité composée de cléricaux, de réactionnaires, contre les nationaux libéraux et les progressistes.
Une question intéressante, que Tavenir élucidera, c'est celle de la répercussion de cet impôt. Les grands magasins, dont il ne faut pas nier la puissance d'achat, chercheront à se décharger, en grande partie, sur les industriels et les fabricants. La progression de cette forme nouvelle du commerce n'est pas illimitée d'ailleurs. A Paris, il est incontestable que les forts bénéfices dos grands magasins ont suscité des concurrences de plus en plus nombreuses et actives, qui se contentent de profits moindres ; on voit reparaître aussi le magasin de spécialités, ne traitant qu'une branche spéciale (1).
* La surface emblavée en Allemagne a été, en 1.000 hectares :
Froment Seigle Avoine Orge Pommes de terre
La récolte a été, en tonnes de 1.000 kilogrammes :
Froment Seigle Avoine Orge Pommes de teno
Les surfaces emblavées ont légèrement augmenté, tandis que, pour les grains, le rendement par hectare a plutôt fléchi. Si, au point de vue de la quantité, la récolte du froment a été considérable, il n'en est pas de même de la quahté, qui lai'sse
(1) Le produit du nouvel impôt doit servir à dégrever les contribuables des classes III et IV; il n'augmente donc pas les ressources financières des communes. Pour 1901.2, le produit en est estimé à Berlin à 1.820.000 M.
à désirer; pour l'avoine et l'orge, les belles qualités font aussi défaut cette année. Pour le seigle, la récolte a été très abondante, alors qu'on s'attendait à peine à une récolte moyenne. La Prusse orientale a récolté 170.000 tonnes de plus que l'année précédente, ce qui comble le déficit des provinces de Posnanie, de Silésie, de Saxe et de Brandebourg. La pomme de terre a donné des résultats satisfaisants au point de vue de la quantité et de la qualité. Nous rappellerons que la statistique des récoltes est établie en Allemagne depuis 1899 sur de nouvelles bases.
M. Meyer, dans sa revue annuelle, constate que le commerce des céréales n'a pas eu une année fructueuse en 1900. D'abondantes récoltes et des stocks importants ont eu pour conséquence de rendre les acheteurs très réservés et de réduire au minimum les bénéfices des intermédiaires. C'est surtout la minoterie qui a eu lieu de se plaindre et cela dans le monde entier. Le prix de la farine a laissé peu de marge contre le prix des céréales. En Allemagne, la nouvelle réglementation des farines a rendu l'exportation plus difficile et accentué la concurrence à l'intérieur.
La Bourse de commerce a été rétablie à Berlin en 1900, mais, de l'avis de M. Meyer, le commerce n'en a pas eu, jusqu'ici, de grands avantages. La cote des céréales a été remise en ordre, mais le bénéfice a été surtout considérable pour les agriculteurs et les consommateurs qui, pendant la période de suppression de la Bourse, se trouvaient dans l'obscurité concernant les prix et n'avaient guère le moyen de vérifier les conditions d'offre et de demande, faute du contrôle que donne la publication régulière des prix du commerce. Le commerce, aujourd'hui encore, ne peut pas remplir ses fonctions économiques, puisque la base dont il a besoin n'a pas été rétablie. Les affaires à terme en céréales sur la base des usages de la Bourse continuent à être défendues. Le succédané résultant des affaires à livrer sur la base du Gode de commerce est insuffisant. Les négociants ont donc été forcés de nouveau de prendre sur eux des risques de spéculation, lors de leurs achats, à moins qu'ils ne soient allés chercher sur les places étrangères les garanties d'assurance que leur refusela législation allemande. La minoterie est relativement encore plus atteinte, parce que, pour maintenir sa production, elle doit pourvoir à des achats anticipés de grain, sans pouvoir vendre simultanément des quantités correspondantes de farine et sans avoir la ressource de
se couvrir éventuellement par des ventes de farine à terme ; elle a donc cherché à se défaire des stocks, ce qui a eu pour effet de peser sur les prix. Une autre conséquence de l'absence d'affaires à terme a été l'écart considérable entre les céréales indigènes et les prix sur le marché étranger. Le froment allemand s'est vendu de 35 à 40 mark la tonne meilleur marché ; ce qui n'aurait pas été le cas si la législation n'avait pas supprimé violemment tout esprit d'entreprise. Les excédents du froment indigène, dont la consommation devait se faire ultérieurement, ne trouvant pas emploi dans le commerce, le prix en a fléchi au point de rendre possible l'exportation. Les capitaux employés temporairement se sont de plus en plus retirés du commerce des céréales, auquel ils facilitaient les reports qui ne sont possibles qu'avec des affaires à terme. Nous rappellerons que l'application des articles 7 et 51 du Bôrsen Gesetz portant abolition des marchés à terme sur marchandises, a eu pour conséquence de faire abandonner par les commerçants la Bourse officielle; ils se constituèrent en association libre et se réunirent au Palais des Fées où eut lieu le marché non officiel. On y adopta des procédés par lesquels, sous la forme d'opérations au comptant, on continua à faire des opérations à livrer. Le manque de sûreté pour les transactions en grains, l'insuffisance des moyens pour la fixation des cotes des céréales, le manque de rapports des marchés aux grains (1) se firent tellement sentir que le gouvernement
(1) L'association libre qui avait commencé à publier les cours d'après les transactions effectuées, cessa de le faire le 11 janvier 1897, de crainte d'entrer en conflit avec le législateur. Si des cours furent publiés, ils le furent à titre de renseignements privés obtenus par les journaux. Afin d'obvier à l'absence de nouvelles, le gouvernement s'efforça d'organiser l'enregistrement des cours dans un certain nombre de localités (entre 30 et 50) qui furent transmis au bureau impérial de statistique, qui se livrait d'ailleurs auparavant à l'élaboration de tableaux hebdomadaires et mensuels des prix des quantités vendues. Jusqu'ici Berlin avait été le point central vers lequel convergeaient le marché extérieur, ainsi que les divers facteurs du commerce intérieur; il en résultait la détermination d'an prix qui réagissait sur les marchés locaux. La nouvelle organisation qui voulait obtenir une sorte de synthèse des marchés locaux, redevenus autonomes, voulait établir une influence des marchés locaux sur Berlin, et par Fuite sur les prix du marché universel. C'était méconuaitre les conditions actuelles que de vouloir donner une influence prépondérante à l'addition, en quelque sorte mécanique, d'un certain nombre de marchés locaux opérant sur échantillons, sur qualités
entama, à plusieurs reprises, des négociations pour rétablir Tancien régime. L'administration de la guerre elle-même vit , dans cette situation , un danger qui , en temps de guerre, pourrait tourner en un vrai désastre. Les négociations n'aboutissant pas, la police intervint et menaça de faire fermer le Palais des Fées, si les négociants ne voulaient pas se conformer à l'ordonnance de la Bourse. Acculés dans cette impasse, les marchands s'adressèrent aux tribunaux. Le Tribunal de commerce jugea leurs réclamations justifiées et rendit un jugement dans ce sens. Le Tribunal des conflits cassa ledit jugement et donna raison à la police. A la suite de cette sentence, les négociants jugèrent nécessaire d'abandonner le Palais des Fées et allèrent tenir leurs assises dans les locaux de l'ancien hôpital du Saint-Esprit; ils y traitèrent, vu la difficulté de grandes distances locales, les affaires de comptoir h comptoir. Le gouvernement menaça de nouveau de sévir,
locales et présentant des différences de 30 à 50 mark par tonne sur des transactions souvent inférieures à 100 tonnes. Le but poursuivi de permettre aux producteurs d'exercer ainsi une influence sur la détermination du prix général ne fut pas atteint. En outre les publications des cours ne purent pas être assez promptes ni assez complètes.
En juillet 1897, toute publication sur les négociations de l'association libre fut suspendue. Les chambres d'agriculture tentèrent alors de créer un bureau central pour la cote, répondant au besoin qu'on avait d'indications précises et sûres. Ce bureau publia trois sortes d'indications ri» les prix- obtenus dans une trentaine de localités, prix le plus haut et le plus bas pour le seigle, l'avoine et l'orge, sans indication de qualité ; 2° le prix du disponible pour la qualité servant jadis de base aux affaires à terme; 3° les prix en mark à New- York, Chicago, Odessa, Liverpool et Budapest. Ces deux dernières rubriques montrent que même les agrariens ne peuvent se passer du marché à terme ni de la connaissance des marchés étrangers. La valeur pour le commerce de cette cote a été peu considérable, d'autant plus que les prix locaux étaient établis sans contrôle. Le gouvernement essaya d'obtenir le concours du commerce pour l'établissement de ces prix locaux, mais sans succès. La destruction de la cote de Berlin, qui servait d'indication générale dans tout le pays, laissa une lacune et créa une incertitude fâcheuse. L'importance des affaires en commission à Berlin diminua. Les cours de la Bourse de New- York obtinrent une influence grandissante sur le marché des céréales en Allemagne; négociants et meuniers qui ne pouvaient se protéger par des affaires à terme, contre des pertes, cherchèrent à faire peser le plus possible du risque sur les producteurs, en pesant sur les prix d'achat. Des journaux agrariens eix-mêmes cherchèrent a se procurer les prix traités dans les comptoirs de l'hôpital du Saint-Esprit, afin de renseigner leurs lecteurs.
mais il sentit que son attitude purement négative, vis-à-vis du commerce des grains, ne pouvait mener à aucun résultat sérieux. Il arriva un moment où les agrariens eux-mêmes demandèrent au gouvernement de reprendre les pourparlers avec les négociants.
Nous avons publié Tan dernier des renseignements sur le cours des négociations. Une difficulté qu'il fallut surmonter fut la demande des agrariens de se voir représentés dans le comité directeur de la Bourse du commerce, et cela au moyen de délégués imposés, c'est-à-dire nommés par le gouvernement; une autre fut que les négociants posèrent comme condition sinequa won la reconnaissance de la légalité des affaires à livrer sur la base du Code de commerce ; enfin que Ton eût à s'entendre sur le libellé de la formule des marchés à livrer.
Au mois de juin 1899, les délégués de l'Agriculture et du Commerce discutèrent en présence du commissaire du Gouvernement près la Bourse de Berlin. L'impression qui se dégage des procès-verbaux c'est que même après le rétablissement de la Bourse du Commerce , la paix conclue entre agrariens et négociants n'est qu'apparente, les avis concernant l'importance, les fonctions, l'objet et les formes des affaires à terme continuant à être diamétralementopposés. Le commissaire du Gouvernement expliqua que les affaires à temps devraient être faites à la Bourse et cela sur la base du bordereau introduit pour les affaires à livrer; des négociants demandaient une garantie que l'autorité ne viendrait pas s'opposer au commerce et à la cote des affaires à livrer par le motif qu'il s'agissait d'affaires à terme légalement interdites. Les agrariens, au contraire, voulaient que le bordereau ne pût pas servir aux anciennes affaires à terme. On se trouvait ainsi en présence d'un dilemme presque insoluble et de l'impuissance du Gouvernement à satisfaire les deux partis. Les négociants firent valoir des arguments démontrant que le nouveau bordereau ne contenait aucune des conditions inhérentes à l'ancien marché à terme. Au fond, les négociants sacrifiaient l'accessoire pour maintenir la partie essentielle, c'est-à-dire celle qui permettait de s'assurer contre les risques du commerce ; les agrariens n'en voulaient pas. Les négociations n'aboutirent pas ; une intervention de l'autorité, menaçant l'institution qui s'était créée daus les salles de l'ancien hôpital de Saint-Esprit, obligea à trouver une issue. Les négociations furent reprises le 15 janvier 1900 et
elles aboutirent au rétablissement de la Bourse des marchandises à Berlin. Voici les bases :
Le Comité directeur se compose de dix négociants, de cinq agriculteurs choisis sur une liste de dix noms fournis par le Collège d'Economie (représentation supérieure des agriculteurs) rurale et de deux meuniers. Les négociants ont donc la majorité. Pour la détermination des cours des produits agricoles, Tintervention de deux représentants de Tagriculture seulement est nécessaire. La cote officielle devra indiquer les prix pour les céréales étrangères et indigènes, d'après la quahté, le poids, la couleur, Fancienne et la nouvelle récolte. La cote devra comprendre les transactions réellement effectuées. Pour les affaires à livrer, la base reste Tancienne qualité des affaires à terme. On remarquera la tendance à spécialiser la cote ; mais le point important, c'est que celleci contient une qualité type. Le nouveau bordereau ne se distingue pas sensiblement de l'ancien et, au point de vue technique, il se distingue fort peu de celui qui était en vigueur dans les transactions effectuées à l'hôpital du Saint-Esprit. Une concession a été faite aux agrariens, c'est que, pour être livrable, le froment doit avoir été examiné par trois experts.
M. Goldenbaum, dans une étude publiée par la Revue d'administration^ de législation et d'économie politique^ arrive à une conclusion plutôt pessimiste : « le rétablissement de la Bourse de commerce consiste surtout dans un changement de local ; la même incertitude subsiste au point de vue des conséquences légales ; le seul gain sérieux c'est qu'il existe de nouveau une cote officielle pour les affaires à livrer; en dernière analyse, c'est une trêve conclue sous les auspices du gouvernement, entre les agrariens et les négociants. »
Les agrariens n'ont pas réussi à rendre autonome la Bourse des marchandises, à lui imposer un comité composé, par parties égales, d'agriculteurs, de meuniers et de négociants, à écarter la possibilité de se servir des affaires à livrer qui peuvent se transformer en affaires à terme ; ils n'ont pas réussi à dégrader le marché de Berlin et à en faire un petit marché local. Les commerçants, de leur côté, n'ont pas obtenu la sécurité absolue dont ils ont besoin ; le véritable remède consiste dans une réforme radicale de la législation des affaires de bourse.
Le commerce des céréales en 19t)() a été monotone ; les réserves résultant des récoltes de 1898-1899 ont comblé largement le déficit de 1900. Les négociants sont devenus extrê-
mement circonspects, le régime protectionniste et la législation réactionnaire sur les bourses ont absolument tué l'esprit d'entreprise et tendu à abaisser les prix dans les pays protégés. La hausse du fret résultant de la guerre de Chine a rendu les expéditions plus difficiles.
Voici le mouvement du commerce en 1.000 quintaux :
Importation totale 1900 1899
Exportation
i totale
Excédent d'imp.
Froment —
Seigle
Orge
Avoine
Au 31 décembre 1900, le stock était de 1.315.073 quintaux de blé, 719.921 quintaux de seigle.
Le prix du froment à Berlin par l.uOO kilos, en disponible, a été :
plus haut plus bas
plus haut plus bas
lr,8
Janvier
Février
Mai
Juin
Juillet
Septembre
Octobre . .
Novembre
Décembre
Le mois le plus intéressant a été le mois de juin, par suite des craintes sur les récoltes américaines qui ont fait hausser le prix à 164 mark. Au mois d'août, il y a eu avantage à exporter des blés d'Allemagne en assez grande quantité. La difficulté de vendre à l'intérieur s'est traduite à la Bourse par des reports élevés. De décembre à mai, l'écart a été de 8 mark. Pour le seigle, nous voyons le phénomène contraire, c'est-àdire l'existence d'un déport ; au début de l'année, les stocks se sont réduits à Berlin de 1.845 tonnes à 835 tonnes, pour remonter en avril à 7.855, redescendre en juin à 1.852, ce qui rendait les arrivages de Russie les bienvenus. La hausse du fret a gêné le commerce. Les stocks, à Berlin, après avoir atteint, en décembre, 12.395 tonnes, finissent l'année avec le
chiffre de 4.615 tonnes. Les prix les plus élevés ont été de 153 mark en mai et juin, les plus bas de 137 mark 50 en décembre, c'est-à-dire de 2 à 3 mark plus bas que ceux de janvier. De môme qu'en 1899, le prix du seigle a atteint celui du froment pour s'en écarter ensuite de 11 à 12 mark.
L'année 1900 a été extrêmement triste pour la minoterie. La concurrence est devenue plus intense, par suite de la construction de quelques moulins nouveaux. L'expédition de Chine a créé un débouché passager.
Le chiffre de la campagne 1899-1900 pour la production de l'alcool a donné 3.654.549 hectolitres contre 3.823.596 la campagne précédente. Cette dernière dépassait de 6 à 800.000 hectolitres la production moyenne des cinq années précédentes. La consommation pour la boisson a été de 2.379.886 hectolitres contre 2.414.8401a campagne précédente. La consommation industrielle a été de 1.047.414 hectolitres contre 992.000 hectolitres en 1898-1899. Il a été exporté 160.000 hectohtres contre 220.000 en 1898-1899. Le prix moyen de Tannée pour de l'alcool acquittant l'impôt de consommation de 70 mark a été de 42, 41 mark en 1899, de 48, 65 en 1900.
Nous avons exposé dans le volume de 1900, l'organisation du syndicat qu'on appelle la Centrale pour la vente de l'alcool qui exerce une influence prédominante sur la détermination des prix actuellement (l). La production a légèrement diminué en 1900, de même la consommation, tandis que la consommation de l'alcool dénaturé a progressé ; la dénaturation est favorisée par un abaissement des tarifs des chemins de fer ; Taugmentation de consommation d'alcool dénaturé a été plus considérable, semble-t-il, avant la création du syndicat. L'exportation a été moindre, le Japon n'ayant plus acheté d'alcool à l'Allemagne et si elle a encore atteint 160.000 hectolitres, cela tient sans doute aux sacrifices que s'est imposés le syndicat pour vendre au dehors.
La récolte de pommes de terre en 1900 a été énorme, ayant
(1) Le syndicat qui comprend bouilleurs et raffîneurs s'est formé, dès qu'il a eu l'adhésion des producteurs, de 80 millions de litres sur les 220 millions de litres admis par la législation ; il en a réuni davantage, 129 millions en mars 1899 et l'on croit qu'en 1900 il embrasse les trois quarts de la production. Il est à l'abri de l'importation étrangère par un droit prohibitif de 125 mark par hectolitre, et à l'iutérieur la législation fiscale tend à restreindre la production, à favoriser la distillerie agricole de la pomme de terre contre la distillerie industrielle.
atteint près de 41 millions de tonnes, et la qualité est des plus satisfaisantes. Il semble donc que la pioduction de la campagne courante sera considérable. Les grands frais avec lesquels travaille la Centrale ont forcé celle-ci à exiger des prix très élevés. C'est ainsi qu'étant partie de 45 mark, la Centrale les a élevés à 52,50, avec un prix moyen de 49,50. Le bouilleur, en dehors du prix de base de 39 mark, a touché comme bonification 2,50, si bien qu'il a reçu en tout 41,50. Si Ton compare ce prix avec celui qu'a obtenu le bouilleur demeuré indépendant, on trouve que le prix moyen de la saison d'octobre 1899 à septembre 1900 a été sur le marché de Berlin de 48,58, tandis que le bouilleur syndiqué a touché 41,50, soit une différence de 7,07 en faveur du non-syndiqué. Durant la campagne de 1899-1900 le bouilleur syndiqué a touché 41,50 contre 41,32 en 1898-99, bien que le consommateur ait payé en moyenne 49,50 en 1899-1900 contre 44,50 en 1898-99. M. Mcyer trouve que les indications du syndicat ne sont pas suffisamment claires pour juger l'avenir de cette question ; il semble, toutefois, que, malgré les difficultés qu'ils rencontrent, les bouilleurs indépendants n'aient pas à regretter d'être restés en dehors delà combinaison (1). Cependant la création de nouveaux établissements menace de faire naître une concurrence croissante et il semble que les efforts pour augmenter la consommation industrielle ne puissent pas beaucoup se développer.
Un projet dç loi a été soumis au Conseil fédéral, en vue de renforcer faction du syndicat de l'alcool. Tout bouilleur de pommes de terre, maïs, mélasse, etc., produisant plus de 150 hectolitres d'alcool pur, sera obligé de laisser dénaturer chaque année une portion de l'alcool produit par lui, portion qui sera déterminée parle Conseil fédéral, sous peine de payer par hectolitre d'alcool non dénaturé 15 mark d'impôt de distillation. L'objet de la disposition est de diminuer la quantité d'alcool destinée à la boisson et de faciliter le relèvement des
(1) Le compte rendu des opérations de Spiritusring n'est pas très explicite ; il ne donne pas le chifl'rc de la production. La prime de rectification payée aux fabriques est de 4.08 mark par hectolitre ;. les bouilleurs ont reçu 41 mark 506; les prix de vente, à Berlin, ont été de 45 mark, ils ont été relevés ensuite. Les stocks du syndicat ont été de 121 millions en avril 1900 contre 107 en 1899 et 90 en 1899 et 1898. Gela a été un moment pénible et l'on a essayé de pousser l'exportation, sans grand succès, d'ailleurs. 11 y a un fort stock, à Hambourg, dans le port franc. Il est resté un quart de la production en dehors du syndicat et les intéressés s'en trouvent assez bien.
prix. En outre, la quantité d'alcool taxée au droit inférieur, autorisée pour les nouvelles distilleries, sera réduite à l'avenir, afin de réduire la concurrence.
Un événement important de l'année, c'est la constitution du Cartell des sucres. Depuis une dizaine d'années, on cherchait à y arriver, mais ce n'est qu'à partir de 1894 que les efforts eurent chance de réussir; l'exemple des fabriques austro-hongrois fut décisif.
En 1897, il se forma en Allemagne le syndicat des fabricants de sucre et celui des raffmeurs, qui aboutirent à un syndicat général. Celui-ci embrasse 98 0/0 de la production totale de l'Allemagne, avec 4O0 fabriques et 50 raffmeries ; il a commencé à fonctionner le 1" juin 19>)0. Le fondement du Cartell est que, grâce à un droit d'entrée de 40 mark par 100 kil., le prix peut être relevé dans une certaine mesure à l'intérieur sans provoquer la concurrence étrangère. On a donc fixé un prix normal de 25 M. 50 par quintal raffiné et consommé ; les raffineries s'obligent à verser à la caisse du syndicat des fabricants la différence entre le cours du sucre (rendement 88) à Magdebourg et le prix normal de 25 M. 59, avec une augmentation de 10 0/0 comme différence entre le brut et le raffiné. Grâce à cela, le Cartell obtient pour les fabricants un prix à la fois stable, indépendant du marché et rémunérateur. Si le prix par 100 kilos à Magdebourg est de 20 mark, le raffineur doit verser 5,50 -|- 0,55 ^ 6,05 au syndicat des fabricants. A la fin de l'exercice, les sommes recueillies, sous défalcation des frais d'administration, sont partagées entre les diverses fabriques au prorata de leur participation dans le total de la production et de l'impôt. Avec la production actuelle, un prix moyen de 20 mark par 100 kilos, le syndicat a un bénéfice de 2 M. 30 par unité pour les fabricants (1).
Plus le prix baisse à Magdebourg, plus le bénéfice par quintal produit augmente; plus il monte, plus le bénéfice diminue.
Le prix moyen en 1900 est de 22 M. 16 les 100 kilos. Les recettes du syndicat ont été de 27,6 millions, le bénéfice de 1,46 mark par quintal. Les raffineurs reçoivent pour chaque quintal consommé un bénéfice de 1 M. Les prix du raffiné sont
(1) Production: 19 millions de quintaux; consommation : 17 millions 1/2; recettes du syndicat : 45 millions, répartis sur 19 millions de quintaux.
fixés chaque mois par le syndicat. Le prix normal se décompose par quintal raffmé :
Prix du brut 25 M. 50, frais de fabrication et transport 8, impôt de consommation 20, bénéfice du cartell 1 mark, total 54,50. Les grandes fabriques travaillent meilleur marché. Il y a, en outre, la prime d'exportation. Le bénéfice du syndicat est estimé à 75 millions, plus les 30 millions de francs à fexportation.
Le sucre a haussé de 6 mark par 100 kilos à Fintérieur, cela fait, pour une consommation de 7.500.000 quintaux, une taxe de 45 millions de mark sur la consommation. Le renchérissement a eu sa répercussion dans le détail. Le prix coté pour le sucre raffiné par quintal à Magdebourg a été :
Janvier, 47 M. 25 ; février, 47,88; mars, 48,20 ; avril, 49,12 ; mai, 50,50; juin, 56,70; juillet, 57,00; août, 57,60; septembre, 56,81; octobre, 55,40; novembre, 55,45; décembre, 56,08.
La production de TAUemagne est estimée à 1.S98.527 tonnes en 1900-1901 contre 1.791.252 en 1899-1900; le nombre des fabriques est de 395.
La Revue du comité des houillères de la Haute-Silésie rappelle qu'en 1890-91 (1), Topinion publique en Allemagne s'est préoccupée de la question houillère avec autant de passion qu'en 1900. C'était à la suite de la grande grève de la Ruhr, qui avait duré trois semaines et s'était étendue aux autres districts de l'Allemagne, en privant la consommation d un tonnage de 2 millions de tonnes. Après la reprise du travail, l'extraction fut moins active ; l'industrie qui avait été surprise parla grève, dans une période de développement, se trouvait presque dépourvue de stocks. Il se produisit une sorte de panique, comme celle que nous avons vue en 1899-1900 ; une demande précipitée de la consommation amena une hausse désordonnée, notamment en Westphalie. Après une période rie calme en été 1890, il y eut une grève formidable des mineurs en Belgique, un hiver hâtif et rigoureux ; au début de 1891, on se trouva en présence d'une véritable disette de charbons. A titre de remèdes, on suggéra l'interdiction des exportations, l'abaissement des tarifs d'importation, la nationalisation de la propriété minière, c'est-à-dire des projets qui renaîtront dix ans plus tard. Le gouvernement étudia la question, mais la crise
(1) Voir circulaire 1960 du Comité central des houillères de France. R. 13
lOi LE MARCHÉ FINANCIER EN 1900
ayant atteint son paroxysme en mars 1801, il l'ut dispensé d'agir. La baisse fut rapide, quelques mois plus tard les prix étaient retombés au-dessous du niveau d'avant la grève, Toffre dépassait la demande. Le mouvement de baisse continua et s'aggrava en 1892, 1893, 1894, si bien que l'industrie boiiillère se trouva dans la plus triste situation. La cause principale était dans le marasme universel de la métallurgie. En Westpbalie, les mines se faisaient une concurrence acharnée et ruineuse, à laquelle la constitution d'un comptoir unique de vente semblait seule pouvoir mettre fin. Vers le milieu de 1895, la capacité de consommation du marché allemand se réveille enfin, avec l'essor grandissant des diverses branches d'industrie. En 1898, sous l'influence de la grève du pays de Galles, qui arrêta le travail de 130.000 mineurs et provoqua une diminution d'extraction de 120.000 tonnes par jour, les prix du charbon anglais haussèrent ; il survint ensuite le renchérissement du fret maritime provoqué parla guerre hispano-amécaine ; les marchands de charbons anglais sur les cotes allemandes doublèrent leurs exigences et poussèrent un grand nombre de consommateurs à se tourner du côté des mines allemandes qui, au début, purent satisfaire toutes les demandes et même effectuer des fournitures aux chemins de fer roumains. La guerre du Transvaal provoqua une crise dans l'industrie houillère anglaise en automne i899. Les énormes transports vers le Gap des troupes et du matériel de guerre, la mobilisation partielle de la flotte de guerre, l'activité de l'industrie anglaise chargée de fournir du matériel de guerre et d'augmenter la flotte furent tels que les mines anglaises se trouvèrent en présence d'une demande anormale, en môme temps qu'un grand nombre de mineurs furent appelés sous les drapeaux. La spéculation sur les houilles vint compliquer les choses ; les prix montant d'une façon saccadée arrivèrent à un niveau qu'on n'avait pas vu depuis 1872. Les consommateurs allemands de charbons anglais furent rejetés sur le marché indigène. Les mines allemandes n'étaient pas en mesure de répondre à cette demande tumultueuse. La consommation normale intérieure se développait d'une façon imprévue ; l'industrie électrique se développait, le gaz était davantage employé pour les moteurs et le chauffage ; on construisait sans cesse de nouvelles lignes secondaires de chemins de fer. L'augmentation de la production houillère évaluée à 36 O/Ô correspondait à peu près à l'augmentation effective de la con-
sommation intérieure, si bien que jusqu'à la fin de 1899, on entendit peu de plaintes concernant l'insuffisance de l'approvisionnement en combustibles. La situation prit un caractère aigu avec le précoce et rude hiver de 1899-1900 et les grèves de Bohême et de Saxe.
La température rigoureuse de l'hiver trouva épuisés les stocks de presque tous les marchands ; il fallut, pendant quelque temps, faire des efforts considérables pour satisfaire l'énorme demande de charbon domestique. On calculait qu'au début de 1900 il manquait pour la consommation 1 million 1/2 de tonnes. Il y eut, comme nous 1 avons déjà dit, une énorme panique, chacun faisant de son mieux pour se constituer des approvisionnements.
Ces commandes désespérées donnèrent l'illusion d'un écart extrême entre la production et les besoins réels. On reprocha au commerce intermédiaire de se livrer à de véritables abus. Tandis que le syndicat v^estphalien et les mines de Silésie profitaient de la situation pour écouler le charbon au prix avantageux qu'il pouvaient obtenir, et dontlahausse n'avait rien d'exagéré, les prix exigés de troisième et de quatrième main ont souvent dépassé la juste mesure. L'anxiété des consommateurs y a certainement contribué. En Silésie des gens qui, jusque-là, n'avaient eu aucun rapport avec l'industrie et le commerce de la houille, se firent marchands de charbon ; s'en étant procuré par des moyens détournés, ils l'offraient de tous côtés à des prix exagérés.
Le rendement des divers districts miniers n'a pas augmenté dans la proportion qu'on a supposé ; le grand nombre d'entreprises nouvelles et les travaux d agrandissement ont enlevé un nombre considérable de mineurs à la production immédiate de la houille ; ils ont été employés à des travaux qui devaient préparer une production ultérieure plus abondante.
Le charbon produit en Prusse en 1900 a été de 101,9 millions de tonnes contre 94,7 millions en 1899, c'est une progression de 7,60 0/0 contre 5,84 0/0 en 1899 sur 1898. Le district de Dortmund a produit 59,6 millions de tonnes, soit 5 millions ou 9,1 0/0 de plus, celui de Breslau 29,5 milhons (5,80 00), celui de Bonn 12 millions (4,3 0/0). La consommation s'est élevée à 99,6 millions (+7,93 0/0).
La production de lignite a été de 83,7 milhons (+ 18,5 0/0), la consommation à 28 millions (+ 20 0/0).
La hausse des prix du charbon a commencé en Allemagne,
véritablement en 1898; elle a été plus lente et jjlus hésitante que celle des autres marchandises, tout au moins en première main et dans le commerce de gros.
Les prix moyens pour les différentes catégories de combustibles ont été :
Tout venant flambants... 11.02 8.03 8.57 8.84 9.13 10.00
— gras 9.86 8.25 8.85 9. OS 9.37 10.25
— maigres 9.73 7 67 8.32 8.59 8.88 9.50
— à gaz 12.91 10.17 11.17 11.46 11.75 12.75
Coke de haut fourneau... 13.50 12.02 13.87 14.00 14. .37 21.29
Fonderie 17.00 14.23 15.96 16.25 16.69 23.33
Concassés 18.00 15.19 1Ô.54 16.75 17.27 24.37
Briquettes 14.25 10.19 10.92 11.21 12.08 13.50
Les cours de 1900 sont donc restés pour la houille inférieurs à ceux du boom charbonnier de 1891, mais non pas pour le coke (1).
Le Syndicat rhénan-westphalien, dont nous avons donné Thistoire l'an dernier, et qui a eu pour objet principal de régulariser à la fois la production, de limiter la concurrence et de maintenir les prix, a fait l'objet d'attaques, de critiques auxquelles ont répondu des éloges.
Depuis la création du Syndicat, la répartition officielle de la production a été de 35,533.463 tonnes au l®"" mars 1893, de 56.029.273 tonnes, au 1^^ janvier 1901 soit 57.68 0/0 d'augmentation. Un charbonnage a augmenté sa production de 250 0/0 à 3C0 0/0, un autre de 200 à 225, onze charbonnages ont plus que doublé leur extraction. Hiberni a a passé de 1.929.000 à 3.550.000, Harpan de 2.921.CO0 à 5.450.000, Gelsenkuchen de 3.149.877 à 5.814.0C0, Nordstern de 1.097.000 à 2.140.000, etc.
En 1900, un certain nombre de Chambres de commerce de la province du Rhin et de Westphalie ont nommé une Commission en vue de s'entendre avec le syndicat rhénan-westphalien du coke, et par la même occasion on fit une enquête
(1) En Angleterre le charbon domestique valant 8 shilling en J898, a atteint 16 shilling en décembre 1899. Le charbon à vapeur à Cardiff, valants shilling 3 au début de 1898, s'est payé en août 1900, 35 shilling la tonne. Les chemins de fer de l'Etat belge ont payé le charbon pour locomotives aux mines belges, la tonne llfr.50 en 1898,22 t'r. 50 en 1900, alors que l'administration des Chemins de TEtat prussien a payé 9 mark en 1898, 11 mark en 1900 et qu'il a couvert ses besoins pour 1901 à 10.42.
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sur rapprovisionnement en houille des entreprises industrielles.
La hausse du charbon, pour les consommateurs s'approvisionnant directement au syndicat, a été de 10 à 17 mark par wagon de 10 tonnes ; pour ceux qui sont obligés de s'approvisionner chez les revendeurs, la hausse a été jusqu'à 50 0/0.
On a eu à lutter contre de grosses difficultés, les vendeurs se sont moqués parfois des contrats, les livraisons ont été irrégulières, tardives, de qualité inférieure ; certains industriels ont dû suspendre leur entreprise faute de charbon.
Le 26 juin la Commission des Chambres de commerce adressa au syndicat houiller une note proposant un entretien sur les points suivants : extension des catégories de consommateurs qui sont en relation directe avec le syndicat ; protection de ceux obligés de recourir à des intermédiaires; réduction des exportations proportionnellement aux disponibilités prévues ; révision des bases des marchés de la houille. Une conférence eut lieu le 19 octobre. Sur le premier point, les représentants du Syndicat furent d'avis qu'il fallait laisser à l'activité des marchands de charbon un champ assez large, sans quoi il ne serait plus possible de tenir compte d'une façon satisfaisante des vœux particuliers de leurs principaux clients, notamment en ce qui concerne la conservation temporaire en dépôt ainsi que l'accélération ou le retard dans les livraisons.
Le Syndicat considère donc qu'en général il est bon que tous ceux qui consomment annuellement moins de 600 wagons de houille soient renvoyés aux marchands intermédiaires. D'autre part on a, depuis longtemps, demandé au Syndicat s'il ne pourrait pas créer lui-même des organisations aui permissent aux consommateurs de moindre importance de s'approvisionner directement auprès de lui. Le Syndicat ne croit pas que la chose soit possible, au moins de la part de l'administration centrale qui ne pourrait plus du tout, dans un rayon aussi étendu, exercer le contrôle nécessaire. Mais le Syndicat a eu l'idée de créer des agences de districts qui relèveraient du Syndicat et qui seraient chargées d'organiser elles-mêmes l'approvisionnement du district où elles seraient établies. Le Syndicat a résolu de créer une de ces agences, à titre d'essai, dans le district de Dusseldorf. Elle aura son siège à Dusseldorf même, et elle devra approvisionner toute la région de Mettmann, Elberfeld-ville, Barmen-ville, Lennep, Remscheid, Solingen, Dusseldorf-ville et campagne, et Wipperfurth.
L'agence livrera à tous les consommateurs de 600 à 1.20Ô tonnes par an. Des échelles de prix seront établies d'après la quantité de la consommation, à cinq degrés sans doute, selon que la consommation sera de 600 à 1.200 tonnes, de 1.200 à 2.400, de 2.400 à 3.600, de 3.600 à 4.800, de 4.800 à 6.000 tonnes. Les prix seront établis de la manière suivante : un supplément, réduit proportionnellement de degré en degré, sera ajouté aux prix fixes imposés par le Syndicat. L'agence de Dusseldorf doit entrer en activité au commencement de décembre de cette année. Le Syndicat cherche, par cette création, un moyen de répondre à la question posée, et si cette première agence réussit — comme il est probable — il se propose de créer peu à peu des agences semblables dans d'autres districts.
Sur le second point, les représentants du Syndicat affirment que la protection des consommateurs obligés de recourir aux marchands de charbons, contre les abus qui peuvent être commis par ces derniers, les préoccupe depuis longtemps. On a récemment proposé (et probablement la proposition va être appliquée) que dans les engagements contractés entre les marchands et le Syndicat, celui-ci pose en principe qu'il refusera de tenir ses engagements si les marchands cherchent à faire, en revendant, de trop gros bénéfices. La Chambre de commerce de Essen devra décider, en dernier ressort, sur la question de savoir si les bénéfices demandés par les marchands sont abusifs ou raisonnables. Le Syndicat ne croit pas qu'il puisse inscrire, dans ses contrats de vente, un taux fixe de bénéfice permis, parce que les cas sont très divers et que tel bénéfice, absolument exorbitant en certain cas, peut être dans tel autre, par suite de dépôts, retours de livraisons, etc., tout à fait justifié. D'ailleurs le Syndicat est prêt à faciliter, autant qu'il lui sera possible, les relations directes entre les consommateurs et les marchands en gros; il sera toujours à la disposition des consommateurs pour les renseigner, s'ils le désirent, sur la légitimité ou l'illégitimité des prix faits par les marchands. Enfin le Syndicat s'occupe de faire une classification nouvelle des diverses sortes de charbon et de leur valeur, en s'appuyant surtout sur le chiffre de la production et de la consommation.
Quant à la réduction des exportations, proportionnellement aux disponibilités prévues, le Syndicat répond à cette demande que cela va de soi, étant commandé même par l'iutérêt du Syndicat, puisque les charbons envoyés â l'étranger sont
vendus à des prix inférieurs à ceux qu'ils atteindraient dans le pays.
Aussi le Syndicat s'est-il toujours appliqué ces derniers temps à réduire autant que possible les exportations. Cependant le Syndicat est tenu de veiller à ce que les mines trouvent toujours pour leur production des débouchés suffisants, et à ce que, si la consommation intérieure devenait insuffisante, les mines pussent écouler leurs charbons à Tétranger. Les grands marchés avec les consommateurs étrangers ont lieu régulièrement à des époques fixes de ramiée et c'est alors au Syndicat d'apprécier ce qui peut encore être considéré comme disponible pour l'étranger de ce qu'on prévoit que les mines pourront encore produire. Cette question est toujours pour le Syndicat une de celles qu'il examine avec le plus de sérieux et de conscience, mais une de celles aussi dans lesquelles on ne peut jamais répondre avec une entière certitude qu'on ne sera pas surpris plus tard par des circonstances imprévues. En tous cas les observations faites jusqu'ici sur le développement de la consommation intérieure ont déjà conduit à restreindre l'exportation. En principe, l'exportation n'est utile au Syndicat que dans la mesure où elle assure sans l'embarrasser l'activité régulière de ses mines.
La direction du Syndicat ne croit pas pouvoir répondre aux vœux qui lui ont été exprimés relativement à la revision des bases des marchés de charbon. La Commission avait insisté notamment sur ce vœu qu'en certains endroits un certain nombre de petits consommateurs pussent se réunir en une sorte de coopérative dont la consommation totale serait assez considéral)le pour qu'elle pût, conformément aux conditions fixées, s'approvisionner directement auprès du Syndicat. Les représentants du Syndicat ne croient pas pouvoir accepter cette coml)inaison : ils ont fait à cet égard des expériences très fâcheuses et qui leur ont prouvé que ces sortes de coopératives improvisées n'arrivent jamais à s'entendre parfaitement, qu'il s'y produit toujours toute sorte de tiraillements, et qu'il n'en peut résulter que beaucoup de désordres et d'embarras sans aucun profit réel pour aucun des participants.
Le Parlement allemand a consacré trois séances (3, 6 et 7 décembre 1900) à discuter une interpellation adressée par deux membres du. parti catholique relativement au renchérissement des charbons; c'est le plus important débat public qui se soit produit en Allemagne concernant l'intervention de
l'Etat dans les affaires des syndicats industriels. Dans le cours de cette discussion qui a mis en présence les partisans et les adversaires des cartells, vingt-quatre discours ont été prononcés par vingt orateurs (1).
Les ministres prussiens du Commerce (auquel ressortissent
(1) M. P. de Rousiers a consacré aux cartells un article dans la Revue de Paris du l^r janvier, dont voici le résumé :
En Allemagne, le développement de l'activité économique est accompagné d'un phénomène marqué de concentration, qui a sa physionomie propre et ne revêt pas les mêmes formes qu'en Angleterre, ea France ou aux Etats-Unis. Il y porte le nom de cartell (ligue, association). De plus en plus, la forme juridique est la société par actions, comme le syndicat des houilles de Westphalie et des provinces rhénanes, comme le cartell sucrier constitué à partir du l-"* juin 1900 par l'entente de deux sociétés à responsabilité limitée, le syndicat des fabricants de sucre et le syndicat des raffi neries, comme le syndicat des glaces. En Allemagne, les cartells sont des ententes volontaires tendant à une action commune en vue de la vente de certains produits. Beaucoup de cartells ont un bureau de vente, seul intermédiaire entre la collectivité des associés et la clientèle ; beaucoup n'en ont pas et laissent leurs membres en rapports directs avec la clientèle. Mais dans ce cas le comité directeur fixe le prix auquel la vente aura lieu, le contingent de production de chaque usine. Aucun associé ne peut consentir des prix inférieurs ni encombrer le marché de ses produits ; la direction commerciale est concentrée entre les mains du syndicat; les syndicats des locomotives et des wagons, très puissants, n'ont pas de bureau de vente. L'important, c'est le prix auquel seront exécutées les commandes, c'est de pouvoir régler la production, empêcher l'encombrement du marché. On connaît les bureaux de vente : houille, cokes, briquettes, ammoniaque de Westphalie, sels de potasse, fontes, poutrelles, aciers demi-ouvrés, tôles fines et grosses, fils laminés, etc.
M. P. de Rousiers croit qu'en pratique les usines qui font partie d'un même syndicat travaillent dans des conditions analogues ; on les admet parce qu'on les sait bien dirigées, bien outillées, assurées d'une certaine clientèle ; elles y entrent parce qu'elles ne possèdent aucun avantage décidé sur leurs concurrentes.
En Allemagne, l'influence de l'Etat se trouve en général parmi les causes de leur création. Les cartels agissent presque toujours sur un marché artificiellement protégé, parfois même ils sont favorisés par l'Etat comme celui des fabricants de locomotives, des fabricants de wagons ; le syndicat westphalien traite directement avec le ministère des Travaux publics. M. de Rousiers compare le cartell à une trêve entre combattants d'une force égale ; le cartell assez puissant pour exercer un monopole reste ouvert à de nouveaux membres.
Les cartells se fondent d'ordinaire à une période de crise, pour lutter
les mines) et des chemins de fer (le plus grand client du syndicat des ventes) sont intervenus à trois reprises.
MM. Heim et Muller-Fulda ont demandé quelles étaient les intentions des gouvernements alliés en vue de remédier efficacement à la cherté du charbon, qui éprouve durement les populations, et d'empêcher le retour de faits semblables.
contre ravilissement ruineux des prix qui résulte d'une concurrence désordonnée.
Sous la pression des circonstances, les fabricants acceptent des limitations à leur liberté, qui auraient semblé inadmissibles en temps normal. Après le rachat des chemins de fer, il y eut une dépression très marquée dans l'industrie des locomotives, l'Etat, qui avait succédé aux compagnies, ayant donné peu de commandes. Il se créa alors deux syndicats, celui du Nord groupant les usines de la région desservie par les chemins de fer prussiens l'autre, celui du Sud, composé de cinq maisons ; ces deux syndicats ne se combattent pas. Il en est de même pour les wagons qui font l'objet de deux syndicats, à côté desquels il s'est créé des fabriques indépendantes, une douzaine depuis trois ou quatre ans, et dont quelques-unes disparaîtront sans doute. En attendant les commandes de l'Etat, celles des compagnies nouvelles vicinales ont alimenté cette industrie. Les cartells admettenl de nouveaux membres à condition que ceux-ci aient fait preuve de vitalité. Pendant la période de grande prospérité (1895-1899) les cartells n'ont pas eu la même action que dans une période de dépression ; la demande a dépassé l'offre.
Le gouvernement s'est montré favorable en Prusse à ces groupements. Le ministre des Chemins de fer a défendu devant les Chambres le syndicat des houilles ; depuis sa fondation en 1893, il a passé avec lui des marchés à long terme, le dernier pour dix-huit mois. Pour les locomotives, le partage des commandes se fait au ministère des Travaux publics et cela d'une façon régulière; le syndicat du Nord ne s'étend pas hors du royaume de Prusse ; c'est à lui que sont réservées les commandes prussiennes. Le syndicat du Sud, traitant avec plusieurs gouvernements, est moins favorisé. Les crises de transport, comme il en éclate souvent, amènent des commandes subites, parfois disproportionnées à la puissance de fabrication de l'industrie nationale. Beaucoup d'industries ont reçu du gouvernement prussien un appui sérieux pour le maintien de leurs cartells.
Il est des branches où il n'est guère possible d'établir des prix uniformes de vente, but de l'entente, dans l'industrie textile par exemple pour les tisseurs de coton ; dès que le produit fabriqué a un certain caractère de luxe ou de fantaisie, il échappe aux tentatives des cartells, vu la difficulté d'y fixer une série de prix. L'uniformité du produit est une condition presque essentielle, parce qu'elle facilite la fixation du prix. Pour réussir, il doit réunir la presque totalité d'une industrie. Le cartell allemand est un organisme qui se développe dans un milieu favorable.
M. Heim (qui a parlé en agrarieii oublieux du renchérissement de la vie qui résulte des droits sur les céréales) a dirigé son attaque contre le syndicat westphalien. Le centre s'est occupé de la question l'hiver dernier, lorsque le ministre des Chemins répondit que la situation s'améliorerait, notamment après que la grève des mineurs serait finie II n'en a pas été ainsi, la tension a augmenté. La principale influence est celle du syndicat : le syndicat présente des avantages,mais il arrive un moment où il fait du mal parce qu'il dépasse sa compétence. 11 a créé des sociétés de vente qui doivent entreprendre la répartition de la pioduction entre les consommateurs, c'est à elles que le commerce en gros doit s'adresser ; qui ne le fait pas n'obtient pas de charbon. Cette exploitation du monopole fait hausser les prix. Le l'^'^ février 1900, le ministre du Commerce a essayé de démontrer au Parlement prussien que le syndicat n'avait pas agi dans le sens d'une hausse ; mais il est certain que, depuis sa constitution, les prix n'oscillent plus, il y a une hausse constante.
M. Heim dit que les prix du Syndicat sont de 125 à 127 mark (par wagon de 10 tonnes) ; les grossistes font par tonne un bénéfice de 4 mark; le Syndicat a feint de protester contre ces bénéfices, mais il n'a trompé personne, car on sait que les grossistes qui font un béoéfice de 4 mark par tonne dépendent de son bon plaisir. Or, les grossistes se sont coalisés et ont raréfié les combustibles disponibles, pi bien qu'ils ont réalisé des profits énormes ; on en cite un qui a gagué un demi-million de mark en un an. Les très gros consommateurs souffrent relativement peu de cet état de choses, car ils possèdent eux-mêmes de? mines. L'orateur (qui est Bavarois) reconnaît que les abus ont été plus criants encore du côté de la Bohême : les grossistes ont forcé démesurément les prix du charbon bohémien. Le charbon allemand a fini par coûter moins cher aux Suisses qu'aux Bavarois qui ont goûté ainsi tous les puits du Syndicat. Le Syndicat n'a, jusqu'à présent, pu nommer aucun grossiste coupable d'avoir abusé de la situation ; par contre, il est convaincu, lui, d'avoir développé démesurément l'exportation du charbon pendant les neuf premiers mois de 19C0, c'est-à-dire au moment où il prétendait devoir, faute d'une extraction suffisante, réduire le tonnage livré à la consommation allemande. Le Syndicat n'a majoré que de 1 mark à 1 M. 75 les prix de vente faits à ses plus gro^ clients, mais la hausse moyenne a bien été de 6 mark par tonne, et l'orateur évalue à près d'un milliard de francs les charges supplémentaires ainsi imposées au consommateur allemand. Le Syndicat a encaissé 768 millions de mark de bénéfices au-delà des prix normaux et ses partisans osent se plaindre des agrariens. Le Gouvernement n'agit pas; il se borne à promettre des enquêtes. Les mines royales ont abusé de la situation au moins autant que le Syndicat, et le 18* corps d'armée a si peu réussi à en obtenir les charbons nécessaires qu'il a dû s'ea procurer en Angleterre. Si le Reichtag voulait comprendre la houille au nombre des articles comme la poudre et le sel, il pourrait en défendre l'exportation. L'orateur préconise la suppression des
tarifs d'exportation, et le développement de l'exportation des mines fiscales, ainsi que l'application de l'article 65 de la loi minière prussienne qui permet de forcer un concessionnaire à exploiter sa concession. Enfin, et surtout, il faut faire une enquête sur les abus commis par les Syndicats, institution bonne en soi, mais qu'il faut surveiller, comme en Autriche.
M. Brefeld, ministre du Commerce^ se déclare hors d'état d'apprécier séance teuante l'exactitude de toutes ces assertions. Le gouvernement ne peut avoir aucune influence sur l'attitude des syndicats et sur la fixation des prix par le commerce. Les causes de la crise sont la diminution du tonnage anglais, saxon et bohémien et l'augmentation des besoins de l'iadustrie allemande. La production des mines allemandes a augmenté de 10 millions de tonnes en une année. En ce qui concerne les prix, le ministre distingue entre ceux faits par les mines et ceux faits parles intermédiaires grands ou petits: il va de soi que les prix augmentent à mesure qu'on approche du petit commerce local. En fait, les intermédiaires ont, dans certaines régions, fixé les prix d'une façon usuraire, et cela tout d'abord dans les régions où ne se fait pas sentir la concurrence de combustibles étrangers, mais aus^i dans les régions minières (comme en Haute-Silésie) où les consommateurs peuvent acheter directement aux producteurs : on a remarqué que les marchands embauchaient des voituriers pour acheter directement du charbon à la mine et le transporter immédiatement aux gares, d'où le charbon était envoyé très loin et même à l'étranger ; 360.000 tonnes ont été de la sorte enlevées par les marchands à la véritable consommation locale. Le Gouvernement a été désarmé contre cet abus. Les journaux ont, d'autre part, provoqué une panique et poussé les consommateurs à faire de très fortes commandes à la fois afin d'éviter des hausses ultérieures. Le ministre affirme que la hausse moyenne, faite par les producteurs et le grand commerce, n'a certainement pas dépassé, de 1899 à 1900, 25 0/0, tandis qu'en Belgique et en Bohême elle a atteint 50 et même 100 0/0; il est vrai que la hausse faite par les intermédiaires inférieurs a été abusive.
On a proposé divers remèdes :
1° Augmenter Vextraction, Or, la production des mines prussiennes dépassera de 10 0/0 celle do 1899; 72 nouveaux puits sont en construction et dans quatre ou cinq ans ils représenteront un complément d'extraction de 12 millions. La situation est, à cet égard, satisfaisante.
2» Réduire Vexportation. Si l'exportation dépasse très sensiblement, en 1900, l'importation, c'est que cette dernière a été très compromise pendant plusieurs mois. D'autre part, il serait irrationnel de chercher à empêcher les trois grands districts prussiens, qui sont tous trois situés près de la frontière, de profiter de leurs facilités de vente à l'étranger.
Inversement, le charbon autrichien est produit près des frontières allemandes et le charbon anglais peut arriver très bon marché sur nos côtes, grâce à la mer. Faire cesser cet échange naturel serait créer un mode de production absolument anti-économique; la Bavière, par exemple, qui se sert tout naturellement des lignites de Bohême, serait obligée de faire venir, en payant un fret bien plus considérable, des houilles de la Sarre ou de la Ruhr; de même les côtes de la Prusse payeraient leur charbon bien plus cher, si la concurrence anglaise était arrêtée. Le ministre se prononce donc nettement contre l'interdiction de l'exportation, ainsi que contre l'imposition de droits sur les charbons exportés.
3° Limiter le commerce intermédiaire et favoriser l'achat direct aux mines. — Les mines ont encore besoin du commerce : l'extraction se règle d'après la demande; or, en fait, les mines extraient plus qu'il n'est demandé ;la production est facilement écoulée quand la demande est très forte, mais quand elle est plus faible que la production, les charbons produits en excès n'en doivent pas moins être chargés sur wagons et transportés hors de la mine ; c'est alors qu'intervient le marchand, car c'est lui qui se charge déplacer cet excédent éventuel de production. Toutefois, il est désirable que les mines entrent de plus en plus en rapports directs avec les consommateurs. « Je tiens pour extrêmement souhaitable une organisation rationnelle aussi bien des acheteurs que des vendeurs, en vue de l'établissement de prix normaux. Or, les vendeurs ont leurs organisations, qui sont les syndicats, grâce auxquels les prix se sont maintenus en Allemagne dans des limites raisonnables ; si vous désirez un contrôle et une surveillance des syndicats, je n'ai pour ma part rien à objecter, mais il faut opérer sur ce domaine avec prudence. Mais je suis aussi pour une organisation des acheteurs ; on a déjà demandé ailleurs que les consommateurs constituent de vastes coopératives pour l'achat des combustibles, à moins même que les communes ne se chargent de ces achats, comme cela a été déjà demandé. Il serait peut-être bon qu'il y eût une de ces coopératives pour la Sarre et une autre pour la Haute-Silésie. Il est vrai que le placement des charbons ainsi achetés n'est pas toujours aisé, car les avantages personnels jouent un grand rôle : si des coopérateurs peuvent se procurer ailleurs des charbons à meilleur compte, ils seront tentés de se soustraire au lien social. Je me suis décidé à réserver, à titre d'essai, un certain tonnage aux coopératives qui se constitueraient à cet effet; je l'enlève aux marchands en gros. Si cet essai donne de bons résultats, je continuerai, mais par étapes, car je ne puis naturellement gaspiller les charbons des mines fiscales. »
4° Contrôler le commerce intermédiaire. — Le Ministre désire, lui aussi, voir la fin du renchérissement arbitraire du charbon. On a proposé que les commerçants convaincus par les Chambres de commerce d'avoir forcé usurairement les prix de vente des combustibles fussent déchus de tout droit à l'achat de ces matières. « Je considère comme tout naturel qu'on fasse un tel essai et je me féhciterais de voir établir tout d'abord en Haute-Silésie un organe central auquel pussent s'adresser les consommateurs charbonniers mécontents, et qui eût pour fonctions d'examiner ces plaintes et de supprimer les livraisons de charbons aux commerçants convaincus d'abus. J'ai moi-même fait cette proposition en ce qui concerne ce district. »
M. voN Thielen, ministre prussien des Chemins de fer. — Personne n'est plus intéressé dans la question houillère que le Ministre prussien des Chemins de fer et le fonctionnaire chargé en Alsace-Lorraine du service des chemins de fer. M. von ïhielen revêt ces deux qualités. Il emploie quotidiennement 17.000 tonnes de combustibles. Voilà du reste trente-quatre ans qu'il s'occupe de ces questions et qu'il règle personnellement des contrats de combustibles. Il est opposé à la suppression des tarifs d'exportation, adoptés de tout temps par les chemins de fer nationaux ou privés comme un moyen d'accroître la production houillère et surtout de maintenir une certaine stabilité dans les conditions d'expédition. Les chemins de fer recherchent d'autant plus cette stabilité de tarifs que l'autre facteur qui intervient dans la fixation des prix au lieu d'arrivée, c'est-à-dire le prix de vente fait à la mine elle-même, varie considérablement d'année en année. D'autre part, en considérant les prix
faits depuis 1870, on pourra constater que les périodes de hausse ont été très* courtes, et que celles de baisse ont, au contraire, traîné en longueur : on en a conclu qu'il est inutile, en cas de hausse, de recourir à des mesures exceptionnelles. L'Allemagne a connu des hausses pires que celle de 1900 ; en 1872-73, M. von Thielen payait en thalers (le thaler vaut 3 mark) ce qu'il paie actuellement en mark. Et cependant on ne songeait pas alors à supprimer les tarifs d'exportation, ni surtout à édicter des mterdictions d'exportation. Le Ministre rappelle brièvement les conditions de tarif en vigueur dans les Etats voisins.
La Russie a sans doute supprimé son tarif d'exportation, mais cette mesure, qu'on conseille d'imiter en Allemagne, est sans gravité, parce que ce tarif n'avait été introduit qu'accidentellement et à titre de compensation. Les tarifs allemands sur la Russie ne sont abaissés qu'en. ce qui concerne les cokes de Basse-Silésie, qui ne peuvent être utilisés ailleurs. Il n'existe pas non plus de réduction générale des tarifs à destination de l'Autriche (16,5 0/0 seulement des charbons exportés en Autriche le sont à tarif réduit) : il s'agit surtout de charbons de la Ruhr et de cokes de hauts-fourneaux ou de charbon flambant de Basse-Silésie. L'Italie et la Suisse ne reçoivent aussi qu'un faible tonnage à tarif réduit et il convient de ne pas négliger le développement de l'exportation en Italie à cause des intérêts que TAllemagne a dans les chemins de fer italiens et du Gothard ; les houilles de la Sarre sont particulièrement en cause; il a fallu faire cette concession à l'Italie pour ne pas s'attirer des mesures de représailles. Du côté de la France, c'est surtout la houille à gaz destinée au gaz de Paris qui entre en considération ; en vertu d'un traité de 25 années, les trains destinés au gaz de Paris bénéficient d'une réduction de 25 pfennig par tonne, qui est amplement compensée par la diminution des frais d'exploitation. Du côté de la Belgique, il y a réciprocité et des représailles seraient inévitables. Du reste, dans bien des cas, les expéditions se feraient par eau, si les tarifs étaient supprimés. La suppression demandée ne profiterait à personne et nuirait à un grand nombre. L'industrie houillère serait gravement troublée ainsi que les rapports commerciaux avec les Etats voisins. Si cette suppression avait été décidée en 1899, l'industrie houillère serait loin, actuellement, de produire ce qu'elle produit, et il ne s'agit pas aujourd'hui d'arrêter de la sorle les projets de construction de nouveaux puits. Le Ministre estime que les développements de l'industrie houillère sont tels qu'il n'y a aucune crainte à avoir.
M. HiLBCK est un député national-libéral, industriel de Dortmund, qui se fait souvent l'interprète des vœux de la grande industrie westphalienne. D'après lui, les prix élevés qu'on a pu payer cette année sont indépendants de la fixation des prix par le Syndicat d'Essen La loi de l'offre et de la demande suffit à expliquer la hausse. Les abus révélés se produisent du reste dans tous les bassins, et la hausse est éclatante même à l'étranger. C'est donc une question générale. La production a augmenté en Allemagne dans des proportions énormes, juste avant l'entrée de la crise. Le Syndicat a, en effet, consacré tous ses efforts à répondre aux besoins ; s'il n'y est pas complètement arrivé, c'est surtout au manque d'ouvriers qu'on le doit. Le Syndicat a réduit ses exportations. Il ne peut cependant y renoncer tout à fait ; l'exportation est un moyen de ventilation, d'écoulement des charbons lorsque le marché intérieur est saturé ; d'autre part, on ne peut reprocher au Syndicat de vendre ses charbons meilleur marché à l'étranger qu'en Allemagne : ce n'est pas lui qui fixe les prix des charbons étrangers. Les négociants qui ont
abusé de la situation ne se voient plus livrer de charDon par le Syndical ; mais on ne peut exiger qu'il contrôle tous les intermédiaires. Les ouvriers ont énormément profité de la situation ; depuis 1889, les salaires ont augmenté de 10 0/0 de plus que les prix de vente, sans parler des autres avantages dont ils bénéficient (habitations, etc.). M. Hilbck parle encore en faveur de la construction de canaux, craignant que le parc à wagons ne soit toujours insuffisant. En somme, conclut-il, le Syndicat a pendant sept ans travaillé pour le bien de la population entière.
M. RiciiTEK fait observer qu'on vient d'entendre la défense des syndicats, et par M. Hilbck et par les ministres. La question intéresse toute l'Allemagne. Beaucoup de gens cherchent à faire apparaître la crise plus aiguë. La demande a augmenté, l'offre, par suite de la rigueur de l'hiver, de la guerre du Transvaal, des grèves, a diminué ; le ministre a parlé d'augmenter la production, mais l'Etat lui même et certains grands propriétaires, tels que le prince de Pless, laissent inexploités de vastes territoires en Silésie. H constate que, déduction faite de l'importation, l'exportation en 1900 dépasse très notablement celle de 1899, que l'Allemagne ne peut se passer d'exporter. Ce ne sont pas les tarifs d'exportation qui font augmenter les prix, mais bien les tarifs exceptionnels destinés à chasser de l'intérieur les charbons étrangers. M. Richter reproche au centre de se bien garder de protester contre les rings du sucre et de l'alcool. 11 défend aussi les grands marchands et reconnaît que les acheteurs plus faibles devraient se grouper en coopératives que le gouvernement devrait aider, ainsi qu'il le fait pour les coopératives agricoles. Quant aux mesures prises par le Syndicat d'Esseo à l'égard des marchands, elles sont illusoires, car comment fixer le « bénéfice raisonnable »? On ne fera que rendre les marchands plus dépendants encore du Syndicat. Il faut avant tout exiger que l'Etat ne favorise plus les syndicat?, comme il le fait par ses tarifs de chemins de fer. M. Richti r termine en demandant qu'on ne soit pas seulement pour le combustible à bon marché, mais pour les prix peu élevés des articles d'alimentation.
Le comte Kanitz (conservateur)^ qui s'est fait une spécialité des attaques contre le Syndicat devant le Landtag prussien, les renouvelle ici, mais en les entremêlant d'erreurs de fait. Le syndicat n'a pas eu d'influence sur les machinations des intermédiaires, il leur a demandé de se modérer, on l'a envoyé promener. Le comte Kanitz propose de ne plus laisser transporter à bas tarif par l'Etat prussien que les charbons des négociants qui se seront engagés à limiter leur bénéfice à 10 0/0 de la valeur de ces charbons.
En Silésie, les mines de l'Etat devraient vendre directement aux consommateurs. Où prendre les milliers d'ouvriers nécessaires pour accroître la production ? Il est impossible d'enlever des bras à l'agriculture.
M. ScHROKEH, de Halle, dit que la crise a son origine dans des circonstances extérieures, les grèves et la guerre du Ti'ausvaal. D'ailleurs, le point culminant a été dépassé, la demande de l'industrie a diminué sensiblement.
D'après M. Ammon, la crise, après 1870, a été beaucoup plus grave. En Allemagne, de 1898 à septembre 1900, les prix ont rarement haussé de 30 0/0, alors qu'en Autriche ils ont augmenté de 100 0/0. En comparant les prix pratiqués en 1871-1875 avec ceux de 1895-1899, on voit qu'actuellemeiit la hausse a été plus régulière, moins capricieuse, au grand bénéfice de l'industrie. Le commerce de gro?, qui ne reçoit que le cinquième de la production, oflre des avantages ; il est impossible que l'Etat pratique la vente directe au détail. La production augmente de 6 à 8 0/0 par an, de 2 1/2 millions en 1901, de 12 1/2
en 1905. Il ne faut pas oublier qu'on a traversé des périodes désastreuses pour l'industrie houillère, 11 faut tenir compte de la moindre production par homme; de 1891 à 1899, elle a diminué de 7 1/2 0/0 par ouvrier. Les salaires, le bois ont renchéri. Les Chambres de commerce ont négocié avec le syndicat et obtenu des concessions, la création de bureaux de vente au détail. Les plaintes partent surtout de ceux cjui achètent à des intermédiaires qui leur ont fait payer jusqu'à 115 mark de plus par wagon, alors que le Syndicat a demandé de 10 à 17 1/2 mark de plus par wagon.
Le Syndicat demande c[u'oq laisse une base assez large pour l'activité du commerce, autrement, il ne serait pas possible de tenir compte des désirs des gros consommateurs. Le Syndicat veut insérer dans les contrats avec les marchands une clause lui permettant d'annuler les contrats, si les marchands à la revente font des bénéfices exagérés. Il est disposé à faciliter les relations entre gran.ls commerçants et consommateurs et à renseigner ceux-ci. On lui a demandé de faciliter le groupement des petits consommateurs, dont la consommation totale serait assez forte pour permettre l'achat direct. Il s'y est refusé, à la suite d'expériences antérieures, les consommateurs s'entendant dilïicilement sur les dispositions à prendre. Le Syndicat ne veut rien changer à l'exportation, indispensable au maintien d'une exploitation réglée.
M. Brkfeld, ministre du Commerce, répond à diverses assertions. Il rappelle entre autres choses que l'Etat a organisé deux bureaux pour la vente directe des houilles des mines fiscales, l'un pour la Haute-Silésie, à Zabrze, et l'autre à Saarbrûcken. De 1893 à 1896, ces bureaux ont revendu à des marchands 25,3, 29,3, 31,6, 32,6 0/0 de la production ; on était alors à la baisse et il importait de se débarrasser des charbons ; en 1897, la production retombe à31 0/0, en 1898 à 29,4, en 1899 à 27,9, en 1899-1900, à 23,4, et à la fin de 1900 à 22,4 0/0. Les bureaux tendent donc de nouveau à restreindre le rôle des intermédiaires. Le ministre indique en passant qu'il serait absurde d'avoir un bureau de vente par mine, et que la concentration est bien préférable. Il rappelle à ce propos qu'on lui a conseillé, dans la presse, de jjousser les mines silésiennes à se grouper en syndicat de vente avec les mines fiscales^ afin d'entrer en rapports plus directs avec les véritables consommateurs. « L'Etat ne peut suivre les lluctuations du marché aussi bien que les mines privées ; les mines fiscales ne peuvent procéder à une hausse des prix que lorsque le marché est décidément ferme; je crois que chaque consommateur nous saura gré de chercher à éviter ces fiuctuations de prix; il n'en serait plus ainsi, si l'Etat se liait à un syndicat : il ne pourrait plus tenir ses prix. »
A propos de l'achat de charbons anglais par un corps d'armée, le ministre déclare que, dans les conditions de prix actuelles, il était naturel et non « honteux » que le 18* corps procédât ainsi.
Le ministre revient sur les déclarations déjà faites il y a quelques mois; il exposait alors le danger qu'offre une rapide hausse des prix, tant pour la production f(ue pour les ouvriers ainsi exposés à des hausses et baisses brusques de leurs salaires ; quand les salaires montent, ils doivent être maintenus.
Le Gouvernement prussien n'a jamais fait usage du droit de déchéance des mines que lu; donne l'article 65 de la loi minière de 1865 ; cela n'a jamais été nécessaire ; les concessionnaires se sont toujours montrés très disposés à exploiter, et actuellement il n'y a pas moins de 72 puits en construction.
M. VON Thielen, minisire des Chemins de /er, reprend aussi la parole. Il réfute r.issertion de M. Heim, d'après laquelle la Suisse paie les charbons aile-
mands moins cher que certains Allemands du Sud ; or de la Sarre en Suisse le fret est de 20 mark plus élevé que de la Sarre à une station allemande équidistante ; de même en ce qui concerne la Ruhr; les tarifs ne sont donc pas favorables aux Suisses. Le ministre proteste ensuite contre la proposition de M. Kanitz, ci-dessus relevée, qui n'a aucun rapport avec le contrat de transport et qui compliquerait énormément le régime des expéditions. L'Etat n'a pas à faire dépendre les transports de conditions telles que celle énoncée par M. Kanitz.
M. Sachse, député mineur saxon, prononce un violent discours contre les Compagnies minières et conclut en réclamant la nationalisation des mines. Il est faux que les grèves aient amené la crise. La responsabilité de celle-ci incombe au Syndicat, qui a imposé des limitations jusqu'en 1900, mais le commerce aussi est fautif. M. Fischer, commissaire du gouvernement saxon, a dit que la seule mesure efficace eût été la défense d'exporter, qui était impossible.
M. Gamp est partisan de tous les groupements syndicataires. Ce n'est pas par les machinations du Syndicat d'Essen que s'explique la hausse dont on se plaint, c'est par l'allure générale du marché international. Le Syndicat a très bien réglé le marché intérieur. L'Etat pourrait fort bien faire partie du Syndicat : il fait déjà partie du Syndicat de la potasse. Il devrait posséder des mines en Westphalie pour s'assurer une influence dans le Syndicat.Il devrait aussi créer des réserves de houille, et chercher enQn à placer ses charbons en commission.
M. Brefeld répond à cette dernière invitation, que l'Etat a besoin de marchands qui prennent la production que l'Etat ne peut placer lui-même, et non de commissionnaires qui lui rendraient l'excédent non vendu. — L'Etat prussien a pu prendre une influence prépondérante dans le Syndicat de la potasse, car il était le premier et le plus gros propriétaire ; il n'en serait pas de même en Silésie. — L'Etat ne peut acheter de mines en Westphalie, car toutes les mines y sont exploitées et entre les mains de Compagnies qui tiennent à les garder ; et il no peut être question de créer des mines fiscales dans les endroits où on espère seulement trouver de la houille ; du reste, si le ministre voulait acheter des mines en Westphalie, il se garderait bien de le dire aujourd'hui. — Il regrette, lui aussi, de ne pas avoir d'influence sur le Syndicat d'Essen; mais il n'a pas le moyen de l'acquérir.
M. Pachnicke [radical] parle contre les propositions de suppression des tarifs à l'exportation.
La discussion tourne de plus en plus autour des mêmes assertions, et nous pouvons abréger cette analyse.
M. BôcKEL, antisémite, estime usuraires les procédés du Syndicat qui limite la production au lieu de la développer selon la demande. Il demande une enquête, la surveillance des Syndicats, et même la nationalisation.
M. MûLLER, centre, Vun des deux interpellateurs, se déclare satisfait et demande la généralisation de la mesure prise récemment par le Syndicat, qui a établi une succursale à Dûsseldorf pour mettre fin aux abus des marchands. Il n'attend pas grands résultats de la surveillance des Syndicats et préfère voir appliquer rigoureusement l'article 65 de la loi minière.
M. VON PosADowsKY, ministre de Vlntérieur, annonce une enquête officielle sur le développement des Syndicats, enquête nécessaire avant qu'on ne prenne aucune mesure qui pourrait être de nature à nuire'àces institutions.
M. Brefeld reprend la parole. Il expose que les conditions de vente faites
par les mines fiscales ne sont pas aussi dures et compliquées qu'on le prétend parfois. Il estime que le bureau de vente de Saarbrûcken est aussi bien organisé que celui de Dûsseldorf, créé par le Syndicat; l'Etat agit en aussi bon commerçant que le Syndicat. — En ce qui concerne l'application de l'article 65, il convient encore de remarquer qu'il faut quatre ou cinq ans pour que de nouvelles concessions puissent être mises en exploitation, et par conséquent il aurait fallu intervenir il y a quatre ou cinq aos pour pouvoir aujourd'hui obtenir des concessionnaires une production plus consid'érable. Du reste, les exploitants ont tous eu intérêt à exploiter le plus complètement possible.
M. RosiCKE [Bund der Landwirthe). La houille est le pain de l'ouvrier industriel, il se plaint de l'attitude passive du gouvernement. La cause de la crise est la fausse politique économique qui favorise l't xportation, notamment par le traité avec la Russie, il proteste contre l'assimilation du Spiritusring avec le Syndicat houiller. Le Spiritusring vient baisser les prix, l'autre veut les hausser.
M. IIeyl. Le Syndicat a produit une hausse, les prix du Rhin sont supérieurs à ceux de la Saar, où le petit consommateur est mieux traité. Il est imprudent de vouloir dicter les prix à toute l'Allemagne. Le Syndicat boycotte les commerçants qui vendent au-dessous des prix. Le Syndicat est responsable de la panique, il a réduit les livraisons aux marchands de 20 0/0. Le nombre des ouvriers a augmenté, mais il fléchira avec la réaction. Les cartels agricoles pour relever les prix sont justifiés. Mais l'Allemagne ne supportera pas à la longue le monopole de la Ruhr.
M. Lenzmann [radical). La crise du charbon est due à l'ensemble des causes énumérées : aussi bien les grèves de Bohême et de Saxe, que la mauvaise politique des chemins de fer, que Tessor industriel, que le manque douvriers, que l'insuffisance de la production. Le rachat des mines amènerait à l'Etat 200.000 à4vJO.O0O ouvriers de plus. L'Etat n'est pas bien en mesure d'exploiter des mines ; l'essor dans les mines privées est cinq fois plus grand que dans celles de l'Etat. En forç-nt à exploiter en vertu du paragraphe 65, on attacherait des ouvriers à des mines dont l'exploitation n'est pas rémunératrice. Les propriétaires eux-mêmes mettent en valeur les mines rémunératrices. Sur la rive gauche, il existe des mines non encore ouvertes, d'une rentabilité douteuse
On ne peut prendre au sérieux le projet de défendre l'exportation. On nuiait au b'en de la nation. Mauvaise politique des chemins de fer. Les tarifs spéciaux de sortie équivalent à une prime d'exportation.
On a parlé du manque de bras, mais on n'a pas parlé du militarisme qui prend les jeunes gens dans la fleur de l'âge et qui est cause du manque d'ouvriers. On les remplace par des Polonais. On amènera peut-être des Chinois. D'autre part, on tourmente les 90.000 ouvriers polonais dans la Ruhr en leur refusant l'usage de leur langue dans le culte.
Il n'est pas partisan du Syndicat, mais cependant il admet que le Syndicat a amené une certaine stabilité des prix.
M. Franken (national-libéral) réfute, en partisan du Syndicat, quelques assertions des précédents orateurs.
La discussion est close sans qu'aucun ordre du jour soit présenté. Elle reste donc sans sanction.
11 faut en retenir : que l'Etat n'a actuellement aucun moyen d'agir sur les Syndicats, qu'il procède à une enquête à cet R. 14
210 LE MARCHÉ FINANCiEh EN 1000
(^p:ard, qu'il est, du reste, assez partisan de ce procc^dé commercial, tout en n'osant peut-être pas encore faire entrer ses mines sil(5siennes dans un Syndicat de vente, que les marchands sont de plus en plus écartés par le Syndicat et par les mines de TEtat, et que les consommateurs sont invités à se grouper en coopératives.
La consommation de la fonte en Allemagne a progressé sans interruption depuis 1886, sauf en 1891. En 1900 la progression a été de 475.700 lonnes(5.54 0/0) sensiblement moindre qu'en 1899 où elle avait été de 1.135.000 (15.25 0/0). La production indigène a grandi de 280.000 tonnes ou 3.430/0, il a donc fallu augmenter l'importation, dont la solde a été de 636.000 tonnes en 1900, en progrès sensible sur 1899 et 1897, alors qu'en 1894 et 1895 il y avait eu excédent d'exportation (1).
Pendant le premier semestre, les prix ont pu hausser encore ; dans le second, l'oscillation s'est faite en sens contraire. La fonte puddlée hausse de 6 à 9 mark dans la première moitié de l'année, baisse de 2 à 20 mark dans la seconde. Le fer à mouler a baissé de 65 mark, les rails de 35.
Prix par tonne en janvier 1898 1899 1900 1901
Fonte puddlée 59 59 79 65
Barres 123 138 215 130
Tôle 138 143 212 200
Fil laminé 123 125 185 150
Rail ' 118 125 155 120
Pour l'industrie sidérurgique, à la fin de 1900, la situation est peu brillante. Les diminutions de prix peuvent être évaluées à près de 70 0/0 pour certains produits, à plus de 50 0/0 en moyenne.
La consommation a diminué en 1900. Les acheteurs sont devenus très circonspects ; le spectre de la concurrence américaine a effrayé l'Allemagne. En attendant, sous le coup de la baisse, plusieurs ententes se sont rompues et les usines se sont mutuellement combattues, en offrant à meilleur mar-
(1) Par tête d'habitant, la consommaiion est de 94 kilos en 1891, de 104 en 1895, de 136 en 1898, de 154 en 1899. En 1899, 565 mines de fer employant 40.917 ouvriers produisaient 17.989.635 tonnes de minerai, valant 70.170.000 mark. 108 établissements avec 36.334 ouvriers, 263 .hauts-fouroeaux en activité ont produit 8.143. 132 tonnes de fonte contre 6.864.000 en 1897 30.459 ouvriers et 292 hauts-fourneaux.
ché. Ce sont notamment les grandes fabriques de fer laminé qui ont dénoncé leurs cartels.
La production de la fonte a été en Allemagne.
En mille loimos 1900 1899 1898
Puddlage et spiegel 1.613 1.664 1.564
Bessemer 496 517 535
Thomas 4.826 4.421 4.œ2
Moulage 1.488 1.425 1.302
Total 8.423 8.029 7.403
L'industrie électrique en Allemagne a fait d'immenses progrès, elle a été l'un des facteurs du grand élan de prospérité, dont les flots ont monté si haut ; le succès a été dû au concours de riiabileté technique, financière, scientifique, mais celle-ci ne peut mettre une branche de l'activité humaine à Tabri des reculs et des réactions. Diverses causes agissent dans un sens défavorable, entre autres Faugmentation des frais généraux, du prix de revient, la concurrence intense tpii empêche le relèvement du prix des marchandises et des services ; enfin l'organisation de l'industrie électrique en sociétés financières et sociétés d'exploitation. Les matières premières (houille, fer, acier, plomb, cuivre, machines, coton) ainsi que la maind'œuvre ont haussé considéral)lement dans les quatre dernières années. Il n'a pas été possible de relever les prix de vente par suite de la concurrence en Allemagne et à l'étranger. Cette concurrence a contribué à rendre plus onéreuses les conditions auxquelles ont été o])tenues la plupart des concessions municipales d'éclairage et de traction ; les prix de vente s'approchent souvent de la limite oi^i ils cessent d'être rémunérateurs. On connaît des exemples (Saint-Pétersbourg) ou trois compagnies allemandes, faute d'entente entre elles, se rendent l'exploitation peu fructueuse.
Il faut y ajouter le caractère spécial de l'organisation : l'industrie électrique exige d'immenses capitaux; au début, les sociétés ont pu se procurer des ressources en émettant de nouveaux titres (actions et obligations). La chasse aux grandes affaires a eu pour conséquence de faire créer à côté des ociétés industrielles, des sociétés financières qui ont pris pour leur compte les concessions et en ont cédé l'exploitation aux sociétés électri([ues proprement dites.
Les sociétés financières avaient pour rôle de procurer sans cesse de nouveaux capitaux ; elles détiennent les actions des
sociétés industrielles, dont un certain nombre ne donnent pas encore de revenu suffisant. Le rencliérissement des capitaux a été une cause d'embarras, lorsque le public n'a plus voulu absorber de titres et qu'il a fallu recourir à des crédits de banque fort dispendieux.
11 est probable que les sociétés vont tâcher de s'entendre pour diminuer la concurrence ; elles espèrent en outre pouvoir profiter de la baisse des matières premières et des salaires.
Il existait au l^'' mars 1900, en Allemagne, 652 usines d'électricité fournissant la lumière et de la force aux localités où elles sont établies. 27 seulement sont antérieures à 1899. Les communes urbaines ou rurales, ou l'Etat, sont propriétaires de 166 de ces usines, des particuliers ou des sociétés par actions en possèdent 463. Cet ensemble d'usines alimente 2.623.893 lampes à incandescence, 50.070 lampes à arc, 106.368 moteurs et utilisent 58.557 compteurs électriques. En 1896, dans le royaume de Saxe, il y avait 104 kilomètres de chemins électriques, en 1899, 229. Le nombre de voyageurs a progressé de 31.615.000 (188.300 par jour) à 113.600.000 (372.000 par jour) en 1899.
11 paraît cependant que même dans les entreprises les plus nouvelles, l'usure du matériel se trouve être plus rapide et plus considérable qu'on ne le croyait et qu'on ne l'avait calculé dans les prévisions. Les choses sont encore moins favorables dans les entreprises anciennes, qui employaient la traction animale; la transformation en exploitation par énergie électrique est plus coûteuse; les traverses et l'infrastructure ne sont pas assez résistantes pour la nouvelle forme de traction et il faut perpétuellement renouveler et réparer.
L'industrie du bâtiment, avec les branches annexes du ciment de la briqueterie, a vu cesser plus tôt que d'autres la période de prospérité, et cela dès la fm de 1899. Les constructions dans les grandes villes se sont ralenties considérablement.
Le renchérissement des capitaux a rendu précaire la situation de nombreux entrepreneurs. Le discrédit qui s'est étendu sur les obligations foncières a encore compliqué les choses. A Berlin, en octobre 1900, 7.C00 ouvriers maçons étaient sans ouvrage. Il ne faut pas oublier que la hausse des matériaux de construction a augmenté de 25 à 30 0/0 le prix d'une maison.
A la fin de l'année 190v) le marché du travail présentait un aspect plutôt mélancolique. Le cliômage était considérable à Nuremberg, Osnabnick, Gladbach, Francfort-sur-FOder et Brunswick. On remarquait le môme phénomène en Autriche et au Danemark. En Allemagne les stations de passage organisées pour les ouvriers en déplacements et aussi les vagabonds, les gens sans travail, indiquaient par la fréquence des visiteurs la diminution des occasions de travailler. A Manheim et à Eberfeld Fautorité communale s'est sentie dans la nécessité d'organiser des travaux publics. Le chômage est cruel surtout pour les ouvriers sans apprentissage et ne disposant que de leur force physique. Dans un certain nombre de fabriques, on a remplacé par les ouvriers exercés, les simples manœuvres; il en a été ainsi dans l'industrie textile, notamment la rubannerie. Les tisseurs cherchent du travail comme terrassiers ou chez les agriculteurs. La crise est très forte dans la construction. Dans Findustrie du fer, la réduction des salaires s'est déjà produite en commençant par la suppression des heures de travail supplémentaire.
L'essor industriel avait fait rechercher la main-d'œuvre et hausser les salaires, ce qui a attiré des ouvriers étrangers, notamment des parties limitrophes de la Russie et de l'Autriche. On estime à 80.000 le nombre des ouvriers russes, qui sont venus travailler en Prusse, où ils ont remplacé les ouvriers des provinces orientales qui avaient trouvé de l'occupation dans Fouest de l'Allemagne.
En 1861, on comptait seulement 16 ouvriers polonais dans la Prusse rhénane, en 1893 18.000 Polonais travaillent dans les mines du district de Dortmund, en 1897 34.361, en 1898 50.556, en 1899, 70.000. Si l'on y ajoute les femmes et les enfants, c'est un déplacement de 200.000 personnes. Il faut aussi tenir compte de Fimmigration italienne : en 1900, d'après M. Calwer, il y aurait eu de 70.0Ù0 à 80.000 Italiens employés dans les constructions, les terrassements, les carrières ; cette immigration s'est étendue jusqu'à Magdebourg, et l'on trouve des Italiens parmi les ouvriers agricoles.
En Alsace-Lorraine, il y aurait eu en 1899, jusqu'à 50.000 ouvriers italiens : à Mulhouse et à Strasbourg, 5 à 6.000 ouvriers de cette nationaUté. Avec le recul de l'activité industrielle, cette masse d'ouvriers étrangers donnera lieu à des récriminations de la part des regnicoles.La baisse des salaires aura son contre-coup sur le nombre des grèves ; on en compte
l.2\)l en 1900, embrassant ir?.oJO ouvri(^i^, contre 1.322 avec 99.338 en 1899. Le plus p^rand nombre des ouvriers en grève a été dans l'industrie du l)àtiment. Les patrons ont essayé d'imposer à leurs clients une clause de sauvegarde, tendant à les mettre à Fabri des conséquences d'une grève en cours d'exécution de travaux devant être achevés à date fixe.
Le total des émissions de 1900, en Allemagne, est inférieur aux chiffres atteints en 18PG, 1897, 1898 et 1899; il faut aller jusqu'à 1895 pour trouver un chiffre inférieur à celui de 1900. La Gazette de Francfort (1) a publié deux tableaux que nous
(l)Les cliiffres Je la Gazette de Francfort différent de ceux de VEconomiste allemand.
Gomme nous avons donné jusqu'ici les statistiques de M. Christians, nous les reproduisons ci-dessous pour l'année 1900, en renvoyant pour la comparaison aux volumes antérieurs, en millions :
AUemaene
El ranger
Fonds d'état
— communaux.
Obligations foncières
— chemins de fer
— industrielles...
Actions de chemins de fer.
— de banques
— industrielles
Valeur
Valeur
Valeur nom.
au cours.
Valeur nom.
au cours.
1.390,19 1.575,74 280,39 275,27 Le chiffre des emprunts étrangers est grossi, parce que M. Christians a inscrit une partie de la rente russe 4 0/0, admise en 1900 à la cote de Berlin.
Les émissions d'actions de banque et d'entreprises industrielles ont comporté en millions de mark :
Nom.
Au cours.
Frime.
Nom,
Au cours.
Prime
Industrie
Banque
reproduisons plus loin. Le second semestre de 1900 montre un affaissement considérable dont la cause se trouve dans Taccentuation du recul économique, dans l'agg-ravation des lois de tim])re, dans la difficulté de plus en plus grande d'amener le public à prendre de nouvelles valeurs, notamment des actions industrielles ; les sociétés ont dû recourir à rémission d'obligations, afin de consolider les dettes contractées auprès des banquiers et elles ont dû accepter de payer au moins 4 1/2 et 5 0/0. Il laut tenir compte aussi de l'ébranlement produit sur le marché des obligations foncières ; celles-ci, pour lesquelles la publication du prospectus n'est pas obligatoire, se plaçaient aux guichets des banques et banquiers, notamment, avec le concours de petites maisons qui recevaient une forte commission. Afin de ménager le marché, l'Empire s est procuré 80 millions aux Etats-Unis.
Le tableau ci-dessous donne les émissions calculées d'après
Dans le second semestre a eu lieu l'émission de l'emprunt de 40 millions de mark 4 0/0 Hambourg à 99 1/4, qui fut un grand succès.
En 1900, les émissions de fonds allemands ont été seulem -nt de 172 millions contre 391 en 1899 (y compris 200 millions 3 0/0 Empire et 80 millions 3 0/0 saxon) et 145 millions en 1898. Les emprunts étrangers en 1900 ont été de 81 millions contre 87 en 1899 et 325 en 1898. L'activité, par contre, a été grande pour les obligations de villes et de provinces qui représentent le plus grand contingent de Tannée; à l'exception de 2 millions 1/2, 3 1/2 Cologne, tout le reste a été en 4 0/0. Les banques hypothécaires ont augmenté leur circulation d'obligations dans le premier semestre de 22) millions, il est difficile de savoir ce qui s'est fait dans le second. Le Reichsbank a émis dans le second semestre 30 millions de nouvelles actions à 137.
(Millions Mark)
Emprunts d'Etat allem.
— — étranii.
— villes et prov.
Oblig. hypoth. allem.
— — étrang.
Autres obligations
Actions de banque...
Chemins de fer
Actions d'industrie
l.ltO.75
Dont en obligations .
— actions
la valeur des cours, al)straction faite des conversions. Il est intéressant de suivre le mouvement de création d'actions qui progresse jusqu'en 1899, puis décline au cliiffre de 1890, la proportion des valeurs a rendement fixe augmente.
Empi'iinls allcni.
— étrang.
Vilk'S el provinc.
OblijS. hyp.allcm.
— (Hrang-.
Autres obligat..
Ad. de banques.
— decli.de fer.
— d'industrie..
i" Somcslrc 189!)
Montant
Valeur au
cours
2« Semestre 1899
Montant