tr
Ressources liquides
Encaisse 189.90 177 32 + 12.58
Effets 801.65 663.98 +137.67
Reports 316.94 424.80 — 108.76
Titres 217.45 200.88 + H. H
Les débiteurs représentent 1.289.3 millions (-|- 76 millions) les participations (versements effectuées) 188 millions (-|- 10 millions).
Les engagements ont augmenté de 174 millions, notamment les acceptations, ce qui prouve que les banques ont eu recours à cette forme de crédit dans de fortes proportions ; c'est ce que confirment les recettes fiscales du timbre sur les effets de commerce, qui sont en plus-value de li.3 0/0 sur 1899, alors que 1899 était déjà en progrès de 8 0/0 sur 1898. Les trois derniers mois de 1900 ont donné comme plus values octobre 14 0/0, novembre 130/0, décembre 12 0/0 de plus-value au fisc, en janvier 1901 l'écart est de 5 0/0 sur 1900. Le portefeuille-effets de commerce des banques est en plus-value notable, tandis que les reports ont diminué.
L'importance croissante des grands établissements financiers de rAllemagne et leurs relations étroites avec les entreprises industrielles est indiquée clairement par le nombre de sociétés dans lesquelles les banques sont représentées : la Deutsche Bank détient des places d'administrateur dans une centaine de sociétés, la Dresdner Bank dans 60, la Berliner Handelsgesellschal't dans 50 à 00, la Diskontogesellschaft dans 40, la Darmstadter dans 40, le Schaaffhausensclie Bankverein dans 30, la Nationalbank dans 25 sociétés.
L'année 1900 a vu se produire un certain nombre de faillites, paraiiles banquiers provinciaux, à Essen, TEssener Industriebank, la maison Niddendorf et Comp., la maison Keienburg ; à Ruhrort, les chefs de la maison Henckel et Comp. prirent la fuite, en lésant de petits déposants; à Stuttgart, la maison Schmoller fit faillite avec 600.000 mark ; à Gorlitz, la maison Otto Muller, qui spéculait d'une façon inouïe à Berlin, Vienne, Londres, Paris et Bruxelles et qui entraînait sa clientèle dans la même voie.
Le compte rendu de la Banque d Allemagne pour l'exercice de 1900 constate que l'appel fait par le public au concours et aux ressources de l'établissement et qui n'avait cessé de grandir depuis 1895, a été moindre à partir du second semestre de 1900, abstraction faite cependant de la tension considérable dans les derniers jours de décembre. Le taux d'escompte est descendu progressivement de 7 0/0 en janvier à 5 en juillet. Le développement des affaires a continué; le total s'en élève à 189 milfiards de mark contre 179.6 en 1899 :
Millions
A Berlin 59.904 60.708 31.036
Dans les succursales.. 129.187 118.925 73.454
Les différents comptes ont été en millions de mark à la fin de l'année :
Comptes courants des particuliers... 385 409
— du gouvernement. 96 95
Effets sur place ^66 538
— sur l'intérieur 485 475
— sur l'étranger 28 74
Avances 141 146
Lingots 185 171
Comptes-courants 4 4
248 LE MARCUÉ FINANCIER EN lliOO
Le taux a été :
Escomplp Avances
Du l^"" au 11 janvier 7 8
Du 12 au 26 janvier 6 7
Du 27 janvier au 12 juillet 5 1/2 6 1/2
Du 13 juillet au 31 décembre. . . 5 G
Moyenne 1900 5.33 6.33
La circulation fiduciaire a été, en moyenne, inférieure de 3 millions à celle de 1899. La limite au-dessus de laquelle la Banque paye Fimpôt a été dépassée vingt fois dans l'année à savoir :
7 janvier avec 209 millions 15 octobre avec 131 millions fl
31 mars » 238 » 31 » » 1?8 »
7 avril » 134 » 7 nov. > 116 »
30 juin » 158 » 7 déc. » 2
7 juillet » 141 » 15 > » 9 »
30 sept. » 292 » 23 » » 72 »
7 oct. » 248 » 31 » » 365
La couverture métallique de billets moyenne de l'année a été de 71.7 en 1900, de 72.3 en 1899, de 75.6 en 1898, de 80.2 en 1897, de 96.8 en 1890.
Au 31 décembre la Banque possédait en millions de mark :
Lingots Monnaies étrangères Monnaies allemandes
Au 31 décembre 1900, Fargent monnayé allemand comprenait 329 millions de mark en or, 151.5 en thalers et 77 millions en monnaies divisionnaires.
Les chiffres extrêmes ont été en 1900, en millions :
Minimum JVlaxiiiiimi
Billets 1.006 1.410
Encaisse métallique.. 718 890
Comptes courants.. . . 212 305
Effets sur place 381 538
» sur Tintérieur.. 277 475
> sur l'étranger.. 3 74
Avances 6t 146
Les titulaires de comptes étaient au nombre de 1.494 à Berlin, de 14.353 dans les succursales. Le montant des compensations effectuées par les dix bureaux de la Banque se sont élevés à 29.4 milliards, contre 30.2 en 1899. Les effets remis pour la compensation ont été de 5.1 millions, chaque effet étant en moyenne de 5.683 mark. Les effets sur place escomptés par la Banque ont été au nombre de 1.288.244, d'un montant moyen de 2.500 mark, à quarante-neuf jours d'échéance ; 58.260 effets étaient inférieurs à 100 mark. Il a été escompté 3.128.193 effets sur Tintérieur, pour 5.330 millions, en moyenne de 1.754 mark, à vingt-trois jours d'échéance. 11 a été acheté 211 millions de mark sur l'étranger contre 131 millions en 1899 et vendu 166 millions contre 131 millions.
Au 31 décembre, il y avait 583.728 mark de créances en souffrance. La réserve, de ce chef, s'élève à 865.000 mark au 31 décembre 1900. A la fin de l'année la Banque avait en garde 277.137 dépôts pour un montant de 2.888 millions sur lesquels elle a encaissé 111 millions d'intérêts et de dividendes.
Les reJations de la Banque avec l'Empire et les Etats ont comporté au crédit 291 millions le 15 juin, 110 millions le 31 décembre.
Le bénéfice total de la Banque a été de 51.820.000 mark dont il faut déduire :
Pour frais d'administration 12.768.162
Confection des billets 417 688
Paiement à la Prusse 1 .865.730
Impôts sur les billets 2.517.853
Réserve pour créances douteuses. .. 310.929
Perte sur terrains vendus 40.000
Soit un total de 17.920.363
Il reste 33.965.457 mark.
Les actionnaires ont reçu d'abord 4.200.000 mark à raison de 3 1/2 0/0 sur 120 millions ; il reste un bénéfice de 29 millions 765.457 mark.
Les actionnaires et FEmpirc se partagent par moitié le bénéfice entre 3 1/2 et 6 0/0, ce qui absorbe 6 millions dont moitié pour les actionnaires. Du solde 23.765.457, les actionnaires re(;oivent 1/4 ou 5.941.304, l'Empire 17.824.093. Le dividende des actionnaires par action de 3.000 mark a donc comporté 328 mark 80 pfennigs ou 10.96 0/0 ; l'Empire a reçu pour sa part de bénéfice 20.824.093 plus 2.517.853 pour l'impôt sur les billets soit ensemble 23.341.946.
Au 31 décembre 1900 les 40.000 actions de la Banque étaient réparties entre 6.214 Allemands, avec 29.804 actions, 1.857 étrangers avec 10.196 actions. En dehors du siège central de Berlin, la Banque avait 330 succursales et bureaux auxiliaires.
Le dividende de 10.96 est le plus élevé que la Banque ait réalisé jusqu'ici. Le bénéfice net a été de 28 0/0 sur lesquels l'Empire a touché 17 0/0. On sait qu'à partir de 1901 les actionnaires continueront à toucher 3 1/2 0/0 d'intérêt, mais qu'audessus de cette somme ils n'auront plus droit qu'à 1/4 de bénéfices, les conditions du partage ayant été modifiés lors du renouvellement du privilège. En outre, le capital social a été porté à 150 millions de mark et la réserve devra être dotée de manière à atteindre une somme supérieure à ce qu'elle est aujourd'hui. A dater du 1" janvier 1901, le montant de la réserve des billets se trouve porté de 293 à 450 millions de mark.
La catastrophe des deux banques foncières dont nous avons parlé plus haut a paralysé l'industrie du bâtiment dans la capitale et les faubourg. Ces banques, comme d'autres du même genre, exerçaient une influence considérable sur l'activité des constructions en facilitant l'achat des terrains dont des lots sont cédés à des entrepreneurs qui n'ont à payer qu'un acompte dérisoire et auxquels il est fait des avances au fur et à mesure que la construction progresse ; lorsque la maison est finie, la banque se trouve avoir une première hypothèque. La disparition de deux banques très actives et très entreprenantes laisse un vide difficile à combler.
Pendant le premier semestre, le taux d'intérêt pour les premières hypothèques a valu 4 à 4 1/8, pour s'élever dans le second à 4 1/3, 4 1/2. Les avances de construction lorsqu'on a pu s'en procurer se payaient de 6 à 6 1/2 0/0 avec une forte commission.
Les affaires immobilières ont été assez actives, notamment
dans les localités suburbaines. Les propriétaires de vieilles maisons sont de plus en plus obligés, s'ils ne veulent pas voir décroître la valeur de Timmeuble, de les transformer et de les adapter au goût moderne (1).
Le coût de la vie a augmenté en Allemagne depuis 1894, dans des proportions assez sensibles. Si Ton prend les statistiques fort bien faites de la ville de Dresde, on constate que, malgré la baisse des céréales, le coût du pain a augmenté. Le kilogramme a coûté en moyenne :
1895 23.0 pf 1898 !.. 26.5 pf.
C'est un renchérissement de 18 0/0, ce qui, pour un ménage consommant 600 kilogrammes de pain par an, équivaut à un surcroît de 24 mark.
. Pour la viande, le lard, le beurre, les œufs, la hausse a été également sensible, le renchérissement du lait, notamment du lait écrémé, a été très accentué (2).
Les légumes frais, le sucre, les combustibles, Falcool, le pétrole coûtent davantage en 1900. Il en est de même pour les vêtements, le linge, les meubles. Il n'est presque pas d'articles de consommation courante qui n'ait pas augmenté.
L'augmentation a été très sensible pour le loyer ; elle a atteint toutes les classes de la population, mais principalement les ouvriers. De trimestre en trimestre, la hausse s'est faite plus onéreuse et cela surtout dans les grandes villes, où l'offre des petits logements s'est réduite de plus en plus ; dans plus d'une localité, il y a même eu une véritable crise. Lors du terme d'octobre, des centaines de familles n'ont pu trouver à se loger, non pas faute de ressources, mais faute de chambres vacantes. Il a fallu, le 1" octobre, placer 140 familles d'ensemble 467 personnes dans l'asile municipal de nuit; l'afflux a continué, le 12 octobre 305 familles avec 1.248 personnes. On a enregistré en octobre 1900, 36.530 admissions dans l'asile contre 9.681 en octobre 1899. Au 15 novembre 1900, il y avait
(1) Il y a un recul de population dans le vieux Berlin : 12.3 0/0 en 5 ans, de 49.606 à 43.500 habitants; dans la Friedrichstadt, de 8.4 0/0, de 62.037 il 56.804 ; dans le district de l'hôtel de ville de .36 0/0 par suite de démolitions; dans la partie de la Leipzigeistrasse où Ton a ouvert un magasin construit sur huit propriétés, la population a baissé de 24 0/0, de 2.150 à 1.629.
(2) A Berlin, Leipzig, Munich t pf. par litre.
252 LE MARCHÉ FINANCIEH KN 1900
dans l'asile 11)9 familles n'ayant pu trouver à se loger. Ces gens arrivaient là avec leur mol)ilier.
Cette hausse extraordinaire des loyers ne se rencontre pas seulement dans les localités où il y avait une sorte de crise aiguë. On peut estimer la plus-value 4e 1895 à 1900 à •.0 0/0(1).
Les causes de la crise du logement sont multiples et complexes. L'activité dans la construction a diminué par suite de la difficulté de se procurer des capitaux et des avances sur hypothèques, en présence du renchérissement de l'argent, par suite du coût plus grand des matériaux et de la main-d'œuvre, par suite de l'interruption des travaux résultant des grèves, qui découragent les entrepreneurs. Il faut tenir compte de l'effet de la concentration et de la centralisation des industries qui amène de grandes agglomérations d'ouvriers ; il faut prendre aussi en considération la plus grande rigueur des règlements de police, qui [rend la construction plus coûteuse et plus difficile, comme le règlement de 1897 à Berlin.
Parmi les remèdes, on cite, à côté de mesures d'ordre spécial, comportant l'intervention de l'Etat ou de la commune, la décentralisation des habitations au moyen de communications plus nombreuses, plus rapides entre la ville et les environs. Mais la loi sur les petits chemins de fer, grâce à l'idée qu'on peut imposer n'importe quelles charges à ces entreprises de transport dans l'intérêt commun, n'a pas donné les résultats attendus. Les agrariens protestent contre l'action de l'Etat rendant plus facile la communication entre l'atelier et le logement et enlevant des bras à l'agriculture. Le Code civil nou-
(1) Handel und Wandel, 1900, publié par R. Calwer, membre du Reichstag, 1901.
En admettant que le revenu d'un ouvrier allemand ait été en moyenne de 672 mark en 1895, de 742 mark en 1900, on pourrait, d'après M. Calwer, le répartir comme suit :
Pour un ménage de 3 personnes Différence en 0/0
Nourriture 403.61 435.90 8
Logement 107.63 129.16 20
Vêtement 80.72 88.79 10
Chauffage, éclairage 33.64 38.69 15
Divers 47.08 49.44 5
La nourriture absorbe CO 0/0, le logement 16 0/0, le vêtement 12, le chauffage et éclairage 5 0/0.
veau, on limitant les droits du propriétaire, a créé une entrave à la construction, en diminuant les garanties.
L'Empire et la Prusse se sont ingéniés à venir en aide, tout au moins aux nombreux petits fonctionnaires et ouvriers travaillant dans les ateliers de TEtat.
Un journal qui représente des intérêts des propriétaires de maison indique comme cause de la crise du logement le renchérissement du taux des avances hypothécaires ; (Fargent, pour les constructeurs, est revenu entre 6 et 7 0/0 avec 2 0/0 de commission), la hausse des salaires avec une journée de travail plus courte, le renchérissement des terrains par suite de Fintervention des grandes sociétés immobilières et les spéculations; les restrictions apportées par les règlements de police dans l'utilisation des surfaces à bâtir, la hausse des matériaux de construction, les exigences plus grandes du public en ce qui concerne Tinstallation, la situation défavorable du bailleur dont les droits de gage ont été restreints par le nouveau Code civil, notamment à Tégard des petits locataires qui ne possèdent que des meubles loués ou insaisissables, le coût plus grand d'entretien des petits logements, la rémunération relativement peu considérable des capitaux engagés dans les petits logements (1). Enfin les grandes grèves et les lock-outs. Si l'on pouvait éliminer ces éléments de perturbation la construction reprendrait avec plus d'activité, surtout si le capital trouvait son compte dans les petits logements.
Ce qui contribue certainement à rendre la situation difficile, c'est le grand nombre de reconstructions qui ont lieu à Berlin où des maisons d'habitation sont remplacées par des maisons à peu de locataires ou par de grands magasins. On préfère remplacer les vieilles maisons par de grandes boutiques qui rapportent davantage quand il y a des locataires. Aussi dans un bloc élargi et démoli de la Spandauer Strasse, il y avait 131 petits logements qui ont disparu.
Le 25 mai 189S il s'est fondé à Francfort une association qui a pour objet de préparer une législation commune de l'Empire, tendant à lutter contre l'insalubrité des habitations, de faciliter l'établissement d'habitations à bon marché en faisant inter-
[\) Le propriétaire doit pouvo r compter sur le paiement à date fixe, ce qui n'est pas toujours le cas avec les petits locataires. La nouvelle législation qui interdit la saisie de Tontillage lui est défavorable et il a souvent peine à se débarrasser des petits locataires. Il est parfois obligé de payer quelque chose pour les faire partir.'
venir le crédit pul)lic et communal, en modifiant les droits sur l'expropriation, sur les droits du locataire, en créant des fonctionnaires spéciaux chargés de Finspection. Sous le coup de Tagitation organisée, le Reichstag accepta, en 1899, une résolution tendant à une enquête parlementaire pour étudier dans quelle condition TEmpire pourrait intervenir. En 1901 le Reichstag s'est occupé de nouveau de la question, le conseil fédéral et les gouvernements particuliers n'ayant pas obtempéré au vœu formulé. Les socialistes ont demandé au gouvernement de déposer un projet de loi pour réglementer l'habitation, alors que les nationaux-libéraux se sont bornés à renouveler la proposition d'enquête (1).
Le gouvernement n'a pas envie de s'engager dans cette voie et préfère respecter l'autonomie des Etats et laisser h la Prusse le soin d'élaborer un projet de loi spécial. On ne demandait pas d'ailleurs à l'Empire une réglementation complète ne laissant rien à faire aux Etats particuliers, mais de poser des règles générales. Ce que l'on redoute, c'est que la législation n'intervienne en vue de diminuer la liberté de circulation comme le demandent les agrariens.
Nous trouvons au budget de l'Empire, chapitre de l'Intérieur, une somme de 2.000.000 M. destinée à favoriser la construction de petits logements pour les ouvriers et les petits employés, travaillant dans les établissements industriels et administrations de l'Empire, par des subventions à des particuliers ainsi qu'à des sociétés philanthropiques, sociétés de construction, associations, etc.. Dans le budget de la Guerre, il figure des crédits comprenant la construction de maisons pour 100 familles d'ouvriers travaillant dans les nouveaux ateliers d'artillerie àLippstadt, ainsi que pour un nombre égal d'habitations destinées aux ouvriers travaillant dans les ateliers d'artillerie de Dantzig. L'Administration des Postes demande 650.000 M. pour établir dans les campagnes et dans les endroits isolés, 186 habitations pour des employés mariés, 6 pour des employés subalternes non mariés. Ainsi le gouvernement veut avancer de l'argent, mais sans construire lui-même : l'ouvrier n'aime pas à se loger dans des habitations appartenant au fisc, parce qu'en perdant le travail, il perd le logement.
(1) En 1901, le Gouvernement prussien a adressé une circulaire aux autorités provinciales sur la question des habitations, il recommande de fonder des institutions qui centraliseront les efforts communs. 11 se garde bien de faire croire qu'il existe une panacée ni une formule unique.
Dans les villes, la concurrence de l'Etat risque de paralyser l'entreprise privée ; il en est de même de celle des autorités communales. Si une grande commune construit pour 1 million de mark, c'est une goutte d'eau sur une pierre chaude. Une commune peut agir utilement, en réduisant au strict nécessaire les exigences du règlement administratif. Si elle sort de ses attributions, si elle veut fournir des logements à bon marché en nombre suffisant, elle risque d'éveiller des appétits.
Le 27 septembre les conseillers communaux socialistes de la province de Brandebourg ont eu une conférence à Berlin. M. flirch, qui était chargé du rapport sur la question des logements, a proposé l'acquisition communale de grands terrains qui seraient lotis et pourvus de moyens de communication pour la construction de logements avec le confort nécessaire, loués à un prix rémunérant le capital et assurant l'amortissement. La taxation serait faite d'après la valeurlocative et d'après la valeur sociale et la progression introduite dans l'impôt sur les terrains pour taxer la différence entre la valeur locative et la valeur réelle. Des bureaux communaux du logement avec les inspecteurs et une statistique régulièrement faite seraient établis. Le député socialiste Singer a protesté contre la fourniture de maisons de location aux ouvriers de la ville. Les gens qui sont établis dans des habitations à bon marché, a-t-il dit, deviennent indifférents et sont perdus pour l'agitation du salariat; le socialisme a toujours déclaré que le souci l)ourgeois du bien-être était du humbug (1).
Il a été dépensé en 1899 pour l'assurance contre la vieillesse
(1) Plusieurs villes également ont construit pour les ouvriers et employés à leur service des logements qui leur sont loués et qui sont très recherchés.
Quelques uues, comme Dusseldorf, ont décidé de construire à leurs frais des habitations à bon marché destinées à être louées sans distinction à tous ceux qui cherchent un logement. Le but de cette décision a été de remédier à un manque trop sensible de logements.
La législation de l'Empire et du royaume de Prusse ne s'est pas encore organiquement occupée de la question des logements d'ouvriers. Par contre, il existe de nombreuses ordonnances gauitaires auxquelles doivent satisfaire les habitations ouvrières; elles interdisent de demeurer dans des logements malsains et édictent des prescriptions techniques pour les nouvelles constructions.
Dans plusieurs localités des mesures ont été prises pour adoucir la réglementation concernant l'emploi des matériaux, la hauteur des étages, etc., afin d«' faciliter la construction des logements à bon marché Quelques villes
15.980.602 mark, pour rassurance contre Tinvalidité 24 millions 074.203 mark, ensemble 40.054.805 mark. Les frais de gestion ont été de 7.804.119 mark (5.6 0/0 des recettes, dont 1.411.647 mark représentent les frais de perception des contributions, 868.000 les frais de contrôle). Il a été encaissé 118 millions 303.793 mark. La fortune des institutions s'élève à 701.532.529 mark, dont 76.373.513 ont été versés au fond, de réserve. Le rendement du capital est en moyenne de 3,50 0/0.
L'assurance contre les accidents a absorbé en 1899 pour les indemnités 78.680.632. Le nombre des accidents nouveaux a été de 106.036, dont 8.124 mortels.
En 1899, malgré la hausse de l'intérêt sur le marché, c'est-àdire l'attrait de placements individuels, les dépôts dans les Caisses d'épargne prussiennes ont augmenté ; ces Caisses deviennent d'ailleurs de plus en plus des banques de dépôt, servant à des dépôts passagers.
Au 31 décembre 1899, il y avait:
Livrets
Augmenl. 0/0 sur 1898
Jusqu'à 60 mark
De 60 à 150 »
De 150 à 300 »
De 300 à 600
De 600 à 3.000
De 3.000 à 10.000»
comme Cologne, Mulheim-sur-Rhin, ont renoncé à l'impôt de mutation sur les terrains ou bâtiments destinés à des logements ouvriers ; d'autres facilités ont été accordées sous forme de détaxe d'impôts, de diminution dans le tarif des eaux.
Des municipalités, notamment celles de la province rhénane, ont cédé des terrains communaux à prix réduits aux sociétés de construction, ont pris des actions dans les sociétés de construction qui fonctionnent dans leur rayon, consenti des prêts à des taux de faveur (2 1/2 et 3 1/2 0/0), garanti les avances obtenues de la caisse régionale d'assurances contre la vieillesse (3 0/0 d'intérêts, 2 0/0 d'amortissement). Les caisses d'assurance pratiquent sur une assez vaste échelle les avances aux associations de construction, soit directement, soit par l'iatermédiaire des caisses d'épargne.
La municipalité de Berlin s'est abstenue de faire intervenir la ville comme constructeur et bailleur de logements ; elle recommande toutes les mesures propres à développer la construction par des entrepreneurs particuliers ou des associations de construction.
Les gros comptes ont progressé le plus rapidement en 1899.
En Prusse, il y a un déposant ou livret par quatre habitants.
A la fin de 1898, le montant des dépôts était de 5286 9 millions. 11 est venu s'y ajouter 145.6 millions d'intérêts accumulés, 1381.6 millions de nouveaux dépôts contre 1.236 millions de retrait, si bien que le total a augmenté de 291.2 millions en 1899.
L'augmentation avait été :
En 1898 318 millions
Il y a donc un léger fléchissement qui est dû à des modifications dans les statuts de Caisses d'épargne et aussi à l'état général du marché des capitaux.
En 1900, la tendance s'est accentué. Cela ressort notamment des statistiques de la Saxe. Les Caisses d'épargne y ont vu diminuer les versements et augmenter les retraits. A Berhn, l'administration a remarqué que des déposants ont profité de la baisse des valeurs mobilières pour en acheter à l'aide d'argent retiré. Le portefeuille des Caisses d'épargne, tout au moins la partie placée en fonds d'Etat, obligations de villes, a subi une dépréciation assez sensible. Afin d augmenter leurs ressources, certaines Caisses d'épargne ont procédé à des dénonciations d'hypothèques.
Le Congrès de Mayence (1) a été l'un des plus tranquilles qui ait été tenu par les social-démocrates allemands. L'an passé, à Hanovre, avait eu lieu un grand débat théorique sur le catéchisme marxiste suranné et les idées de Bernstein qui introduisait dans ce catéchisme l'esprit critique, et demandait qu'on mit d'accord le langage et la pratique. Cette année la discussion roulait sur la tactique, et l'on a vu se produire l'opposition habituelle entre le Nord et le Sud, entre opportunistes et intransigeants, mais les opportunistes l'ont emporté.
Liebknecht, l'ancien révolutionnaire de 1848, le compagnon d'exil de Marx et d'Engels, était mort quelques mois auparavant. Il était le doyen et le patriarche grondeur de la socialdémocratie allemande, un homme d'un autre âge, plein de
(1) Nous emprunlons ce compte rendu à M. Bourdeau, Revue politique et parlementaire.
prestige, mais fidèle aux formules vieillies et pour ainsi dire figées ; ces formules n'avaient réuni qu'une infime minorité au Congres de Hanovre. C'est Auer, un Bavarois, qui a prononcé l'éloge funèbre de Liebknecht; bien qu'il soit un orateur mordant plutôt que solennel, Auer est un des dirigeants les plus babiles et les plus écoutés. On célébrait en môme temps le ju])ilé du Congrès de Gotha, qui, vingt-cinq ans auparavant, avait uni les deux fractions rivales des hommes d'Eisenach et des Lassaliens. Au début, le parti ne comptait que quelques milliers d'adhérents, il comprend aujourd'hui plus de 2 millions de votants, presque un tiers des électeurs allemands. C'était enfin le dixième anniversaire de la fin de la loi contre les socialistes, de la défaite sui\ie de la retraite du prince de Bismarck. Un musicien socialiste, vieil ami de Wagner, avait composé une marche ou une cantate pour la circonstance.
Le Congrès deMayence a marqué un pas de plus dans l'évolution du parti. La délibération la plus intéressante concernait la participation ou l'abstention des socialistes aux élections des Landtags des ditférents pays deFAllemagne. Ces élections ont lieu au suffrage restreint. Particuhèrement en Prusse, avec le système sensitairedes trois classes, les socialistes n'ont pour ainsi dire aucune chance d'y faire pénétrer leurs candidats. Aussi l'abstention électorale était-elle ordonnée au début par les congrès du parti. Cette règle, comme l'avait décidé le Congrès de Cologne en 1893, ne devait pas soutfrir d'exception. Le décret du Congrès de Hambourg, en 1897, avait supprimé le décret de Cologne par 160 voix contre 50. Les socialistes s'apercevaient qu'en s' abstenant ils faisaient un métier de dupes. Ils laissaient le champ libre aux hobereaux toujours avides de lois réactionnaires. L'intérêt des socialistes était de voter pour les libéraux bourgeois, en dépit delà conception rigide de la lutte de classes, d'après laquelle tous les partis bourgeois sans distinction ne forment qu'une masse réactionnaire. Mais aucune décision du parti ne pouvait empêcher d'agir d'une façon pratique, et les décrets des congrès de rester lettre morte. C'est grâce aux libéraux qu'on a pu échapper aux lois de répression, à la loi contre les menées subversives, à la loi dite du bagne, restreignant le droit de grève, à la loi Heinze, qui atteignait la liberté d'écrire. 11 a bien fallu consacrer à la fm fusage courant et, après avoir toléré les coalitions électorales avec les libéraux, voire même avec les cléricaux, comme en Bavière, les autoriser désormais.
Voici maintenant que le Congrès de Mayence les rend obligatoires. Malgré l'opposition de Singer, réduit sans doute à tenir compte du radicalisme de ses électeurs berlinois, Bel)el a fait voter par 163 voix contre 60, la décision suivante :
(( Dans les Etats allemands où existe le système des trois « classes, c'est une obligation pour les socialistes de prendre « part à l'agitation électorale. Pour les élections en Prusse, le u comité directeur forme le comité électoral central ; sans son u approbation, aucun accord ne peut se conclure dans les cir- '< conscriptions électorales entre les socialistes et les partis u bourgeois. »
Ainsi le comité directeur se réserve la décision en matière d'alliances ou plutôt de coalition. Le Congrès de Mayence n'admet pas (comme c'est au contraire le cas du Congrès de Rome, et comme M. Jaurès tendrait à le faire prévaloir en France) l'autonomie fédérale des circonscriptions électorales. On s'est occupé au Congrès de Mayence d'une nouvelle organisation du parti.
Cette organisation a lieu dans trois directions. Il y à une organisation éducative, très intéressante à étudier, puis une organisation corporative comprenant les syndicats socialistes; enfm l'organisation politique, la plus en vue, celle qui dirige le mouvement, la propagande, les élections, et qui tient des assises annuelles. Le comité directeur, qui en émane, dans lequel les membres du Reichstag occupent une situation prépondérante, était obligé jusqu'à cette année de se mettre en relation avec les organisations locales au moyen d'hommes de confiance. Mais le Reicbstag vient d'al)roger la loi qui défend aux associations politiques de se fédérer, en sorte que le parti va pouvoir se constituer comme une union fermée des Vereine, avec l'unité de direction d'une armée en marche. Les nouveaux statuts d organisation fortifient le pouvoir central.
On s'est occupé aussi des recettes du parti. On a entendu les plaintes du caissier et on a demandé l'établissement d'une note d'impôt direct qui oblige à des contributions régulières.
Le Congrès a écouté les tirades habituelles de Schœnlank et de Singer contre le gouvernement personnel. Il a protesté contre la politique mondiale, c'est-à-dire contre rimpérialisme allemand, contre la guerre du Transvaal.
A propos de l'augmentation du charl)on, il a été décidé que la ([uestion serait portée aux divers Landtags et au Reichstag. On a discuté la nationalisation des mines, mais sur ce dernier
point on a recommandé la prudence, car l'Etat mieux que les particidiers, pourrait restreindre le droit de coalition des ouvriers.
La question si importante de la neutralité des syndicats n'a pas été abordée. On sait en quoi elle consiste. Les syndicats n'ont de force dans la lutte économique qu'à condition de comprendre le plus grand nombre d'ouvriers. La politique, la religion sont autant de causes de division. Les syndicats catholiques comptent de nombreux adhérents, dans certaines contrées de TAUemagne, par exemple en Bavière. La neutralité politique et religieuse proclamée par les syndicats socialistes est donc nécessaire pour les attirer. Les syndicats suisses ont été les premiers à entrer dans cette voie de la neutralité que Bebel lui-même recommande aux syndicats allemands. Ceux-ci n'ont pas encore décidé la question.
On a parlé des chemins de fer de l'Empire ; les Bavarois et les Saxons ont témoigné de leur hostilité à la prussification des chemins de fer allemands.
Enfin on a discuté la question du protectionnisme et du libre-échange. En théorie la social-démocratie allemande est libre-échangiste. Mais Vollmar qui vit dans la Bavière agricole, a déclaré que ce n'était pas là une question de principe mais d'utilité et que des gages élevés valaient mieux que des prix bas.
Bref les socialistes allemands cessent de plus en plus d'envisager les questions sous un aspect simpliste unilatéral. Les hommes les plus intelligents et les plus influents, les David, les Vollmar, les Auer, sont des politiques, aux idées ouvertes, fort peu gênés par la doctrine, et par les programmes, opportunistes à un haut degré, presque des hommes de gouvernement.
En août 1900 a eu lieu l'ouverture de la communication télégraphique directe entre l'Allemagne et les Etats-Unis ; en 1882 un câble fut placé entre Valentia (Irlande) et Greetsiel près d'Emden, afin de faciliter la transmission des dépêches avec l'Amérique. Graduellement on sentit la nécessité de se rendre davantage indépendant. Des pourparlers furent engagés avec l'administration des Postes et Télégraphes et une maison de Mulheim. D'abord on chercha à opérer une jonction avec le système de l'Eastern à Penzance ; on se heurta avec l'opposition du gouvernement anglais et des compagnies intéressées qui cherchaient à entraver l'établissement d'un câble nou-
veau. Toutefois, rEastern Company laissa tomber Tidée de se servir de TAngleterre et Ton résolut de construire un câble direct avec point d'appui aux Açores. La principale compagnie américaine terrestre, le Commercial Câble vint au-devant des désirs et, grâce au bon vouloir du gouvernement des Etats- Unis, le droit d'atterrissement fut obtenu. L'Allemagne a donc réalisé dans l'Atlantique un réseau sous-marin qui lui assure 1 indépendance de ses communications avec TAmérique du Nord en favorisant, par Tattribution d'une subvention de 1.750.000 francs pendant quarante ans, la constitution d'une Compagnie pour rétablissement et l'exploitation d'un câble transatlantique touchant aux Açores. Elle cherche actuellement à étendre vers le sud son réseau de l'Atlantique.
Des études seraient engagées pour l'établissement d'une ligne allemande qui relierait les Açores à l'Amérique du Sud avec prolongements jusque vers l'Argentine. Le même travail serait préparé pour pousser le câble Emden-Vigo, que la Compagnie du câble transatlantique allemand doit racheter jusqu'à Lisbonne et de Lisbonne au Maroc. Ce câble serait prolongé plus tard, s'il était possible, jusqu'au Cameroun et au Damaraland.
D'autre part, on songe à un réseau télégraphique en Extrême- Orient. Les grandes lignes de ce projet seraient les suivantes : Par son établissement à Kiao-Tchéou et par sa politique coloniale en Extrême-Orient, l'Allemagne a été amenée à prendre des mesures pour avoir des communications télégraphiques avec sa nouvelle colonie et avec les contrées sur lesquelles s'étend son influence. Son attention s'est portée tout d'abord sur la nécessité de communiquer télégraphiquement avec Kiao-ïchéou. Dès le mois de juin dernier, les usines Mulheim ont entrepris la fabrication de 472 kilomètres de câbles qui ont été embarqués en août sur le Van-Pobielski, construit spécialement pour l'établissement et les réparations de câbles. Dès le commencement d'octobre, un câble était posé de Tsing Tau (colonie allemande de Kiao-Tchéou), à Tché-Fôu, point où aboutissent les nouveaux câbles établis également en 1900, par la compagnie danoise « Great Northern Telegraph » et par la Compagnie anglaise « Eastern Extension Australia and China Telegraph », entre : 1" Tché-Fou et Sanghaï ; 2*" Tché-Fou et Ta-Kou ; S'» Tché-Fou et Wei-Haï-Weï ; 4" Tché-Fou et Port Arthur.
La nouvelle communication allemande Tché-Fou Tsing-Tau
a été mise en service le 5 octo])re dernier h la suite d\in accord intervenu entre le gouvernement allemand et les deux compagnies précitées.
En outre, Fiisine allemande pour la construction du câble qui vient d'être créée à Nordenham, sur la mer du Nord, a reçu de 1 administration impériale allemande la commande de 715 kilomètres de cables destinés à relier Tsing-ïau à Shanghaï. On estimait, à ce moment, que le nouveau câble pourrait être terminé et posé au printemps. Ce câble est déjà posé et va être prolongé jusqu'à Canton. Kiao-Tchéou se trouvera ainsi en communication directe avec les deux grands centres commerciaux de la Chine, Shangaï et Canton.
Telles sont les lignes déjà établies. Elles ne sont qu'une partie du programme étudié. En effet, Ïsing-Tau, déjà relié à Tché-Eou et Shanghai, et prochainement à Canton, doit être mis en communication par un câble allemand avec la ville japonaise de Nagasaki, laquelle est non seulement un centre télégraphique comme le sont Shanghaï, Canton (Hong-Kong) et Ïché-Foii, mais offre l'avantage spécial pour l'Allemagne d'être un point qui sera relié par le Japon au câble transpacifique projeté par les Etats-Unis, entre San-Francisco, les îles Hawaï, le Japon et les Philippines.
Dans ces conditions, Kiao-Tchéou sera en communication avec l'Allemagne par le Japon et les Etats-Unis et se trouvera libéré déjà de la tutelle anglaise, puisque la voie sera allemande jusqu'à Nagasaki, américaine de Nagasaki à New- York, et encore allemande de New-York en Allemagne par le câble établi l'année dernière de New-York à Emden en touchant aux Açores.
D'autre part, on annonce qu'une entente se négocierait en ce moment entre les gouvernements de Berlin et de La Haye pour réaliser en Extrême-Orient, sur un vaste plan, un réseau télégraphique partant de la Chine, se reliant au câble transpacifique américain d'une part, par Nagasaki, d'autre part, aux Philippines où le câble doit aboutir en desservant les Indes néerlandaises, les îles de la Sonde, Bornéo, les îles Bismarck, Carolines, etc. Le point central où communiqueraient les divers câbles serait aux îles Natuna, entre les Indes néerlanlandaises, Malacca, Bornéo et l'Indo-Chine.