‹ Le marché financier en 1900-1901Chapitre 64 sur 132 · En · texte numérisé non relu

En

Augmentation — 2,3 —

Diminution... 74,1 — —

Il ressort de ce tableau que dans le courant de l'année le stock d'or de la Banque de Russie et du Trésor a diminué de 119,2 millions de roubles. Cette diminution a commencé depuis 1898. Le stock d'or de la Banque de Russie et du Trésor a été de 1.200 millions de roubles en 1896, de 1.315 millions

(1) Y compris les soldes créditeurs chez les correspondants étrangers.

en 1897, de 1.146 millions en 1898, de 927 millions en 1889 et de 807,8 millions en 1900. Cette diminution s'explique par ce fait que, depuis 1896, de grande quantités d'or ont passé du stock de la Banque de Russie dans la circulation. A la fin de 1896 il n'y avait en circulation que 37,5 millions de roubles d'or; en 1897 cette somme a monté à 155 millions, en 1898 a 445 millions, en 1899 à 639,4 millions et en 1900 à 684,5 millions. On ne pourrait pas, il est vrai, affirmer que toute cette somme soit restée dans les canaux de la circulation intérieure et qu'aucune partie d'elle n'ait passé la frontière. 11 n'y aurait pourtant aucun avantage à faire sortir l'or de la Russie, le change n'ayant jamais été, depuis la reprise des paieaients on espèces, contre le marché russe. D'autre part, dans aucun des grands centres de l'étranger il n'est possible de trouver un stock appréciable de pièces d'or russes portant le millésiuie des dernières années. Les chiffres indiqués de la circulation doivent donc être très voisins de la vérité. Comparativement a l'année 1898, quand le stock global d'or du pays (stock de la Banque et du Trésor -f- circulation) a été de 1.591 millions de roubles, les stocks d'or de la Banque de Russie et du Trésor ont diminué de 41,8 0/0, la circultion a augmenté de 53,7 0/0 et le stock global a diminué de 6,2 0/0. Ce dernier a subi pour la première fois en 1899 une diminution de 24,6 millions de roubles; en 1900 il s'est amoindri de 74,1 millions de roubles.

Tandis que les stocks d'or de la Banque de Russie et du Trésor ont diminué dans le courant de l'année 1900 de 119,2 millions de roubles, la masse des billets de crédit en circulation a augmenté de 35 millions de roubles.

Ce changement de la proportion de la couverture métallique n'a pourtant pas atteint dans aucune mesure la stabilité du régime monétaire de l'Empire : le remboursement en or des billets de crédit est pleinement assuré et la proportion entre la couverture métallique et la circulation fiduciaire est encore de 146,3 0/0 (807,8 : 552,3). Aux termes de la loi russe les premiers 600 minions vie roubles crédit émis doivent être couverts par une encaisse d'or d'au moins 300 millions de roubles; tout billet émis en sus de 600 millions de roubles doit être représenté dans les caisses de la Banque de Russie par sa contre-valeur intégrale en or. Par conséquent les 552,3 millions de roubles-billets qui circulent dans le public supposent dans les caisses de la Banque un stock d'or minimum de 276,2 millions de roubles : en fait l'encaisse d'or de la Banque R. 27

présente à elle seule un total rie 737,3 millions de roubles et, si l'on y ajoute les ressources métalliques du Trésor, le chiffre global de la couverture en métal jaune excède de 255,5 millions de roubles celui de la circulation fiduciaire. Le ministre des Finances a consacré une grande partie de son rapport à l'Empereur au sujet du budget de 1901 à Texplication des causes qui ont déterminé, comme nous l'avons vu, la décroissance du stock métallique du pays. Nous donnons ci-dessous in-cxtenso cette intéressante partie du rapport de M. de Witte. « Tout d'abord, il convient de signaler un phénomène important qui s'est produit ces dernières années sur le marché du monde : le renchérissement universel des capitaux. A une époque relativement récente, de 1885 à 189G, les capitaux disponibles étaient généralement plus offerts que demandés, en sorte que le taux de l'escompte et celui des prêts se maintenaient à un niveau peu élevé. Dès l'année 1885 on avait vu à Londres le taux d'escompte de la Banque descendre plus d'une fois à 2 0/0 et celui du marché libre à 1 0/0, voire à 3/4 0/0; à Paris, à Berlin et à Amsterdam, le taux d'escompte de la place était tombé à plusieurs reprises à 2 0/0 et à 1 1/2 0/0.

« A ce bon marché des capitaux correspondaient de hauts cours sur les fonds d'Etat et les autres valeurs mobilières. L'abaissement du taux des prêts et le relèvement des cours des titres s'observaient également sur notre marché. Pendant les dernières années, au contraire, on a vu se modifier graduellement le rapport qui vient d'être indiqué entre l'offre et la demande; celle-ci n'a cessé de croître et a fini par dépasser l'offre ; les capitaux ont renchéri ; l'escompte et les prêts se sont resserrés. Pendant l'automne de 1898, l'insuffisance des capitaux disponibles en Europe est devenue très manifeste, ce dont se sont ressentis les cours des fonds ainsi que le taux de l'escompte et celui des prêts. Loin de diminuer pendant les deux dernières années, la tension du marché des capitaux s'est encore accentuée à la suite de nouvelles circonstances défavorables. Comparativement au début de l'année 1898, la situation du marché des fonds d'Etat a empiré : la Bente française 3 0/0, après avoir été cotée 104,30 0/0, a fléchi l'automne dernier à 99,16; les Consolidés anglais 2 3/4 0/0 ont baissé de 113,44 à 9", 47, les Consolidés prussiens 3 1/2 0/0 — de 98,50 à 92,80 et l'Emprunt allemand 3 0/0 — de 97,70 à 85. Le taux d'escompte des banques d'émission a atteint à certains moments ; 4 1/2 0/0 à Paris, 5 0/0 à Amsterdam et à Bruxelles,

6 0/0 à Londres, et jusqu'à 7 0/0 h Berlin. La situation eml)arrassée des marchés étrangers ne pouvait manquer d'avoir son contre-coup sur le nôtre. La Banque de Russie a dû relever, pour de courts laps de temps d'ailleurs, son taux d'escompte à 6 et même 7 0/0; depuis près d'un an, elle le maintient toutefois à 5 1/2 0/0. Les cours des fonds et des autres valeurs mobilières ont baissé chez nous comme à l'étranger; la rente russe 4 0/0, par exemple, qui se cotait 102 1/4 0/0 au début de 1808, est tombée l'automne dernier à 96 1/8. Il est vrai que, si l'on tient compte de la dépréciation subie par les meilleurs des fonds étrangers, la baisse de notre principale valeur d'Etat n'a rien d'excessif.

« Il s'entend que ce renchérissement des capitaux sur les marchés financiers de l'Europe se préparait de longue date et que, comme tous les grands phénomènes économiques, il tient à des causes multiples et complexes. Le principal de ces facteurs a été la rapide croissance de l'industrie européenne et l'immense absorption de capitaux qu'elle a entraînée; pendant les dernières années — où les besoins d'argent se sont ressentis avec un redoublement d'intensité — cet élément de gène s'est compliqué d'un autre, non moins grave, les événements politiques.

« Depuis la guerre sino-japonaise, la situation de l'Europe s'est nettement modifiée : les grandes puissances européennes ont assumé hors d'Europe la solution de toute une série de vastes problèmes, ce qui n'a pas tardé à provoquer de grandes dépenses pécuniaires, dans des pays lointains, pour les besoins des gouvernements. Par elle-même et dans ses effets immédiats, la guerre de la Chine avec le Japon avait affecté les intérêts matériels de l'Europe : la totalité de l'indemnité encaissée par le Japon lui avait été payée par l'entremise des marchés européens qui, à cet effet, avaient prêté à la Chine en 1895, 1896 et 1898, un montant global de plus de 450 millions de roubles ; les événements qui suivirent exercèrent des effets non moins défavorables sur la marche des affaires pécuniaires de l'Europe. Sans parler des troubles survenus en Arménie et dans l'île de Crète ni des guerres gréco-turque et hispano-américaine, qui n'ont pas laissé de contribuer à la tension des marchés financiers de l'Europe, les intérêts d'ordre économique ont eu profondément à souffrir et souffrent encore à un haut degré des hostilités qui se poursuivent depuis plus d'un an dans l'Afrique australe. Les effets de cette

guerre sur le marché des capitaux ont été doublement fâcheux : d'une part, les énormes dépenses militaires du Royaume-Uni ont fait refluer hors d'Europe d'immenses ressources ; d'autres part, l'arrêt de l'exploitation des gisements sud-africains a réduit de .'iO 0/0 environ les quantités d'or que les mines du monde entier fournissent au marché universel. Enfin il se dépense hors d'Europe des sommes considérables par suite de la situation actuelle des affaires en Chine.

« En même temps que s'élargissent les horizons politiques des gouvernements européens dans les pays du Sud et de rOrient, ces mêmes pays fournissent un nouvel aliment à l'esprit d'entreprise des capitahstes européens : il s'y fonde et s'y organise de nombreuses affaires commerciales et industrielles, il s'y construit et s'y outille de nouveaux chemins de fer, ce qui contribue dans une large mesure à augmenter l'exode des capitaux européens. Sans doute, on ne saurait dire que les sommes dépensées dans ces pays lointains pour les besoins des gouvernements ou de l'industrie soient perdues pour le marché européen; elles lui feront retour sous forme d'intérêts et d'amortissement des emprunts ou de bénéfices des entreprises ; peut-être même la rémunération sera-t-elle large. Mais c'est là une question qui regarde l'avenir. En tout cas, les immenses capitaux qui sont sortis d Europe en un espace de temps relativement court ne sont destinés à y rentrer que par fractions et à de longues échéances. Il est évident, d'autre part, que l'argent déboursé pour ces entreprises n'a pas été dépensé en entier dans des contrées lointaines : une bonne partie en est restée en Europe où elle a servi à payer les frais de transport et d'équipement des troupes, Toutillage des industries et le matériel destiné à l'Orient (règlement des achats de machines, de wagons, de rails, etc.). Cet emploi, en Europe même, d'une partie des sommes dépensées n'a pas eu pour effet d'y atténuer les embarras du marché financier ; il a donné une impulsion nouvelle au développement de l'industrie qui, du fait des conditions mêmes de la production, avait déjà une tendance à prendre des proportions démesurées, et il en est résulté de nouveaux besoins de capitaux.

« A la cause d'ordre général qui vient d'être mentionnée comme ayant fait refluer hors d'Europe des capitaux considérables, il convient d'en ajouter une autre, qui, bien que d'ordre spécial, n'en agit pas moins dans le même sens avec

une grande énergie. Les dernières années ont vu se modifier profondément la situation qu'occupent les Etats-Unis de r Amérique du Nord sur le marché financier du monde.

« Malgré la guerre avecFEspagneJe marché américain a hien moins dépensé au dehors que celui de l'Europe. Une série de bonnes récoltes a contribué à relever sensiblement la puissance économique du pays. En même temps que s'y accroissaient les capitaux et que s'y développait par suite la production industrielle, le commerce d'exportation faisait de grands progrès, ce qui assurait aux Etats-Unis, outre une excellente balance commerciale, une balance des paiements favorable. Depuis 1897, les importations d'or en Amérique n'ont cessé d'excéder les exportations ; l'abondance de l'argent sur le marché américain permet d'y employer d'importants capitaux en achats de titres émis par des Etats européens. Quoique les créances de l'Amérique sur l'Europe, du chef des échanges commerciaux et des intérêts afférents à ses récentes acquisitions de titres soient dans une certaine mesure compensées tant par les intérêts et dividendes de valeur américaines placées en Europe que par la rentrée en Amérique d'une partie de ces valeurs, il n'en subsiste pas moins, tout compte fait, en faveur de l'Amérique, un solde créditeur considérable que l'Europe lui acquitte en or. La république transatlantique attire ainsi à soi une partie des ressources du Vieux-Monde.

« De l'exposé qui précède, il ressort que les progrès de l'industrie et les événements des dernières années ont absorbé, en Europe même, de grands capitaux et nécessité en même temps de continuelles remises au dehors. Les ressources des marchés financiers de l'Europe se sont par suite amoindries. Alors que, naguère, des capitaux surabondants étaient en quête de placements rémunérateurs, on recourt à présent à tous les moyens pour trouver des ressources disponibles et pour les corîcentrer chez soi. Il est parfaitement naturel que le marché financier de la Russie se soit ressenti de l'état de choses qui détermine en Europe un renchérissement général de l'argent.

« Il y a peu de temps encore, les capitaux étrangers, attirés par le taux élevé du loyer de l'argent, venaient chercher chez nous, non seulement des placements à long terme, mais des emplois temporaires. Aujourd'hui, ce mouvement s'est bien ralenti. La différence de taux entre les emplois de fonds en Russie et dans l'Europe occidentale ayant diminué, il est

devenu moins avantageux crexpoiicr dos capitaux en Russie. Pour la même raison, il nous a été repris une partie des avances qui ne nous avaient été faites que pour peu de temps. D'autre part, il doit être tenu compte des suites qu'ont eues pour notre marché national les débours considérables effectués hors des limites de TEmpire. La construction du chemin de fer de TEst-Chinois, les commandes exceptionnelles de vaisseaux de guerre, l'entretien d'une flotte dans l'océan Pacifique, l'occupation et les travaux de défense de la presqu'île de Kouan-Toun, l'emprunt persan et, tout récemment, les opérations militaires en Chine ont exigé d'immenses ressources. Fort importantes aussi ont été les sommes dépensées à l'étranger pour l'outillage de notre industrie, dont les progrès sont plus rapides qu'ils ne l'ont jamais été. Enfm on doit mentionner les mauvaises récoltes des dernières années et la fâcheuse influence qu'elles ont eue sur le chiffre de nos exportations et sur notre balance commerciale. Telles sont les causes qui ont agi et qui continuent d'agir sur le marché financier de la Russie ; c'est à elles également, selon moi, qu'il y a lieu d'imputer l'augmentation des sorties d'or par rapport à l'année dernière. Ici, une question se pose tout naturellement, celle de savoir si ce fâcheux état de choses présente des dangers pour notre situation économique et nos finances.

« Considérant comme un devoir d'exprimer un avis sur cette question, je dois tout d'abord faire observer que, au milieu des embarras que traverse le marché financier, comme en général lorsqu'il se produit des circonstances graves qui font ol)stacle au cours régulier de la vie économique du pays, il est d'une grande importance de ne pas se départir d'une politique financière ferme et rationnelle. Si, lorsque les phénomènes économiques suivent leur cours normal, des imprudences peuvent gâter une situation favorable, les conjonctures comme celles d'à présent exigent une sagesse toute particulière. Avec une rigoureuse prudence, les circonstances actuelles ne doivent pas inspirer d'appréhensions. Il est sans doute difficile de dire combien de temps durera encore la tension du marché financier en Europe ; cependant, il y a lieu de compter que, s'il ne vient pas à se produire dans les relations internationales des complications sérieuses, qu'il est impossible de prévoir quant à présent et auxquelles il n'y a pas de raisonj de s'attendre, les marchés européens repren-

dront d'eux-mêmes lem' équilibre, à mesure qu'il se sera amassé de nouvelles épargnes et que sera rentrée une partie des capitaux dépensés. Pour ce qui est plus spécialement du marché russe, il est aussi à espérer que ses embarras diminueront. L'aplanissement des difficultés politiques en Extrême- Orient aura pour effet de réduire plusieurs dépenses qui actuellement entraînent Tenvoi au dehors de ressources considérables, par exemple les frais d'entretien de nos forces militaires et navales. Le temps n'est pas éloigné non plus où, malgré des obstacles exceptionnels, la construction du chemin de fer de l'Est-Chinois sera complètement achevée et cessera d'exiger de nous d'importants sacrifices. D'autre part, il n'est guère admissible que les oscillations de nos récoltes continuent de se maintenir invariablement aux environs d'un niveau peu élevé. Certains indices enfin permettent de compter, dans un avenir prochain, sur une amélioration de notre balance commerciale : Tannée dernière, nos exportations des onze premiers mois par la frontière d'Europe n'avaient dépassé que de 9 millions de roubles le chiffre de nos importations ; cette année, pour la même période de onze mois, la balance en notre faveur atteint 125,6 millions de roubles. Ainsi, les embarras de notre marché financier, pour autant qu'ils tiennent à des causes politiques et économiques, générales et locales, doivent être considérés comme passagers ; une fois qu'auront cessé les circonstances exceptionnelles qui déterminent des envois de numéraire en Orient et que, d'autre part, la situation économique du pays se sera améliorée, l'équilibre du marché des capitaux se rétablira.

« De même, la diminution de notre stock d'or n'a rien qui doive motiver des inquiétudes particulières. Au début de l'automne de 1892, lorsqu'il plut à l'Auguste Père de Votre Majesté Impériale de me charger de la direction des finances de l'Empire, le stock métalhque du Trésor et de la Banque de Russie s'élevait à 905,5 millions de roubles, et le toial des billets de crédit en circulation àl. 100 millions de roubles; depuis cette époque, notre stock d'or ne fit que croître jusqu'au commencement de l'année 1898, date où il atteignit le chiffre colossal de 1.328,3 millions de roubles, pendant que les quantités d'or mises en circulation dans le public représentaient déjà 149,3 millions fie roubles, et que le chiffre des billets de crédit était descendu à 901,2 millions de roubles. A présent, les quantités d or que possèdent ensemble la Banque et le Trésor

se cliillrcnt par 807,8 millions de roubles, celles qui circulent dans le public ont été portées à 684,5 millions de roubles, et le solde des billets de crédit n est plus que de 552,3 millions de roubles.

Ainsi, entre le second semestre de 1892 et le mois de janvier 1898, notre stock d'or avait progressé de 422,8 millions de roubles et les espèces d'or mises en circulation de 149,3 millions de roubles pendant que le total des billets décroissait de 198,8 millions de roubles. De 1898 au moment actuel, le stock du Trésor et de la Banque a décru de 520,5 millions de roubles, mais en revanche, la quantité d'or émise dans le public a augmenté d'un chiftre plus considérable encore — 535,2 millions de roubles et la circulation fiduciaire a subi une nouvelle diminution de 348,9 millions de roubles. Si, depuis 1892, pendant une période où se sont succédé des années heureuses et d'autres qui, sous le rapport économique, laissaient à désirer, il a été accumulé ou émis de pareilles quantités de métal jaune et qu'on ait pu en même temps retirer de la circulation près de la moitié des billets de crédit, il y a tout lieu de compter que, la crise actuelle une fois passée, il sera possible de combler le léger déficit qui s'est produit dans le stock métallique du pays et de ramener ce stock au chiffre considérable qu'il atteignait naguère. Que si, contre les prévisions, le marché international tardait à s'améliorer et qu'il en résultât de nouvelles et importantes sorties d'or, les quantités de métal jaune que nous possédons seraient encore plus que suffisantes pour permettre d'attendre en toute quiétude le moment où elles recommenceront à progresser.

« Envisageant ainsi l'avenir avec une inaltérable confiance, je crois devoir exprimer ici la conviction profonde dont je suis animé, que les difficultés de l'heure actuelle se feraient sentir avec une bien autre intensité si nous n'avions pas profité du moment favorable pour achever en peu de temps la réforme monétaire. Dans des conjonctures comme celles d'à présent il n'eût guère été possible de rien décider pour remédier aux vices de l'ancien système. La crise qui sévit dans toute l'Europe eût eu pour suite inévitable la dépréciation de nos billets de crédit, la baisse du change et tant d'autres fâcheux incidents si familiers naguère à la Russie, ce qui n eût pas manqué d'exercer la plus fâcheuse influence non seulement sur le marché des capitaux et sur les transactions commerciales, mais sur les finances de l'Etat. Si ce pénible spectacle nous est

épargné, c'est grâce uniquement à un bon système monétaire basé sur une unité stable ».

L'année 1900 a vu le régime monétaire de l'Empire acquérir un nouvel élément de solidité dans le règlement définitif qui a eu lieu, conformément à Toukase rendu le 28 avril par l'Empereur, du solde de la dette non productive d'intérêt du Trésor à la Banque de Russie du chef des émissions de billets. Par le paiement de ce solde de 50 millions de roubles, dernier vestige de la dette colossale (de plus de 1 milliard de roubles) que TEtat avait jadis contractée en faisant émettre par la Banque des billets sans couverture métallique, Fœuvre de la réorganisation du régime monétaire sur des bases rationnelles se trouve enfin parachevée. Il est à observer qu'une part très notable de cette immense dette flottante a été remboursée sur les fonds généraux du Trésor sans qu'il ait été émis d'emprunt à cet effet.

En établissant en 1885 l'impôt 5 0/0 sur le revenu des valeurs mobilières, le gouvernement russe a reconnu que cette taxe (qui est un impôt partiel sur le revenu) ne devrait pas être appliquée aux porteurs étrangers de fonds d'Etat, domiciliés en dehors des limites de l'Etat qui a institué l'impôt.

Il a été néanmoins très difficile de fixer pour chaque cas isolé la nationalité du détenteur de fonds et on s'est borné de ne pas appliquer l'impôt 5 0/0 aux titres des emprunts qui, au moment de la promulgation de la loi, circulaient principalement à l'étranger. La même mesure a été prise pour les emprunts qui, après la promulgation de la loi, étaient placés à l'étranger.

L'application de ce principe est devenue très difficile lorsqu'à commencé la conversion des emprunts d'Orient, de divers emprunts intérieurs, d'actions et obligations des chemins de fer rachetés, en rente 4 0/0 devenue le grand fonds national de TEmpire. Une partie de la rente russe 4 0/0 est placée à l'étranger, parce qu'elle a remplacé les titres des emprunts d'Orient et les actions de certaines Compagnies de chemins de fer qui circulaient à l'étranger (Sud-Ouest, Baltique, Varso vie-Terespol, etc.). Divers privilèges ont été attachés à la rente 4 0/0: ses

titres sont admis auprix nominal comme cautionnements exigés dans certains cas par le Trésor ; la Banque de Russie consent des avances sur les titres de la rente 4 0/0 à un taux diminué ; Fadministration des douanes accepte les coupons de la rente

4 0/0 trois mois avant l'échéance pour paiement des droits d'entrée. Les détenteurs étrangers de la rente 4 0/0 non domiciliés en Russie ne jouissaient pas, bien entendu, de ces privilèges et, d'autre part, ils étaient jusqu'ici et contrairement au principe général de la loi, astreints au paiement de la taxe

5 0/0 sur le revenu.

Ce sont ces circonstances qui ont déterminé l'exonération par l'oukase impérial du 4 décembre 1900 de l'impôt de 5 0/0 sur le revenu des valeurs mobilières en faveur des porteurs de nationalité étrangère non domiciliés en Russie. En même temps le Gouvernement russe a visé par cette mesure un autre but : il a voulu notamment mieux assurer le classement de ces rentes sur les marchés étrangers.

En exécution de l'oukase, le ministère impérial des finances a publié un avis officiel indiquant les conditions dans lesquelles les détenteurs de rente russe 4 0/0, qui ne sont ni sujets russes ni domiciliés en Russie, peuvent bénéficier de la franchise d'impôt et les formalités à remplir. Ils peuvent verser leurs titres aux guichets de MM. de Rothschild frères, Hottinguer et Cie, E. floskier et Gie, à Paris au Crédit Lyonnais, à la Banque de Paris et des Pays-Bas, au Comptoir National d'Escompte de Paris, à la Société générale pour favoriser le développement du commerce et de l'industrie en France et à la Société générale de crédit industriel et commercial,— pour que ces titres soient déposés à la Commission Impériale d'Amortissement contre remise de récépissés nominatifs de dépôt émanant du ministère des Finances de Russie. Ces titres doivent être munis du timbre du pays respectif. Les intérêts des titres de Rente Russe 4 0/0, déposés en garde à la Commission Impériale d'Amortissement sont payables net de la taxe sur le revenu des valeurs mobilières, mais ce à l'expiration seulement d'un délai de trois mois à compter du jour du versement des titres. Les titres de Rente Russe 4 0/0 appartenant à des personnes qui n'ont pas le droit d'en disposer, à des mineurs par exemple, peuvent être versés au nom desdites personnes par leurs représentants légaux. Les intérêts de ces titres déposés en garde à la Commission Impériale d'Amortissement sont payés par la maison de banque qui a délivré les réci-

pissés. Le paiement de ces intérêts s'effectuera, conformément à Foukase du 6 mars 1898 au change fixe minimum de 100 roubles = 266 fr. 67, de sorte que, quel que soit le change à vue sur Pétersbourg, le porteur de rente russe 4 0/0 est toujours assuré de toucher à Paris au moins 266 fr. 67 pour 100 roubles. Le titulaire d'un récépissé nominatif qui désire rentrer en possession de tout ou partie de ses titres de rente doit remettre au guichet qui l'a délivré ce récépissé, accompagné d'une demande de retrait signée par lui; en cas de décès, par ses ayants-droit. Les titres retournés par la Commission Impériale d'Amortissement sont délivrés à leurs propriétaires sans que ceux-ci aient à supporter ni frais quelconques ni droits fiscaux russes d'aucune nature. Les récépissés ne sont pas transférables par endos nominatif ni au porteur. Mais les titulaires peuvent céder à des tiers qui ne sont ni sujets russes ni domiciliés en Russie leur droit de propriété aux titres sans avoir besoin de se les faire retourner par la Commission Impériale ; il leur suffit pour cela de s'adresser au guichet de la maison de banque qui a opéré le dépôt à Saint-Pétersbourg pour que, par son entremise, le nouveau propriétaire reçoive un nouveau récépissé, donnant droit, au bout de trois mois, à l'exonération de l'impôt. De même des facilités sont accordées en cas de transmission par succession pour éviter le retour des titres et permettre la délivrance de récépissés en cas de partage ; des précautions sont prises pour assurer la délivrance de nouveaux récépissés, en cas de perte, détournement, destruction. Il n'est exigé des porteurs de rente russe 4 0/0 ni des titulaires des récépissés nominatifs rien qui ressemble aux formalités de Taffidavit. Il appartient toutefois à la maison de banque de demander, le cas échéant, auxintéresséslors du dépôt des titres,de leur transmission par voie de succession ou autrement, la présentation de pièces et documents qu'elle jugerait nécessaires pour faire établir que ^esdites personnes ne sont ni sujets russes ni domiciliés en Russie.

La mesure prise par le Gouvernement impérial a été très bien accueillie à l'étranger. Le Rentier en portant à la connaissance de ses lecteurs les détails de cette opération soulignait de la manière suivante l'importance de l'oukase du 4 décembre.

<' L'oukase impérial exonérant de l'impôt russe 5 0/0 sur le revenu des valeurs mobilières, les porteurs étrangers de cette rente non domiciliés en Russie, a été des mieux accueillis. Les

porteurs de rente étrangère sont peu habitués, en effet, à ce que les gouvernements usent à leur égard de procédés aussi bienveillants. Quand ils s'occupent d'eux, c'est la plupart du temps pour accroître leurs impôts, gêner la circulation de leurs titres et non pour les détaxer ou leur accorder des facilités nouvelles de transmission.

a On comprend, du reste, que le gouvernement russe qui a, en France, une si importante et si riche clientèle de capitalistes, ait tenu à traiter nos nationaux, porteurs de rente russe 4 0/0 intérieure sur le môme pied que ceux qui sont détenteurs de rente russe exempte d'impôt.

« Nous avons donné, dans le dernier numéro du Rentier, tous les détails sur cette opération.

« Ajoutons que la rente russe intérieure 4 0/0 est le grand fonds national russe qui sert aux cautionnements, aux placements de mineurs, aux placements dotaux, etc. ; elle est le résultat de conversions d'emprunts d'Orient et de rachats de chemins de fer : les 112 premières séries en ont été admises depuis plusieurs années, à la cote officielle delà Bourse de Paris, et il ne s'agit nullement d'en introduire d'autres. L'exemption d'impôt accordée, sous les conditions déterminées àla rente russe 4 0/0 intérieure, aura pour résultat de donner plus d'ampleur à ce marché, d'assurer le classement de ces rentes qui, par le fait même de cette exemption d'impôt, sont maintenant les plus avantageuses des rentes 4 0/0.

« En effet, les rentes 4 0/0 extérieures qui, pour la plupart, sont convertibles depuis le jour où elles ont dépassé le pair, valent 100 à 102 francs, suivant les coupures et les séries, et rapportent conséquemment 3.92 à 4 0/0 maximum.

« La rente 4 0/0 intérieure se négocie à 97 fr. 50. Cela veut dire qu'un titre de 4 roubles de rentes rapportant à raison de 2 fr. 6607 le rouble, 10 fr. 6668 coûte 260 francs.

(c|Pour calculer le prix d'un titre de 100 roubles 4 0/Ointérieur capital,rapportaQt 4 roubles de rente, il faut multiplier le cours coté en francs par le prix de 2 fr. 6667, valeur nette du rouble.

« On aura donc un revenu net de 10 fr. 66 pour un capital de 260 francs ce qui fait ressortir le rendement à 4.25 0/0, soit 0.25 à 0.30 0/0 plus élevé que les rentes 4 0/0.

« Ces quelques chiffres montrent pourquoi l'oukase a été bien accueilli et pourquoi il est avantageux pour les porteurs de rentes de s'y conformer. »

En raison des événements qui se déroulent en Extrême- Orient et des dépenses extraordinaires qu'ils occasionnent, le gouvernement russe a pris des mesures pour le renforcement des ressources du Trésor au moyen d'un relèvement temporaire de certains droits d'accise existants (sur l'alcool, la bière, le tabac) et de certains droits de douane. Nous donnons à l'appendice la liste complète des relèvements qui ont frappé en vertu de cette décision les marchandises étrangères à leur entrée en Russie. Conformément au désir exprimé par le gouvernement français, le gouvernement impérial a supprimé l'augmentation de 50 0/0 sur les droits de douane frappant les vins de raisin, importés en fût et titrant 132 degrés, augmentation qui figurait d'abord sur cette liste.

Au 1'"' juillet 1901 le monopole de la vente des spiritueux fonctionnera dans tous les gouvernements de la Russie d'Europe. A cette date la réforme entreprise par la loi du 6 juin 1894 sera étendue sur les 19 gouvernements (dont celui de Moscou et ceux de la Raltique) où elle n'était pas appliquée jusqu'à présent. Ensuite le monopole de la Régie sera mis en vigueur dans les gouvernements et les régions de la Sibérie.

Le monopole de la vente des spiritueux devient une source de recettes très considérables pour le Trésor.

Voici quelles ont été les recettes du Trésor du chef delà vente des spiritueux (y compris l'accise) pendant les quatre premières années du fonctionnement du monopole et comparativement aux recettes du chapitre des boissons pendant la période précédente à l'introduction de la réforme.

(Eli millions de roubles) :

Recettes de la Couronne sur les boisssons spirilueuscs (non compris le produit proprement dit du monopole)

Année.

Accise.

Autres Patentes, recettes.

Résultats financiers du monopole de la vente des spiritueux (non compris

l'accise)

Produit total sur les

boissons spiritueuses

Total. Recettes. Dépenses.

Produit net.

434 LE MARCnÉ FINANCIEhEN 1000

Il ressort de ce tableau que le rendemcul de l'accise a sensiblement augmente pendant la période du fonctionnement du monopole (les recettes élevées de l'année 1894 s'expliquent par une récolte exceptionnellement abondante des céréales), et que, d'autre part, la diminution du rendement des patenteslicences a été largement couverte par le produit net du monopole de la vente des spiritueux.

Parmi les dépenses indiquées par nous dans la rubrique Résultats financiers du monopole ne figurent pas les dépenses de premier établissement et d'organisation du monopole.

Les sommes dépensées par le gouvernement russe pour la construction de 4 usines de rectification et de 248 dépôts de rectification ainsi que pour l'aménagement de ces usines et dépôts et de dépôts privées pris à ferme par l'Etat, ont monté le P'^ janvier 1899 à 40,6 millions de roubles. En outre, le ren • forcement de l'inspection à coûté pendant les années 1894-1896, 3,3 millions de roubles. En définitif, môme toutes les dépenses de premier établissement et d'organisation déduites, le monopole a donné un produit net de 16,7 millions de roubles.

En introduisant le monopole de la vente des spiritueux, le ministre des Finances supposait que cette réforme amènerait une diminution des recettes du Trésor du chapitre des boissons : il espérait pourtant que cette diminution serait largement compensée par une augmentation des autres recettes du Trésor, conséquence directe de la diminution de l'ivrognerie. Ces prévisions se sont complètement réalisées en ce qui concerne les recettes du chapitre des sucres et les rentrées des droits de douane sur le thé comme cela résulte du tableau cidessous publié par l'Administration générale des contributions indirectes et du monopole de la vente des spiritueux (en millions de roubles) :

Produit Consommation Droits Consommation Années des par tète d'entrée par tète

sucres (en livres) sur le thé (en livres)

Cette augmentation ne peutpas être attribuée à d'autres conditions propices, comme, par exemple, à des récoltes exceptionnelles.

On a récolté dans la Russie d'Europe par tète

3o gouvcrnemcnis

25 {i;ouvernomonts

OÙ fonctionne le

oîi le

monopole ne

monopole

fonctionne pas

(en

pouds)

L'Administration de la Régie voit un autre signe de Finfluence du monopole dans 1 augmentation des dépôts dans les caisses d'épargne. Le nombre des caisses et des livrets, ainsi que la somme des dépôts ont été avant et après la mise en vigueur de la loi sur le monopole :

1*" Pour tout l'Empire :

Nombre Nombre

des des

caisses livrets

— (milliers)

Montant dos dépôts Total

en Moyenne Moyenne

millions par par

de caisse livrets

roubles en milliers

— de roubles

iro

2» Dans les 4 gouvernements de 1 Est (Pcrm, Orenbourg, Samara, Oufa) oii le monopole fonctionne depuis le l*^"" janvier

Montant dos ({('pnls l'ar Total caisse

Nombre en en l'ar

Nombre des millions milliers livret

des livrets de de en

Années caisses (milliers) roubles roubles roubles

En examinant ces deux tableaux nous voyons que Taugmentation du nombre des caisses en 1895 1898, comparativement à la période de 1891-1894 a été de 51,3 0/0 pour TEmpire entier et seulement de 24,8 0/0 pour les 4 gouvernements de l'Est. Au contraire, pendant la même période de 4 années, le nombre de livrets n'a augmenté dans l'Empire que de 7o,7 0/0 et 80 0/0 dans les 4 gouvernements de l'Est. Le montant total des dépôts a augmenté de 70,5 0/0 dans l'Empire entier et de 63,8 0/0 dans les 4 gouvernements de l'Est. La progression plus lente du montant des dépôts dans les 4 gouvernements de l'Est s'explique par le fait que la moyenne par livret de dépôts effectués dans les caisses d épargne pendant 1895-1898 a été relativement plus basse dans ces gouvernements que dans l'Empire entier : la moyenne de dépôts par livret a diminué pendant cette période de 3,5 0/0 pour 1 Empire entier et de 11,1 0/0 pour les 4 gouvernements de l'Est.

Les mêmes constatations sont faites pour les 9 gouvernements du Sud et du Sud-Ouest où le monopole fonctionne depuis le l^"" janvier 1896 (1

Diminution ou augmentation en 0/0 durant ta période 1 S96-i 898 comparativement à la période i 894-1 896.

Montant des dépôts Nombre Nombre Moyenne

des des par

caisses livrets Total livret

Empireentier +12,5 +29,1 +27,5 —1

9 gouveinements du Sud et du Sud-Ouest + 9,2 +43,6 +33,7 —6,9

(1) Bessarabie, Voihynie, Ekatherinos-law, Kiew, Podolie, Poltawa, Tauride Kherson, Tchernigow."

Une des modifications importantes apportées parle nouveau régime des boissons est la réduction du nom])re des débits de boissons. Nous donnons ci-dessous le nombre des débits de l)oissons en 1894 et en 1898 dans les 35 gouvernements ou le monopole fonctionnait en 1898.

Nombre Nombre

d'habitants d'habitants

Tolal par débit Total par débit Total 0/0

-..,., j , . ( Débits de la

Débits de boissons i

, ,. , \ Régie > .. 16.974 » + 16.974 »

alcooliques a eni- <

) Débits des partiporter f , ^

[ cuhers 14.121» 2.303 » —11.816 —83,7

Total 14.121 4.174 19.279 3.310 + 5.158 +36,5

Débits des boissons alcooliques à

consommer sur place 48.033 » 7.617 » —40.416 —84,1

Débits de bière et de vin de raisins

à consommer sur place 9.619 » 13.210 » + 3 591 +37,3

Totalgénéral 71.173 821 40.10d l.t06 —31.667 -44,1

Consommation d'alcool par habitant en vedros de 40".

2o gouvcrnomonts .33 gouvernements Russie d'Europe où le monopole ne où le monopole fonctionne pus fonctionne

L'activité de la Banque de Russie dans le courant de Tannée 1900 mérite une attention spéciale. Nous donnons à l'appendice, comme d'habitude le bilan au 1^^ janvier 1901 et la situation comparative des soldes des comptes principaux de la Banque d'après les bilans mensuels du 1/13 janvier 1900 au 1/14 janvier 1901.

En présence des événements qui se sont déroulés en 1900 sur le marché russe, en présence de la pénurie des capitaux de roulement et des déconvenues éprouvées par beaucoup d'entreprises industrielles et de banques de commerce, la Banque de Russie a élargi d'une manière exceptionnelle toutes ses opérations actives. D'une part elle a développé les opérations d'escompte, que les banques privées de commerce souffrant du manque de capitaux ont été obligées de restreindre. D'autre part elle a étendu les opérations des avances sur titres, en s'efforçant par cette mesure de retenir la baisse de cours. Enfm elle a consenti en 1900, sur une très large échelle, des prêts industriels et môme ces prêts ont atteint pour certaines sociétés industrielles une telle importance que la Banque de Russie, afin de sauvegarder ses intérêts, a été obhgée de contrôler l'administration de ses sociétés par des représentants spéciaux. Une autre mesure a été prise par la Banque de Russie dans le même ordre d'idées : les opérations d'avances sur titres ont été facilitées parl'abaissement du taux d intérêt prélevé pour les avances sur titres et les avances en comptes courants spéciaux sur titres à

6 0/0 pour la rente d'Etat (au lieu de 6 et 6 1/2 0/0), à 61/2 0/0 pour les titres garantis par l'Etat (au lieu de 7 et 7 1/2 0/0) et à

7 0/0 pour les titres non garantis (au lieu de 8 et 8 1/2 0/0). La plus grande faveur a donc été consentie aux titres non garantis et les détenteurs des obligations et actions industrielles (qui sont admises par la Banque) pourront recevoir des avances au taux qu'auparavant la Banque de Russie appliquait aux titres garantis par l'Etat. Les opérations d'escompte, de réescompte et d'avances en comptes courants spéciaux sur effets de commerce ont monté de 244,6 millions de roubles (1/13 janvier lOnO) à 259,7 millions de roubles (1/14 janvier 1901).

Le total des opérations d'avances à Saint-Pétersbourg et aux autres comptoirs et succursales a monté de 140,8 millions de roubles (1/13 janvier 1900) à 200,7 millions de roubles (1/14 janvier 190!). Les prêts sur titres et les avances en comptes courants spéciaux sur titres ont monté de 27,5 millions de roubles à Saint-Pétersbourg et 44,8 millions de roubles aux autres comptoirs et succursales (1/13 janvier 1900) à 44,8 et 64 milbons de roubles (1/14 janvier 1901). Les prêts industriels ont monté de 19,6 millions de roubles à Saint-Péterbourg et3,l millions de roubles aux autres comptoirs et succursales (1/13 janvier 1930) à 38,3 et 4,5 millions de roubles (1/14 janvier 1901). Le montant des dépôts à terme et à vue abaissé de 748,9 mil-

lions de roubles (1/13 janvier 1900) à 622,5 millions de roubles (1/14 janvier 1901).

Depuis le l®"" septembre 1900 a été mis en vigueur le nouveau règlement de comptes de dépôts à la Banque de Russie.

Alors qu'en 1895, il était absolument négligé, le marché des traites s'est chiffré, en 1899, par 694 millions de roubles. En conséquence, l'administration des Finances s'est vue dans l'obligation de réformer le règlement de ce marché. Les principaux articles qu'il comporte sont, en somme, calqués sur ceux de la Banque Impériale d'Allemagne. Le déposant dispose de chèques blancs et rouges. Les chèques blancs sont ou au porteur ou nominatifs. liCS chèques rouges sont seulement nominatifs. Ceux-ci sont plus spécialement destinés aux transferts; néanmoins, les chèques blancs au porteur peuvent remplir le même office, à condition, toutefois, que celui qui les reçoit mette sa signature au recto. Les déposants bénéficient d'avantages très considérables. Ils peuvent transférer les sommes d'une banque, à une autre, à la condition, bien entendu, que le tiré y ait un compte ouvert. Le gouvernement, les banques et les sociétés de crédit, ainsi que les particuliers, peuvent se faire ouvrir des comptes en se soumettant à différentes réglementations absolument obligatoires. Des crédits sur traites d'une certaine valeur ne sont accordés qu'aux personnes ayant un compte ouvert.

Les taxes pour les transferts sont de : 25 kopecks pour 500 roubles ; 40 kopecks pour 501 à 1.000 roubles, 1/4 par 0/00 de 1.000 à 100.000 roubles; à partir de 200.00) roubles, 1/4 par 0/00 plus 15 rouldes et au-dessus de 200.000 roubles 1/5 par 0/00 plus 25 roubles.

Les raisons qui ont déterminé l'administration des finances à apporter ces modifications consistent dans les avantages qui en résultent pour les négociants et aussi dans ce fait qu'ils évitent des échanges de monnaies. Ces facilités causeront pro])ablement une augmentation du chiffre des dépôts à la Banque.

Ajoutons que les déposants doivent prendre l'engagement de ne pas laisser tomber leurs (léj)ôls au dessous rrune certaine hmite (300 rouldes pour les particuliorsj ; pourles Banques cette limite sera un peu plus élevée.

En somme, les modifications que nous venons d'indiquer résultent de la disproportion que l'on remarquait, surtout eu ces derniers temps, entre les dépôts particuliers et ceux des sociétés, institutions de crédit, etc.

Et il est bien compréhensible que tous les efforts soient faits en vue d'amener à la Banque des dépôts plus considérables et, en même temps, moins à la merci des événements politiques. Aucune nouvelle banque de commerce par actions n'a été fondée en 1900 en Russie. Le nombre de ces institutions de crédit est de 42. Leurs capitaux-actions ont augmenté dans le courant de l'année de 809.000 roubles et atteignent 193,4 millions de roubles ; leurs capitaux de réserves, et les réserves spéciales ont, au contraire, diminué de 3 millions de roubles et se chiffrent à 80,5 millions de roubles. L'année 1900 a été mauvaise pour les banques de commerce russes, surtout pour celles qui ont beaucoup de titres industriels dans leurs portefeuilles et qui se sont de préférence occupées du patronage d'entreprises industrielles et des lancements d'affaires. En parlant plus bas du mouvement de la Bourse de Saint-Pétersbourg en 1900 nous indiquerons la baisse qui s'est produite dans les cours des actions de banques de commerce et nous tâcherons d'en donner l'explication.

Nous avons déjà souvent parlé de la différence qui existe entre l'activité des banques de commerce de Saint-Pétersbourg, de Moscou et de la province.

Les banques de Saint-Pétersbourg emploient leurs ressources beaucoup plus pour les opérations sur les titres que pour l'escompte des effets de commerce. Leurs capitaux actions et leurs capitaux de réserve réunis sont de 137,8 millions de roubles. Le montant des dépôts, ainsi qu'il ressort du tableau ci-dessous, a été au 1" janvier 1901 de 224,5 millions de roubles (en diminution de 15,6 millions de roubles comparativement à la situation de la période correspondante de l'année précédente). Les avances sur titres atteignaient au 1"" janvier 211,3 millions de roubles et le montant des titres appartenant aux banques 51,7 millions de roubles; ces deux chapitres ont diminué ensemble, comparativement à la même époque de l'année précédente, de 27 millions de roubles. L'escompte a augmenté dans le courant de l'année de 7,8 millions de roubles, mais le montant de ces opérations (168 millions de roubles), a été toujours beaucoup au-dessous du montant des sommes employées aux opérations sur les titres.

Les quatre banques de commerce de Moscou possèdent 38,2 millions de roubles de capitaux-actions et de réserve. Au l^"" janvier le montant de leurs dépôts a été de 146,4 millions de roubles, ayant diminué de 1 million de roubles dans le

Banques de commerce de Saint-Pétersbourg ,

En milliers *dc roubles

Titres Avances appartenant sur à la

Réescompte et réen-

Caisse Escompte titres Banque Dépôts gag-ement

Banque d'escompte

Comparativement au

Banque internationale X

Comparativement au

Banque de Volga-Kama |

Comparativement au Banque russe pour le com- ( merce étranger \

Comparativement au

Banque privée j

Comparativement au Banque russe de commerce \ et d'industrie (

Comparativement au Banque de Saint- Péters- i

bourg-Azow \

Comparativement au Ban(|uc de St-Péterbourg- f Moscou (

Comparativement au

Crédit Lyonnais |

Comparativement au

Total I

Comparativement au

J er Jer

1" 1er i.r |er Jcr |er I er 1er jcr 1er 1er 1er 1er 1er 1er 1er 1er 1er 1er 1er 1er 1er

jer 1er 1er

janvier 1900.

courant de l'année. Les banques de Moscou consacrent d'ordinaire une somme à peu près égale aux opérations d'escompte et aux opérations sur les titres. C'est ainsi qu'au P*" janvier 1900 l'escompte de 4 banques de Moscou a atteint la somme de 95,2 millions de roubles, les avances sur titres 84,8 millions de roubles et la valeur des titres appartenant aux banques a été de 15,1 millions de roubles. Dans le courant de l'année 1900 la situation a changé surtout, comme cela ressort du tableau ci-dessous, sous l'influence de la Banque des marchands de Moscou. Le montant des opérations d'escompte a été au l*»- janvier 1001 de 104,9 millions de roubles et celui des avances sur titres 80 millions. La valeur des titres appartenant aux banques a été de 17,2 millions de roubles.

Le capital-actions et celui de réserves de 29 banques de commerce provinciales atteignent 104,8 millions de roubles.

Nous donnons ci-dessous des renseignements sur l'activité de onze principales de ces banques. On constate que les banques de province emploient leurs ressources dans une mesure beaucoup plus large pour faire l'escompte que pour se livrer aux différentes opérations sur titres.

JE MARCHÉ FINANCIER EN lÔOO

Banques de commerce de Moscou.

En milliers de vouliles

Titres Avances appartenant Réescompte

sur à la et réen-

Caisse Escompte titres Banque D<^pôts gagemeni

Banque des marchands de S l""^

Moscou / 1"

Comparativement au l""

Banque d'escompte de ^ l"""

Moscou / 1"'

Comparativement au l*^^''

Banque de commerce de i !"■

Moscou ] \"

Comparativement au 1''''

Banque internationale de \ l"

Moscou I \"

Comparativement au 1"''

janvier

Comparativement au 1'''

Banques de commerce provinciales.

Caisse

En milliers de roubles

Titres Avances appartenant Réescompte

sur à la et réen-

Escompte titres Ban<[ue Dépôts gagemeni

Banque de commerce | 1*^'' janvier

Azow-Don \ I" —

Comparativement au 1'"'' —

Banque de commerce de ^ 1"" —

Varsovie ( 1"^^'' —

Comparativement au l*"" —

Banque d'escompte de ( 1'''' —

Varsovie \ i" —

Compai'ativement au l''' —

Banque de commerce de \ 1'" —

Lodz / l" —

Comparativement au 1*^'' —

Banque de commei-ce ( l""" —

d'Orcl ^ l^'- —

Comparativement au f'' — Barque de commerce de (1*^'' — Riga \ 1"

Comparativement au 1''' — Banque industrielle de la ( i" — Russie méridionale ^ 1'^' —

Comparativement a-i l""'' —

Banque de l)ourse de Riga < , ^,.

Comparativement au 1"' —

Ban([ue d'escompte ( i" —

d'Odessa ) \" —

Comparativement au 1'''' —

Banque de commerce et | !''■' —

d'industrie de Baltique < l'"" —

Comparativement au l" —

Banque de marchands de | 1«" —

Nijni Novgorod | l"' —

Comparativement au l*'" —

Toiai j;:; z

Comparativement au 1"

RUSSIE 4i3

Les opérations de la Banque foncière de la Noblesse se sont très peu développées dans le courant de l'année. Au 1"^ janvier 1900 le montant des prêts consentis a été de 565,8 millions de roubles et au 1^'^ décembre de la môme année de 585,2 millions de roubles. La réalisation des lettres de gages que la Banque continue à émettre au môme taux, malgré la cherté des capitaux, présente de grandes difficultés. La Banque qui consent les prêts en espèces et réalise elle-même ses lettres de gages a perdu à cette opération des sommes importantes. Dans le courant de Tannée le taux payé par les emprunteurs a été augmenté d'un 1/2 0/0. D'autre part une nouvelle faveur a été accordée aux clients de cette banque, dont le but principal est de soutenir la propriété foncière de la classe noble en Russie. La Banque aura dorénavant le droit d'acheter à ces clients des propriétés grevées des dettes et des arrérages, en leur laissant une partie de ces propriétés qu'ils sont à même d'exploiter sans contracter des nouvelles dettes.

La Banque tachera de vendre les propriétés ainsi acquises aux nobles et si, dans un délai fixé, cette opération ne réussit pas la Banque les vendra aux paysans par 1 intermédiaire de la Banque foncière des paysans.

L'année 1900 a été très heureuse pour les affaires de la Banque foncière des paysans. Le montant de prêts consentis a passé de 165,7 millions de roubles au l"" janvier 1900 à 211,2 millions de roubles au 1" décembre de la môme année Dans le cours des onze premiers mois le capital de la Banque (non compris le fonds de réserve qui est de 1 ,2 millions de roubles) a augmenté de 13,7 à 16,5 millions de roubles. Les sommes employées pour l'achat des terrains que la Banque revend ensuite aux paysans ont passé de 10,5 à 12 millions de roubles (le 1" décembre 1900).

Les opérations des Caisses d'épargne sont résumées dans lo tableau ci-contre.

L'année 1900 a été des plus mauvaises pour la Bourse de Saint-Pétersbourg : une année de panique, de déceptions et d'effondrement de beaucoup de fortunes particulières. Le marché russe a ressenti le contre-coup des événements politiques et économiques de l'FAirope occidentale. Les hostihtés qui se sont poursuivies dans l'Afrique australe et les troubles

de Chine entretenaient un état d'indécision dans le monde des affaires ; ils ont contribué au malaise et à la tension des marchés d'Europe, souffrant en outre d'un ralentissement dans le développement industriel et de crises partielles dans certaines branches des industries. Le renchérissement et la

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