LES CRISES MONÉTAIRES ET COMMERCIALES
Depuis la fin du siècle dernier, il se produit de temps en temps dans l’ordre economique un phénomène nouveau et redoutable, qui a donné lieu en Angleterre à des débats approfondis dès l’origine, mais qui, jusqu’à ces dernières années, n’avait pas provoqué d’études spéciales de la part des théoriciens du continent, sans doute parce que de ce côté-ci du détroit on avait eu beaucoup moins à
1. On peut consulter sur ces questions de nombreux ouvrages, dont les suivants sont les plus importants : Geschichte der Handelskrisen , von Max Wirth , Frank fur l-am-Main ; Les Crises commerciales . par le docteur Clément Juglar ; The Economise; Die Geschichte der Prcise, von Th, Tookc und W. Nowmarch, dcutsch und mit Zusodzen versehen von D r C. W. Asher, Drcsden; le Dictionnaire d'économie politique , de M. Mac LeoJ, au mot Crises commerciales, et celui publié par M. Guillaumin, au môme mot.
souffrir du fléau. Je veux parler des crises monétaires et commerciales. Ces crises sont les tempêtes du monde des affaires. Elles font penser à ces ouragans terribles, à ces cyclones qui, dans les régions tropicales, se déchaînent à l’improviste, arrachant les arbres, brisant les navires, abattant les maisons, et semant de débris la terre et les eaux. Semblables à ces terribles convulsions des éléments, les crises exercent leurs ravages dans la sphère des échanges; elles renversent les maisons de commerce les mieux assises, elles jettent à bas les banques les plus solides, elles appauvrissent les riches, tuent les pauvres, et couvrent le sol de ruines. Les tempêtes du monde financier et celles du monde physique naissent et se propagent à peu près de la même manière. A la suite d’une série de beaux jours, la terre s'échauffe, l’atmosphère se charge d’électricité, les forces de la nature se tendent comme pour la lutte; bientôt, le ciel se couvre, l’orage se prépare, approche et se déchaîne enfin, ravageant des contrées entières dans son vol destructeur. Ainsi dans le domaine économique rient d'abord une période où tout favorise les entreprises les plus diverses ; la confiance est illimitée, l’or coule à flots; les fonds publics, les valeurs haussent de prix; l’intérêt baisse; l’aisance, la prospérité pénètrent partout. Soudain un point noir paraît dans le ciel serein, la nuée sombre grandit, s’étend et menace; la défiance se propage, le crédit se resserre, les bourses se ferment, l’argent disparaît, enfin la crise éclate et passe d’un pays à l’autre, laissant partout des traces désastreuses de son passage.