‹ Le marché monétaire et ses crises depuis cinquante ansChapitre 24 sur 88 · SITUATION DES BANQUES DE NEW-YORK · texte numérisé non relu

SITUATION DES BANQUES DE NEW-YORK

Juin 1852. J&nv. 1856. Sept. 1857.

Capital 50.705.000 92.334.000 107. 507 . 000

Circulation 27.040.000 30.705.000 27.122.000

IlépÔle 05.634.000 90.267.000 84.529.000

Prêts et escomptes. 127.245.000 174.141.000 170.846.000

Numéraire 13.304.090 18.510.000 14.321.000

Comme en Angleterre, le chiffre de la circulation fiduciaire varie très-peu, et elle est largement couverte par le numéraire. C’est en attirant les dépôts et eu avançant trop largement l’argent déposé, que les banques ont contribué à aggraver la crise de 1837.

Toutefois, si la surabondance de la circulation fiduciaire ne fut pas la cause première de la crise de 1825, onpeutaffirmer, que la Banque d’Angleterre contribua à l’aggraver, mais tout autrement que par un excès d’émission. Au lieu d’élever à temps le taux de l’intérôt et de restreindre ses avances, elle fit tout le contraire', sous prétexte de venir au secours du commerce, lorsque déjà son encaisse fondant à vue d’œil aurait dû lui imposer plus de prudence. C’est à partir d’octobre 1824 qu’il lui aurait fallu prendre des mesures de précaution en prévision de la tempête qui approchait visiblement. Tous s’accordent à lui reprocher son inertie, sa passivité absolue, jusqu’à l’instant

1. En février 1825, quand Rencaisse n’était déjà plus que de 8 millions, la Banque augmenta sa circulation Ûduciaire d’un million, et ses avances sur valeurs de 6 millions. La nécessité peut autoriser une banque à étendre ses émissions et ses escomptes au plus fort de la crise ; mais, comme nous le prouverons, elle doit toujours élever le (aux de l’intérêt quand l’horizon devient menaçant.

où, enveloppée dans la tempête qui ébranlait tout autour d’elle, elle en vint à demander au gouvernement l'autorisation éventuelle d’une nouvelle suspension de ses paiements en numéraire, ce qui lui fut refusé. En résumé, s’il est vrai que la banque en 1825 a contribué à aggraver la crise, il est certain aussi que ce n'est pas l’excès de ses émissions qui l’a provoquée. On en peut dire autant pour les années 1835, 36 et 39. La Banque a commis les mûmes fautes: elle n’a point, quand il le fallait, élevé l’intérêt et restreint ses avances; mais elle a si peu amené les embarras du marché monétaire par sa circulation fiduciaire que le tableau mensuel qui en indique le chiffre permet de constater que celui-ci est resté à peu près invariable de 4834 à 1838, oscillant à peine de 17 à 18millions. Pendant la même période, les banques provinciales ne s’écartent presque point non plus d’un maximum de 11 millions et d’un minimum de 10 millions. Quant aux deux grandes tourmentes de 1847 et 1857, elles forment, on l’a vu, le plus fort argument des adversaires du système de Robert Peel. Comme elles se sont produites sous l’empire de la législation restrictive de 1844, il est certain qu’on ne peut accuser cette fois l’excès d'émission.

Dans sou grand ouvrage d’économie politique, M. Stuart Mill a émis au sujet des crises commerciales quelques vues qui, comme toutes celles qui émanent de cet éminent écrivain, se distinguent par la profondeur et l’originalité. Suivant lui, les crises accompagnent presque nécessairement le progrès de la richesse chez une nation dont la puissance productive augmente rapidement, et voici pourquoi.

DES CAUSES DES CRISES

Dans tout pays, l’accumulation des capitaux est bornée parle taux des profits qu'ils donnent. Quand ce taux descend très-bas par la concurrence des fonds qui cherchent un placement et qui n’en trouvent plus, l’accumulation cesse, parce que l’épargne n’est plus encouragée par la rente qu’elle procure. Dans un pays comme l’Angleterre, où le nombre des personnes riches est considérable et où le produit net annuel est énorme, on se rapproche de temps en temps de ce taux minimum au-dessous duquel cesserait toute épargne nouvelle,

Lorsque quelques années se sont écoulées sans grandes perturbations, il y a tant de capitaux cherchant un emploi qu’il n’est presque plus possible de les placer d’une façon rémunératrice. Alors tous les titres haussent, l’escompte s’abaisse, et de tous côtés on se plaint de ne plus rien gagner. Bientôt surgissent une foule d’entreprises qui promettent un intérêt plus élevé que les placements ordinaires, et les capitalistes, ne sachant que faire de leur argent, souscrivent sans hésiter. C’est la période d’expansion, toujours suivie d’une période de révulsion, conséquence nécessaire des erreurs et des imprudences d’une spéculation effrénée. Cette révulsion , par les circonstances désastreuses qui l’accompagnent, — pertes, ruines, ventes forcées, chômage du travail industriel, — détruit une partie du capital surabondant. Un nouveau mouvement ascensionnel recommence alors, car l’épargne est de nouveau stimulée par suite du vide qui s’est opéré sur le marché. Ainsi s’explique la périodicité des crises qui éclatent chaque fois que le capital s’est accumulé jusqu’à l’excès : elles

HO LE MARCHÉ MONÉTAIRE. DES CAUSES DES CRISES, opèrent comme une saignée ou un exutoire sur un corps gonflé de sang jusqu’à l’apoplexie 1 . Sans doute cette théorie de M. Mill rend bien compte d’une des causes qui, en fait, ont contribué à la naissance de certaines crises ; mais aussi longtemps que le capital anglais peut trouver aux colonies et à l’étranger un placement avantageux, nous ne pouvons admettre qu’il surabonde jamais au point de rendre une tourmente financière inévitable, et en tout cas l’histoire du money-market en 1847, 18S7 et 1864 est loin de pouvoir servir de base à l’opinion de l’éminent économiste anglais.

1. Si cette opinion de M. Mill était juste, il en résulterait que ce n’est point l’accumulation du capital qui pourrait émanciper définitivement les classes inférieures , comme le disent la plupart des économistes, cette accumulation atteignant assez vite sa limite extrême.

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