‹ Le marché monétaire et ses crises depuis cinquante ansChapitre 25 sur 88 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

LES CRISES RÉSULTENT TOUJOURS d’üNE CONTRACTION DES INTERMÉDIAIRES de l'échange, la monnaie et le crédit.

Nous venons d'examiner quelques-uns des systèmes proposés pour expliquer les crises ; essayons maintenant d’en démôler les causes en suivant simplement l’indication des faits.

Il est une circonstance qui invariablement précède toutes les perturbations commerciales, c’est l’exportation des métaux précieux. Chacun de ces événements a sa physionomie particulière et ses caractères distinctifs; mais qu’on les étudie en Amérique , en Angleterre ou sur le continent européen, partout on remarque le môme phénomène précurseur : le change devient défavorable, l’or s’écoule. Nous rappellerons quelques faits qui ne laisseront aucun doute à cet égard.

En 1810 l’Angleterre avait importé beaucoup de froment au prix exorbitant de 100 à 118 schillings le quarter, et trois fois autant de coton, cinq fois autant de laine et deux fois autant de soie qu’en 1808. Ces importations démesurées et les subsides accordés aux puissances du continent exigèrent pour 7 à 800 millions de francs de

remises à l’étranger, qui dérangèrent la balance et enlevèrent le numéraire. En 1818, mêmes causes et poèmes effets : souscription aux emprunts de la France, de l’Autriche et de la Russie, excès d’importation, change défavorable, écoulement du numéraire qui force la Banque à suspendre ses payements momentanément repris.

En 1823, la cause de la crise est connue, ce sont les immenses placements à l’étranger dans les emprunts et les entreprises industrielles de l’Amérique et les importations excessives qui exigent de grandes exportations de numéraire. — En 1836, les États-Unis remplacent une grande partie de leur circulation fiduciaire par de la monnaie métallique, et l’or s’écoule d’Angleterre. Faillites et crises s’ensuivent. — Depuis le mois de juillet 1838 jusqu’en novembre 1839, le change reste contraire à l’Angleterre à cause des importations de céréales à un prix élevé et des grands placements faits sur le continent. L’or s’en va et sur le marché la gêne, les embarras sont très-grands, quoiqu’il n’v ait point panique. La cause de la crise de 1 847 est, nul ne le conteste, l’énorme importation des céréales nécessaires à la France et à l’Angleterre pour combler le déficit de leur récolte et l’exportation d’argent qui en fut la conséquence. En 1837, la crise fut générale et atteignit toute l’Europe. Pour en trouver la raison, il suffit de jeter un coup d’œil sur le tableau du commerce de l’Inde. En 1835, l’exportation des métaux précieux vers l’Inde s’élève à 198 millions de fr. En 1856, elle est doublée : elles va à 352 millions, et enfin en 1857, pour l’argent seulement, elle monte à l’énorme

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DES CAUSES DES CRISES

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somme de 614 millions, égale à trois fois la production moyenne de l’argent dans le monde entier. Ce drainaye métallique bien plus formidable que celui de 1864, correspond aussi à une crise bien plus forte.

En janvier 1861, crise passagère en Angleterre. Ce pays a importé plus de produits des États-Unis qu'il n’y a exporté des siens, d’où il résulte une balance défavorable et l’exportation du numéraire.

En octobre, la gène financière atteint la France ; c’est que comme en 1847 elle a dù exporter du numéraire afin de payer le blé qu’elle a pris à l’étranger pour combler le déficit de sa récolte.

Enfin en 1864, ce sont les importations de coton qui ont de nouveau fait couler le flot métallique vers l’Inde, cette contrée toujours avide d’argent où va s’enfouir tout le métal que l’Amérique extrait de ses mines 1 2 . En présence de ces faits toujours concordants, crise et exportation du numéraire, on est forcément amené à voir dans le premier la conséquence du second, et à affirmer que c’est la fuite de l’or qui est la cause déterminante des perturbations financières*.

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