‹ Le marché monétaire et ses crises depuis cinquante ansChapitre 26 sur 88 · Voy. aux Annexes , n · texte numérisé non relu

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2. L’absorption du numéraire par la circulation du pays produit , en de moindres proportions, un effet semblable. Tous les ans, vers l’automne, les encaisses des banques diminuent , et une gène plus ou moins forte se fait sentir. 11 en est ainsi en France non moins qu’en Angleterre, et ladépression dans les deux pays est d’environ 60 millions de francs en moyenne. Cela tient à ce qu’on achète vers cette époque de l’année les produits de l’agriculture, ce qui constitue les villes en dette vis-à-vis des campagnes. 11 faut solder la balance en écus, et il y a un certain écoulement qui affecte toujours le marché monétaire. En janvier et en février, le numéraire corn-

Mais, dira-t-on, que peut faire l’exportation de 200 à 300 millions de numéraire à une nation qui, comme l’Angleterre, fait une économie annuelle de 2 ou 3 milliards, et dont la richesse mobilière seule doit dépasser 30 milliards? L’économie politique n’enseigne-t-elle pas que les métaux précieux sont une marchandise comme une autre, et qu’il est très-profitable de les exporter pour remplacer ce capital improductif, la monnaie, par d’autres valeurs qui procurent des revenus ou des jouissances? Pour faire comprendre comment l’exportation d’une quantité d'or absolument insignifiante relativement à l’ensemble de la richesse nationale peut entraver la marche des affaires et y produire le trouble le plus profond, il est indispensable de rappeler en quelques mots le mécanisme des échanges.

L’échange est le fondement de la société économique dès l’instant où chacun ne produit plus lui-même tout ce dont il a besoin. A mesure que la division du travail s'applique aux différents groupes de métiers, aux différentes provinces d'un royaume, enfin aux différentes nations, l'échange joue un rôle plus important, et le jour où les échanges seraient suspendus, ne fût-ce que momentanément, la moitié des hommes périraient. Or, pour opérer cette masse d’échanges qui entretient la vie des peuples civilisés, ceux-ci ont eu recours à un intei'médiaire qui est la monnaie. A un moment donné, la quantité d’unités monétaires nécessaires à un pays est parfaitement déterminée :

mencc à refluer. Les grandes crises ont pregque toutes atteint leur maximum d'intensité en automne, parce qu’alors l’exportation du numéraire vers les campagnes venait se joindre à celle vers l’étranger. V. aux Annexes n° 4.

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elle dépend tic la quantité d'échanges à l'aire, comme le nombre des véhicules qui sont indispensables dépend de la masse des marchandises à transporter. Si un certain nombre de véhicules manquent, les transports seront en retard; si les imités monétaires font défaut, les échanges languiront, et l’ordre économique sera troublé. Il est vrai qu'on peut remplacer les unités monétaires d'or ou d’argent par d’autres unités du même nom faites en papier ; mais ces unités ne conserveront leur qualité de bon intermédiaire des échanges qu’à la condition de ne pas être émises au delà du besoin qu'on en a, et pour arriver ii conserver cette juste proportion on ne connaît pas d'autre moyen que de les faire rembourser à vue par l’institution qui les a lancées dans la circulation. Une certaine quantité de monnaie métallique est donc toujours nécessaire comme base et régulateur de la monnaie de papier. Il est encore vrai qu’on a trouvé un expédient plus simple et plus puissant que la monnaie de papier, c’est le crédit sous ses formes diverses : promesses, billets à ordre, chèques, lettres de change, ivan ants, comptes courants et autres combinaisons du même genre. Si tous les habitants d'un pays se connaissaient, étaient honnêtes et avaient confiance dans leur solvabilité réciproque, on pourrait à la rigueur opérer tous les échanges intérieurs par la simple intervention du crédit, sans monnaie d’aucune sorte. Dans l’état actuel, on a recours aux effets de commerce appuyés par l’escompte sur les billets de banque, lesquels s’appuient à leur tour sur le fonds solide du numéraire métallique. A mesure que les bonnes habitudes commer-

ciales se répandent dans un pays, il parvient à réduire la quantité d’or et d'argent dont il a besoin, à ce point qu’enfin tout un merveilleux et gigantesque échafaudage d’instruments de crédit repose sur un fondement métallique extrêmement exigu. Or c’est précisément là qu’en est arrivée l’Angleterre. Le but constant du commerce anglais a été de mener à bien beaucoup d’affaires avec peu d’argent, et ce but, il a su l’atteindre. Le savant collaborateur de Tooke, M. Newmarch, décrit parfaitement le mécanisme qui a été mis en œuvre, quand il dit que l’or est la monnaie divisionnaire du billet de banque, comme le billet de banque l’est du chèque, le chèque de la lettre de change, et la lettre de change des virements de parties et des comptes courants. Chacun de ces moyens d’échange complète le suivant, et tous s’enchaînent les uns aux autres, s’engrènent les uns dans les autres, de telle façon que le premier est nécessaire nu second, le second au troisième, et ainsi de suite.

On ne peut se figurer jusqu’à quel point on a poussé en Angleterre l’économie du numéraire dans les grandes affaires. D’après les usages actuels, aucun banquier ne conserve chez lui plus de numéraire qu’il ne lui en faut pour lui-même. La Rauque d’Angleterre est la banque de tous les banquiers. Si on demande à ceux-ci un payement quelconque, ils donnent un chèque en échange duquel la Banque délivre du numéraire ou des billets. Les banquiers de province conservent un peu plus d’argent, parce qu’ils sont plus loin du centre où se distribue le crédit ; néanmoins presque toutes les sommes dont ils disposent sont

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remises par eux aux Billbrokers ou aux banquiers de Londres qui ont un compte courant i» la Banque d’Angleterre. Les Billbrokers et les banquiers qui reçoivent ainsi les dépôts de la province, les emploient dans l'escompte du papier de commerce et comme ils payent un intérêt sur ces dépôts, ils ont soin de n’en laisser aucune partie oisive ; ils ne gardent donc aucune réserve ; toutes leurs ressources sont placées d’une manière productive. Ils comptent qu’en cas de nécessité, ils pourront se procurer de l’argent en faisant réescompter par la Banque d’Angleterre les lettres de change qu’ils ont dans leur portefeuille. On sait que depuis que la Banque d’Angleterre s’est fait représenter au Clearing house, il s’y opère pour plus de 50 milliards de transactions sans l’intervention du numéraire 1 . Il résulte de ce système d’opérer les échanges, rien qu’avec des instruments de crédit, que le seul grand approvisionnement métallique où l’on puisse prendre de l’argent en cas de besoin, se trouve dans les caves de la Banque. Autrefois quand il fallait faire des exportations de numéraire à l’étranger, la circulation générale du pays en fournissait une partie ; maintenant on s’adresse tout d’abord à l’encaisse de la Banque parce que rien n’est plus facile que d’y puiser; c’est pour ce motif qu’un change défavorable force cet établissement à prendre des mesures de conservation. Quand les importations du pays, dit M. Weguelin, excèdent les exportations pendant un certain

1. En 1845 déjà M. Fullarton estimait que les neuf dixièmes des transactions se réglaient sans l’intervention du numéraire. Voy. On the régulation of currencies. Aujourd'hui la proportion doit Ctrc au moins doublée.

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