CHAPITRE VII
DES CAUSES DE LA CRISE DE 1863-1864
L’historique de cette crise, tracé dans un chapitre précédent, indique déjà les principales causes qui l’ont amenée. Mais il ne sera pas inutile de les mettre mieux encore en relief, afin de confirmer ainsi la théorie générale des crises que nous avons essayé de formuler précédemment, en nous appuyant sur tous les faits observés depuis le commencement du siècle. On peut conclure de ces faits que les crises sont occasionnées parla réunion de trois circonstances, agissant toutes trois au même moment.
l'Emploi du crédit sous toutes ses formes; 2° un marché chargé d’opérations à terme et d’engagements de toute nature : souscriptions aux emprunts publics des Etats et des villes, aux émissions d’obligations ou d’actions des grandes compagnies, travaux d’amélioration et de construction entrepris par des particuliers, etc. ; 3° dérangement de la balance du commerce qui nécessite l’exportation d’une notable quantité de numéraire à prendre sur une circulation qui en possède tout juste le nécessaire.
La première et la dernière de ces causes se rencontrent
à peu près constamment depuis quelques années chez les nations dont la prospérité augmente, parce que d’une part elles se servent plus du crédit à mesure que les habitudes et les institutions commerciales se perfectionnent, et que d’autre part l’industrie, guidée par la science, découvre constamment de nouveaux champs d’emploi. Les éléments d’une crise sont donc toujours prêts, ou si l’on veut, tout tend constamment à en amener une, mais ce qui la détermine, c’est toujours l’exportation des métaux précieux qui raréfie les instruments de la circulation, et qui amène à sa suite une contraction du crédit dont l’usage se généralise de plus en plus.
On les trois causes de toutes crises se sont manifestées en 1863-1864, dans l’Europe occidentale, avec des caractères si marqués qu’aucun doute n’est possible à ce sujet. Il suffit de mentionner quelques faits pour le prouver à l’évidence.
1° (lue l’emploi du crédit se soit généralisé à un point étonnant depuis une quinzaine d’années, c’est un heu commun sur lequel il est à peine nécessaire d’insister. Pour ne citer que les chiffres qui concernent la circulation fiduciaire, le phénomène le moins important mais le plus facile à constater, celle-ci a été portée en France de 400 millions en 1848 à environ 800 millions en 1863, et en Belgique de 20 millions à 120 millions. En Angleterre elle a plutôt diminué , mais l’emploi des autres instruments de crédit, chèques, tarants, virements, crédits au livre, a pris une extension dont on peut à peine se faire une idée. Ainsi donc emploi du crédit pour opérer les échanges dans