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chandises représentent simplement les bénéfices de leurs opérations de commerce et l’intérêt annuel des immenses capitaux que les Anglais ont placés dans le monde entier et dont ils touchent le revenu sous forme de denrées qu’ils consomment. Ces importations sont donc une sorte de tribut. que l’univers paie à la nation qui lui a prêté de l’argent pour faire ses chemins de fer, exploiter ses mines ou entretenir ses armées, et l’Angleterre ne doit rien exporter en retour, car elle ne fait que toucher les sommes qui lui sont dues. La seule indication infaillible d’un dérangement de la balance commerciale est le taux du change, et. en temps ordinaire les variations du change suffisent pour ramener le commerce international vers un état d’équilibre où les importations balancent les exportations, en exceptant, bien entendu, celles qui ont le caractère d’un tribut ou d’un payement et qui n’exigent pas de compensation'. Toutefois il se présente de temps à autre des cas exceptionnels, oii par suite soit d’une disette, soit d’une importation extraordinaire de certaines matières premières à des prix exorbitants, ainsi que nous le voyons en ce moment pour le coton, l’équilibre ne se rétablit pas et où le change reste longtemps contraire malgré les envois continuels de métaux précieux. Dans ce cas, par quel moyen échapper à
1. Celle loi si curieuse a été admirablement exposée par M. Stuart Mill dans les chap. xxn et xxm du quatrième livre de ses Principes d'économie politique . On la trouvera indiquée aussi dans un opuscule que j’ai publié sous le titre do : Études sur In liberté du commerce international ; Paris, Guillaumin. Un mot suffit à expliquer cetto loi. Un change défavorable résultant d’un excès d'importation stimulera l'exportation , parce que souvent il sera moins onéreux d’envoyer des marchandises que de l'or pour solder la différence.
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la crise? Ici encore tous les hommes compétents s’accordent eu Angleterre à reconnaître qu’il n’y a qu’un seul remède : la hausse du taux de l’escompte officiel fixé par la banque régulatrice. Jadis les souverains défendaient l’exportation du numéraire sous peine de mort, et le métal précieux ne s’en écoulait pas moins; aujourd’hui on a vu que, pour attirer l'or des quatre coins de l’horizon, il suffisait d’élever l’intérêt de 2 ou 3 p. 1 00, c’est-à-dire de le payer son prix.
La puissance de ce mécanisme merveilleux, qui agit avec la régularité d’une pompe aspirante, était à peine soupçonnée il y a vingt ans, peut-être parce qu’alors le capital, moins mobile et moins cosmopolite, obéissait moins exactement à l’appel. En 1844, on croyait généralement que la prudence des banques devait surtout se manifester par le règlement de leur circulation fiduciaire. Depuis lors, on a reconnu que celle-ci échappait presque entièrement à leur contrôle, qu’elle se maintenait toujours à peu près dans les mêmes limites, et que son influence sur le moneymarket était toul-à-fait insignifiante ; mais d’un autre côté l’expérience journalière a montré que l’effet d’une hausse de l’escompte était magique, infaillible. 11 est facile d’expliquer ce phénomène, l’un des plus intéressants que présente l’étude du monde commercial, l’un des plus importants aussi par ses conséquences pratiques. Élever le taux de l’intérêt signifie qu’on est disposé à payer un plus fort loyer pour l’usage du numéraire. 11 s’ensuit que l’argent disponible sur les places où relativement il abonde et où il se loue bon marché se précipitera vers le marché où
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if.»
on consent à le payer cher. C’est l'inévitable conséquence de la loi de l’offre et de la demande. Si l’on payait les voitures publiques 5 francs l’heure à Londres, tandis qu’à Paris on ne voudrait donner que 3 francs, il est évident que toutes passeraient la Manche à la condition qu’elles pussent se transporter aussi facilement que les véhicules d’or et d’argent. L'or est aussi mobile que l’eau, et tend, comme cet élément, à se mettre partout de niveau. Il coule avec impétuosité vers les endroits où un vide se produit, et c’est précisément ce vide, ce besoin d’argent, que trahit l’élévation de l’intérêt. Pour faire passer le métal d’un pays dans un autre, il y a mille moyens, et ils deviennent chaque jour plus rapides, plus économiques, à mesure que les relations internationales se resserrent et se multiplient. Indépendamment des opérations de banque qui rendent possibles des transports d’argent ou qui en tiennent lieu, il se fait des achats de fonds publics et de marchandises sur la place où l’escompte s’élève, car cette hausse a pour inévitable conséquence de déprimer d’abord le prix des fonds publics, et ensuite, si elle continue, celui des marchandises. Le reflux de l’or sur le marché de New-York en novembre 1857, après la suspension universelle du mois précédent, est un des plus concluants exemples de ce phénomène.
La solidarité des divers marchés monétaires, qu’on s’étonne de voir encore niée en France par des financiers habiles 1 , est depuis longtemps en Angleterre un axiome
1. Lorsque, dans sa récente brochure sur V Organisation du crédit ,
no LE MARCHÉ MONÉTAIRE,
incontesté dans la région des affaires. Déjà en 1837, lord Overstone, — autrefois M. Loyd, — développait cette vérité dans des lettres adressées au Times au sujet de la crise de cette année. « Tandis que toutes les nations civilisées, disait-il, se font concurrence pour la possession du capital, il est impossible qu’un pays en conserve la proportion dont il a besoin, s’il ne consent pas à en payer le prix sous la forme d’un intérêt élevé. Quand des circonstances spéciales amènent une forte demande de métaux précieux, le peuple qui ne se résigne pas à s’imposer les sacrifices que les autres subissent doit renoncer à conserver une circulation métallique et se préparer au régime du papiermonnaie. Il est désormais impossible que l’un jouisse des avantages de l’argent à bon marché, tandis que les autres sont dans l’embarras et supportent la gêne d’un intérêt élevé. » L’exactitude de ces affirmations est clairement démontrée par l’histoire financière de l’année dernière (1864), où l’on a vu l’escompte s’élever et descendre à peu pi’ès du même pas sur les principaux marchés monétaires de l’Europe.
La diversité des opinions qui régnent à ce sujet à Paris
M. Iflaac Péreire veut que l’intérêt reste bas en Franco, même quand il s’élève sur tous les autres marchés monétaires, n’est-ce pas comme s’il voulait assurer à tout l’empire du froment à 18 fr., tandis qu'à l’étranger on le payerait 25 ou 30 fr.? Et demander comment l’argent pourrait passer de France en Angleterre, n’est-ce pas exiger qu’on explique comment fait l’eau pour remplir le vide qui la sollicite? Dans les pays où la loi limite à C p. 100 le taux de l’intérêt, les banques défendent leur encaisse en repoussant certaines valeurs qu’elles escomptent d’ordinaire , et cela irrite bien plus le commerce qu’une hausse, qui atteint tout le monde et qui ne crée pas deux catégories, les élus et les réprouvés du crédit.
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et il Londres est remarquable. Tandis qu’ici le reproche qu'on adresse sans cesse à la Banque de France est d’élever trop l’escompte, là-bas celui qu’on répète à tout instant contre la Banque d’Angleterre est de ne pas l’élever assez et assez tôt. Toutes les crises anciennes, affirme-t-on, ont été causées ou aggravées par la même faute, qui consiste à ne pas hausser à temps le taux de l’intérêt. Et ce ne sont pas, qu’on veuille bien le remarquer, des théoriciens qui tiennent ce langage, ce sont les organes de la Cité, les représentants des intérêts du commerce , le Times et YEconomist. Pendant toute l’année dernière, ils n’ont cessé de gourmander la Banque sur sa lenteur à hausser l’escompte et sur sa hâte intempestive à l'abaisser. Le premier devoir de la Banque dans les moments difficiles, dit-on là-bas, est de maintenir un large approvisionnement métallique. Aussi longtemps que l’encaisse est conservé, la confiance demeure intacte, il n’y a point de crise violente à craindre, car il n’y aura point de ces paniques qui tuent le crédit. Le crédit sera cher, mais les bonnes valeurs trouveront à s’escompter. L’argent s’écoule, il est rare, donc il ne peut être loué à bon compte. Tant pis pour ceux qui ne peuvent pas en payer l’usage au prix du jour ! Du moins, s’il y a gêne, il n’y aura pas de désastres. Et en effet le money-market a échappé en 1864 à une tourmente qui semblait imminente.
Ainsi donc l’expérience des cinquante dernières années et celle toute récente de l’année qui vient de s’écouler permettent de formuler avec précision les mesures de prudence à prendre dans le réglement du commerce interna-
tional. Le change contraire amène-t-il nn écoulement prolongé du numéraire, haussez l’escompte, afin que le vide attire le métal de tous les marchés où il est encore abondant. L’or reflue-t-il largement , desserrez l’écrou, the screiv, comme disent les Anglais ; abaissez l’intérêt, afin que le commerce ait la faculté de puiser dans l’approvisionnement reconquis de quoi opérer ses payements. Et ainsi faites marcher sans hésitation la pompe pneumatique du numéraire jusqu’à ce que l’équilibre soit rétabli et le danger passé.
J’arrive maintenant à la troisième et dernière circonstance qui contribue à déterminer les crises, l’excès des engagements à terme, qui exigent l'intervention d’un large crédit et d’un numéraire abondant, et qui aboutissent à des catastrophes quand le numéraire fait défaut et que le crédit se contracte ; mais il semble impossible ici d’imposer des mesures de prudence. Comment en effet entraver par des réglements restrictifs la liberté des transactions commerciales, ce domaine réservé que respectent même les despotes? Comment empêcher les particuliers d’acheter des marchandises à terme , de souscrire à des entreprises nouvelles, de s’engager à des versements futurs ? L’idée seule d’une prétention semblable paraît absurde, et pourtant on y arrive tout simplement, sans restrictions et sans réglementation, par le même procédé qui permet de maintenir l’équilibre dans les échanges internationaux, la hausse de l’escompte. Un exemple récent va le démontrer. En 1803, comme en 1824, 1845 et 1856, on avait vu s’éîablir en Angleterre un très-grand nombre de
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sociétés; on eu avait lancé à la Bourse de Londres deux cent soixante-trois avec un capital souscrit de 2 milliards 1/2, dont 1 milliard payable en 1864. Il n’y avait pas encore de quoi gêner sensiblement, en temps ordinaire, la circulation d’un pays dont l’épargne actuelle monte, suivant des calculs très-bien faits, à environ 1 30 millions sterling ou plus de 3 milliards par an. L’élan toutefois était donné ; beaucoup d’autres sociétés continuaient à se constituer au commencement de 1864, et les appels de fonds, pesant sur un marché déjà gêné par la situation du commerce extérieur, pouvaient provoquer de graves perturbations. La hausse de l’intérêt a écarté le danger en entravant l’essor de l’esprit d’entreprise et de spéculation, car les faiseurs de projets savent bien que les souscripteurs qui abondent quand l’intérêt esta 2 ou 3 p. 10.0, ne sont plus aussi empressés quand l’escompte officiel est à 8 ou 9, parce qu’ils trouvent alors facilement un emploi très-lucratif de leur argent. Si en 1864 la Banque d’Angleterre avaitagi comme en 1 823, maintenant l’escompte à bas prix malgré la fuite du numéraire, le change contraire et le développement de l’esprit d’entreprise, il est certain que le monde des affaires aurait eu à traverser de terribles épreuves et à enregistrer de nouvelles catastrophes.