‹ Le marché monétaire et ses crises depuis cinquante ansChapitre 47 sur 88 · HAUSSE DE L’INTÉRÊT · texte numérisé non relu

HAUSSE DE L’INTÉRÊT

ont toujours besoin de crédit pour soutenir leurs opérations et quand le crédit se contracte, il faut qu’elles liquident, qu’elles vendent leurs marchandises ou leurs fonds pour faire face à leurs obligations. Si les nu rchandises et les fonds baissent de prix, il est inévitable que les capitalistes des pays où l'argent est encore abondai, t donneront des ordres d’achat. Pour payer ces achats, ils seront obligés de faire des remises, et ainsi l’argent refluera vers le pays où la hausse de l’intérêt a amené la baisse du prix' .

Quand un pays a plus importé qu’exporté, quand il doit faire des remises à l’étranger soit pour couvrir des frais de guerre ou des placements en chemins de fer, soit pour payer le coton ou le blé qu’il a importé, il y a sur les places étrangères beaucoup de traites payables dans ce pays et comme elles sont offertes, elles baissent. Elles baissent jusqu’au moment où il est plus avantageux pour les créanciers étrangers de faire venir de l’or que de vendre des traites, et alors commence l’écoulement des métaux précieux. Mais dès que la hausse de l’intérêt suivie de la baisse des prix attire les placements des capitalistes étrangers, ceux-ci pour opérer leurs remises recherchent ces mêmes traites tout à l’heure dédaignées, et les créanciers pouvant

1. « Utie baisse de prix, dit M. Stuart Mil), modifie le cours du change en faisant cesser la cause qui l'avait rendu contraire. Lorsque la baisse est survenue, il est plus avantageux d’exporter des marchandises que de l’or, même pour couvrir des dettes anciennes. L’élévation du taux de l'intérêt et la baisse du prix des titres, qui en est la suite , vont plus directement au but , parce qu’elles engagent les étrangers à ne pas retirer l’or qui leur est dû et à le placer dans le pays ou même à ÿ en envoyer pour profiter de l’élévation du taux de l'intérêt. Nous avons vu, en 1847, un exemple remarquable de cette manière d’arrêter une exportation d’or. »

vendre avantageusement leurs lettres de change renonceront à faire venir du métal. Le taux du change s’améliorant, tendra vers le pair et l’exportation de l’or cessera par suite.

Indépendamment des achats de marchandises et de fonds qui feront refluer l’or vers les pays où l’intérêt est élevé, il y a d’autres opérations qui auront le même effet. 11 sera avantageux d’employer de l’argent à l’escompte là où l’intérêt est élevé ; ceux donc qui auront de l’argent disponible l’enverront sur la place où on pourra gagner 7 à 8 p. 100 en escomptant de bonnes valeurs, plutôt que de n’en retirer que 3 ou 4 p. 100 chez eux.

M. G. Goschen dans son excellente étude sur le change 1 a clairement montré comment se faisait cette opération. Nous allons résumer ce qu’il dit à ce sujet. Les dettes d’un pays vis-à-vis de l’étranger sont pour une grande partie sous forme de traites à échéance plus ou moins éloignée. La plupart de ceux qui émettent ces lettres de change les présentent à l’escompte. Les capitalistes, les banquiers les achètent sous déduction de l’intérêt jusqu'au jour de l’échéance, et ils exigent cet intérêt au taux où il est fixé dans le pays où la lettre est payable, parce qu’en effet si l’escompteur veut avoir de l’argent comptant, c’est ce taux qu'il devra subir lui-même. Maintenant si le taux de l’intérêt monte dans ce pays, il préférera attendre l’échéance, sinon il perdrait ; si au contraire l’intérêt tombe au-dessous du

1. The Thcory of the foreign «changes, hy G. Goschen, M. P , lilUi cdillon, 1804.

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