‹ Le marché monétaire et ses crises depuis cinquante ansChapitre 48 sur 88 · HAUSSE UE L’INTÉRÊT · texte numérisé non relu

HAUSSE UE L’INTÉRÊT

taux qu'il a exigé lui-même, il aura intérêt à faire réescompter le papier qu’il a pris, et à se faire envoyer de l’argent. En fait, il y a toujours sur les places du continent, Paris, Berlin, Francfort, Hambourg, Amsterdam, beaucoup de banquiers qui tiennent en portefeuille des traites pour des sommes considérables. Le taux de l’intérêt baisse-t-il à Londres, ils ont intérêt à présenter cette masse de traites à l’escompte en Angleterre pour s’en faire remettre le montant, qu’ils peuvent placer à un taux plus avantageux. Si au contraire l’intérêt est élevé, ils auront intérêt à laisser en Angleterre le capital dont ils peuvent disposer, en raison des traites qu’ils ont achetées.

Ainsi donc une hausse de l’intérêt aura un double effet : d’une part, elle déterminera tous ceux qui peuvent faire venir de l’argent d’Angleterre à l’y laisser le plus longtemps possible, et d’autre part, elle engagera ceux qui ont des fonds disponibles à les y envoyer, soit en achetant des traites sur l’Angleterre, soit en faisant tirer sur eux, de Londres même, ce qui aura un effet identique, qui sera de relever le cours du change et d’arrêter l’écoulement du numéraire.

M. Goschen montre aussi très-bien que pour qu’une hausse de l’intérêt amène ce résultat, il faut qu’elle s'élève assez haut au-dessus du taux régnant dans le pays dont on veut soutirer le numéraire, surtout si les deux places n’ont pas le même étalon monétaire. En effet, s’il s’agit de placements en lettres de change à trois mois, 4 p. 100 de différence ne donnerait que 1 p. 100 de profit, et sur ce 1 p. 100 il faut prélever le transport du numéraire etlacon-

version de l’argent en or ou de l'or en argent, (l’est pour ce motif qu’entre Hambourg et Londres une différence d’intérêt de 4 p. 100 pourra subsister pendant assez longtemps. Entre Londres et Paris une semblable différence ne pourrait durer, parce qu’entre ces deux places les transports de numéraire se font à très-peu de frais.

Ces faits sont si bien connus, et on a vu si fréquemment en Angleterre la hausse de l’intérêt amener une amélioration dans le taux du change et arrêter ainsi l’exportation du numéraire, que dès que cette circonstance fâcheuse se présente , tous les organes du monde commercial engagent instamment la Banque à élever le taux de l’escompte. Cette hausse est sans doute un mal, car elle est mie entrave au développement des affaires dont elle diminue ou anéantit les bénéfices. Mais elle n’est qu’un symptôme d'un mal plus profond, la rareté de l’argent qui amène les contractions du crédit.

Il faut doue attaquer la cause même du mal et y mettre un terme ; il faut rappeler l’argent pour rendre au crédit son élasticité perdue. Or, pour y parvenir, le meilleur moyen, le plus efficace, te plus prompt, est précisément la hausse de l’intérêt ; c’est un remède peu agréable, mais nécessaire. Le commerce anglais agissant comme le fait un malade raisonnable, n’hésite pas à réclamer lui-même l’application de ce remède, le seul qui puisse mettre promptement un terme à la crise dont il souffre.

11 ne faut jamais oublier que les transactions si multipliées engagées dans un pays sout toutes stipidées eu monnaie. Tous ceux quil ont des affaires se sont engagés à payer

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