BANQUES D'ÉMISSION
crises réside daus l'écoulement d’une partie des métaux précieux. Si doue par une plus grande émission de billets vous parvenez à en réduire la quantité, il est évident que la gêne qui résulte d’une contraction de la circulation métallique se fera sentir plus tôt 1 .
11 est admis par tout le monde que ce qui a préparé les crises, c’est l’expansion démesurée des affaires, favorisée par l’abondance de l’argent et le taux extrêmement réduit de l’intérêt. En Angleterre même, on a souvent blâmé la Banque d’avoir mis l’escompte à trop bas prix daus les époques prospères. La Banque a répondu qu’elle devait suivre le cours du marché et se soumettre à la loi de l’offre et de la demande, sous peine de voir sa clientèle lui échapper complètement.
(juoi qu’il en soit de ce débat particulier, nul doute que toute mesure qui aurait pour effet d’abaisser encore l’intérêt en étendant le crédit outre mesure, multiplierait ou aggraverait les crises. On voit clairement d’après cela que l’accroissement de la circulation fiduciaire, loin de prévenir le mal, en hâterait plutôt l’explosion .
Il est une troisième conséquence de la liberté des banques d’émission, qui agirait dans le même sens; ce serait de contribuer directement à la contraction de la circulation aux époques de perturbations financières. Aussi long-
1. Comme l’a montré M. Victor Bonnet dans un excellent article sur la crise Ünancièrc de 1861, en France (Voy. Revue des Deux -Mondes , 1 er janvier 1862), ce que l’on demande aux époques critiques, c’est du mêlai, parce que c’est la marchandise avec laquelle on paye l’étranger.
Une plus forte émission peut ôlre utile, comme nous allons le voir, mais seulement au plus fort de la crise et comme mesure de salut.
LE MAHCHÉ MONÉTAIRE.
temps que l’ horizon commercial est serein, on accepte sans trop y regarder le billet de banque, assuré que l’on est de pouvoir s’en servir à sou tour comme moyen de payement. Mais à la moindre apparence de danger, la déliance naîtra, et pour ne pas s’exposer à des pertes faciles à éviter, on ira demander le remboursement aux banques, dans la solidité desquelles on n’aura pas une confiance entière. C’est ce que l’on a vu dans toutes les crises américaines depuis 1814 jusqu’en 1857, et en Angleterre en 1825, 1847 et 1857. Pour n’insister que sur les faits de cette dernière année, nous rappellerons que les demandes de remboursement adressées aux Banques d’Écosse, considérées pourtant comme si solides, out amené la chute de plusieurs d’entre elles, et ont aggravé la situation à Londres, par suite des envois de métaux qu’il a fallu leur faire pour les soutenir. Ainsi donc il se produit une diminution violente et brusque des moyens d’échange y compris le crédit, d’où résultent la panique et la débâcle.
Quand, au contraire, l’émission est exclusivement, comme en France, ou principalement comme en Angleterre, confiée à un établissement privilégié appuyé sur l’État, les demandes de remboursement provenant de la défiance sont ou nidles ou beaucoup moins importantes, et elles le deviennent de moins en moins à mesure que le public apprécie mieux la situation. Aux époques de crise, loin qu’il y ait contraction dans les moyens d’échange par suite de la rentrée des billets de banque , l’émission de ceux-ci peut être impunément accrue. C’est ce qu’on a constaté en Angleterre, eu 1847 et 1857, et c’est dans ce
banques d’émission. lus
but qne Y art do 1844 a été suspendu alors. La confiance illimitée du public a permis ainsi à la Banque de secourir le commerce en escomptant plus de papier, taudis que les banques particulières s'y refusaient pour faire rentrer leurs fonds, lin présence de ces faits, on peut conclure que si les banques privées n’ont pas fait, par leurs excès d' émission, tout le mal qu’on leur a attribué, elles en ont fait un très-réel par la contraction de la circulation résultant de la rentrée de leurs billets dans les moments d’alarme.
On pourrait peut-être invoquer eu faveur de la liberté des banques un argument assez piquant parce qu’il serait tout l’opposé de celui que font valoir les partisans de cette liberté. L’expérience comparée de la Belgique et de la Suisse montre que la pluralité des banques a pour effet de limiter plutôt que d’éteudre la circulation fiduciaire, ce qui oblige de conserver plus de monnaie métallique. Jusqu’en 1848, la circulation des cinq banques d’émission existant en Belgique ne dépassa jamais 20,000,000 de fr. *, tandis que celle de la Banque Nationale actuelle Hotte aux environs de 120,000,000.
En Suisse, la législation varie de canton à canton. Nulle part, sauf dans le canton de St-Uall, n’existe la liberté absolue de fonder des banques sous forme de société anonyme ; à peu près partout, sauf dans le canton de Zurich, émet qui veut des billets de banque. Mais pour constituer
1. Au mois de décembre 1838, la Italique de Belgique se vil obligée de fermer momentanément sa caisse avec une circulation de trois millions el demi, et en 1848, la législature fut amenée à donner cours forcé aux billets de celle Banque et à ceux de la Société générale.
une banque eu société anonyme, il faut une autorisation de l'État, comme pour toute autre compagnie Sous ce régime très-libéral, mais qui n'est pas encore la liberté absolue, il s’est constitué une trentaine de banques. Quoique leurs billets soient fréquemment reçus dans les caisses cantonales, le total de la circulation fiduciaire dans la Confédération est resté très-limité, relativement à ce quelle est dans les pays à banques privilégiées. En 1859, elle ne dépassait pas 17 1/2 millions de francs, et depuis lors il ne parait pas qu’elle se soit accrue, car M. Dameth ne la portait qu’à 14 millions en 1864 a . Aux États-Unis, pays à banques d’émission nombreuses, la circulation est aussi très-restreinte relativement aux encaisses. Le reproche qu’on pourrait donc adresser aux banques privilégiées, ce serait, non comme le prétendent leurs adversaires de mal remplir leur office, mais, au contraire, par la confiance illimitée qu’elles méritent, de permettre d’opérer les échanges avec trop d’économie, c’est-à-dire avec trop peu de numéraire. Les banques libres, inspirant plus de défiance, seraient préférables, parce qu’elles seraient moins efficaces comme agents d'émission, et elles seraient d’autant plus utiles quelles seraient plus impuissantes sous ce dernier rapport. Avec une Banque privilégiée, il n’existe qu’un seul grand approvisionnement métallique; avec des banques libres, il y en aurait plusieurs, et, en cas de besoin, ce serait un avantage incontestable; néanmoins, il semble que l’inconvénient signalé plus haut, celui de la contraction