L’ACT DE
Quoi qu'il en soit de cette méprise théorique aujourd’hui démontrée, le principal but pratique qu’avait en vue l 'act de Robert Peel a été atteint . Depuis 1844, le département de l’émission a toujours possédé assez d’or pour rembourser cinq fois autant de billets, qu’il ne devait probablement s’en présenter. Son encaisse, même aux plus mauvais jours, s’est maintenu beaucoup plus haut qu’avant 1844. Tandis qu’en 1825 il était tombé à 1,261,000 1. st., en 1837 à 3.831,000 1. st., en 1839 à 2,406,0001. st., le minimum s’est encore élevé en 1847 à 8,313,000 1. st., en 1837 à 6,080,000 1. st., en 1861 à 11,571,000 1. st., en 1863 à 13,048,000 1. st., en 1864 à 12,434,244 1. st. Sans les prescriptions de l 'act, la Banque aurait peut-être pu maintenir son encaisse au même niveau, en haussant à temps le taux de l’escompte. Mais l’expérience prouve qu’avant 1844 elle n’avait jamais eu assez vite recours à cette mesure conservatrice, et il est très-possible que sans les strictes limites posées par la loi, elle aurait continué à en agir de même, comme cela s'est fait longtemps en France, pour éviter les réclamations d’une partie du commerce. Quoiqu’on fût été obligé de suspendre deux fois les effets de Y act, en 1847 et en 1857, les gouverneurs de la Banque d’Angleterre et de la Banque d’Irlande, et les représentants des Banques d’Ecosse, entendus par la commission d’enquête de 1 857, se prononcèrent tous en faveur de la loi de Robert Peel, et les événements financiers de 1864 paraissent avoir encore augmenté le nombre des partisans de cette mesure. Ceux-ci prétendent que c’est grAce à elle que la Banque a conservé son or, et qu’ainsi elle s’est trouvée,
au plu? fort de la crise, suffisamment pourvue de numéraire, pour émettre sans péril plus de billets et pour venir au secours du commerce en étendant son escompte.
Qu’il soit dans tous les cas indispensable de conserver un fort encaisse, les deux écoles financières, celle du Banking principle, et celle du Currency principle, MM. Tooke, New marc h et Mill, aussi bien que lord Overstone, H. Norman et Hubbard en tombent d’accord. Mais les adversaires de l'act soutiennent qu’on aurait pu obtenir ce résultat, sans séparer les deux départements, et qu’on aurait échappé ainsi à une conséquence de la mesure qui tend, suivant eux, à aggraver les crises.
En effet, disent-ils, dans le système actuel on arrive en temps de grande gène monétaire à un moment où le département de la banque, les billets de la réserve étant épuisés, est à la veille de devoir suspendre complètement ses opérations, quoique le département de l’émission ait encore un encaisse relativement assez élevé. Ainsi, au if novembre 1837, la réserve était tombéeà957,' 7101. st.; encore quelques jours, et elle était complètement à sec, et alors tout escompte aurait cessé, car les banquiers privés faisaient rentrer leurs fonds pour les déposer à la Banque d’Angleterre. En ce moment, le département de l’émission avait encore en caisse 7,171,000 1. st., soit environ 178 millions de francs contre une circulation de 20,183,0001. st., ou 304,000,000 fr. La proportion du métal à l’émission était d’un tiers, position considérée comme très-bonne et que la Banque de France est loin d’avoir toujours conservée, car en 1849 la réserve métallique était