‹ Le marché monétaire et ses crises depuis cinquante ansChapitre 62 sur 88 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

DU ‘JüELyUES AUTRES MOYENS DE PRÉVENIR LES GRISES.

On a proposé différents moyens de prévenir les crises sans recourir à la hausse de l’escompte. Nous allons les passer brièvement en revue.

L’un des remèdes les plus vivement préconisés par beaucoup d’économistes, consiste à autoriser, et au besoin à obliger les banques d’émission à payer un intérêt sur leurs dépôts. Ce qui occasionne les crises, dit-on, c’est le défaut de capital; or, pour attirer les capitaux que faut-il faire V Evidemment leur payer un loyer réglé par l'état du marché. Puisque déjà maintenant les banques d’Angleterre et de France détiennent toujours 200 à 300 millions de fr. que le commerce leur confie sans toucher aucune indemnité, il est hors de doute qu’elles en auraient 1 milliard, si elles consentaient à leur payer un intérêt, et ce milliard elles pourraient l’employer à escompter le papier du commerce, et en cas de besoin à faire face aux demandes d’argent toujours si nombreuses en temps de gêne financière.

Ceux qui tiennent ce langage méconnaissent les leçons de l’expérience. C'est en raison des dépôts à intérêt, et non par suite d’une circulation exagérée, que plusieurs banques

d’Écosse, lu Western Bank , lit Glasgow Bank , avec leurs nombreuses succursales, et toutes les Banques des États* l uis ont succombé en i 8 TJ 7 . En 1839, les Banques de l’Etat de New-York avaient pour 110,463,798 dollars de dépôts, contre une circulation de 28,307,990 couverte par 28,333,984 de numéraire. Ainsi donc le chiffre des dépôts était quatre fois plus considérable que celui de l’émission. Proportion gardée, c’estcomme silaBauque deFrance détenait pour 3 milliards de dépôts. Puisque les banques doivent payer un intérêt sur ces dépôts, il faut qu’elles cherchent à les faire valoir : elle les avanceront donc au commerce et à l’industrie. Ces capitaux engagés dans des opérations d’une échéance plus ou moins éloignée, cesseront d'être disponibles, et cependant les banques sont tenues de les rembourser à la première demande comme leurs billets. Mais cela étant impossible, elles se trouvent donc dans un état de faillite permanente. Leurs ressources sont hors de toute proportion avec leurs obligations immédiates. 11 est contre la nature des choses qu’un établissement de crédit puisse assurer à la fois le remboursement des billets et la restitution de ses dépôts. L’un de ces services sera sacrifié à l’autre. Les Banques d’Écosse et d’Amérique ne se sont soutenues que par l’insignifiance relative de leur circulation fiduciaire. Un peut dire qu’en général celle-ci est presque nulle dans l’État de New-York, puisque l’encaisse égale environ la somme des billets, et en 1857, sans les secours eu numéraire accordés par la Banque d’Angleterre, la plupart des Banques d'Écosse auraient été réduites à suspendre.

D'ailleurs il n’y a aucun avantage à charger les banques démission du soin d'employer les dépôts à intérêt. Comme l’a parfaitement montré M. Frère-Urban, l'éminent ministre des finances de Belgique, on ne crée point ainsi de capitaux nouveaux, on ne fait que déplacer ceux qui existent. On compromet la sécurité des porteurs de billets ou des déposants, sans nul avantage réel pour le commerce ; car cet argent qu’on veut attirer à la Banque centrale, est également employé maintenant en grande partie à l’escompte par l’intermédiaire des banques privées 1 .

Ou a beaucoup vanté aussi comme palliatif aux embarras financiers le billet à rente, c’est-à-dire un titre remboursable à bref délai, 8 ou 10 jours de vue, et rapportant 3,60 p. 100 par an, soit 1 centime par cent francs et par jour. Sans doute cette combinaison est ingénieuse, et il serait, je crois, avantageux pour un pays de posséder dans sa circulation un titre qui servit d’intermédiaire aux échanges comme le billet de banque et qui portât intérêt comme la rente. Seulement il semble que ce serait l’État qui devrait émettre ce genre de billets, et non les banques d’émission; car ces billets ne seraient que des reconnaissances de dépôts à intérêt, divisées en coupures de 100 fr. ou de 1,000 fr., et toutes les objections que nous avons fait valoir plus haut se représenteraient ici. Mais l’État pourrait très-utilement, et pour lui et pour les particuliers, convertir la dette flottante en billets à rente remboursables à échéance déterminée, et recevables en payement de toute

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