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BANQUE SUR LES PRIX

La question de savoir quelle influence l’émission des billets de Banque exerce sur les prix a été très-controversée en Angleterre, parce que l’on attribuait les crises commerciales aux excès de spéculation et à la hausse de tous les prix résultant, affirmait-on, d’une trop forte extension de la circulation fiduciaire. C’est en raison de cette théorie qu’on a limité le chiffre de l’émission totale par l’acte de 1844, et la plupart de ceux qui combattent la liberté d’émission la prennent encore pour base de leur argumentation.

Il nous faut donc examiner d’abord ce que c’est que le billet de Banque, et, en second lieu, quelle influence l’émissiou des billets exerce sur les prix.

Un grand nombre d’économistes ont refusé au billet de

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Banque le litre de monnaie. Il lui manque, ont-iis dit, la qualité essentielle d’une monnaie, la valeur intrinsèque.

Dans tout achat, l’intermédiaire de l’échange, la monnaie, que l’acheteur livre au vendeur doit être l’équivalent de l’objet acheté; or, le billet de Banque n’est pas un équivalent. C’est une simple promesse commerciale, une obligation qui ne diffère pas au fond du billet à ordre et de la lettre de change.

Toute monnaie est nécessairement marchandise, ajoute-t-on. Otez-lui quelque chose de sa valeur intrinsèque, et aussitôt, quelque nom que vous lui donniez, de quelque sanction que vous la revêtiez, elle perdra dans la circulation et comme moyen d’échange exactement ce qu’elle aura perdu comme marchandise. Si donc il n’y a point de lois qui puissent attribuer à des pièces d’or ou d’argent une valeur supérieure à celle qu’elles possèdent réellement en tant que métal, comment pourrait-on élever à leur niveau un chiffon de papier dépourvu de toute valeur? Ainsi parlent M. Charles Coquelin et tous ceux qui ont partagé sur cette question sa manière de voir.

Cette opinion, fort plausible en apparence, est cependant erronée ; elle s’arrête à l’apparence des choses. Elle ne pénètre pas jusqu’à la qualité essentielle de la monnaie et elle est d’ailleurs en contradiction avec les faits.

La qualité essentielle, principale de la monnaie est de servir d’intermédiaire en tout échange, et d’éteindre toute dette jusqu’à concurrence de sa valeur nominale ou réelle. Si avec un billet de Banque de mille francs à cours forcé indéfini, c’est-à-dire sans valeur intrinsèque aucune, je puis satisfaire mes créanciers, il est certain que je le préférerai à un lingot d’une valeur intrinsèque de mille francs qui ne me rendra pas le même service. Quand j’accepte une pièce de monnaie de

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cinq francs, ce n’est pas en raison du métal dont elle e6t faite et dont je n’ai pas besoin, c’est principalement parce qu’avec cette pièce je pourrai me procurer toutes les choses que je désirerai consommer ou posséder.

L’unité monétaire, qu’elle soit faite en métal ou en papier, circule comme un titre qui donne à son propriétaire la faculté de se faire délivrer les objets qu’il choisira; c’est une sorte de traite tirée sur tous les détenteurs de produits et payable entre les mains du porteur.

Mais pour que cette unité monétaire circule de main en main sans difficulté et sans imposer de perte à aucun de ses détenteurs successifs, il faut que sa puissance d’acquisition, qui est son vrai titre, sa véritable valeur, ne se déprécie ou n’augmente point, et pour qu’elle ne se déprécie ni n’augmente, il faut que le nombre des unités monétaires conserve le mémo rapport avec les besoins qu’on peut en avoir. C'est parce qu’on peut multiplier très-facilement le nombre des unités monétaires de papier que la monnaie de papier, quand elle est émise par l’État, est un moyen de circulation plus dangereux que la monnaie métallique. Mais quand on limite la fabrication des unités monétaires en papier aux besoins de la circulation, elles circulent tout aussi bien que des unités métalliques. Comme elles sont plus commodes que celles-ci, on pourra même les faire monter au-dessus du pair, leur assurer une prime; il suffira d’en émettre moins que le public ne désire en avoir. Le phénomène s’est produit en 1849, alors qu’on payait une prime pour les billets de la Banque de France.

Ainsi donc, quoi qu’en disent M. Coquelin et ceux qui soutiennent la même opinion, la loi, et, à défaut de la loi, le consentement général peuvent donner à un chiffon de papier, non les qualités matérielles, palpables de l’or et de l’argent,

mais la qualité économique et essentielle de circuler, d’opérer tout échange et d’éteindre toute dette pour sa valeur nominale. Le billet de banque n’est pas, il est vrai, identique à la monnaie métallique, puisqu’il est fait en papier au lieu de l’étre en métal; mais, dans la circulation, il se comporte exactement comme la monnaie métallique, et c’est là le point capital.

Faisant exactement l’office de la monnaie métallique, il peut donc la remplacer, et il la remplace en effet. Le papier chasse l’or, dit-on, et rien n’est plus vrai, même sans qu’il y ait panique. Supposez qu’un pays se serve pour opérer ses échanges d’un intermédiaire de métal valant trois milliards de francs ; si on lance dans la circulation deux milliards de billets, deux milliards de monnaie métallique deviendront inutiles et seront exportés. Toutes choses égales d’ailleurs, la quantité de monnaie métallique qui restera dans la circulation d’un pays dépendra donc de la quantité de billets de Banque qu’on parviendra à faire accepter par le public. Si on accroit l’émission, la monnaie métallique s’écoulera ; si on la restreint, le métal refluera. Voilà un premier point qu’il convient de ne pas oublier.

Un second point qui résulte de ce qui précède, c’est que la multiplication ou la raréfaction des billets de banque agit sur les prix exactement comme celles de la monnaie métallique. Multipliez les unités monétaires, qu’elles soient d’or ou de papier, et les prix hausseront; réduisez-en le nombre, et les prix baisseront, le chiffre des transactions restant, bien entendu, le même. C’est ici que se montre la supériorité de la monnaie métallique sur la monnaie de papier. La quantité de la première n’augmente ou ne diminue que lentement par le mouvement du commerce international; la quantité de la se-

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conde peut varier brusquement, augmentant avec les demandes du public et les progrès de la confiance; diminuant par suite de Ja défiance qui réclame le remboursement. Pour éviter ces contractions dans l’agent des échanges qui se traduisent par de désastreuses variations dans les prix, il est donc essentiel que la confiance dans la solvabilité des banques soit absolue, inaltérable. Il faut que le public soit certain, non-seulement que les billets seront toujours reçus en tout payement, mais, en outre, qu’ils ne seront pas dépréciés par une émission exagérée, suite peut-être des besoins momentanés de la spéculation ou par les craintes qu’inspire la solvabilité de celui qui les a émis. Sous ce rapport, les avantages que présente une banque appuyée sur l’État et surveillée par l’État sont incontestables. Les extensions de la circulation fiduciaire seront très-limitées, parce que le besoin des billets varie peu, et les contractions résultant de la défiance seront nulles quand l’éducation commerciale du pays sera faite. On a pu affirmer, en s’appuyant sur les faits, qu’en Angleterre, depuis la reprise des payements en espèces, on n’avait jamais réclamé de remboursements par un sentiment de défiance, mais uniquement pour faire face aux besoins de l’exportation. Ce qui le prouve, c’est que, dans les plus fortes crises, quand la panique ôtait au comble, en 1825, 1847 et 1857, ce que l’on demandait à la Banque, c’était d’émettre plus de billets, dont on savait parfaitement que le remboursement immédiat était impossible.

En apparence, le billet de banque ne ressemble pas du tout à la monnaie et se confond presque avec la lettre de change ou le billet à ordre. En réalité, il agit exactement comme la monnaie et point du tout comme la lettre de change, quoi qu’en aient dit MM. Michel Chevalier et Coquelin.

Il est vrai que le billet de banque, comme la lettre de

change, constitue une obligation do payer une certaine somme d’argent. Il est encore vrai que, sans la lettre de change, il faudrait se servir de monnaie métallique et payer comptant, et qu’ainsi cet instrument de crédit remplace l’usage de la monnaie comme le fait le billet de banque.

Jrfais voici où glt la différence capitale. La lettre de change représente le payement d’une transaction commerciale. Il peut y avoir autant de lettres de change que de transactions, mais pas plus. La transmission de la lettre par endossement n’éteint pas la dette, au contraire , la remise du billet éteint la dette comme celle d'une somme égale en numéraire, le billet circule donc exactement comme le numéraire ; il peut éteindre successivement cinq, dix, vingt detteB. Par la rapidité de la circulation, par les avances qu’il permet, il pourrait donc stimuler le mouvement des affaires, contribuer à la hausse des prix, engendrer la fièvre des spéculations. On a pu soutenir que la crise do 1825, a été aggravée par l’excès d’émission des billets de banque; on n’a jamais dit que la création de lettres de change ait produit le même effet.

M. YVolowski, s’appuyant sur le colonel Torrens nous parait avoir parfaitement éclairci cette question : « Celui, dit-il , qui paye avec une lettre de change contracte une dette ; celui qui paye avec un billet de banque se libère. Lorsque les lettres de change se multiplient sur le marché, la demande de la monnaie augmente ; au contraire, quand il arrive un supplément de billets de banque, l’offre de la monnaie s’accroît : l’intérêt hausse dans le premier cas, il baisse dans le second. Qu’il survienne une crise et le détenteur de lettres de change s’aperçoit bien vite qu’il n’est point dans la même position que le détenteur d’une pareille somme en billets de banque ou en espèces. Si les billets de banque et les lettres de change

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ne différaient point d’essence, à quoi servirait le marché monétaire et quelle serait la raison de l’escompte? Tous les phénomènes qui se produisent à cette occasion ne sont que le résultat de la nature distincte de ces deux valeurs. Les lettres de change sont escomptées en billets de banque , c’est-à-dire qu’elles servent de garantie à une avance consentie en billets jusqu’à l’échéance 1 . »

L’histoire des crises montre à l’évidence la différence profonde de ces deux titres de crédit, car les embarras financiers résultent en grande partie de la difficulté d’obtenir les uns en échange des autres. En temps de crise, que demandent les commerçants? Qu’on escompte leurs effets en or et en billets, afin qu'ils puissent se libérer envers leurs créanciers, et c’est pour en obtenir qu’ils payent 10, 12, 30, et 40 p. 100. Si la lettre de change et le billet de banque étaient la même chose et avaient, dans la circulation, le même effet, les crises seraient inexplicables.

Voyons maintenant quelle influence les billets de banque exercent sur les prix. Quoique M. Stuart Mill n’admette aucune différence générique entre le billet de banque et les autres titres de crédit, il croit cependant qu’il exerce une plus grande action sur les prix. Il formule son opinion dans les termes suivants : « Les effets de commerce ont plus d’influence sur les prix que les crédits aux livres, et les billets de banque plus que les effets de commerce. L’emploi de la puissance du crédit sous forme de crédit aux livres ne donne lieu qu’à un seul achat : si l’on fait un effet, cette même portion de crédit peut servir à autant d’achats que l'effet sera transmis de fois d’une main à l’autre, et tout billet de banque transforme le crédit

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