‹ Le marché monétaire et ses crises depuis cinquante ansChapitre 68 sur 88 · La Question des Ilanqnrs, p. 423; Guillaumin, 18C · texte numérisé non relu

La Question des Ilanqnrs, p. 423; Guillaumin, 18C

du banquier en pouvoir d’acquérir égale somme entre les mains de chacun des porteurs successivement, sans diminuer en rien le pouvoir qu’ils ont d’acheter sur leur propre crédit. Bref, le crédit a le même pouvoir d’acquérir que la monnaie, et comme la monnaie agit sur les prix, non-seulement en raison de sa quantité, mais en raison de sa quantité multipliée par le nombre de fois qu’elle change de mains, ainsi en est-il du crédit, et celui qui se transmet de main en main est, dans cette proportion, plus puissant que le crédit qui ne sert qu’à un achat. »

M. Mill admet avec Tooke que les émissions n’ont pas amené la hausse des prix d’où ont résulté certaines crises commerciales, mais il croit qu’elles les ont aggravées, et voici comment : u Entre la période où la spéculation est ascendante et le moment de la révulsion, il y a un intervalle de plusieurs semaines et souvent de plusieurs mois pendant lequel on lutte contre la baisse. Les spéculateurs ne se soucient pas de vendre, et ils cherchent des fonds pour remplir leurs engagements ordinaires. A ce moment, presque toujours la somme des billets de banque augmente. Personne ne conteste cette augmentation . Je crois qu’il faut convenir que cet accroissement tend à prolonger les spéculations, à faire durer les hauts prix, et, par conséquent, prolouge et augmente la demande des métaux précieux pour l’exportation, trait caractéristique du temps qui précède immédiatement les crises commerciales. La continuation de l’écoulement des métaux précieux au dehors, exposant les banques à ne plus pouvoir payer leurs billets à présentation, elles sont réduites à restreindre leur crédit plus brusquement et plus durement qu’elles ne l’auraient fait si elles n’avaient pas soutenu la spéculation par des avances extraordinaires, au moment où la révulsion était devenue inévitable. »

ANNEXES

Quoique l’opinion de M. Mill, exprimée dans les passages que je viens de transcrire, paraisse très-fondée, je suis disposé à croire avec Tooke que, sauf peut-être en 1825, l’émission des billets n’a point contribué à amener les crises monétaires. Quand on se rappelle que, dans le clearing-house de Londres seulement il se fait pour 150 millions de francs d ’ affaires par jour , et que les plus grandes fluctuations de la circulation dans toute une année ne dépassent pas en Angleterre ou en France 75 millions de francs, on est amené à conclure que l’influence des émissions sur les prix doit être à peu près nulle, tant leurs variations sont insignifiantes en présence de la somme totale des échanges.

D’ailleurs, un excès d’émission ne pourrait amener une hausse des prix qu’en augmentant la quantité totale de la currency mixte composée de métal et de papier. Or, nous avons vu qu’une plus forte émission aurait pour effet, le chiffre des transactions restant le môme, de chasser une quantité correspondante de numéraire métallique. La currency ne serait donc point étendue, et il ne pourrait en résulter une hausse des prix.

En résumé, l’étude attentive des faits amène à croire que ce n’est point, comme on l’a cru, et comme on le répète encore, l'excès d’émission de billets de banque qui a provoqué les crises, en poussant à la hausse des prix et à l’écoulement du numéraire. Le mal qu’ont fait les billets des banques particulières consiste plutôt dans la contraction des moyens d’échange auxquels ils ont donné lieu en temps de crise par suite, soit des demandes de remboursement, soit du retrait volontaire des billets opéré par les banques même, comme on l’a vu en Ecosse et en Amérique durant l’automne 1857.

COMMENT, EN ANGLETERRE, LE CITIFPRE DES ÉMISSIONS A DIMINUÉ, TANDIS QUE CELUI DES TRANSACTIONS A CON- SIDÉRABLEMENT AUGMENTÉ.

Voici les chiffres de la circulation fiduciaire dans le Royaume- Uni, en janvier 1865.

Banque d'Angloterre 19.S7I.llg

Banques privées 2.959.3G7

Joint stock banks 2.737.440

Écosse 4.325.591

Irlande 5.661.026

Page 1