L. si
En janvier dernier, le chiffre total des billets de banque s’élevait ainsi à 881 millions de francs; il y a une vingtaine d’années, il se rapprochait ordinairement d’un milliard. Il a donc certainement diminué, et ce n’est point l’effet de Yact de 1844, car, en général, les banques restent notablement au-dessous du maximum de l’émission autorisée.
D’autre part, il est également certain que depuis la même époque, le chiffre des transactions a dû augmenter d’un tiers, sinon davantage. Comment est-on arrivé à faire beaucoup plus d’échanges avec moins d’instruments d’échange, ou si l’on veutparlcr plus exactement, avec moins de monnaie (rurrency).
or et billets? Cela provient de ce qu’on est parvenu à régler les opérations commerciales, à liquider les dettes réciproques au moyen de virements , sans employer ni écus , ni billets, et ces améliorations introduites dans le clearing-home de Londres ont contribué à généraliser l’emploi de ce système économique de payements.
Les chèques et les transferts aux livres agissent exactement comme les billets de banque pour opérer les échanges en vue desquels ils sont employés. Ce sont comme des billets de banque circulant dans l'intérieur même des banques qui pourraient .es émettre. A doit payer 1,000 livres à B : il peut aller à la Banque prendre sur ses dépôts dix billets de 100 1. st. et les remettre à B, qui les fera porter à son crédit, et en ce cas chaque opération nécessitera l’emploi de valeur égale en billets. Mais si A et B ont le même banquier, A peut aussi donner ordre de transférer ces 1 ,000 livres de son compte à celui de B, et alors l’échange des marchandises se fait en dehors de la Banque, et le payement s'opère par les écritures de la Banque, sans que la circulation fiduciaire augmente d’une seule livre. L’activité des affaires peut ainsi s’étendre énormément, sans qu’on emploie plus de billets.
Il ne faut point non plus qu’on s'imagine, comme on le fait si fréquemment, que le commerce obtiendrait plus d’avances et que le taux de l’intérét diminuerait si plus de billets étaient émis. Le taux do l’intérêt ne dépend pas nécessairement de l’extension de la circulation, parce que ce n’est pas d’ordinaire, sous la forme d’une remise d’écus ou de billets, que se font les avances importantes aux grands négociants.
Si, par exemple, la Banque d’Angleterre avance à un billbroker 500,000 1. st. pour lui permettre d’escompter plus d’effets, cela se fera en lui ouvrant un crédit sur les livres ou en
l’ouvrant au compte de son banquier, s’il n’a pas de compte courant. Il emploiera ce crédit au moyen de chèques remis à ceux dont il escomptera les effets. Ceux-ci les enverront à leurs banquiers, et ces chèques seront transférés au compte de ces banquiers. Voilà toute l’opération terminée sans émission nouvelle. Ce sont des prêts de ce genre qui affectent le marché monétaire, abaissent le taux de l’intérêt et stimulent l’élan des affaires.
Souvent les émissions des banques privées augmentent quand les avances diminuent et réciproquement, parce que ces deux instruments de crédit ne correspondent pas aux besoins des mêmes personnes. Les billets sont aux mains des classes qui n’ont pas de comptes courants; les avances, au contraire, vont aux mains de ceux qui en ont. Les bank-notes forment les moyens d’échange du commerce de détail, les chèques et les crédits aux livres, les moyens d’échange du commerce en gros.
Lord Astburton écrivait, en 1847 : «C’est une grande erreur de croire que chaque fois qu’on demande de l’or à la Banque on lui remette des billets ou que quand elle fait des avances par la voie de l’escompte, des billets lui sont enlevés. Neuf fois sur dix ces grandes opérations se font par des transferts de dépôts, d’un compte courant à l’autre et non au moyen de billets. Il est possible et même probable que les billets aux mains du public n’augmenteraient pas si la Banque escomptait pour un million de livres d’effets. Seulement, en ouvrant ainsi un nouveau crédit , l’émission restant la même, le banktng department serait affaibli ; il aurait la même quantité de bank-notes et ses obligations seraient accrues. «
Ce serait aussi une erreur de croire que la diminution qu’on remarque dans le chiffre total des émissions en Angleterre dépende de la circonspection plus grande des Banques.
ANNEXES
Dans les enquêtes ouvertes par le Parlement, les banquiers de province ont toujours maintenu qu'il ne dépendait pas d’eux de régler le montant de leurs émissions. La demande de billets est assez strictement limitée par le chiffre des transactions eu égard aux habitudes commerciales. Les billets émis reviennent bientôt vers l’établissement qui lésa lancés, parce que nul ne garde plus de monnaie qu’il n’en a besoin. Le reste va se déposer aux Banques, qui peuvent en faire l’échange entre elles, et tout se ramène de nouveau à des crédits en compte-courant.
Les banques privées ne peuvent limiter leurs émissions qu’en livrant à leur clientèle les billets de la Banque d’Angleterre. Il en est du numéraire (cuirency) or ou billets, comme de tout autre instrument : la quantité dont on a besoin pour faire une opération donnée est parfaitement déterminée.
La Banque d’Angleterre elle-même a si peu la puissance de régler à son gré le montant de ses émissions, comme on l’avait cru à tort, qu’elle ne parvient môme pas à restreindre le chiffre de ses billets eu circulation en vendant des fonds publics. Le seul résultat qu’elle obtienne est de diminuer le montant de ses dépôts exigibles, et voici comment. Elle vend, et l’acheteur lui livre des billets; mais cet acheteur s’est procuré ces billets par un chèque sur la Banque émis par lui ou par son banquier, et la môme quantité de billets est enlevée aux dépôts qui diminuent d’autant sans autre changement. Nous en trouvons un curieux exemple dans les chiffres du bilan de février 186t.
ponds publics dans le uankint, Department
20 décembre 9.540.273
0 février 8.414.770
Diminution 1.095.497
La circulation des billets reste la môme :
26 décembre fl février. .
Mais les dépôts ont diminué :
26 décembre. 1 9.333.651
6 février 16.113.609
Diminution 3.220.042
Tous les faits que nous venons de signaler et dont la constatation date de ces dernières années, doivent tendre à modifier singulièrement les idées qu’on s’était faites au sujet de la circulation fiduciaire.
Us prouvent manifestement deux choses : 1° Qu’on s’était beaucoup exagéré l’importance du billet de banque comme instrument de crédit et d’échange ;
2° Qu’en temps ordinaire le chiffre des émissions dépend des habitudes commerciales et des besoins du public, plus que de la volonté des banques, et des mesures qu’elles peuvent prendre pour le régler.