LA HAUSSE DE L’ESCOMPTE
Extrait d’une lettre adressée au Times en janvier 1857, au sujet de la crise de cette année, par lord Overstone sous le nom de Mercator :
« Beaucoup de personnes attribuent les variations et surtout les élévations fréquentes du taux de l’intérôt aux vices de nos lois financières, et il les accusent d’avoir été impuissantes à assurer un escompte à bas prix.
« Mais, qu’on le sache bien, jamais le législateur ne s’est proposé d’atteindre ce but. Il savait bien que l’intérêt, c’està-dire le prix payé pour la jouissance du capital dépend du rapport de l’offre et de la demande. Régler ce rapport ou prétendre le modifier de quelque façon que ce soit, ne peut être l’objet de la loi qui n’a en vue que d’assurer la solidité de la circulation fiduciaire. Si elle voulait aller au delà, elle se briserait contre des impossibilités. Par quels moyens veut-on empêcher l’argent de passer d’un pays dans un autre? L’argent tend à prendre le niveau d’une même valeur sur toutes les places commerciales du monde. Si l’intérêt est élevé à Hambourg ou à New-York et bas à Londres, combien de manières différentes n’y a-t-il pas pour le faire passer d’une place à l’autre, par des valeurs qu’on fait vendre, par des traites
qu’on envoie à l’escompte, par des lettres de change tirées sur le crédit de celui qui les crée, etc. ? Quand récemment l’intérêt était à 8 p. 100 à Hambourg, tous ces moyens furent mis en œuvre à la fois afin d’enlever de l’argent au marché anglais, et la seule façon de défendre le money-market de Londres était de porter l’intérét à peu près au même taux qu’à Hambourg. Pour empêcher les variations du taux de l’escompte à Londres, il faudrait pouvoir le régler sur le marché du monde entier.
« Quel que soit le motif qui élève le taux de l’intérét dans d’autres pays, nous devons en ressentir le contre-coup. Il est impossible que nous ayons de l’argent en abondance et à bas prix tandis que nos voisins en manquent et le payent trèscher.
<t Et, d’ailleurs, sur quoi se fonde-t-on pour prétendre qu’un pays qui subit de fréquentes variations dans le taux de l’intérét se trouve dans une situation peu satisfaisante? N’est-cc pas, au contraire, le symptôme d’un développement rapide de la richesse nationale? Un intérêt fixe et inaltérable résulte ordinairement de la stagnation du capital et de l’industrie; tandis que les nations où le bien-être s’accroît vite par suite d’une grande activité industrielle et de l’essor des entreprises commerciales, voient se produire de fréquentes oscillations dans le taux de l’escompte. Y a-t-il une ville où la richesse s’accumule plus rapidement, où le commerce est plus actif, plus florissant qu’à New-York , et y a-t-il une place où le taux de l’intérêt soit soumis à des variations plus fréquentes et plus fortes? Voyez, d’autre part, la Hollande : ce pays possède de grands capitaux accumulés qui augmentent chaque année, par de grandes épargnes, mais l’esprit d’entreprise y est peu développé. Là vous trouverez l’intérêt à bas prix et presque tou-
jours maintenu au même niveau. Dans le monde matériel, dans le monde intellectuel et dans le monde économique, partout vous retrouverez la même loi : on ne peut atteindre de grands résultats sans des efforts proportionnés au but qu’on a en vue. La santé du corps, la force de l’esprit, la création de la richesse ne s’obtiennent que par le déploiement de toutes nos facultés, par des luttes, par du travail accompagnés de ces variations continuelles du rapport des choses qu’implique le mouvement. Il faut donc nous guérir de ces alarmes peu justifiées qu’inspirent les hausses de l’intérét. Les spéculations outrées, les entreprises mal conçues, de fausses apparences de prospérité, voilà oe qui est à craindre et ce qui peut amener des désastres. »