LES BANQUES AUX ETATS-UNIS
L’histoire des banques américaines est un des principaux arguments invoqués par les adversaires de la liberté complète de l’émission des billets de banque. Mais je crois que les faits de cette histoire, dans la période antérieure à 1838, ont été trop insuffisamment recueillis pour qu’on puisse on déduire des conclusions très-solides. On attribue généralement les crises si graves qui ont à diverses reprises bouleversé la situation économique de l’Union tout entière aux excès d’émission de billets. C’est une opinion très-répandue en Amérique même, et plus d’une fois les Présidents de la République, comme Jackson et Buchanan, ont déclaré, dans leur message officiel au Congrès, que le système extravagant des banques et l'abus du papier-monnaie étaient la cause de tous ceB désastres.
Voici ce que disait à ce sujet Jackson dans son discours d’adieu en 1836 :
« La Banque des États-Unis, par l’émission exagérée de se* billets, a expulsé l’or de la circulation. Elle a fait l’office de l’hôtel de la Monnaie; elle a inondé le pays d’un moyen d’échange qui a tellement déprimé la valeur des métaux précieux, que ceux-ci ont été exportés à l’étranger comme marchandises. Les banques incorporées qui se sont élevéos dans tous les États
ont porté le mal au comble. Quand le chiffre des billets cesse d’être en rapport avec la quantité des métaux précieux, les prix haussent ou baissent avec le montant de l’émission, et la valeur de toutes les propriétés dépend ainsi, dans ces fluctuations incessantes, des résolutions d’établissements qui ont en vue leur intérêt, non celui de la nation. Nulle classe ne souffre davantage de ces variations dans l’intermédiaire des échanges que la classe ouvrière, parce qu’elle n’est pas à même de mettre sou salaire au niveau des conditions nouvelles du marché. La hausse factice des prix, conséquence inévitable d’un accroissement des moyens de circulation, arrête aussi d’une façon très-fâcheuse le développement de notre industrie et de notre agriculture. En effet, tout coûtant plus cher chez nous, il nous est difficile de concourir avec les pays où les prix n’ont pas été exagérés sous l’influence d’un mauvais agent de la circulation. Nous avons donc à payer les importations qui nous viennent de ce pays. L’or s’écoule, le papier le remplace. Quand les caisses des banques sont épuisées, elles suspendent leurs payements; les billets cessent de circuler ; tout moyen d’échange fait défaut, les affaires sont arrêtées et un grand nombre de personnes sont ruinées ou perdent une partie de leur avoir. Telles sont les conséquences désastreuses des brusques variations de l’intermédiaire des échanges (currenci/) quand la monnaie de papier est émise sans prudence et sans garanties suffisantes. »
En 1857, le Président Buchanan a exprimé une opinion semblable en parlant de la crise de 1857. Nous avons montré qn’il était complètement dans l’erreur quand il attribuait celleci à l’abus de la circulation fiduciaire, .le suis loin de prétendre que les banques n’aient point contribué à préparer les crises, mais je suis peu disposé à admettre que ce soit par l’excès de
ANNEXES
leurs émissions, car, depuis 18U jusqu’en 1857, celles-ci n’ont guère dépassé le triple de l’encaisse métallique, ainsi que le montre le tableau suivant, dressé par M. Newmarch :
SITUATION DES BANQUES AUX ÉTATS-UNIS )814-5<i.