LIE LA PÉRIODICITÉ DES CRISES
Quelques écrivains soutiennent que les crises reviennent après un intervalle régulier et par la force même des choses. Ils semblent vouloir appliquer au monde commercial la théorie de Vico du cursus et du recursus. C’est l’opinion développée dans le livre de M. Juglar qui contient d’ailleurs tant de faits intéressants; c’est aussi celle de M. Millqui croit que les crises naissent de l’accumulation du capital aboutissant périodiquement à un état de pléthore faute d’emploi. Cette théorie ne nous parait pas fondée. Les crises reviennent fréquemment parce que les causes qui les produisent se réunissent de plus en plus souvent, ainsi que nous l’avons montré ; mais comme nous avons essayé de le faire voir dans notre travail , chaque crise a sa cause déterminante particulière, et ne résulte pas nécessairement du retour périodique de certaines circonstances. M. J. E. Cliffe Leslie a inséré à ce sujet dans l' Economat du 19 et du 24 novembre 1864, deux lettres dont nous donnons ci-dessous la traduction. Cet économiste distingué a peut-être forcé un peu le système qu’il combat, mais quant au fond des choses, il nous parait avoir complètement raison.
iô novembre i S 6 4 .
Deux mois se sont bientôt écoulés, depuis que M. Disraeli a fait remarquer « qu’une bonne récolte avait seule pu préve- « nir les suites fâcheuses d’une spéculation excessive, et « que si nous avions été obligés d’exporter cette année « 20,000,000 1. st. pour payer des aliments, il eût été difQcile « de calculer lc3 conséquences désastreuses qui en seraient « résultées. »
Ceux mômes qui ont le moins de confiance dans l’économie politique de M. Disraeli doivent, je le pense, admettre maintenant la vérité de sa remarque.
L ’Economist a souvent signalé les embarras sérieux éprouvés par le commerce â la suite d'un soudain écoulement métallique amené par des achats de céréales; néanmoins beaucoup de commerçants font leurs calculs au commencement de l’année sans prévoir une telle éventualité qui peut ou non se réaliser. Nos champs pouvaient être cette année aussi dépourvus d’aliments pour les hommes qu’ils l’ont été de fourrages pour les animaux.
Il n’y a point de cycles d’abondance ou de disette réguliers, sur lesquels les spéculateurs puissent compter. Si la succession de sept années d’abondance et de sept années de disette, dans l’ancienne Égypte, n’avait pas été une circonstance extraordinaire, la prédiction de Joseph aurait été inutile. Dans la moderne Angleterre, ainsi que le constate l’historien des prix, on a vu beaucoup de différentes proportions de saisons, favorables ou défavorables, pendant des périodes extrêmement longues. Les cinquante années, par exemple, de 1715 à 1705 furent caractérisées par une remarquable exemption de sai-
sons de disette comparées aux cinquante années précédentes ; la cause principale du retour des prix exorbitants des denrées alimentaires depuis 1793 jusqu’à 1811, fut le fréquent retour de mauvaises récoltes, tandis que « depuis 1818 jusqu’en 1837 il n’y a eu que cinq saisons où le produit du blé fut décidément insuffisant. » La môme irrégularité dans nos saisons a toujours continué depuis, et personne ne pouvait raisonnablement assurer il y a six mois qu’il serait inutile d'acheter pendant l’automne de cette année et de l’année suivante pour une valeur de 33 millions sterling de grain?, comme en 1861, ou de près de 38 millions, comme en 1862.
Mais, outre les irrégularités de nos moissons, il y a évidemment beaucoup d’autres vicissitudes qu’il serait de la plus grande imprudence d’oublier en comptant avec trop de sécurité sur un prix peu élevé de l’argent ou sur une prospérité commerciale persistant pendant toute une année , et ce serait une folie véritable que de baser des spéculations sur la probabilité d’un tel état du marché pendant plusieurs années successives.
Il y a cependant une théorie admise, plus ou moins clairement conçue et très-fermement crue, que les périodes de prospérité et d’adversité commerciales reviennent aussi régulièrement que les marées ; et en conséquence de cette théorie, on nous assura, l’an dernier, que nous étions à la veille d'un cycle d’années où le commerce serait prospère et les prix élevés. « Que de grandes fluctuations commerciales complétant leur cours en une dixaine d’années, » disait M. levons, dans son Essai sur la question de l'or, « troublent la marche des affaires, c’est là un fait connu de tous ceux qui s’occupent de ce genre de questions, » et il ajoute: ((Personne, je pense, ne peut douter que pendant l’année dernière (1862), et main-
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tenant, nous n’ayons atteint ou ne soyons près d’atteindre la limite extrême de la basse marée de notre mouvement commercial.» La tentative de M. Jevons, de mesurer l’effet perturbateur de l’or nouveau sur les prix est entièrement basée sur le retour périodique et uniforme de cette fluctuation de la spéculation et de la hausse et de la baisse des prix. Mais pour le moment, je désire seulement constater les dangers de l’application pratique de cette doctrine des cycles et des flux et reflux dans le domaine économique....
Si môme il nous était possible de suivre à travers diverses décades passées, les fluctuations alternatives des prix et les vicissitudes du commerce, il serait absolument faux d’en conclure que le même ordre de choses dût se reproduire périodiquement dans l’avenir. Le libre échange seul a changé toutes les conditions de la question. Les événements politiques, qui, comme la guerre d’Amérique, affectent profondément le commerce, sont toujours différents et mobiles, et, ainsi que nous l’avons déjà fait observer, nous ne pouvons pas dire s’il est probable que nous ayons une suite soit de bonnes, soit de mauvaises saisons. En réalité, pas de retours périodiques, de cycles économiques qu’on puisse démontrer dans l’histoire du commerce. Cette théorie est basée principalement sur les retours des paniques et des désastres commerciaux en 1847 et 1857. Ainsi M. Jevons signale particulièrement dans la préface d’une édition de l’ Estai sur l’or, un passage deM. Chevalier, dans lequel M. Cobden écrivant en 1859, parle d’une crise visitant le monde commercial dans chaque décade. Il y a eu néanmoins, en 1847, deux crises commerciales, l’une au printemps, et l’autre en automne, différant grandement l’une de l’autre, ainsi que M. Tooke l’a fait remarquer avec insistance, et il eût été tout aussi raisonnable à la fin de 1847 de
conclure qu’il y aurait une crise commerciale tous les six mois dans l’avenir, que de conclure du fait d’une crise survenant dans l’automne de 1847 et de 1857, qu’il y aurait une crise dans l’avenir tous les dix ans.
Les causes des crises de 1847 et 1857 furent complètement dissemblables et, dans les deux cas, anormales à un haut degré.
Rien n’est moins conforme à la théorie, soit des crises décennales, soit des périodes décennales d’expansion et de révulsion, que les fluctuations réelles des prix, et la marche des affaires depuis 1847 jusqu’en 1857, de môme que dans les années qui ont précédé et suivi cette décade ; mais ainsi que le fait remarquer un écrivain qui s’est occupé de matières théologiques, «l’intelligence humaine, lorsqu’elle veut grouper et saisir les phénomènes épars, a besoin de nombres réguliers et quand il ne les trouve pas dans la nature, il les invente. Cette tendance est si forte que quand les faits n’offrent point ces rapports exacts, l’homme les crée par la force de son imagination, et il allongera ou diminuera les périodes d’après la mesure de ce lit de Procustc. De là vient que les spéculations des philosophes primitifs, l’histoire transmise par la tradition populaire et toutes les mythologies renferment des nombres symboliques, comme 3, 5, 7 et 10. »
Je veux seulement ajouter maintenant, que si les hommes d'affaires admettent la nouvelle traduction économique de cette phrase du poète : « Il y a un (lux et reflux dans les choses humaines, et quand on profite du flot qui monte, on arrive à la fortune, » et s’ils agissent en conséquence, leur barque pourrait bien échouer sur les écueils.
Quelques-uns de vos lecteurs diront peut-être que c’est se battre contre des moulins à vent quo d’attaquer une théorie
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aussi peu solide que celle du retour régulier des crises après un cycle de dix ans; mais ce qui démontre que ce système mérite l’examen, c’est que récemment encore, dans un article sur le money-market, on lisait que le monde des affaires, en Angleterre, avait échappé en 1864 à de graves désastres « parce que le cycle décennal n’était pas accompli, et que le commerce n’avait pas encore eu le temps de développer complètement tous les éléments malsains qui semblent devoir être balayés tous les dix ans par une tourmente commerciale. »
Il est d’autant plus nécessaire de relever des passages de ce genre que l’on peut a tribuer l’origine de ce mythe économique à certaines expressions qu’on dans les meilleurs
traités, comme celles-ci, par exemple : « le flux et le reflux de la spéculation, » « le retour périodique des crises, » « les périodes alternatives d’expansion et de révulsion, » quoique ces mots n’aient pas été employés pour marquer un retour régulier et périodique des désastres qui atteignent le commerce.
Un éminent philologue nous apprend que la tendance mythologique qui transforme un mot imagé ou une épithète en un être réel est loin d’être éteinte, et il serait facile de montrer par des preuves nombreuses que depuis les événements des années 1847 et 1857, on croit assez généralement que le retour des crises après une période décennale est un fait établi. Or, quoi qu’on fasse, on ne parviendra jamais à gTouper les faits réels de 1847 et 1857, et ceux des années précédentes ou suivantes en cycle véritable. Mais, comme dit lord Bacon, « quand une fois l’esprit humain a adopté une opinion, quels que soient le poids et le nombre des exemples qu’on peut y opposer, ou bien il n’en tient nul compte, ou bien il les rejette au moyen de quelque distinction.»
On a beaucoup discuté sur les crises en dehors même de la théorie des cycles, et cependant les autorités mêmes de la science ne s’accordent pas sur le point de savoir quel degré d’alarme ou de contraction du crédit constitue une véritable crise, ni ce qui distingue une crise commerciale d'une crise monétaire. D’après quelques auteurs, il y a eu des crises dans toutes les années suivantes : 1793, 1795,1797 , 1 81 0, 1 81 1 , 1 81 6, 1825, 1832, 1836, 1837, 1839, 1840, 1847 et 1857, et même en d’autres années encore. Dans son discours célèbre sur le currcncy-bill de 1844, sir Robert Peel disait qu il y avait eu alors dans les vingt dernières années, quatre grandes crises monétaires, à savoir : en 1825, 1832, 1837 et 1839. M. Tooke a vivement combattu cette énumération, effaçant absolument 1832 et 1839, et affirmant que, quoiqu’il y eût eu en 1836-37 des embarras sérieux sur le money-market , on n’avait pas eu à enregistrer des catastrophes assez graves pour parler de « crises commerciales. » M. Tooke soutient que depuis soixante ans, il n’y a eu que quatre véritables crises commerciales, à savoir : en 1792-93, 1810-11, 1825 et 1847. M. Tooke s’indigne surtout de ce que l’on compte 1839 parmi les années de crise. Cependant, dans les écrits de lord Overstone et ailleurs, 1839 est placé sur la même ligne que 1837, et, dans ces deux années, il faut reconnaître les symptômes qui, d’après M. Mill, constituent une crise.
Mais peu importe qu’il y ait eu crise en 1837 et 1839 ou qu'il n’y en ait pas eu, il est au moins certain qu’il y en eut deux en 1847. Non-seulement le premier ébranlement, celui du printemps 1847, a été appelé une crise commerciale dans les deux chambres du parlement, mais, dit M. Tooke, depuis 1825 on n’avait pas ressenti une commotion aussi violente, aussi terrible, et il ajoute qu’elle fut tout ù fait différente de
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celle (le l’automne de la même année. La cause de cette dernière fut non-seulement différente, mais opposée, car la panique d'avril fut amenée par l’écoulement métallique qui résulta de la maladie des pommes de terre et de la mauvaise récolte, tandis que ce fut la baisse du prix des blés et les pertes qui en furent la suite, qui causèrent la panique si désastreuse de l’automne. Sans l’écoulement du métal provoqué par les achats de grain ( corn-train ) et sans les faillites qui en furent les conséquences, l'absorption du capital par les chemins de fer n’aurait pas amené de crise du tout, pas du moins avant 1849, année où les pertes sur ces placements furent considérables. Dans ce cas, les théoriciens du cycle auraient insisté sur 1839 et 1849 au lieu de 1847 et 1837.
Certaines circonstances extraordinaires et accidentelles ou le concours de certaines circonstances ont occasionné chacune de ces tourmentes commerciales auxquelles ou s’accorde à donner le nom de crises, en ont déterminé l’explosion, les caractères, la marche et la gravité. Par conséquent, les partisans de la périodicité cyclique doivent admettre que ces circonstances se présentent toujours à l’époque voulue pour constituer le cycle, ni trop tôt, ni trop tard. Les folles spéculations dans les placements américains de 1 824-1 825, qui déterminèrent la crise de cette dernière année, furent amenées par les victoires et la proclamation de l’indépendance des colouies espagnoles, pourvues des plus admirables ressources naturelles. Si un homme d’Etat comme Canning se vantait d’avoir fait servir le nouveau monde à rétablir l’équilibre de la vieille Europe, est-il étonnant que le commerce se iigurùt qu’il allait réaliser d’énormes bénéfices dans ces riches contrées rendues à la liberté. Sans cet aliment, la spéculation se serait occupée d'autre chose; mais rien n’aurait pu faire naître des espé-
rances aussi grandioses et aussi complètement et désastreusement démenties.
La famine de 1847, sans laquelle certainement il n’y eût pas eu de crise en cette année, n’appartient probablement pas « au cycle ordinaire » des faits commerciaux. Les faillites des banques américaines, l’insurrection de l’Inde et les autres désastres qui amenèrent la crise de 1857 doivent être considérées, en ce qui regarde l’Angleterre, comme des accidents du dehors qui troublèrent la marche régulière des choses. Les maisons qui succombèrent les premières en 1857 étaient déjà ébranlées en 1847, et d’après la théorie du cycle, elles auraient dû être balayées en 1 847 avec les autres éléments malsains que renfermait le monde commercial.
Personne, je crois, après avoir étudié l’histoire économique de 1847 et 1857, ne soutiendra que sans certaines circonstances extraordinaires, il y eût eu des crises alors. Or, l’idée que certains événements extraordinaires doivent arriver tous les dix ans pour amener la crise obligée est si bizarre, que les théoriciens du cycle ont été conduits à imaginer un flux et un reflux régulier dans les spéculations et dans le développement du commerce, et de supposer qu’au moment où la marée tourne, il se produit une dangereuse révulsion qui occasionne maints naufrages. Quoique les négociants eux-mêmes et toutes les branches du commerce soient soumis à de fréquents et profonds changements, on croit qûe de génération en génération, en paix ou en guerre, avec de bonnes ou de mauvaises récoltes, avec la protection comme avec le libre échange, avec la vapeur et l’électricité tout comme sans ces importants progrès, il doit toujours se produire des périodes égales d’expansion et de révulsion, et que, au bout de dix ans, doit mûrir la môme moisson d’erreurs et de fraudes nécessaires pour engendrer une crise.
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Et pourtant un moment de réflexion doit convaincre quiconque en est capable que les causes qui produisent de l’activité ou de la stagnation et des pertes, ne sont pas les mêmes dans chaque branche de la production. Une mauvaise récolte fait souffrir les fabricants d’étoffes, et une guerre étrangère qui ferme les manufactures de coton, fait gagner de l’argent aux fabricants d’armes. Chaque industrie a son histoire, etil n’y a point de fluctuation générale, comme le soutiennent M. levons et d’autres. Quand la spéculation est excitée, elle peut s’adresser à un ou deux objets ou à plusieurs, elle peut durer des jours, des mois ou des années; elle peut finir par des bénéfices ou des désastres. En 1825, la spéculation s’étendit à bien plus de marchandises qu’à toute autre époque, et néanmoins la fameuse théorie des grandes fluctuations commerciales décennales n’est pas du tout applicable aux événements de cette année. « La grande variation dans les prix des marchandises eut lieu dans l’intervalle entre les dernières semaines de 1824 et juin 1826. » History of prices, t. II, p. 156.
La hausse et la baisse des prix en 1836-1837 n’eut lieu que pour deux produits principaux et ne dura qu’une année en tout. Quelques marchandises déprimées par la contraction du crédit au commencement de 1837 se relevèrent à la fin de l’année et retombèrent en 1838, au printemps.
En 1847, il n’y eut pas d’autres spéculations que celles en grains ; History of prices , t. IV, p. 334. Dans les blés les fluctuations ne s’étendirent que de la moisson de 1846 à celle de 1847, après laquelle il y eut des prix fermes pendant un an.
Entre 1847 et 1837, les variations de prix et la condition du commerce furent très-différentes de tout ce qui avait précédé, par suite de l’influence du libre échange, des révolu-
lions sur le continent, de la guerre de Crimée, de la découverte de l’or et des dépôts en banque qui constituent, comme le dit M. Cardwell, un nouveau trait de notre système social.
D'après la théorie du cycle, une période de dépression et de bas prix aurait dû se prolonger jusqu’en 1853, et être suivie d’un temps d’activité, de hauts prix et de spéculation aboutissant à la crise de 1857. Mais au lieu d’une seule fluctuation embrassant les dix années, il y en eut de nombreuses, de violentes et de soudaines. J’en citerai seulement deux preuves.
1850 fut une année prospère, et 1851 commença sous d’heureux auspices, avec des prix croissants. Mais bientôt les difficultés arrivèrent. Le coton tomba entre janvier et la fin de mai de 70 p. 100 et l’historique de cette année est résumé ainsi dans dans l'Histoire des prix : « 1851 fut une année de grandes et ruineuses fluctuations dans les prix et de variations sur la plus large échelle. »
De môme, les neuf premiers mois de 1853 furent une époque d’activité et de prospérité inouïes ; mais à la fin de l’année, une mauvaise récolte et une guerre imminente commencèrent à modifier la situation, et 1851 « fut caractérisé par un état de choses presqu’en tout l’opposé de 1853. »
Je pourrais montrer par beaucoup d’exemples encore que les vicissitudes des différentes branches de la production et les variations des prix, depuis 1857, et même pendant l’été dernier, constituent autant de faits qui viennent contredire la théorie du cycle; mais il suffit de dire que les prix du coton ont haussé et baissé à chaque semaine, malgré la loi du cycle avec les bruits de paix ou de guerre qui arrivaient d’Amérique.
Pour ceux qui nient les progrès de l’humanité, l’idée d’un mouvement cyclique des choses et des catastrophes, revenant
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après des intervalles réguliers, doit avoir un attrait qui se conçoit ; mais clic plaît aussi à de meilleurs esprits, parce qu’elle présente uu côté brillant dans les périodes ascendantes de la prospérité générale. Malheureusement c’est une idée qui, si elle se répandait parmi les hommes pratiques, aurait pour effet de réaliser les prévisions de ceux qui voient les choses humaines sous un mauvais jour; car la croyance en une crise décennale tend non-seulement à en produire une à l’époque fixée par suite d'alarmes non fondées, mais encore à en faire naître à d’autres moments par suite d’une confiance aussi peu justifiée dans l’éloignement absolu de tout danger.
EXTRAITS DE L’üISTOIRE COMMERCIALE ET FINANCIÈRE
DE l’année 1804
par M. Newmarch , dans VEconomisl.
1 1 mars 1865.
Sous le rapport commercial et financier, l’année 1864 présente des faits qui méritent d’être notés. D’abord on peut distinguer trois époques de pression (pressure), subies par le money -market, en janvier et février, quand la Banque maintint le taux de l’escompte à 8 p. 100, pendant trois semaines; en avril et en mai, quand le taux fut de 9 p. 100 pendant quinze jours; enfin en septembre et octobre, quand le taux fut maintenu de nouveau à 9 p. 100, pendant deux mois.
En second lieu, en dehors de cette période de gêne monétaire, on en constata une ou deux autres, pendant lesquelles se fondèrent un nombre considérable de sociétés par actions, tant pour l’intérieur que pour l’extérieur, et où on lança plusieurs emprunts d’État étrangers. Troisièmement, vers la fin de l’année on put se rendre compte des résultats réels des nouvelles sociétés (banques, compagnies commerciales et finan-
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cières, etc.), fondées en f 80.') , avec grand éclat et avec de magnifiques promesses de primes.
La première des trois époques de pression monétaire (janvier, février), eut pour cause principale l’écoulement de l’or et de l’argent vers le Levant et vers l’Inde, afin fie payer le coton, et aussi jusqu’à un certain point peut-être, les appréhensions résultant de la guerre du Sclileswig-IIolstein.
La seconde période de gène fut occasionnée par un renouvellement du cotton drain ; mais principalement par l’inquiétude résultant de la fondation d’un grand nombre de compagnies, et par l’absorption du capital nécessaire pour mettre en train cette foule d’entreprises lancées durant les douze mois précédents.
La troisième période de pression (septembre, octobre et novembre) fut plus grave et plus prolongée que les autres. La cause principale fut la probabilité d’une paix prochaine en Amérique, la baisse du prix des cotons qui en résulta et les pertes subies en conséquence par Liverpool et Manchester, et par les négociants faisant des affaires avec l’Inde. Les nouvelles Compagnies continuaient aussi à absorber le capital Bur une plus large échelle peut-être que pendant les premiers mois de l’année. Le tableau suivant montrera par des chiffres l’action des causes qui amenèrent les différentes périodes de gêne monétaire.
CHANGES, PRIX DE l’aHGENT ET TAUX DE J.’ESCOMPTE EN 1804.
LONDRES SLR
New-York
Calcutta
Argent
sur
sur
Standerd
Paris
Hambourg
Londres
Londres
à Londres
à 3 mois.
à 3 mois.
à 60 jours.
à 6 mois.
par once.
ea !
j 2 janvier. .
! 6 février. .
5 mars. . .
1 2 avril. . .
| 7 mai. . .
4 juin. . .
1 2 juillet. . .
1 3 août. . .
3 septemb.
7 octobre. .
4 novembre
8 décembre
Nous pouvons lire dans ces colonnes l’histoire financière de l'année dernière, principalement dans la colonne 5, qui donne le taux du change à Calcutta, et dans les colonnes 2 et 3 qui donnent les prix du Paris et du Hambourg. En général, quand le taux du change à Calcutta baissait, les remises de numéraire pour payer le coton diminuaient, et à mesure que le taux de l’escompte s’élevait (colonne 7), les prix du Paris et du Hambourg échappaient à la tendance à la baisse qui
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pesait sur eux. Le prix de l’argent métal suivait exactement les demandes du marché de Calcutta.
Si nous ajoutons au tableau précédent un autre tableau donnant pour chaque mois les exportations de l’or et de l’argent vers l’Orient, nous verrons à quelle époque de l’année l’écoulement métallique se fit sentir de la manière la plus marquée.
EXPORTATION DE I.’OR ET DE L’ ARGENT VERS L'ORIENT DES PORTS D’ANGLETERRE.
Or.
Argeut.
Total.
Janvier.
Février.
Mars.
Avril.
Mai.
Juin.
Juillet.
Août.
Septembre.
Octobre.
Novembre.
Décembre.
EXPORTATION DE t’oH ET DE L’ARGENT DES PORTS UE LA MÉDITERRANÉE.
ISM. 1863.
l)u Marseille, par steamers anglais. 7.777.000 1. s. 5.788.0001.». De Gibraltar — — 553.000 1.443.000
De Marseille, par steamers français. 7.770.000 3.837.000
Total 16.100.000 10.008.000
Des porls anglais 8.217.000 11.386.090
Total général 24.317.000 21.454.000