CHAPITRE VI
rité générale du pays... Tout projet de colonisation européenne doit se concilier, se combiner avec Tintérêt arabe; c'est la meilleure des garanties à donner à la colonisation européenne (1). Le mécontentement des Indigènes serait, pour elle, un danger permanent, qui ne manquerait pas d'éclater à la première occasion favorable.
Le meiIIeurmoyend*alténueret peut-être de faire disparaître ce danger, c'est de fixer les Arabes au sol par l'attrait de la propriété bâtie et des cultures sédentaires et soignées. Il faut, partout, encourager la culture des arbres fruitiers. Rien n'attache autant au sol que Tarboriculture. On fait facilement le sacrifice des récoltes annuelles pour se livrer à la révolte; on se résout avec peine à sacrifier de belles plantations d'arbres.
Evitez avec soin, général, de donner aux tribus des inquiétudes anticipées sur la dépossession de leur territoire, en le faisant arpenter et cadastrer. Gela ne doit se faire que pour des projets d'une prochaine exécution...
( ! ) Lorsque en 1847 le maréchal Bugeauri défendait avec tant d'énergie les Indigènes, il était loin de prévoir que, trente-cinq ans plus tard, un brillant économiste de TEcole libérale, soutiendrait la même thèse contre les députés et les municipalités radicales de l'Algérie.
« Les réformes indispensables, dit M. L«*roy-Beaulieu, consistent en ({uatre mesures : abandon immédiat du système d'expropriation des Arabes pour donner leurs terres aux colons; abolition en territoire civil des prétendus délits spéciaux à Tindigénat et des formalités qui s'y rattachent; recrutement meilleur et surveillance sévère des agents de l'autorité; entin octroi de droits électifs à certaines catégories d'indigènes pour la représentation à notre parlement national.
« Nous sommes, quant à nous, passionnément épris de lé colonisation; nous en avons fourni souvent la preuve, nous convions chaque jour nos concitoyens à sortir des mesquines querelles et des discussions sans issue où ils se complaisent, pour «'occuj)er sérieusement des grands intérêts français à l'extérieur. Nous avons la conviction que, si l'on ne renonçait pas aux procédés suivis depuis quelques années, on finirait par créer une Irlande en Algérie, par compromettre le présent et l'avenir de notre colonie et par exposer la métropole même à des dangers sérieux. • {Revue des Deux Mondes, octobre 1882. De la colonisation de l'Algérie.)
228 LK MARÉCHAL fiUGEAUD.
La sollicitude de Bugeaud pour le soldat est demeurée légendaire. Combien d'anecdotes n'avonsnous pas entendu raconter à ce sujet! Les officiers, il faut l'avouer, voyaient souvent avec déplaisir les soins ininutieux que le général en chef, le maréchal-gouverneur prenait du troupier. — Peu d'entre eux, en effet, portaient au même degré que lui cette sollicitude. C'est, cependant, grâce à cette bonté paternelle, à cette humanité, à cet amour du soldat, que le grand homme put accomplir ses marches merveilleuses et faire supporter à ses soldats des fatigues sans nom, dont l'idée seule les eût révoltés, si l'ordre avait été donné par un autre chef que lui.
Les « gros officiers », dit quelque part dans ses lettres le maréchal de Saint-Arnaud, trouvaient (1) qu'il n'avait pas toute la dignité, toute la tenue désirable.
(i) Ce n*était point seulement les Indigènes et les soldats, c*étaient aussi les colons qui avaient libre accès auprès du maréchal, et qui trouvaient auprès de lui cet accueil facile et bienveillant, que trop souvent, hélas ! ne rencontrent pas les subordonnés chez les fonctionnaires et surtout les fonctionnaires républicains.
M. Charles Bocher, ancien aide de camp du maréchal Canrobert, écrivait dernièrement à un journaliste, de ses amis, la lettre suivante :
Au moment où Ton discute, sans pouvoir se convaincre, si le gouvernement de l'Algérie doit être civil ou militaire, ou civil dirigé par un militaire, ou militaire dirigé par un civil, permettez-moi de vous raconter une anecdote que je tiens d'un oflicier de l'arméo d'Afrique, à Tépoquo déjà ancienne où j'avais l'honneur d'en faire partie. Ce récit saisissant de naturel et de vérité aura son éloquence.
C'était sous le gouvernement militaire si glorieux et si bienfaisant du maréchal Bugeaud. Un colon qui avait une réclamation à adresser à l'administration, vint un jour au quartier p<^néral, à Aljçer, pour y exposer sa plainte. Le maréchal luimême le reçut, comme il recevait colons et soldats, avec une bonté toute paternelle. Après avoir écouté sa demande, il lui dit : « Mais, mon ami. cela ne me regarde pas, allez tr^juvcrle comte Guyot, le directeur civil de la colonie. — Ah ! maréchal, répondit le colon, en montrant son costume, comment puis-je aller parler à M. Ouyot, dans la tenue misérable où vous me voyez! »
Ainsi, voilà un colon pauvre et sans appui, qui no craignait pas d*aborder TiUastre maréchal, duc d'Isly, le pacificateur de l'Algérie, et qui avait honte de parler à celui qui occupait une position bien inférieure à celle du gouverneur militaire. Quel