‹ Le Maréchal Bugeaud: d'après sa correspondance intime et des documents inédits, 1784-1849Chapitre 103 sur 206 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Le marc^'cbai se préoccupait peu, il est vrai, de plaire à son élal-major. Le bien-être, la vie du plus petit soldai lui tenaient tellement au cœur, qu'il négligeait volontiers pour lui cette prétendue dignité du commandement, et n'hésitait pas à se livrer à ses actes qui offusquaient ces « gros officiers». « C'est ainsi, me disait un ancien officier général, que je l'ai vu un jour, étant en marche, descendre de cheval pour aider un de nos muletiers qui ne pouvait venir à bout de replacer ses sacs sur le bât retourné. »

Arrivant parfois à l'improviste à l'arrière-garde, il prenait, un h un, les soldats et les admonestait vivement et les encourageait ensuite. Après leur avoir interdit de tirer en masse, à l'aveugle, il les plaçait lui-même dans des fourrés. D'autres fois, lorsqu'il s'agissait d'échelonner les grand'gardes et les sentinelles avancées, il accompagnait lui-même l'officier chargé de cette mission. « Je l'ai vu, nous disait un autre témoin oculaire, lui-même, à la tombée de la nuit, prendre la peine de faire changer de place les sentinell(»s afin de tromper la vigilance des Arabes. Sans ces précautions, en effet, la plupart du temps négligées par nos officiers, les Arabes venaient en rampant, k la faveur de l'obscurité, assassiner, à coup sûr, nos malheureux soldats (i). »

que soit le titre dont on s'affuble dans le monde, on n'est vraiment populaire, aimé et respect*'» que par le caractère, l'intelligence et les services rendus.

C'est encore dans l'année que Ton a le plus de chances de trouver ces qualités précieuses réunies chez un homme.

A^s^reez, etc. Charles DocHlCK.

1 1) Tiip nuit, une seule nuit, la vigilance des zouaves fut en défaut, dit M. la due d*Âuinale, dans son livre si populaire : ies Zouaves et les Chassmrs

D'autres fois, le maréchal s'avançait seul vers une colonne et après avoir fait brusquement déshabiller les soldats devant le major, il punissait impitoyablement tous les hommes qui ne portaient point sur eux la ceinture de flanelle réglementaire. Ces menus détails hygiéniques du commandement faisaient sans doute hausser

à pied. Les réguliers de TEmir se glissèrent au milieu de leurs postes, vinrent faire sur le camp une décharge meurtrière. Le feu fut un moment si vif que nos soldats surpris hésitaient à se relever. Il fallut que les officiers leur donnassent l'exemple. Le maréchal Bugeaud était arrivé des premiers : deux hommes qu'il avait saisis de sa vigoureuse main tombent frappés à mort.

Bientôt, cependant, Tordre se rétablit, les zouaves s'élancent et re|)oussent Fennemi. Le combat achevé, le maréchal s'aperçut à la lueur des feux du bivouac, que tout le monde souriait en le regardant. Il porte la main à sa tête, et reconnaît qu'il était coiffé comme le roi d'Yvetot de Béranger. Il demande aussitôt sa casquette et mille voix de répéter : « La casquette, la casquette du marécluil ! » Or cette casquette, un peu originale, excitait déjà l'attention des soldats. Le lendemain, quand les clairons, sonnèrent la marche, le bataillon des zouaves les accompagna, chantant en chœur:

As-tu vu

La casquette

La casquette ?

As-tu vu

La casquette

Du père Bugeaud ?

Depuis ce temps, la fanfare de la marche ne s'appela plus que la Casquette, et le maréclial, qui racontait volontiers cette anecdote, disait souvent au clairon de piquet : Sonnez la Casquette. »

Quelquefois, dans l'ennui d'une longue marche, il faisait sonner l'air favori. Le troupier comprenait, se mettait à chanter la Casquette et bien souvent le général en chef accumpaguait. »

Dans un article patriotique (juin 1881) publié dans le Figaro, M. Aimé Giron constatait l'incurie du général Farre se perdant dans les ordres et les anti-ordres, n'organisant pas la victoire, mais désorganisant l'armée et envoyant des conscrits mourir, moitié un peu de la fièvre et beaucoup des priirations que lui imposait son inepte administration. Et après chacun de ses griefs, l'éloquent écrivain répétait, comme un souven ir à jamais perdu cette phrase : « As-tu vu la casquette...? Hélas! aujourd'hui les clairons et les cœurs français demanderont-ils toujours en vain et à tous les échos la Casquette du père Bugeaud ? »

Page 1