CHAPITRE VI
les épaules de nos officiers généraux ; loutefoîs cette prodigieuse aciivilé du général en chef les tenait eux-mêmes en éveil, et ils comprenaient souvent les leçons indirectes qui leur étaient données par leur vieux maréchal.
Nous croyons intéressant de reproduire, parmi les circulaires relatives aux soins à donner aux soldats, le premier ordre daté de 1841 :
Au quartier général à Mostaganem, le 8 août 1841.
Considérant que rexpérience de dix années a faiteonnattre que la maladie la plus à craindre en Algérie est la dysenterie; que le meilleur moyen de se garantir de cette maladie est de porter une ceinture ;
Considérant que la ceinture de flanelle actuellement en usage dans ^es troupes ne remplit pas le but qu*elle doit atteindre, parce qu'elle n'est pas assez haute pour couvrir le ventre, qu'elle ne fait qu'une seule fois le tour du corps, et que, dans la marche, par les mouvements de l'homme, cette ceinture ne tarde pas à s'enrouler en corde de manière à devenir une gêne, en cessant d'être un présen-atif ;
Considérant que lorsque la ceinture est ainsi tordue et imprégnée de sueur, les soldats, en arrivant au bivouac, se hâtent de s'en débarrasser au moment même où la ceinture doit remplir son effet utile ;
Considérant que le placement de la ceinture sous les vêtements rend dif&cile aux ofGciers de s'assurer que les soldats sont constamment porteurs de leur ceinture et qu'ils la tiennent en état de propreté ;
Considérant que les Indigènes qui connaissent bien cette influence du climat, qui cause la dysenterie, se servent d'une
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large ceinture de laine qui les entoure plusieurs fois par dessus les vêtements ; que cette ceinture des Indigènes est depuis longtemps adoptée avec avantage par les spahis et les zouaves et qu'elle est portée par les individus auxquels un séjour de quelques années en Afrique a permis de se faire un bon système hygiénique ;
Considérant enfin que cette ceinture soutient bien les reins dans Texercice, qu*ellc s'accommode avec Tuniforme, et ne peut, sans que le chef sans aperçoive, être mise de côté par les soldats insouciants de leur propre santé :
Par ces motifs, le gouverneur général ordonne que la ceinture rouge de laine ayant environ 3 mètres de longueur remplacera la ceinture de Qanclle. La nouvelle ceinture, mise en double sur sa largeur, enveloppera, par-dessus les vêtements, le corps, dont elle fera le tour deux fois et demie ou trois fois.
Une autre fois, il s'occupe des sentinelles; aucun détail ne lui est indifférent. Conserver la santé de ses soldats, veillera leur bien-être, leur éviter des fatigues inutiles, telle est sa préoccupation constante. « Il avait le secret de se faire obéir, sans murmure, nous disait récemment AP le duc d'Aumale (1). Tout autre général que lui n'eût jamais osé demander aux
(1) Une nuit, le maréchal, se promenant dans le camp, ce qui lui arrivait souvent, entendit deux zouaves qui étaient en contestation. « Chien de métier, disait Tun, voilà trois jours que je suis mouillé et que je ne peux me sécher; si du moins nous avions un peu de pain et un peu d'eau-de-vie, on pourrait encore chanter la Mère Godichon. Mais rien, rien, et par dessus le marché, ces gredins d'Arabes qu'on ne peut atteindre pour leur repasser sur le dos notre mauvaise' humeur !» — « Conscrit, tu as tort de te plaindre, répondit un vieux soldat. Si tu avais été, hier, comme moi de garde à la tente « de la Casquette »,tu donnerais un renfoncement à tes gémissements! Tout maréchal de France et duc qu'il est, entends-tu, conscrit, je Tai vu de mes yeux, le vieux, grignoter tout seul, sans se plaindre, un morceau