CHAPITRE VI
ci conformément à nos lois. Vous donnerez des ordres en conséquence à la gendarmerie et aux gardes coloniaux.
Les amendes illégalement perçues seront immédiatement restituées aux Arabes, et le délinquant sera traduit en police correctionnelle.
Dans sa circulaire du 23 mars 1844, le maréchal gouverneur s'occupe des recrues d'une façon touchante :
Les recrues appartenant aux régiments d'infanterie de Tarmée d'Afrique et qui sont dans les dépôts de France vont ôtre dirigées sur les corps.
Vous comprenez que ces jeunes soldats, dont Tinstruction n*est qu'ébauchée, dont l'éducation militaire est à faire, ne peuvent ôtre employés immédiatement ni aux expéditions ni aux travaux pénibles. Il faut d'ailleurs les acclimater, et, sous tous les rapports, nous devons les laisser en station pendant le printemps, l'été et l'automne dans les lieux que nous occupons d'une manière permanente.
Vous recommanderez qu'ils y soient traités avec des ménagements paternels, afin d'éviter la maladie et surtout la nostalgie...
Ces recrues pourront faire un léger service et rendre ainsi disponible, pour les besoins extérieurs, une grande partie des soldats aguerris qu'on aurait été obligé de laisser dans les places. Ce sera donc un véritable renfort pour les travaux el ^ pour les rares expéditions qui pourront avoir lieu.
Signé : Bugeaud.
Faut-il s'étonner que les « gros officiers » maugi'éassenl souvent contre le Gouverneur el que celui-ci fût adoré des soldats, lorsque l'armée était appelée à lire un ordre du jour tel que celui-ci :
336 LE MARÉCHAL BUOEAUD.
Au camp d'Aln-Kebira, 20 janvier 1846.
Le maréchal de France gouverneur est informé que plusieurs chefs de corps se sont permis de distraire les mulets destinés au service spécial des cantines d'ambulance pour des usages particuliers. Il importe de faire cesser immédiatement un abus aussi préjudiciable au bien du service.
En conséquence, il est enjoint à tous les commandants de colonne de s'assurer qu'à tous les départs d'un point de ravitaillement, chaque bataillon est pourvu de son mulet d'ambulance avec ses cantines complètement garnies en médicaments, linge à pansement, etc.
Tout chef de corps qui contreviendrait au présent ordre serait sévèrement ramené à l'observation du règlement et signalé par la voie de l'ordre de l'armée, comme ne prenant pas le premier de tous les soins, celui de la santé des hommes dont le commandement lui est confié.
Il s'agit mainlenaiil de la salubrité des campements :
Camp de Sidi-Alchoun, 22 mai 1846.
J'ai remarqué que la plupart du temps, pendant lés expéditions de printemps et d'été, MM. les commandants de colonne choisissent leurs campements au bord des cours d'eau, et, par conséquent, dans des bas-fonds. Us le font dans la louable intention d'éviter à leurs troupes des corvées pour aller à l'eau, et de leur procurer un peu d'ombrage sous les lauriersroses ou les buissons qui bordent ordinairement les ruisseaux.
Mais l'expérience a démontré que cette manière de camper donnait un nombre considérable de malades. En effet, les basfonds sont privés d'air pendant le jour, et la température y est de plusieurs degrés plus chaude que sur les hauteurs ou
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les collines voisines; là nuit, au contraire, il y fait plus froid et surtout plus humide. Une seule nuit passée dans un basfond suffit, quelquefois, pour donner une centaine de malades sur un effectif de 3,000 hommes. On comprend avec quelle rapidité une colonne serait fondue si cette manière de camper se renouvelait, plusieurs fois, dans le cours d'une expédition. Je recommande donc de la manière la plus formelle à tous les commandants de colonne de choisir toujours leurs campements sur des hauteurs et des coteaux , toutes les fois que le terrain le permettra. On ne doit pas s'astreindre, pour camper, à former un carré bien régulier. Pourvu que Ton puisse bien se garder dans la position que Ton choisit, peu importe la forme donnée au camp, si Ton est dans un endroit salubre. Il vaut infiniment mieux imposer quelques corvées aux hommes pour aller à Tcau et mener les chevaux et mulets à Tabreuvoir. La santé des soldats en souffrira beaucoup moins que de camper dans un endroit soumis à des influences morbides.
Le gouvomeur géiéî'al cT Algérie, Maréchal duc dIsly.
Par un ordre général daté du quartier général à Alger, le 17 juillet 1846, le maréchal notifie, à roccasion de divers décès survenus à la suite de haltes dans une marche sur Aumale, les avis motivés de deux chirurgiens militaires, il ajoute :
Je crois devoir ajouter à cette note les conseils suivants dont on s'est toujours bien trouvé lorsqu'on était assailli par une de ces journées brûlantes qui laissent à peine aux hommes la faculté de marcher. •
Il faut s'arrêter au premier lieu où l'on trouve de l'eau ou
des ombrages, et laisser passer la plus grosse chaleur. Sur le soir, il survient ordinairement une bise;'on en profite pour finir sa journée après avoir rempli d'eau tous les bidons, ainsi que les barils et les outres, s'il y en a.
La marche ainsi scindée et coupée de haltes suffisamment fréquentes se fait ordinairement sans accidents.
On voit que je n'admets pas la marche continue que conseille le docteur Guyon, mais je pense avec lui que, dans ces courtes haltes, il faut que les soldats restent debout. Ces haltes, de même que la grande station, doivent être faites de préférence sur les lieux élevés et où aucun accident de terrain n'intercepte la bise.
Quand une colonne traverse un pays peuplé par des tribus amies et c'est aujourd'hui la situation générale, elle peut faire la grande station quoiqu'il n'y ait pas d'eau. Dans ce cas, les officiers montés et les cavaliers de la colonne vont demander de l'eau aux douars voisins, qui s'emp resseront toujours d'en apporter au camp, avec les petites outres que les Arabes ont en grande quantité.
La méthode de scinder les marches peut encore s'applipliquer aux grandes marches sans eau. Après le repas du soir, la colonne, portant de l'eau dans tous les contenants qu'elle possède fait deux ou trois lieues et raccourcit d'autant la marche du lendemain. On n'a pas besoin do beaucoup d*eau pour passer les courtes nuits de juillet, août et septembre.
La bonté du général Bugeaud s'étendait jusque sur les animaux. Pendant la campagne d'automne de 1841 dans la province d'Oran, les bêles de somme eurent deux fois rhonneur d'être l'objet d'ordres généraux ou de circulaires du gouverneur.
Dans sa circulaire datée de Mostaganem, 8 août