CHAPITRE VI
1841, en recommandant avec une profusion de détails la culture des plantes fourragères, Bugeaud donne les motifs de sa sollicitude, en raison de Tétat des chevaux et mulets :
Toujours soumis, dit-il, à une nourriture sèche et insuffisante, ils sont très amaigris après les grandes chaleurs; nous n'avons su créer aucune ressource pour leur faire prendre le vert au printemps.
Au quartier général d'Alger le 19 novembre 1841, le gouverneur général s'occupe des ânes :
Dans les nombreuses expéditions, dit-il, dans les provinces d'Alger et d'Oran, on a senti, de plus en plus, tout ce qu'avait de fâcheux cette multitude de petits ânes qui accompagnent l'armée à divers titres... Ces animaux, de très petite taille et chargés sans pitié d'un poids énorme, ne peuvent marcher
aussi vite que l'infanterie Les ânes devront avoir 1",10,
être fortement constitués ; ils ne pourront être chargés de plus de 70 kilogrammes.
Après avoir pris soin des animaux domestiques, fidèles el modestes serviteurs du soldat, nous le trouvons songeant aux animaux féroces et à leur destruction :
Alger, 22 mars 1844.
Dans les dernières courses que j'ai faites pour visiter les routes etle sudde laprovince deMilianah, nous avonsentendu, presque toutes les nuits, les familles arabes crier et tirer des coups de fusil pour éloigner de leurs douars les lions, les panthères, les hyènes. D'un autre côté, j'ai appris que ces bêtes détruisent chaque jour, sur un point ou sur un autre, des bœufs, moutons, chevaux et chameaux. Ainsi se trouvent
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gravement affectés le repos et les intérêts des populations.
Nos devoirs envers les Arabes que nous gouvernons, la nécessité de multiplier les travaux pour assurer à bon marché les approvisionnements de Tarméc et de la population européenne, nous commandent d'exciter les Arabes à la destruction des animaux malfaisants.
En conséquence, j'ai décidé qu'il serait accordé des primes. (Suit rénumération des primes de 50 à 5 fr. pour destruction des lions, lionnes, lionceaux, panthères et hyènes.)
Une des préoccupations les plus {graves du maréchal fut Torganisalion admiiiislralive des Arabes. Livrer le lerriloire indigène à des officiers, qui, après avoir soumis les Arabes, les administreraient militairement, c'était compléter la conquête du pays. Ces officiers choisis comme administrateurs devaient parler la langue arabe, rendre la justice, étouffer dans leurs germes toute insurrection naissante et conduire les guerriers au combat.
L'arrêté ministériel du 1" février 1844, ofi nous reconnaissons à chaque ligne l'esprit lucide et net du maréchal, forme les premières pièces du dossier des Bureaux arabes; ce sont les premiers documents qu'il faut connaître pour se rendre compte de cette institution si utile, si mal connue, si attaquée aujourd'hui et'qui disparaîtra malheureusement d'ici à peu d'années.
Pour quelques officiers tarés et deux ou trois généraux pillards que les richesses de Salluste empêchaient de dormir, quelle liste interminable d'officiers d'une bravoure et d'une probité à toute épreuve ont produite les Bureaux arabes ! Combien d'entre eux,