‹ Le Maréchal Bugeaud: d'après sa correspondance intime et des documents inédits, 1784-1849Chapitre 110 sur 206 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

tion la plus large de ce mol. Il devra, autant que possible, consigner toutes les remarques relatives aux coutumes religieuses, aux mœurs, aux lois locales ou générales. 11 notera tout ce qui a trait à la richesse du sol, à la culture, aux délimitations des tribus et fractions de tribus. Il inscrira avec un soin particulier ce qui est relatif aux relations des tribus entre elles, aux marchés publics, aux droits qui y sont perçus, aux poids et mesures qui y sont en usage.

Mais la partie la plus essentielle de ces travaux statistiques est celle qui a trait à l'histoire de la tribu et à laquelle devront être joints peu à peu des renseignements sur toutes les familles et sur tous les hommes politiques qui s*y trouvent, La réunion de tous ces documents, si imparfaits qu'ils puissent ôtie d'abord, finira par constituer dans chaque subdivision, des archives dont le premier avantage sera de ne pas laisser perdre ou tomber dans l'oubli des connaissanoes acquises et d'empêcher que le changement de nos agents ne devienne une cause de perturbation. Il faut bien se persuader que notre politique doit être indépendante de la volonté des agents français qui la pratiquent actuellement, qu'elle doit leur survivre et que, pour cette raison, il est indispensable que ses fils puissent toujours être retrouvés avec facilité. Quant à la formation môme de ces archives, on ne devra point craindre d'y inscrire des renseignements môme contradictoires. Ce n'est que par la comparaison de beaucoup de données rassemblées pour une même question que nous découvrirons la. vérité. Les éléments de ces archives devront, autant que possible, être clairs, bien ordonnés, détaillés et datés. »

La circulaire du maréchal Bugeaud sur les Bureaux arabes est un modèle d'esprit pratique et de sentiments élevés. Quant aux principes qu'elle contient

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sur le gouvernement des Indigènes, ils devraient être encore aujourd'hui le vade-mecum de tout bon fonctionnaire militaire ou civil. Nous l'avons déjà citée.

Alger, 17 septembre 1844.

Après la conquête, le premier devoir comme le premier intérêt du conquérant est de bien gouverner le peuple vaincu ; la politique et Thumanité le lui commandent également.

Nous nous sommes toujours présentés à eux comme plus justes et plus capables de guuvernerqueleursanciens maîtres, nous leur avons promis de les traiter comme s*ils étaient enfants de la France, nous leur avons donné Tassurancc formelle que nous leur conserverions leurs lois, leurs propriétés, leur religion, leurs coutumes, etc., etc., nous leur devons et nous devons à nous-môme de tenir en tout point notre parole (1)

(1) « La substitution du rétriine civil au régime militaire, dit ailleurs Téconomiste M. Leroy-Beaulieu, a eu pour principal effet, non de changer le fond des choses, mais de modifier uniquement le personnel des agents. Au lieu des officiers des Bureaux arabes, les peines arbitraires sont appliquées par les Commissaires civils. Sur bien des points, la situation des Indigèjies s*en est aggravée.

u Quelque mal que Ton puisse penser des Bureaux arabes, il est certain que les officiers, dans leurs rapports avec les Indigènes^ se laissaient le plus souvent guider par certains sentiments de générosité professionnelle et de bienveillance militaire. Les agents civils n'ont pas au même degré ces qualités, et ils ne pourraient y suppléer que par un grand respect de Téquité, un tact délicat, une aptitude naturelle ou une préparation sérieuse à la difficile mission qu'ils doivent remplir. Or, depuis cinquante ans que nous sommes en Algérie, nous n'avons rien fait pour créer un personnel administratif spécial. Les seules règles qui président au recrutement de nos agents, ce sont Tinstabilité et la fantaisie.

u On raconte, à ce sujet, des anecdotes que nous voudrions croire fausses, quoiqu'elles aient été publiquement répétées et jamais démenties, l'n ténor, faisant ses débuts sur le théâtre d'Alger et n'ayant pas eu l'agrément du public, aurait quitté la scène et serait devenu commissaire civil. Des maîtres d'études, impuissants à tenir une classe de 23 ou 30 bambins, se. raient allés administrer 10 ou i 5,000 Arabes. » [Coionisation derAlgérief 1882.)

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