‹ Le Maréchal Bugeaud: d'après sa correspondance intime et des documents inédits, 1784-1849Chapitre 111 sur 206 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

La bonne politique exigera peut-être que, toujours dans les emplois secondaires, nous fassions administrer les Arabes par des Arabes, en laissant la haute direction aux commandants français des provinces et des subdivisions; mais, quant à présent, c'est une nécessité, car le nombre des officiers connaissant la langue, les mœurs, les affaires des Arabes seca longtemps trop restreint, pour que nous puissions songer à donner généralement aux Arabes des aghas et des kaïds français.

11 peut se rencontrer des localités où il ne se trouverait aucun Arabe ayant assez d'influence, assez de talent pour remplir les fonctions d'agha ou de kaïd : dans ce cas, et si la localité est voisine d'un de nos grands centres d'occupation, il sera convenable d'y placer un officier français, réunissant les qualités nécessaires pour diriger les Arabes.

Cette expérience a déjà été faite avec succès sur un petit nombre de points. C'est même par ce moyen que nous pourrons donner aux chefs arabes l'exemple de la régularité et de rhonnêteté en administration. Les Arabes, voyant que les officiers français administrent avec justice, qu'ils ne spolient personne, demanderont des Français pour les administrer, et les chefs arabes, sentant le danger d'être supplantés, modifieront leurs habitudes de concussion.

Des Impôts et des Amenies, — Les impôts principaux sont : Vuachour (dîme sur les grains) et la zekkat (impôt sur les bestiaux) et quelques autres petits produits appartenant plus spécialement à telle ou telle localité.

MM. les commandants supérieurs des provinces et des subdivisions dirigeront les officiers chargés des affaires arabes de manière à perfectionner graduellement la statistique sur laquelle doivent être basés les impôts; ils accoutumeront graduellement les Arabes et leurs chefs à porter

rimpôt au chef-lieu sans qu'il soit besoin d'aller le requérir avec la force armée. Il leur sera facile de faire sentir aux Arabes que cette mesure est tout à fait dans leurs intérêts, puisque la présence de la force armée, par la consommation qu'elle fait en fourrage ou autrement, accroît nécessairement l'impôt. Plusieurs exemples prouvent que l'habitude de payer sans contrainte peut aisément ôtre donnée. MM. les commandants supérieurs s'attacheront à faire tourner au profit du Trésor les droits de marché qu'il est d'usage de percevoir et qui ont été per(;us jusqu'ici au profit des kaïds ou des aghas. Ceux-ci ne doivent avoir que la part qui a été réglée dans ma circulaire du 5 avril 184i. — Sur un petit nombre de points, on a pen^u un droit sur le mariage, ce droit sera supprimé partout.

Nul impôt autre que ceux dont il vient d'être parlé, ne pourra ôtre établi ou maintenu sans l'autorisation expresse du gouverneur général, qui lui-môme consultera le ministre sur rétablissement d'un impôt nouveau.

Les tribus du Désert paieront Voucçn (impôt sur les achats de grains), et l'impôt du commerce conformément à l'usage.

La législation des amendes a été réglée par ma circulaire du 5 avril ISii.

Il ne me reste ici qu'à recommander î\ MM. les commandants militaires et à MM. les officiers chargés des affaires arabes d'ôtre très modérés dans l'emploi de ce moyen de répression, en le proportionnant toujours au délit et à l'esprit plus ou moins récalcitrant de la tribu. Mais, dans aucun cas, ils ne pourront^dépasser les limites que j'ai fixées dans ma circulaire susprécitée, excepté le cas de révolte ouverte, qui y est du reste prévu.

De la solidarité des tribus pour les crimes et les délits, — Nous avons traité au long ce chapitre dans notre circulaire du

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