CHAPITRE VI
5 avril ; nous n'en parlerons ici que pour bien faire sentir à MM. les commandants militaires que, si nous avons dû maintenir la terrible législation des responsabilités des tribus comme le seul moyen de maintenir une bonne police dans un pays qui n'a pas toutes les combinaisons multipliées de notre administration civile et judiciaire, ils ne doivent en user qu'avec une extrême modération et lorsque les nécessités politique ou de sûreté publique sont parfaitement démontrées. J'invite MM. les commandants supérieurs et MM. les officiers chargés des affaires arabes à se bien pénétrer de cette circulaire, ainsi que de toutes celles qui l'ont précédée, lesquelles ils ne sauraient trop revoir et trop étudier.
Signé : Maréchal Bugkaud.
Le lecteur peut voir que la création des Bureaux arabes n'est autre chose que Tadministration du pays par les officiers qui viennent de terminer la conquête.
Le colon arrivé pendant la première période d'occupation, ou même venu plus tard, mais qui a voulu pénétrer dans rinlérieur et quitter les villes de la côte, a donc Irouvé le pays gouverné par les militaires. Force lui a été de se soumettre à leur autorité. Souvent, dès le premier jour ont commencé les conflits. La raison de ces conflits résulte de cette cause, à savoir : que presque toujours le colon est venu avec le projet bien arrêté d'exploiter la race vaincue.
Les prétentions les plus communes que nous avons remarquées de la part de certains colons portent sur ces points : Faire cultiver gratuitement par le voisin indigène les terres reçues gratuitement du Gouvernement; faire travailler les Indigènes en leur promettant
un salaire déterminé ; pnis, soil lui refuser ce salaire, soit ne point lui accorder le prix convenu. D'antres colons, et c'est le plus prand nombre, exigent de l'Arabe des denrées ou marchandises sans lui en solder le prix.
Devant ces débarqués de la veille qui eussent volontiers renouvelé en Alfçérie, vis-à-vis des Arabes, les exploitations célèbres des Espagnols et des Portugais sur les Indiens du Nouveau-Monde, se dressait un simple sous-lieutenant, TaHaché aux Bureaux arabes (1). La plupart du temps c'était un officier d'élite, que sa bonne
(1) Un esprit des plus élev<'S, esprit essentiellement libéral, — un peu trop lil>éral même à nos yeux, — M. le duc de Broglie, écrivait, après une excursion faite en Algérie pendant Tannée 1838, d'excellentes choses fort intéressantes à reproduire. — 11 s'agit des Bureaux Arabes. Le jeune voyageur, rentré en France, consigna dans un livre intitulé : Une réforme administrative en Afrique, ses observations sur l'était de la colonie.
« L'Algérie traversait alors, dit-il, une phase singulière, une crise dangereuse, mais qui pour son salut fut de courte duré^.»Atin d'éloigner son cousin de la politique et de le détourn(*r des affaires de France, Tempeseur Napoléon UI avait un beau jour abandonné comme un jouet l'Algérie, au prince Napoléon. L'Altesse Rouge, sans quitter lu France, tenta de gouverner et de désorganiser l'Algérie, du fond de son cabinet du Palais- Royal (21 juin 1858 — 8 mars 1850;. Tout fut alors remis en question, le régime du sabre disparut, mais sans être remplacé ; le pouvoir civil n'était point encore solidement établi. « La confusion, le désordre régnaient partout. C'était, en un mot, » dit M. de Broglio, « un mouvement d'innovation radicale qui partait du {)ouvoir supérieur, et pouvait, s'il durait trop longtemps sans aboutir, dégénérer en anarchie. »
En constatant l'importance et la rapidité des résultats obtenus sur cette terre féconde et bénie de Dieu, malgré les révolutions et les fautes des hommes, M. de Broglie, observateur profond et curieux, en cherche la cause. — « Je dirai sans détour, écrit-il. au rit^que de soulever, soit en Algérie, soit en France, bien des contradictions passionnées, à quel secret, dans ma pensée, il faut attribuer un succès si inespéré. Il réside tout entier, suivant moi^ dans la combinaison très heureuse qui, mettant à profit les ressources variées de l'esprit français, a réussi à organiser dans ie 8(*in du l'armée conquérante un véiitable corps administratif. En général, pour tout pays, le lendemain d'une conquête est plus difficile que