‹ Le Maréchal Bugeaud: d'après sa correspondance intime et des documents inédits, 1784-1849Chapitre 128 sur 206 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

La soumission constante, paisible toutefois, Tassimilation, en un mot, ne peut venir quW la longue. C'est Thistoire de toutes les conquêtes que Ton veut garder. Si nous n*avions pas la prétention d^introduire un peuple nouveau au sein du peuple arabe, la question serait grandement simplifiée. Les vaincus se résigneraient bien plus vite à une domination simple, qui leur laisserait leurs lois, leurs mœurs et la jouissance agricole do tout le pays. Mais la colonisation européenne vient bouleverser tous leurs intérêts, toutes leurs coutumes, comme elle attaque toutes leurs passions, tous leurs préjugés. On n'accepte pas facilement une telle résolution, ot Ton saisit toutes les occasions de briser le joug (i). Que Ton songe bien que les Arabes, resserrés sur le sol par la colonisation européenne, vont être obligés de changer toutes leurs habitudes de culture. Us étaient plus pasteurs qu'agricoles ; ils sont désormais forcés de devenir exclusivement agricoles.

Il s'agit donc à présent d'assurer l'avenir de notre conquête et de libérer la métropole du grand fardeau politique et financier qu'elle supporte et qu'elle ne pourrait supporter longtemps, sans de grands dangers, sans de sérieuses entraves pour sa politique en Europe.

Afin de résoudre ce grand problème, il faut fonder en Algérie une société européenne assez nombreuse, assez fortement constituée, pour dominer le peuple arabe, assez productive, assez commerçante, pour exonérer la métropole des énormes dépenses qu'elle consacre à la colonie et à la solde d*une armée permanente. Celle-là sera toujours nécessaire, soit pour maintenir les Arabes sous le joug, soit pour

(l) Le maréchal Bugeaud, en 1846, ne pensait pas être si bon prophète : nous

avons vu, en 1870, Teffet produit par le retrait de nos troupes d'Algérie, au

moment de la fatale guerre de 1870. Dès que les Arabes eurent appris que

effectif habituel des troupes avait diminué, Tinsurrection fut déclarée et

peu s'en fallut alors que notre colonie ne nous échappât. D'autres causes,

repousser les attaques qui viendraient du dehors. Mais la colonie, si on la fait progresser autant que cela est possible, sera un jour en état de solder et, en partie , de recruter son armée.

Cette œuvre, ajoute le maréchal, est grande, difficile, lente. Quoi qu'on fasse, il faudra beaucoup plus de temps que n'en admet Timpatience publique. On n'improvise pas une grande société ; mais on peut en accélérer beaucoup le progrès, et, dans mon opinion, le Gouvernement seul a cette puissance, parce qu'il redouble les forces de la nation tout entière.

Voil<i le système tout entier du maréchal Bugeaud, c'est-à-dire la colonisation militaire. Le système contraire de la colonisation individuelle, subventionnée, protégée, était fort en honneur h la Chambre des députés. MM. Dufaure, Bignon, de Baranle, de Tocqueville, et surtout MM. de Beaumonl et de Lamoricière, opposaient aux idées du maréchal une résistance opiniâtre et systématique.

Songez-y, répondait le maréchal, il faudra augmenter votre armée, si vous livrez la colonisation aux intérêts individuels, si vous continuez à ne créer qu'une société nécessairement faible, parce qu'elle est sans discipline aucune et sans force d'ensemble. Comment, si on cessait de lui prêter le secours d'une nombreuse armée, une société ainsi constituée dominerait-elle les tribus, en môme temps qu'elle les spolierait d'une partie de leur terre pour s'y établir?

il est vrai, vinrent. au<^menter Texaspëration des Arabes. Les impolitiques et funestes décrets du ministre Crémieux, accordant aux juifs arabes la nationalité française et les assimilant aux citoyens français, la Commune républicaine installée à Alger, l'expulsion des autorites militaires, tout enfln ^contribua à attiser la révolte et l'insurrection.

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