‹ Le Maréchal Bugeaud: d'après sa correspondance intime et des documents inédits, 1784-1849Chapitre 129 sur 206 · CHAPITRE VTT · texte numérisé non relu

CHAPITRE VTT

Nécossairemeiîf, d'après les théories de nos imprudents k^fçislateurs, comme conséquence directe de rétablissement en Afrique de nombreux citoyens français, la Charte constitutionnelle, dans toute sa beauté, devait entrer en vigueur sur la terre d'Afrique. Déjà le régime civil en germe était l'objet des aspirations ardentes des hbéraux de ce temps-là. — Cette importation, est-il besoin de le dire, n'était point du goût du maréchal. Pressentant les effets désastreux du droit civil appliqué à l'Algérie, le vainqueur d'Isly exprime d'une façon énergique et pittoresque sa pensée :

La législation, comme la guerre, ne doit-elle pas se conformer aux temps, aux lieux, aux circonstances ? En présence des dangers incessants et multipliés qui menacent le peuple nouveau que nous voulons établir en Algérie, faut-il le constituer entièrement, à Timage du peuple français. Non ! mille fois non 1 et j'épuiserai toutes mes forces physiques et morales à protester contre une idée si contraire aux intérêts de mon pays.

La première de toutes les libertés, en Afrique, c'est la sécurité, c'est Tassurance de conserver sa tête, et ne pas se voir ravir sa femme, ses enfants et les récoltes qu'on a semées. On peut bien sacrifier à de tels avantages quelques-unes de ses autres libertés ; et, disons-le franchement, les masses feront sans aucune difficulté ce sacrifice dont elles comprendront l'importance, parce que leur esprit droit et simple n'est pas troublé par des théories contraires. Les théoriciens demanderont pour elles, à grands cris , des libertés dont elles ne se préoccupent pas. Ce dont s'inquiètent nos cultivateurs quand ils viennent en Afrique, ce n'est pas de savoir

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s*ils auront des libertés individuelles, civiles et politiques, c'est si, dans la localité où on veut les placer, il y aura sécurité, si la terre et les eaux sont bonnes, si Tair est salubre.

Avant de reprendre son élornello Ihèse do colonisalion militaire, le mar(^rhal rappelle ce qu'il a maintes fois déclaré, et notamment dans un discours devant la Chambre le 24 janvier i8tî), et dans le Moniteur Alfjérien. \\ savoir : qu'il n'(»st point l'adversaire exclusif, comme on le lui a prêté gratuitement, de la colonisation civile.

J'abandonnerais, dit-il, à la colonisation civile une bande de douze lieues de largeur et de deux cent quarante lieues de longueur interrompue seulement sur quelques points par les montagnes kabyles, qui viennent baigner leur pied dans la mer. Je ferai remarquer que, passé la distance de douze lieues de la côte, la colonisation libre et individuelle, faite sous la main puissante du Gouvernement, trouvorait d'immenses difficultés à s'établir. Elle ne peut se jeter dans l'Atlas, où les Kabyles, nombreux et très bolli<|ueux , n'ont pas assez de terres cultivables et sont obligés, pour subsister, d'aller travailler et récolter dans le pays des Arabes. Il faudrait donc que la colonisation passât au delà des monts, dans les plaines et les vallées du versant du Sud. ÏJi, il serait fort difficilo de protéger cette population débile, qui n'arriverait que très lentt^ment, si elle était ci»nduite par l'intérêt individuel. La distance à laquelle elle se trouverait de la mer, rendrait son installation bi'aucoup plu< pénible et plus dispendieuse. Mais le grand obstacle so trouve dans la difficulté dt» protection. Déjà on l'a vu en dedans du cercle étroit où st^ trouve la colonisation civile autour d'Alger. L'armée a

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