CHAPITRE VII
eu toutes les peines du monde à la préserver pendant la grande insurrection de Thiver dernier. En 1839, on sait ce qui lui arriva, bien qu'on Tait entourée de camps et de postes. Que serait-ce donc si le trajet était allongé de quinze à vingt lieues ? La protection directe , immédiate, sur cette longue ligne, serait tellement impossible, qu'il ne faudrait pas môme y songer» Nous avons fait dans la dernière campagne, à l'égard des tribus, souvent Texpérience de cette impossibilité. Notre extrême activité et notre constitution extrêmement mobile ont-elles suffi pour les garantir toujours des surprises d'Abdel-Kader ? Non ! et malgré la mobilité de ces tribus qui pouvaient abandonner leurs villages, elles ont été souvent atteintes. II faut donc que les populations européennes qu'on portera sur le versant du sud de TAtlas, aient de la force par elles-mêmes (l) et qu'elles n'attendent pas uniquement leur salut des efforts de l'armée.
Son Mémoire aux Chambres ^ dislribué le l*"' janvier 1847 est plus explicite; il résume toutes ses idées, c'est son suprême effort. Aussi entre-t-il dans de minutieux détails sur le mode de recrutement des soldatslaboureurs, sur leur mariage, etc. Le maréchal, pour mieux faire saisir l'ensemble des dispositions par lesquelles il voudrait constituer les colonies militaires, ébauche un projet de lordonnance qui scTait rendue, en vertu de la loi ouvrant un crédit.
Si une somme quelconque était votée au budget, dit-il,
(I) Que se »erait-il passé en 1870, nous le demandons aux partisans du régime civil, aux républicains, ennemis acharnés du sabre, si, au lieu do trouver des villa^'es sans défenseurs, des fermes isolées, rinsurr<H.*(ion kabyle s'était heurtée à des cités florissantes, à de grrands villages mditaires tels quo le^ rêvait le maréchal?
284 LE XAnÉ>:HAL Brr-CAlTi.
pour faire des essais de colonies militaires, voici comme j'opérerais '1 . Je choisirais, sur les états que j'ai en main ou sur de nouveaux état<. un nombre de sous-ofGciers et soldats roriespondant à l'allocation. Les laboureurs en fourniraient la masse, mais il y aurait dans chaque centre de population le nombre nécessaire d'ouvriers en bois, en fer, en pierre et autres, pour les besoins de ragricullure. Tous les colons choisis recevraient immédiatement un congé de six mois pour aller en France se marier. Us seraient invités à ramener avec eux quelques individus plus ou moins valides, de leur famille, et à rapporter, autant qu'ils le pourraient, tout leur avoir n'-alisé en écus, sauf quelque mobilier. Ils seraient encore invités à abréger leur congé et à revenir, dès qu'ils seraient mariés. Immédiatement après, je placerais, sur chacun des centres de population choisis pour la colonisation militaire, un bataillon chargé de faire les constructions, les chemins, les condiiilcs d'eau, la fontaine, le lavoir, Tabreuvoir, etc. Il planterait des arbres, préparerait des jardins et ensemencerait les terres dans la saison convenable. On conçoit combien il est important <le ne pas perdre une année de végétation, afin de mettre plus vile les colons en position de se passer des secours de l'Ktat. Les travailleurs du bataillon seraient payés comme les paie le génie militaire... — Les colons militaires revenus
(Il « Nous avons é(<'', (li:^ail en 18i(i M. de Loinénie, nous xomraes encore, rouinio !<'« vi<*ux Romains, et c'est là notn» Ibrco, un peuple agriruiteur et f/nrmrr. Les méchants couplets de vaudeville pas plus que les entraînements industriels et les jeux effreni'îs de ra^'iotagc n'ont pu enlever nu > vieux type du snHnt iaboureur, eon caractère éminemment français. Or je no \ois nul homme d(> nos jours en qui se personnifie d'une manière aussi romj)lète, aussi ahsolue que chez le maréchal Bugeaud ces deux forces vives <le la France, le |>aysan et le soldat, et dans l'esprit duquel tous les autres intc«rèts «oient plus complètement suhordonnés à la défense opiniâtre et persévérante de ces deux prrands intt'rèts français : une aprriculture floris- >ante, progressive, et une forte or^^anisatiou militaire, [dnlerie des con^ tf/nporain:* ilinsh'es, par un homme tfr rien» Pari», 1846.V