CHAPITRE VU
de France devraient leur travail gratuit puisque ce serait pour eux qu'ils travailleraient, et que TÉtat ferait presque tous les frais de leur établissement. En effet, TÉtat fournirait la solde des travailleurs du bataillon, le fer, le bois de construction, quand on pourrait se les procurer sur place, le mobilier agricole, les revenus et les vivres de la famille jusqu'à ce que les récoltes lui permissent de vivre par ellemême. — Sur ce dernier point, je petise qu'il ne faut pas limiter le temps d'une manière absolue et uniforme, parce qu'il ne peut y avoir d'uniformité dans les circonstances où se trouveront les colons... Dans le tableau approximatif des dépenses aux frais de l'État pour l'établissement d'un colon militaire, j'ai calculé les secours en vivres et autres prestations sur une moyenne de dix-huit mois.
On trouve habituellement dans un bataillon les ouvriers d'art nécessaires aux constructions d'un village. S'il en manque quelques-uns, on les prend dans d'autres corps. Ouant aux laboureurs, ils abondent. On trouve facilement aussi des jardiniers de deuxième ou troisième ordre et des planteurs d'arbres.
Si la colonisation militaire, ayant réussi dans les premiers essais, devait ôtre pratiquée sur une large échelle, il devient probablement nécessaire d'organiser dans l'armée de Franco quelques bataillons provisoires d'ouvriers pour arriver plus vite. On ne pourrait trop accélérer une œuvre qui doit consolider la conquête et libérer la France, Cette institution de bataillons provisoires ne serait pas moins proGtable à la colonisation civile, dont elle rendrait la marche assurément beaucoup plus rapide et moins dispendieuse.
Je dois (lire pourquoi je préfère ;\ des libérables des soldats ayant trois ans de service à faire. Par cette mesure, j'ai voulu servir rintcrôt politicjue et financier de l'État, celui des
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colons eux-mêmes et celui de la colonisation en général.
Si mes colons militaires étaient libres dès le début, il faudrait une législation toute spéciale pour les obliger au service militaire et à Texécution de tous les travaux d*utililé publique. Cette législation était entrée dans mes premiers projets. J'ai reconnu plus tard qu'elle serait difficile à établir, plus difficile encore à obtenir.
Le mieux possible ^lon moi étant impossible, je demande le mieux relatif. Le mieux possible eût été de tenir les colons de Tarmée pendant un temps indéterminé sous le régime militaire (1). Indépendamment des diflicultés que j'ai signalées, il aurait fallu créer, pour faire fonctionner ce régime et maintenir la discipline, un corps spécial d'officiers rétribués, à qui on aurait dû assurer une certaine carrière. Cet élément de la question était très embarrassant; il n'a pas peu contribué à me faire abandonner le régime militaire permanent. Mais j'ai voulu en conserver les avantages pendant le temps de la création, parce que, durant cette période, il est nécessaire d'avoir une grande autorité. Sans la discipline et avec la liberté individuelle du libéré, nous ne pourrions faire exécuter qu'à grands renforts de budget tous les travaux d'utilité publique ; et comme les Chambres ne voteraient certainement pas les sommes nécessaires pour l'exécution de ces travaux par des bras civils, les établissements languiraient, comme ont langui et languissent encore bon nombre de nos villages de France : les colons en souffriraient, la solution do la question serait retardée.
Pondant les trois ans durant lesquels les colons seront
^1) ('était là la colonie militaire romaine. Système absolu, qui a produit en d'autres temps et d'autres siècles, il est vrai, des résultats gigantesques. Les détracteurs du mnréchal ont plus d*une fois voulu confondre ses projets de colonisation avec la colonisation romaine.