‹ Le Maréchal Bugeaud: d'après sa correspondance intime et des documents inédits, 1784-1849Chapitre 132 sur 206 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

soumis à la discipline, sans qu'il soit besoin de faire aucune législation nouvelle, puisqu'ils seront encore liés au service par les lois du recrutement, on fera exécuter à très peu de frais, dans les moments perdus pour Tagriculturc tous les Iravauxgénéraux, tels que les routes, les ponceaux, les dérivations d'eau pour Tirrigation, la plantation des avenues, le dessèchement des parties marécageuses, les aqueducs de salubrité, et dans les chefs-lieuj; de commune Téglise, le presbytère, la mairie, la prison, la halle, etc.

Voilà ce qui doit apporter une énorme différence entre la prospérité des colons militaires et celle des colons civils.

Les premiers, dans le cours des trois années, se pourvoiront eux-mômes, en vertu d'une discipline qui crée l'association des efforts individuels, de tous ou presque tous les objets d'utilité publique. Les seconds, sous le régime de la liberté individuelle, attendront ces bienfaits du Gouvernement; et comme celui-ci restera impuissant devant des nécessités si multipliées, ils attendront longtemps.

Autre considération : Dans un village civil, tout le monde n'est pas actif, tout le monde n'est pas rural, tout le monde n'est pas entendu dans la meilleure direction à donner à ses travaux^ à des plantations^ tout le monde ne sait pas quelles sont les cultures qu'il est le plus intéressant de propager dans l'intérêt individuel comme dans l'intérêt général de la colonie et de la métropole; chacun agit à sa guise (1). L'ivrogne

(1) Ce tableau peu flatté est malheureusement bien exact. Combien de Tillages algériens contiennent, hélas! les types esquissés par le maréchal I L'initiative individuelle produit d'excellents résultats, sans doute ; mais il serait imprudent de l'exalter outre mesure. 11 faut au colon, pour réussir, de grandes qualités et avant tout la persévérance et le courage.

En 1873, au moment où M. d'Haussonville faisait à grands frais, dans la plus noble des intentions, transporter des familles alsaciennes en Algérie, nous avons eu plus d'une fois, étant préfet» la douleur de rapatrier en France des Alsaciens. En effet, la plupart de ces malheureux, ouvriers d*U8ine,

va au cabaret, au lieu de travailler; le fainéant se croise les bras lorsqu'il a beaucoup à faire; celui-ci cultive du tabac; Tautre n'en plante pas; celui-ci plante des mûriers ou des oliviers dans d'assez bonnes conditions; Tautre ne plante rien du tout, ou plante d'une manière détestable. — En un I mot, c'est une société sans règle, sans discipline, sans unité t , d'impulsion. Je ne pense pas que cela puisse amener bien vite la prospérité générale.

Dans la colonie miUfairey au contraire, s'il se trouve un homme de quelque habileté, et nous tâcherons qu'il en soit ainsi, il donnera à tous les travaux une direction conforme, * en harmonie avec l'intérêt des individus et les intérêts généraux de la colonie et de la France.

Pendant les trois années les bonnes habitudes s'établiront, et il est permis d'espérer qu'elles se continueront lorsque le village ou la commune sera rendu au régime civil. En un mot, pour accélérer la marche d'une société qui commence, il faut de l'autorité chez ceux qui la dirigent. Trois ans de cette autorité me paraissent suffisants pour établir, de tout point, l'aisance d'une commune.

Le régime civil, auquel seraient ramenés après trois ans les colons militaires, devra-t-il être immédiatement le même que celui des territoires civils actuels? Je ne le pense pas. Je , crois qu'il sera bon de les tenir encore longtemps sous l'autorité militaire qui régit en ce moment les territoires mixtes. Ainsi, des officiers seraient administrateurs et juges. Ce serait dans l'intérêt des administrés comme dans l'intérêt de l'État. Les sociétés nouvelles réclament une administration simple.

plus ou moins laborieux et peu habitués aux travaux des champs, ne tardaient pas, à peine établis dans l<»s embryons de village préparés pour eur à la hâte, à vendre leurs bœufs, leur outillage, et à rentrer à Alger, avec leur famille, découragés et dans le plus complet dénuement.

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