CHAPITRE VU
une justice prompte et sans frais. L'État, qui a tant à dépenser pour les choses urgentes et fondamentales, a besoin d'une grande économie dans l'administration. Or, si Ton introdui* sait partout l'administration et la justice civiles au fur et à mesure du progrès d'une colonisation qu'il est du plus haut intérêt politique de rendre aussi rapide que possible, nous verrions bientôt doubler, tripler, décupler même le budget civil actuel, déjà très considérable.
Quand l'État aura fait le cadre vigoureux de colonisation militaire et civile que je demande; quand il aura exécuté les grands travaux de première urgence; quand les cases du cadre auront été remplies, en partie par les intérêts individuels arrivant librement et d'eux-mêmes; quand les Arabes, de toute part enlacés par notre colonisation, se seront résignés à accepter notre joug, le moment sera venu d'établir partout l'administration civile (i).
Tout en renonçant à donner aux colons tirés de Tarméc la discipline militaire permanente, je crois qu'il est indispensable de la leur conserver jusqu'à un certain point par une loi de milice un peu plus forte que la loi actuelle de milice dans les territoires civils.
Il me reste à indiquer la position géographique des colonies militaires. J'ai déjà dit que, dans mon système, une zone
(1^ Dans un livre publié après un voyage en Afrique, par M. Enfantin, le célèbre Père Enfantin, l'économiste saint-simonien : la Colonisation en Algérie (1845), nous trouvons exposés des plans de colonie militaire d'après les principes du gouverneur général. M. Enfantin, loin de critiquer ces principes, les approuve complètement, m Si le gouTerneur général qui colonisera rAlgërie, dit-il, aimait autant l'agriculture que la guerre, s'il était, pour ainsi dire, aussi fier d'être paysan que d'être soldat, je crois que la colonie militaire marcherait fort bien, dès que les Chambres l'auraient décîdée. Or il me semble que cette hypothèse est déjà réalisée en Algérie, et qu'il ne manque plus que la volonté des Chambres et Tinitiative da Gouvernement.
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d*environ douze lieues, à partir de la côte, serait abandonnée à la colonisation civile, faite en partie par les soins du Gouvernement, en plus grande partie par les intérêts individuels et collectifs I C'est donc en avant de cette zone^ à de rares exceptions près, que seraient placés les colons tirés de l'armée
Ce Mémoire se terminait par ces mots :
Vous êtes en présence d'un peuple fier, belliqueux, admirablement constitué pour la guerre, toujours prêt à combattre, jaloux de son indépendance, ainsi que toute son histoire le prouve. Pour le dominer, le modifier et le spolier au profit du peuple nouveau que vous voulez introduire dans son sein, il faut que vous soyez toujours forts, soit par une armée permanente, soit par la nature et la constitution du peuple dominateur.
Devez-vous attendre du temps et des intérêts individuels la création de ce peuple dominateur? Non! carie temps n'est pas à vous ; vous n'êtes pas assurés de rester maîtres de la mer, et il peut survenir telle circonstance en Europe où vous aurez besoin de tous les cadres de votre armée.
Si vous adoptez le laisser- faire (i) comme le plus économique moyen pour fonder la colonisation financièrement, il vous en coûtera beaucoup plus cher; car il faudra y imputer :
(1) Le laisser- faire ^ dans la bouche du maréchal, était le système préconisé par le général de Lamoriciëre, c'est-à-dire la colonisation libre par les intérêts individuels ou collectifs, patronnas et subventionnés par rÉtat. C'est le système qui a prévalu jusqu'à nos jours. Combien de millions a-t-il coûté à la France ? C'est ce que la statistique pourrait démontrer. Mais il n'est pas besoin d'être un puissant économiste pour démontrer que si, en 1847, le système de colonisation de Bugeaud avait été mis en pratique et slrietemeut suivi jusqu'à nos jours, notre Algérie posséderait dix départements et cinquante villes de vingt mille âmes, rapporterait un milliard à la France et serait le véritable prolongement de la mère patrie.
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1° Les énormes dépenses de rentreticn d'une grosse armée permanente, que vous serez obligés d'augmenter pour protéger les intérêts individuels s'éparpillant sans forces sur de grandes surfaces;
2» La valeur, pendant un temps indéterminé, des compensations du commerce et des impôts, qu'un système plus large^ plus rapide vous aurait promptement donnés.
Enfin, et cela est incalculable, il faudra attribuer au système mesquin, imprudent du laisser-faire les embarras elles dangers politiques qui peuvent vous surprendre et que mon patriotisme, éclairé par dix années d'études et de pratique, veut épargner à la France.
Le Mémoire aux Chambres était suivi d'une note, viTJIablo mise en demeure, ainsi conçue :
Je prie le Gouvernement de demander le plus promptement possible aux Chambres une allocation pour faire une expérience de colonisation militaire avec mille colons. 11 serait à désirer que cotte mesure fût adoptée dans le courant de janvier ou les premiers jours de février, afin de pouvoir mettre la main à Tœuvre, dès le mois de mars. L'allocation, qui serait de trois millions, devrait ôlre divisée en deux années : deux millions pour 1847, parce que Tannée de la création dos villages est la plus dispendieuse, et un million pour 1848.
Dés la fin de 1847, l'expérience pourra ôtre très concluante, car la principale question, celle du mariage des colons, sera alors suffisamment connue. Elle aura échoué ou réussi. Quant au reste, je n'ai aucune incertitude; il ne me parait pas douteux le moins du monde que des hommes vigoureux et acclimatés, pour lesquels on aura fait ce que j'indique, ne réussissent à se fonder sur le sol africain une existence meilleure que celle de la plupart des cultivateurs de nos vil-
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lagcs de France. Cela est prouvé d*ailleurs par les résultats obtenus dans les villages de Mered et de Mâelmâ. — Ainsi, dus Tannée prochaine, on saura à peu près exactement à quoi s'en tenir sur cotte expérience qui, loin d*arrêter le mouvement (Colonisateur actuel, le favorisera moralement et matériellement. La confiance publique ne peut que s*accroitre en voyant le Gouvernement tenter des choses sérieuses pour la colonisation.
iU' sii|)n>ni(* appel du vieux soldat, du vainqueur d'isly, du ronquérani el du colonisateur de nos posseHsinns alf^ériennt^s ne fut pas entendu. Les Chambres n*fusJîrenl le eiYMlil (Ij; le projet, comme on Ta vu, fut retiri') par le Gouvernement, qui, du reste, avait mis quelque lj('Ml«»ur à le di^fendre. Trois semaines après, le nian'M'hal-gouverneur abandonnait la colonie pour ne plus y revenir.
Ce fut dniis le eouranl de l'année 1843, à la suite (h' lonj^ues néf^'oriafions entre le pouvernemenl frani;ais et Ir supérieur {général de la Trappe, que la colonie relif;i«»ust» des Pères Trappistes fut envoyée en Algérie. Les fondateurs eun^nl h choisir entre trois eoneessions situées <»n des lieux différents. Les do-
M li; Uji|»|)«lonH-iioiiH, écrivait M. U* capiuiine Ilugoiieten 185*), que le KOiivi^niAinent (1<* février vota 50 millioiiH pour établir comme agriculteurs «Ml AlK<^rif tli'H hijoutifrH, des passemeutier» et autres ouvriers de Paris. Il II Vu iiViit pan mslé un dixiëmi* dans les campagnes. A la première naihoii, di'ri iiialadi<*s; au troisiénu) trimestre, comme disent les soldats, la iiiiMiaiiti) en avait mlevé un bon nombre et le reste s'était réfugié dans les viib'H pour y excn^T divers métiers. Avec cette somme, que n'eût pas fait le nian-rljal I II eut certainement constitué ce cadre de colonisation qui le pr«oiriip:iit et qu'il Voulait rigoureux, éprouvé. »