‹ Le Maréchal Bugeaud: d'après sa correspondance intime et des documents inédits, 1784-1849Chapitre 136 sur 206 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Ils travaillent l'un et Tautre pour la communauté, et ils sont dirigés par une seule volonté.

Aussi suis-je persuadé que votre établissement prospérera (1). L'exemple de vos vertus, Texercico de vos bonnes

(1) Nous ne pouvons songer à relever ni à citer les accusations grotesques, les calomnies ineptes dont fut assailli le maréchal Bugeaud, à l'occasion de ce que Ton appelait ses rêves de colonisation militaire, et de ses sympathies pour les corps religieux. Qu'on nous permette seulement d'évoquer pour sa défense la parole d'un de ses camarades, à peine son ami, mais dont l'intégrité et l'indépendance ne sauraient être suspectes. Nous trouvons à la dernière page du très remarquable Mémoire paru en 1843, sous ce titre : Quatorze observations sur te dernier Mémoire du générai Bugeaud, par te générât Duvivier, ancien élève de FEcote polytechnique^ les lignes suivantes qui surprendront plus d'un de nos lecteurs :

u 11 est une autre entreprise dont la poursuite, dans la conquête de l'Algérie, doit flatter de nobles espérances chez la partie saine de la nation. Cette entreprise est toute religieuse, toute morale: c'est la civilisation des populations africaines. Mais ici la question est environnée de nuages épais, de clartés trompeuses, et sans pilote habile on risque, sous l'empire de ces prestiges, de voguer bien loin du port que l'on désire. La civilisation que nous avons en vue est celle qui découle tout entière de la morale du Christ. Ce n'est nullement cette civilisation matérialisante qui a pour pôle la satisfaction des besoins, pour moteur l'individualisme, pour moyens la création incessante, indéfinie de nouveaux besoins, pour morale, la justification par le succès, quelque vils qu*aient été les moyens. Mais tant de personnes maintenant, surtout celles qui ne s'occupent que du lucre, comprennent la civilisation de cette perverse manière, qu'il est ))ien à craindre que ce soit celle vers laquelle on s'avancerait

Pour civiliser, ce sont des idées évangéliques qu'il faut répandre ; et qu'on y réfléchisse bien, ce seront des idées qui assureront notre domination, car ce sont des idées qui nous feront la guerre. La force réelle d'Abdel-Kader, la force qui nous résiste, a sa source dans des idées ; or des idées ne se détruisent que par des idées nouvelles et supérieures. Ce principe doit diriger notre marche vers la victoire. Ainsi dirigée, notre marche paraîtra plus lente, mais elle sera plus assurée !

« On vient d'envoyer des Trappistes pour cultiver en Afrique; c'est une heureuse pensée. Ils donneront à nos populations l'exemple de ce que peuvent des hommes ayant fait vœu de pauvreté, de travail et de discipline ; ils seront un modèle complet de ce que devrait s'efforcer d'être une population de colons. Probablement ils ne seront point inquiétés, car jusqu'à ce jour les Arabes ont respecté nos ecclésiastiques. Tout ennemis

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œuvres, et surtout votre charité tolérante, s*étendant à tous sans distinction de classe ni de religion, servira , j'en suis

qu'ils Ront du Christianisme, ces hommes croyants pensent que ce serait un crime devant Dieu de maltraiter cehii dont les fonctions sont de pner Dieu. Voih\ comme se rencontrent tous les contrastes dans ce peuple si différent des peuples que nous sommes habitues à voir. Des bataillons permanents, cultivant à leur bénéfice, seraient aussi des hommes plies à U pauvreté, à la discipline et au travail. Ils formeraient un second modèle moins accompli que celui des Trappistes.

u Sous ces exemples et sous ces protections religieuses ou militaires s'établiraient des colonies du paupérisme. Alors on serait assuré de progresser vers la colonisation et la civilisation. Oui ! pendant un grand siècle il faut que la colonie (VAfi^ique soU tin immense ordre religieux, agricole et militaire, ayant fait vœu de pauvreté, de discipline et de travail.

« Tout coup ainsi tente à de difficiles entreprises exige pour réussir une tôte puissante, dépositaire d'une pensée toujours constante, toujours attentive, toujours prévoyante. Où la trouver? Nous Tavons dit : un Vice-Roi héréditaire î »

Le générzil Duvivier (Fnmciade-Fleurus), né à Rouen, en 1794, est mort à Paris, lâchement tué sur une barricade, pendant Tinsurrection de juin 1848. Klëve de l'École polytechnique, il prit part avec ses camarades à la défense de Paris contre les alliés et passa en 1814 à TËcole d'application de Metz. Capitaine en 1822, il fut chef du génie à Âjaccio, à Calvi et aux îles d'Hyères, et reçut en 1825 la mission d'instruire les troupes du bey de Tunis. Après avoir exploré, pendant trois ans, les côtes de la Mar» tini([ue, il f)t partie de l'expédition d'Alger et eut le commandement du corps des zouaves, que l'on organisa après la conquête avec les Volontaires parisiens du régiment de la Charte. Il se distingua avec eux, en 1831, aux gorges de l'Aoura. Nommé en 1833 commandant de Bougie, il forma à Bûne le premier régiment de spahis en 1835, et, l'année suivante, remplît à Alger les fonctions d'Agha des Arabes.

Au siège de Constantine il était colonel au 2i<^ de ligne. Il devint mar«^chal de camp en 1839, commanda une brigade au col de Mouzala en 1840 et soutint à Médéah, dont il était gouverneur, un siège contre l'Émir. Il rentra en France en 1841. Déjà auteur de plusieurs ouvrages, d'un Essai sur la défense des États par 1rs fortifira lions et des Études sur la succession d'Et-^ pagne, il publia eu 184! une Solution dt. la question d'Algérie, ei, en 1843, une brochure fort curieuse intitulée : Quatorze ohservations sur le dernier mémoire du général Bugeaud. Il demeura à Paris, attaché au ministère de la guerre jusqu'en 1848, où il fut chargé d'organiser militairement les 22 bataillons de la garde mobile de Paris. Il réussit merveilleusement dans cette ti\che délicate et la population de Paris, reconnaissante, le nomma députi> p:ir 182,000 suffrages. Nous avons dit comment il était mort !

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certain, à nous gagner le cœur des Arabes que nous avons soumis par la force des armes.

J'ai donné des ordres pour que Ton mit à la disposition de vos Frères 50 condamnés militaires habitués au travail et quelques officiers du génie capables de diriger les travaux d'installation. Quoique ce secours n*ait pas été stipulé dans les conditions, il ne laisse pas d'être égal au moins à la subvention de 62,000 fr. demandée par vous et accordée par le Gouvernement. Je Tai cru nécessaire pour aider à vaincre les premières difficultés et pour attendre l'arrivée de vos Frères en nombre suffisant pour trouver en eux-mêmes les moyens do faire prospérer cet intéressant établissement.

Mon concours et ma protection ne vous manqueront jamais.

Rocevcz, etc.

Signé : Bugeaud.

La pose de la première pierre de la nouvelle abbaye eut lieu solennellemeni le 14 septembre 1843, en pn'^sence des aulorilés ecclésiastiques, civiles et militaires. >P'' Dupuch, évèque d'Alger, célébra d'abord la messe sous les magnifiques palmiers qui, quelques années auparavant, le matin du grand combat (19 juin 1830), abritaient TAgha, gendre du Dey d'Alger, et son brillant état-major.

La première pierre fui placée sur un lit de boulets, ramassés sur le champ de bataille de Staouéli. Le maréchal Bugeaud reçut la truelle des mains du R. Père Régis, il s'en servit pour étendre le ciment ; puis, lorsque la pierre fut roulée en place, le gouverneur général vint l'affermir d'un coup de maillet, et chacun, après, lui répéta la même opération.

Aussitôt que les Trappislos ourenl rommoncé leur installation, le manVhal Bupeaud leur fil don d'un troupeau de 28 Ixinifs et vaches ot de 90 moutons ou brebis. Peu apr^s, il leur envoya si\ magnifiques paires de bœufs de labour, qui furent d'un grand secours aux nouveaux colons pour d(^foncer les terres. Le maréchal était fort désireux de suivre, de près, les progrès de la petite colonie des Trappistes ; il voulait juger par lui-même des effets du travail en commun et comparer les résultats ji ceux qu'il avait obtenus h Mered avec une colonie formée d'anciens militaires. Là, en effet, le maréchal s'était convaincu que Tassociation du travail était d'une application fort difficile et que, seules, les congrégations religieuses pouvaient, grâce à leur dévouement et à leur esprit d'abnégation, résoudre le problème.

Les débuts, cependant, furent pénibles pour les Trappistes. La maladie les atteignit tous successivement. Un d'eux mourut, et les religieux furent obligés de se transporter momentanément dans des lieux plus salubres. A la suite de pluies continuelles, les premières constructions s'écroulèrent ; le gouverneur général dut renforcer l'escouade d'ouvriiM's militaires et placer à la tête le colonel Marengo, qui sut donner de l'activité aux chantiers et mener rapidement les travaux.

Toutefois, les ressources de la petite* communauté s'épuisaient rapidement. Malgré un subside de 30,000 francs voté par le conseil d'administration, malgré des secours (mi hommes et en nature géné- HMisement accordés par le maréchal Bugeaud, malgré

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