CHAPITRE VII
do nouvelles recrues de religieux venus de France, le découragemenl gagnait peu à peu les Trappistes. Le H. Père R(^gis partit pour la France et vit le ministre de la guerre, le maréchal Soull, en son château de Saiiil-Amand. 11 fut également reçu avec bienveillance à la Cour et recueillit partout les marques de l'intérêt le plus vif. Les plus belles promesses lui furent faites; on n'en tint aucune.
Cependant le voyage du R. Père Régis n'avait pas été inutile ; il ramenait avec lui sept religieux, un peu d'argent, et, à son retour, les travaux reprirent avec activité. Le 22 mai 1844, l'église du nouveau couvent était terminée ; elle fut consacrée par l'évêque d'Alger. L« R. Père Régis, frappé, à son tour, par la maladie, eut la douleur de ne pouvoir assistera cette inauguration. Bientôt, malgré sa faiblesse, il allait s'embarquer pour la France où les intérêts de la communauté l'appelaient encore une fois.
La maison mère d'Aigiiebelle s'était engagée à faire une avance de 30,000 francs à Slaouëli, en remplacement de la somme votée parle conseil d'administration, et que le ministre, pour obéira de certaines inlluences politiques, avait impitoyablement refusée. 10,000 avaient déjà été envoyés, et les Trappistes de Staouëli attendaient le complément, lorsque le Père Régis reçut une lettre de la maison mère annonçant qu'il ne devait plus compter sur la somme promise. L'évêque de Valence, ayant peu de confiance dans l'avenir de la colonie et craignant de diminuer Féclat de la maison d'Aiguebelle, avait dicté cette résolution
30â LE MAllÉCIlAL BUGKAUD.
Hii Phvi} supérieur. Le Père Régis alla trouver le maréclial Bu}i;eaud, qui voulut bien s'intéressera la Irisle sil ludion de ses chers Trappistes et écrivit à Tévêque (h» Val(»uce la lettre suivante
Alger, 14 novembre 1844.
Monseigneur,
Le Père ilégis^ supérieur des Trappistes établis à Staoueli, est venu, la douleur dans râmc, m'informcr que les 20,000 fr. sur lesquels il avait dû compter comme secours de la part des religieux d'Aiguebelle pourraient lui faire défaut. Le supérieur d'Aiguebelle lui écrit qu'au lieu des 20,000 fr. qu1l attendait comme complément de la somme promise^ il n'en recevra que 4,000. Ce serait, est -il dit, par suite des ordres que vous aviez donnés.
Vous comprendrez aisément, Monseigneur, combien une pareille décision, si elle était définitive, serait funeste pour cette institution naissante. Le Père ilégis avait fait ses calculs et ses entreprises d'après des ressources qu'il devait croire certaines, puisqu'elles étaient basées sur les promesses de la charité et de la confraternité chrétiennes. Les travaux commencés en vue do ses ressources, les engagements pris envers les enlrepreneurs et les fournisseurs de matériaux, l'achèvement indispensable d'un travail commencé, Texistence même de cette fraction d'une grande famille seraient compromis si votre décision était irrévocable. J'ai la confiance, Monsei-^ gneur, qu'il n'en sera jamais ainsi.
On a écrit au Père Hégis que la mesure plus que rigoureuse dont il est menacé proviendrait de ce que l'on a été effrayé des malheurs qui ont frappé, cette année, les Trappistes de SlaouOli. Je ne puis croire à un pareil motif: c'est précisé^
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ment parce que les Frères de SlaouSli ont été cruellement éprouvés cette année qu'il est urgent et du devoir de tous de venir à leur secours. C'est ainsi du moins que j'en ai jugé; sans ces malheurs, il y a longtemps que je leur aurais retiré les ouvriers militaires que je leur ai donnés, dès le premier jour de leur installation. Au lieu de cela, nous les augmenterons s'il le faut, et nous redoublerons de zèle en tout point.
Et cependant, Monseigneur, nous n'avons point appelé cette institution ; elle était contraire à notre opinion. Je pensais que ce n'était pas par là qu'il fallait commencer la colonisation, et que^ ne pouvant tout faire, il fallait s'attacher à ce qui est le plus essentiel. Or, en colonisation, c'est d'avoir des familles attachées au sol, et non pas des célibataire's, quelque respectables qu'ils soient par leurs vertus. Mais du moment où, contre mon opinion, on m'a imposé les Trappistes, je les ai adoptés comme des enfants très intéressants de la grande famille coloniale, et j'ai pris la résolution de les faire réussir, malgré toutes les difficultés que je prévoyais. Eh bien, oui, ils ont été très malheureux cette année ! Leur récolte, qui avait la plus belle apparence dans les premiers jours de mai, a été grandement amoindrie par les chaleurs trop précoces et par le brouillard. Un peu plus tard, des maladies sont survenues, ont affecté presque tous les Itères, et en ont emporté plusieurs. Dans cette triste situation s'ils n'eussent été secourus par l'armée, malgré leurs vertus, leur courage et leur persévérance, ils seraient tombés dans le désespoir.
Les débuts de ce genre. Monseigneur, sont rarement pros* pères ; il y a des difficultés sans nombre que l'on n'aperçoit pas de loin et que les gens du monde soi-disant éclairés savent rarement apprécier. On ne peut en triompher que par une grande persévérance et une grande fermeté d'âme que
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la religion ou les vertus mililaires peuvent seules donner. Ce ne sont pas seulement les Trappistes qui ont eu des difficultés à vaincre, Tarmée en a trouvé devant elles de plus grandes et de plus nombreuses et de plus prolongées; elle en a triomphé par sa courageuse opiniâtreté. Les Trappistes en triompheront de môme, car ils ont déjà passé les plus mauvais jours. Leur établissement avance (1), leur culture sera meilleure cette année que Tannée précédente, leur tempérament acclimaté, et Tannée 1845 ne sera pas néfaste pour
(1) u L'établissement des religieux Trappistes dans la plaine de Staouêli, faisait écrire le maréchal dans le Moniteur Algérien du 30 octobre 1844, a réalisé de grands progrès depuis quelques mois. Le corps principal de bâti» meut est formé de quatre ailes, d'un développement de 50 mètres, dont chacune est presque entièrement terminée; une seule de ces ailes n'est p^ encore entièrement couverte, mais elle le sera dans quinze jours au plus.
M Celte construction, qui sera vraiment magnifique, s'élève dans une situation pleine de grandeur : d'un côté Sidi-Ferruch et la mer, d'un autre les . montagnes de Cherchell et l'imposante cime de Chenoua, à gauche, en venant d'Alger, la chaîne ondulée des collines du Sahel, où se trouTeDt Dely-Ihrahim, Ouled-Fayet, Saint-Ferdinand, MàelmA et Douera. Ces centres de population forment un encadrement admirable pour cette plaioe i'niiiense qui évoque de glorieux souvenirs et où se dresse en ce moment la flèche élancée du monastère dans laquelle retentira bientôt la cloche de la prière. L'aspect de l'établissement a quelque chose qui rappelle le moyen âge; on dirait ainsi un de ces couvents de Terre-Sainte ou de la Tliéhaldi* que le crayon des voyageurs a dessinés et qui donnent de la grandeur et de la poésie aux pays où ils se trouvent.
<• L'ne vaste ferme va être construite parallèlement à la face nord dubAtimcnt, elle sera également composée de quatre ailes d'un développement égal à ci'liii de Tédifice principal. Du côté de l'Ouest sera la cour d'honneur enfermée d'un côté par l'hôtellerie ou maison des hôtes et de l'autre par des ateliers destinés aux professions bruyantes, qu'un ne peut admettre (lanH l'intérieur du cloître parce qu'elles troubleraient le silence et le recueillement qui doivent y régner.
« Kn résunii*, ce que les Trappistes ont déjà exécuté fait bien préjuger du Kurcèsde leur entreprise ;et nous avons l'assurance que, dans peu d'années, (piand la vaste concession qui en dépend sera en pleine exploitation, que toutes les (Ii'jiendances du monastère .seront terminées, que les eaux auront été distribuées, que les jardins seront ornés, et que les plantations auront pris leur essor, la Trappe de Staouêli sera un des plus beaux établissements que cet ordre religieux possède dans le monde. »