‹ Le Maréchal Bugeaud: d'après sa correspondance intime et des documents inédits, 1784-1849Chapitre 140 sur 206 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

les détaih de voire intéressant voyage. Je suis persuadé que

vous avez fait du bien partout où vous avez passé.

Agréez, Monseigneur, etc.

Sigiié : Bugeaud.

Le maréchal avait pour M"^' Pavy, le grand évêque d\\lg(»r qui succéda h M^ Dupuch, un attachement tout particulier (1). Ces deux natures actives, ardentes, généreuses, avaient plus d'un point de contact. — « Tenez, Monseigneur, dit un jour brusquement le maréchal au prélat, si vous n'étiez évêque, je vous voudrais soldat ! Près de moi, sur un champ de bataille, quel bon général vous feriez ! »

Ce ne furent point seulement les Trappistes qui trouvèrent en Algérie aide et protection auprès du maréchal Bugeaud. Un autre ordre religieux, les Jésuites, rencontra en lui un ardent et intelligent défenseur. La lettre suivante adressée à'M. X..., rédacteur du Jour- 7ial des Débats^ est le plaidoyer le plus spirituel et le plus concluant que Ton puisse faire en faveur de ces prêtres si calomniés, dont l'abnégation et le dévouement ont enfanté des prodiges.

(1) C'est en 1867 que mourut Mf' Pavy. Son successeur fut Mf LaTÎ- ^erie, troisième titulaire de révéché d^Âlger, érigé en archevêché pour lui. Ms' Lavigerie, docteur en théologie et professeur d'histoire ecclésiastique à la Faculté de Paris, après avoir rempli à Rome la fonction d'auditeur de rote pour la France, fut nommé évêque de Nancy en 1863.

L'arrivée du nouveau prélat dans notre colonie, en 1867, fut signalée par un important déploiement de zèle apostolique. Des fondations pieuses, la création d'orphelinats, d'écoles et de villages chrétiens arabes, à la suita de la terrible famine de 1864, ont rendu le nom de Mv Lavigerie populaire dans toutes nos possessions algériennes. Nommé par la Cour de Rome, en 1881, administrateur apostolique de la Tunisie, il a été promu au cardinalat en 1882.

Alger, 24 juin 1843.

J*ai été peiné de Tarlicle sur les Jésuites que j'ai lu dans votre numéro du 13 juin.

Vous savez bien que je ne suis ni jésuite ni bigot, mais je suis humain et j*aime à faire jouir tous mes concitoyens, quels qu'ils soient, de la somme de liberté dont je veux jouir moi-même. Je ne puis vraiment m*expliqucr la terreur qu'inspirent les Jésuites à certains membres de nos Assemblées. Ils ont pu être dangereux quand ils se mêlaient à la politique des gouvernements et qu'ils dirigeaient la conscience des souverains. Mais aujourd'hui leur influence politique est nulle, et nous pouvons tirer d'eux un grand avantage pour l'éducation de la jeunesse, car, de l'avis de leurs ennemis les plus acharnés, ils sont passés maîtres en Tart d'enseigner.

Quant à moi, qui cherche par tous les moyens à mener h bonne fin la mission difficile que mon pays m'a confiée, comment prendrais-je ombrage des Jésuites qui, jusqu'ici, ont donné de si grandes preuves de charité et de dévouement aux pauvres émigrants qui viennent en Algérie, croyant y trouver une terre promise, et qui n'y rencontrent tout d'abord que déceptions, maladies, et souvent la mort?

Eh bien! oui, ce sont les sœurs de Saint-Joseph et les Jésuites qui m'ont puissamment aidé à secourir ces affreuses misères que l'administration, avec toutes les ressources dont elle dispose, est complètement insuffisante à soulager.

Les sœurs de charité ont soigné les malades qui ne trouvaient plus de place dans les hôpitaux et se sont chargées des orphelines.

Les Jésuites ont adopté les orphelins.

Le Père Brumaud, leur supérieur, a acquis, moyennant

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