CHAPITRE VU
120,000 frfincs, une vaste maison de campagne (Ben-Aknoun) ontourée de 150 hectares de terre cultivable, et là, il a recueilli plus de cent trente orphelins européens qui, sous la direction de différents professeurs, apprennent les métiers de laboureur, jardinier, charpentier, menuisier, maçon, elc.(l).
11 sortira de là des hommes utiles à la colonisation, an lieu de v<igabonds dangereux quMls eussent été.
Sans doute les Jésuites apprendront à leurs orphelins à aimer Dieu. Est-ce là un si grand mal? Tous mes soldats, à de rares exceptions près, croient en Dieu, et je vous affirme qu'ils ne s'en battent pas avec moins de courage.
Je ne puis m^empècher de sourire quand je lis dans les journaux l'énumération des dangers dont la corporation des Jésuites menace la France. 11 faudrait, en vérité, qu'un gouvernement fût bien faible pour redouter quelques prêtres, qu'il est, du reste, si facile de surveiller...
Mais au gouvernement du Roi, seul, appartient de résoudre cette question.
(il Le Père Brumaud, jésuite, directeur des orphelios de Ben-Aknoun (Algérie), eu apprenant la mort du maréchal, écrivait la lettre suivante à M™c la maréchale Bugeaud :
Bourbonne-les-Uitios, 11 juin 1819.
Madaino la maréchale,
On ni'annouce (|u«* M. le maréchal est k toute extrémité et j'accours, au moins en «•sprit/uon [ our vous consoler, car vous devez t'tre inconsolable, mais pour me jeter a\cc NOUS, ^i vous le penu<'ti(*z, aux pieds du lit du malade et pour demander au lion I)i«'U dn inc con»er\'«'r mon plus grand bienfaiteur, mon père, le grand père biennimè de mes nninbmix enfants, et plus que tout cela. Madame, l'espoir, le pluM grand espoir, hélas : et peut-être l'unique espoir de la patrie dans la situation où elle se trouve.
J't'cris k nos enfants de prier comme nous et soyes sûre. Madame, que leurs rœurs innocent» ne nous feront pas défaut. Ils étaient si heureux de savoir que (ians mon voyage, j aurais probablement l'occasion de mettre leurs homma^s aox pieds de celui k qui ils doivent tant.
Ne prenez pas. Madame, la peine de me ré[>ondre, les journaux me tiendront bien au courant des nouvelles qui m'intéressent, et je serais trop triste de vcat distraire un seul moment des soins que je voudrais au contraire partager avec vont.
Je ikUis, avec un profond et bien affectueux respect. Madame,
Votre dévoué serviteur.
Signé: Brumaih».
313 LE MARÉCHAL DUGEAUD.
Pour moi, gouverneur de rAIgérie, je demande à consen^er mes Jésuites, parce que, je vous le répète, ils ne me portent nullement ombrage et qu'ils concourent efficacement au succès de ma mission.
Que ceux qui veulent les chasser nous offrent donc les moyens de remplacer les soins gratuits et la charité de ces terribles fils de Loyola.
Mais je les connais; ils déclameront et ne feront rien que grever le budget colonial, sur lequel ils commenceront par prélever leurs bons traitements, tandis que les Jésuites ne nous ont rien demandé que la tolérance.
Si'gné : Bugeaud, duc dIsly.