‹ Le Maréchal Bugeaud: d'après sa correspondance intime et des documents inédits, 1784-1849Chapitre 146 sur 206 · LE MAHKCIIAL nU(iËAri · texte numérisé non relu

LE MAHKCIIAL nU(iËAri

d'eux, je lf*s haranguai. On m'applaudit, mais on y mùlait les rris do : Vive la Réforme î A bas Guizol î Le Hoi sortit et passa en revue los deux bataillons : il en fut ass<'/ bien accueilli. Je croyais qu'il allait rester à cheval et se montrer aux lrou[>e.s et au peuple, lorsqu'il mon grand regret je le vis rentrer dans la cour, mettre pied à terre et remonter au château.

Je mr* mis alors à la lùle des deux bataillons do la Garde nationale, rtje fus les distribuer à latc>tedi^ toutes les rues qui dcbtmchent sur celle do Ilivoli. On y construisait des barricades : jo les fis abandonner avec la seule arme de la persuasion et la présence de la Garde nationale.

IMusieurs bourgeois vinrent officieusement m'avertir que je courais de grands dangers, et(iuo probablement on me tuerait. Je n'y fis aucune attention, je continuai mon œuvre tant que j'eus un peloton de Garde nationale à placer.

Je revins sur la place du Carrousel, je l'avoue, avec une certaine confiance que, si nous restions fermes autour du chiUeau et ({u'il se réunît une certaine quantité de Garde nationale, l'émeuto pourrait s'apaiser pacifiquement, lorsque les masses auraient connaissance du changement de ministère (fui garantissait la réfrirme. J'ai pensé plus tard que ce léger espoir était, de ma part, une grande simplicité de circonstance ; car je savais depuis longtemps qu'on ne décourage pas l'ennemi avec dos retraites, ni les masses tumultueuses avec (b'S concussions.

Une autre circonstance vint augmenter cette illusion. On m'ann«)n(,'a (lu'um» assez forte colonne, venant du côté du Palais-lloyal, venait porter une pétition au Roi. Le général de Limoricière était près de moi : je l'envoyai pour tâcher «l'arrêter c«'tte colonne et lui dire d'envoyer sa pétition par trois <iélégués.

Il y courut de très bonne volonté, mais il revint bientôt nie

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dire qu'on n'avait pas voulu l'écouter et qu'on avançait. Je

courus au-devant de la foule, mais je ne pus arriver qu'au moment où elle débouchait vis-à-vis de cette maison isolée que le comte Jaubert appelait une quille (i). La colonne s'arrêta à ma voix :je la haranguai cncrgiquement et pathétiquement tout à la fois. La preuve que je réussis, c'est qu'on se précipita vers moi en me tendant les mains. Un seul homme, habillé en Garde national, me dit :

« C'est vous qui êtes le maréchal Bugeaud ?

— Oui, c'est moi.

— Vous avez fait égorger nos frères dans la rue Transnonain.

— Tu en as menti, lui dis-je ; car je n'y étais pas. »

Il fît un mouvement avec son fusil. Je le serrai alors de près pour saisir son arme ; mais ses voisins lui imposèrent silence et se mirent à crier : « Vive le maréchal Bugeaud! Honneur à la gloire militaire! » J'avais alors près do moi le chef d'escadron Trochu, le colonel Sercey et le capitaine d'artillerie Fabar.

Après avoir donné mille poignées de main, je décidai celte colonne à rebrousser chemin. Grand nombre de ceux qui la composaient me promirent d'aller dans leur quartier pour rétablir l'ordre.

Peu d'instants après, j'entendis des coups de fusil du côté du Palais-Royal et du Louvre. J'ignorais que nous eussions là un délachcment. Il était alors onze heures ou onze heures

(1) Cette construction, connue sous le nom d'Hôtel de Nantes^ était une grande maison îi cinq étages qui resta plantée isolément au milieu de la place (lu Carrousel pendant toute la durée de la monarchie. On n'osa point la <lémolir, à raison d'une plaque commémorative de la mort du citoven Farcy, élève de l'École polytechnique tué, le 29 juillet 1830. en cet endroit. Les comités l'épublicaius portaient périodiquement chaque année, des couronnf's à Yllôtel de Nantes. La maison fut supprimée en 1852 par Napoléon III.

3^4 m: MAIŒUIAL UU(iKAri).

cl demie (je ifavais pas alors le loisirde regarder ma montre). Je courus à un bataillon du 5' léger, et je lui dis :

« Puisqu'ils commencent la guerre, nous l'acceptons. Je vais marcher à votre tùle. »

Dans ce moment, deux aides de camp du Roi vinrent m*annoncer que Sa Majesté abdiquait en faveur du comte de Paris, que Ton allait proclamer la [légence et que le maréchal Gérard était investi du commandement des troupes.

J'ordonnai alors au bataillon de s'avancer seul du côté du Louvre, et, nevoulanlpascroireàune nouvelle aussi extraordinaire, je courus au château pour m'en assurer par moi-mômc. J(î trouvai le Iloi écrivant son abdication au milieu d'une foule immense qui le pressait d'accomplir cet acte. Je m'y opposai avec force : je dis qu'il était trop tard et que cela ne produirait d'autre effet que d'achever la démoralisation des troupes, que l'on entendait les coups de fusil , et qu'il n'y avait plus qu'à combattre. La Reine m'appuya avec énergie. Le Roi se leva avant d'avoir achevé son é;'rit ; mais le duc de Montpcnsii'r et plu>iL'urs autres personnes s'écrièrent qu'il l'avait promis, et qu'il fallait tenir sa parole. Une foule de cris appuyèrent ces paroles, ma \nïx fut rouverte {[';.,

1 <« Il était ouzo lu'uros, écrit M. do Laiiiartiiio ihuis son Histnire «le In Hri-'i/ution ilo 1818 livre III . A ce nionuMil on ét«'iit venu annoucer Cim\i MM* C(»ii]) au maréchal Bu^iMiul que lo Roi l'avait révoqué de soa i'>uiniiaMil(Mii<>iit (>i i[\u* le luaréclial (féranl connnantl.iit à sa |)lac«*. Il av;iit c'é'lé iiiipaticininent à ces ordres, il était aci-ouru chez le Roi pour lui re{ir>vsenier le «lant:er d'ahiliquer dans une défaite. Kn entrant (lau$ les 'l'uileries. on lui avait annoiu*'' raliditM'ion, il s'et:iit précipité, coniinu nous l'avons vu, dans le i^hiu'-t. Il était à côu> du Koi.Le |irinee. assis devant une talile, tenait la plume; il écrivait Ieatein<Mit son alnljcation. avec un soia et une Nvmétri*» de eallii^'-raphe, en lettres majuscules qui sonddaient porter >ur h* jiapier la majesté d«» la maiti rc»\ale. Les miiÛNtres lUt la veille, de l.'i nuit l't du jiiur. le-; <'ourfi'*au^. le<< ol'lleiers. les princes, les princesses, les entants do la la mille ro\ale remplissaient de foule, de confusions, lie ilialo;.nies, de chuchotements, île ^'roupe> ajrités l'appartenient. Les visa^'es portaient l'expres^iou de refli-ui qui j>réci|)ite les réso-

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