CHAPITRE VIII
(romeutiers qui venaient par le quai d'Ors«iy se mit à crier : « A bas le maréchal Bugeaud! » Je courus à elle et je lui (lis : « Savez-vous ce que vous criez? Vous criez : A bas le vainqueur d*Abdel-Kader! à bas Thomme qui peut nous conduire à la victoire contre les Allemands et les Russes! Avant un mois, peut-être, vous aurez besoin de mon expérience et de mon courage! » Ces paroles me rallièrent tous les esprits, on cria : « Vive le maréchal Bugeaud! » et tout ce monde voulut me serrer la main. A rentrée de la rue de l'Université, je trouvai une autre bande et la même scène se répéta. Ces deux diversions me firent perdre de vue la Chambre des députés. Cependant je réfléchissais que le palais n'était gardé par personne; mais je pensais que le maréchal Gérard, qui avait le commandement et qui pouvait disposer de cinq à six mille hommes qui étaient slir la: place de la Concorde, allait y pourvoir. J'entrai donc chez moi pour quitter mon uniforme au plus vite et courir à la Chambre. Quelques généraux qui arrivèrent me firent perdre une demi-heure.
Lorsque j'arrivai sur la place du Palais-Bourbon, je vis des députés qui sortaient du Palais tout effarés et présentant des physionomies incroyables.
Ceux qui purent parler me dirent : « Tout est fini, on va proclamer la République. » Je courus à un détachement de la 10* légion qui avait formé ses faisceaux sur la place, et qui ne paraissait pas se douter de ce qui se passait : « Voulezvous la République? leur dis-je. — Non, sacrebleuî nous ne la voulons pas. — Eh bien! entrons dans la Chambre pour protéger la Régente et faire proclamer la Régence. »
Il y avait environ 150 hommes, commandés par un jeune chef de bataillon; ils prirent les armes mollement. Dans ce moment, Oudinot sortait de la cour pour venir chercher les
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Gardes nationaux. Il les harangua avec une chaleur et un entrain qui lui conquirent toute mon estime; je lui serrai vivement la main; nous entrâmes dans la cour, et je pris le fusil d^in invalide. Il était trop tard; une quinzaine de députes sortaient avec précipitation et nous dirent :
« Tout est fini î La duchesse s'en va aux Invalides par le jardin de la Présidence; la République est proclamée. »
Les Gardes nationaux s'arrôtèrent; il n'y avait rien à faire, nous n'étions pas en force pour ramener les choses.
Ainsi tomba cette monarchie qui avait donné à la France dix-sept ans de paix et de prospérilé. L'histoire n'offre rien de plus honteux et de plus déplorable (1).
Je vous avais annoncé un narré succinct et conforme à ma déposition. Je n'ai point tenu parole, et quoique j*aio négligé imc muUitude de détails et d'incidents, j*aî été très long: j'espère que vous ne vous en plaindrez pas.
Vous comprendrez bien, mon cher collègue, que ce récit, dans aucim cas, no doit ôtre publié. Vous pouvez tout au plus le faire lire à quehpies intimes, sans permettre qu*on on prenne copie.
(1) « A dix heures du soir », dit un écrivain républicain dont la sincérité aussi hien qiie rind<*pendance ne saurai«Mit êire discutées, M. Hippolyte Castille, dans son lîtsV.ire de la s-rjU'/e Rèpuhliquc, «« après la fusillade du lioulevani des Capucini's, il était encore po^^sible de sauver la monarchie» de Juillet. Il eût fallu pour cela décréter instantanément l'état de siège, ne pas nommer do ministres, ordonner a toutes les troupes une initiative j)rom|)te et foudrovaute et lâcher le maréchal Bu^reaud. Le pouvoir ne se conserve pas par des né|;ociation$. Louis-Bonaparte a donné, dans une situation semblable, un exemple dont pourront profiter les gouvememenu qutdcouques. monarchies ou répul)liques, qui se croiraient on droit ite résister aux insurrections. »
<« L'impuissance du maréchal Bugeaud ne venait point d'un défaut d'éner- ^no, et lie talents militaires dont nul ne conteste l'existence. Accolé à un miniàière de conciliatiim qui avait obtenu du Roi la permission de suspendre le feu, il lui tut littéralement impossible d'agir. Le Roi, natureUement ennemi des mesures radicales^ résista au maréchal, qui eut d'ail-