‹ Le Maréchal Bugeaud: d'après sa correspondance intime et des documents inédits, 1784-1849Chapitre 149 sur 206 · CHAPITRE VUI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VUI

Je n*ai pas dit toute la vérité, mais je n'ai rien dit qui ne

fût parfaitement exact et qui ne fût attesté par des milliers (le témoins.

J'ai su de la manière la plus positive, par plusieurs lettres d'officiers de l'armée et de la Garde nationale, que, dans ces cruelles circonstances, loin d'avoir baissé dans l'opinion de ceux qui m'ont vu, j'avais grandi.

Un concours inouï de circonstances m'a paralysé; je n'ai pu faire aucun usage de mon expérience et des facultés militaires que la nature m'a données. Je n'avais, comme je l'ai dit en commençant, que l'ombre du commandement :, les ministres, le Roi, les princes, la bourgeoisie, tout m'entravait. Combien j'ai désiré, dans ce moment, que la Cour et le Gouvernement fussent à Vincennes! Mais ce qu'il eût fallu avant tout, c'est que j'eusse le commandement quinze jours à l'avance, afin de préparer les troupes pour les identifier avoc ma manière de faire, et pour les munir, de tous points, des choses nécessaires à une pareille lutte. A cet égard, tout avait été oublié, malgré mes avis répétés officieusement. Point de plan à plusieurs faces, ni pour la guerre, ni pour la

leurs la maladresse de lui montrer, dans ses projets, Paris nageant dans le sang. La ville était coupée en tous sens par des barricades , les communications devenaient presque impossibles ; les officiers d'ordonnance arrivaient après des retards infinis ou n'arrivaient pas. Une portion des troupes obéissait à des ordres antérieurs lorsque déjà les plans étaient changés. D'autres se croyaient encore sous le commandement du duc de Nemours quand, depuis plusieurs heures, ils étaient sous celui du maréchal Rugeaud. Les généraux, mieux informés, sentaient qu'avec un ministère de conciliation, il ne pouvait exister de répression sérieuse.

« Or, dans ces crises extrêmes, chaque fonctionnaire civil ou militaire songe à l'avenir. Le sentiment de la conservation des places se mêlant simplement à celui de la fidélité au Gouvernement, on craint d'agir quand le maître hésite; et si l'opposition parait devoir l'emporter, on ne veut pas se la rendre irréconciliable. C'est dans ces causes simples et humaines, dans rt'uorme perte de temps et dans les discussions de la nuit qu'il faut voir les motifs de l'inaction de l'armée. ^

330 LE MABÉCHAL BUGEAUD.

retraite du Gouvernement. Aucune instruction donnée aux troupes sur la manière d*agir ; des munitions en quantité dtM-isoire ; point de dépôt de vivres sur les points principaux dans l'intérieur ; point d*engins propres h enfoncer les portes et percer les maisons; rien^ en un mot, qui attestât la moindre prévision. On s'était borné à tracer aux différents corps un itinéraire pour se rendre sur les points principaux d*occupalion. Cet itinéraire était rédigé, revu et augmenté depuis 183t (l)î

C'est tout ce qu'avaient su imaginer les génies que Ton avait chargé de veiller aux destinées de la monarchie! Quand je voulais entretenir les ministres et M. Guizot lui-môme do cette incurie dangereuse, ils m'écoutaient d'un air distrait et ennuyé, ot je voyais écrit sur leur sourire malin qu'ils croyaient que j'étais jaloux de ceux qui commandaient et que je sollicitais le commandement! Us n'ont pas compris tout ce qu'il y avait de dévouement dans mes exhortations !

Adieu, mon cher collègue, tout à vous de cœur.

Signe: Maréchal Bugeaud d'Islv.

Après les lerribles aiif^oissos et les profondes Irislessos de ces jounK^es, le maréchal, se sentant inutile ef suspect, reprit le chemin de la Durantie. Les notes ci-après, qui nous ont été communiquées par sa fille, la comtesse Feray , donneiil sur celte période de sa vie (le précieux détails :

(1) Seul (les memltres du *ii(iuvean ministère, M. Thiers, dès le début Je la crise, avait fait montre iréner^ne et de dt'cision. Il conseilla nu Roi de se transporter immédiatement à Saint-Cloud, d'y rassenihler les trouiies et de faire, de là, un retour offiMisif sur Paris. Le maréchal approuvait ce projet. Malheureusement, le j)arri fatal de l'abdieation l'emporta. C'est ainsi <|ni* c'<*s deux jrrands eonseillers du trône, M. Guizot, personniticatîon de l'autorité, M. Tliiers, personnitication de la vraie liberté, sombrèrent devant une pit^u^e émeute organisée par le Sational pour obtenir une simple n'-forme électorale.

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