‹ Le Maréchal Bugeaud: d'après sa correspondance intime et des documents inédits, 1784-1849Chapitre 150 sur 206 · CHAPITRE Vin · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vin

Après la chute de la monarchie, mon père désolé rentra à la Durantie, où ma mère et moi l'avions précédé.

Le nouveau gouvernement avait retiré au maréchal ses aides des camp et établi une surveillance autour du château. Des décopiions de toute nature Tattendaient. Les mauvais gars dos communes environnantes, excités par des émissaires envoyés de Paris, se réunirent pour venir attaquer le château et arrêter la famille. Une bande considérable, composée d'hommes et de femmes armés de fusils^ de fourches et de faux, marcha sur la Durantie. On avait fait croire à ces malheureux que le Roi avait confié à mon père trente millions en pièces de cinq francs, et que cette somme rapportée dans sa voiture était cachée dans les caves du château pour être partagée après le rétablissement de Tordre, entre mon père et le Roi.

Los paysans de la Durantie, avertis du danger et demeurés fidèles, accoururent pour nous défendre. Une mendiante fut envoyée comme espion par les bandits ; elle entra dans le parc, vit des gens armés sur le perron, et, d'après son rap-' port, la troupe se décida à ne point nous attaquer, avant d'avoir réuni de nouvelles forces. -^ Ce fut notre salut; mon père n'avait voulu prendre aucune précaution ; seulement une quarantaine de paysans mal armés s'étaient installés, malgré lui, dans une salle du château. — Son cœur était plein d'amertume en voyant les enfants de ce pays qu'il aimait avec un dévouement absolu venir à lui dans des idées do meurtre et de pillage. L'autorité militaire de Périgueux, apprenant ces faits, envoya de la troupe au château; les assaillants, du reste, s'étaient dispersés et ne reparurent plus.

Nos jours s'écoulaionttristement, remplis d'appréhensions pour la France. Ma mère était occupée de mon frère, de ses devoirs de maîtresse de maison ; ma sœur, absorbée par ses

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petits enfants. Seule libre, je composais à celte heure loul r<Hat-niajor (le mon père, et j'écrivais continuellement sous sa dictée. Dès quatre heures du matin, nous étions au travail '.souvent il s'interrompait : « Vois-tu, je pouvais les sauver, me disait-il avec tristesse. Ils ne Font pas voulu. Songe que je n'ai jamais été battu : chose bizarre, j'ai toujours tenu plus que je n'ai promis. Ce n*est pas par intérêt, par ambition que j'ai servi mon pays. Je n'ai jamais rien demandé el je suis sans fortune. Quel aveuglement s'est emparé du lioi quand il voulait éviter la guerre civile'. II n'a pas compris que s'il m'eût laissé faire, j'allais sauver mon pays de l'anarchie. »>

De grosses larmes roulaient dans ses yeux : j*essayais de le consoler. «« Non, chère fille, disait-il. j'aurais dû les sauver malgré eux et lui dire : c Sire, je vous rends votre trône, et à ma patrie, la paix. » Souvent, dans nos causeries, il revenait sur cette terrible journée; ce souvenir l'accablait.

Avec quelle bonté, quelle patience, il acceptait mes observations, soit lorsque nous lui faisions ma mère, ma scpur et moi, modifier une phrase qui pouvait (^Ire mal interprétée par ses ennemis , soit lorsqu'il épanchait dans ses lettres toute la grandeur patriotique de son àme et que je remarquais

que ses confidences étaient adressées h des hommes incapables de le comprendre! Il voyait hélas! tout en bien, tout en bon, lui! Combien d'égoïstes, combien de médiocrités envieuses ont abusé de cet abandon, de celle franchise, de ce mirage du cœur!

Dans 1«^ courant do mars I8i8, lorsqu'il avail pu un inslani croire h TéviMitualité d'une guerre euro- |>é(»nne, Hugeaud avait offert ses services à M. do Lamartine, le plus modéré des ministres du jour. Mais ses offres furent déclinées. C'est alors qu'insuIlA par

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