‹ Le Maréchal Bugeaud: d'après sa correspondance intime et des documents inédits, 1784-1849Chapitre 152 sur 206 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

lion se promener sans rien faire, môme les jours ouvriers, pendant que dans les champs nous voyons une solitude aflligeante, sauf dans les environs des grandes villes. La plupart (les travaux restent à faire, et ceux que Ton pratique sont très imparfaits. Il y a là une mine bien riche à exploiter au proflt du bonheur et de la moralité de la nation. En donnant au ])euple une éducation plus raisonnable, il ne croira plus aux chimères des socialistes et il appréciera mieux la vie des champs. Au lieu d'aller s'entasser dans les grandes cités, il restera au village. 11 comprendra que s'il a un travail plus dur, un salaire moins élevé, il a une vie plus assurée, plus libre, plus indépendante des crises politiques et flnancières. L(* paysan est moins riche dans une époque de troubles^ que dans les temps calmes. Mais il ne souffre pas de la faim et il peut attendre que Tordre, ce grand bienfaiteur de Thuinanité, se rétablisse. En attendant, il sème son blé, et le voit pousser ; il soigne ses vaches et voit naître ses veaux. L'ouvrier de la ville, au contraire, quand le travail est suspendu, est livré à la misère et à la plus complète oisiveté, (l'est alors que de méchants ambitieux s'emparent de lui, le poussent au désespoir et lui font faire une émeute dans laquelle bon nombre paient de leur sang l'élévation des tribuns qui les ont excités. Le lendemain, la masse est encore plus malheureuse; mais les charlatans sont au pouvoir; ils font alors' des phrases et des lois creuses, et comme ils sont bien rasés, ils invitent à leur tour le peuple à l'ordre et à la patience. détestables trompeurs du peuple, que je vous hais et que je vous méprisse!

(Tesl vors colle époque qu'il écrivit h son ami le f^rniid joui iialisle Louis Veuillol la letlre suivante qui lui publiée et qui eut alors un grand reteulisseineul :

336 LE MAUÉCIIAL BUGEAUD.

Le maréchal Bugeaud à M, Louis Veuillot.

La Durantie, 7 mars 1848.

Mon cher ami, vous reparaissez tel que jo vous ai toujours jugé; vous m'avez néglige dans la prospérité, vous vous rapprochez de moi lorsque vous me voyez malheureux. Vous ne venez pas me consoler, dites-vous; vous avez bien raison. En ce qui me touche personnellement, je n*ai nulle affliction, nul regret. Je fais des vœux pour que la France sorte heureusement de celte riide épreuve. J\ippuic de cœur les hommes que les circonstances ont portés au pouvoir; je ne leur garde aucune rancune pour leur passé, bien qu'ils aient puissamment contribué c\ la crise que nous subissons. Il me suffit qu'ils se prononcent pour la conservation de rordrc, pour le respect des personnes et des propriétés. Lorsque je les ai vus lutter avec courage et talent contre des gens qui voulaient plus que la République, j'ai compris qu'il fallait leur venir en aide au moins moralement, et je me suis empressé de leur offrir mes services.

Dans les départements, comme à Paris, tous les gens honnêtes et sensés ont éprouvé le mùme sentiment.

Les actes du Gouvernement provisoire sont, en général, empreints de sagesse. J'ai regretté pourtant vivement, pour eux et pour nous, rengagement quia été pris par lui de garantir le travail au peuple. Cet engagement-là, Dieu seul peut le remplir. Un gouvernement, quel qu'il soit, ne doit que cequ*il peut, et je mets au défi tous les théoriciens réunis de résoudre le problème. Les hommes actuellement au pouvoir avaient prùché dans leurs écrits la doctrine du droit au travail : ils doivent le regretter aujourd'hui qu'ils sont en présence de la difficulté. Pour faire prendre patience aux ouvriers, ils nomment une commission. Us font, disent-ils, des recherches ;

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